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Histoire du mouvement ouvrier (2) : La CGT, de la Charte d’Amiens à Mai 68

mardi 26 octobre 2010, par Yves

Cet article fait partie d’une série d’articles consacrés à l’histoire du mouvement ouvrier en France.

1. La lutte pour la diminution du temps de travail (Combat Communiste) voir article 1561

2. La CGT, de la Charte d’Amiens à Mai 68 (Combat Communiste) voir article 1562

3. La CFDT de la création (1964) à 1976 (Combat Communiste) - voir article 1563

4. L’union sacrée en 1914-18 (Combat Communiste) voir article 1566

5. Juin 36 (Combat Communiste et Pierre Monatte )- voir article 1567

6. Luttes ouvrières 1944-47 (Combat Communiste, Pierre Bois, Courant Alternatif, Communistes révolutionnaires )- voir article 1569

7. 1950-1955 (Combat Communiste) 1571

8. 1961-1963 : Les mineurs en lutte (Combat Communiste) 1574

9. Luttes de classe en France 1964-1967 (Combat Communiste) 1575

10. Mai-Juin 68 une occasion manquée pour l’autonomie ouvrière (Mouvement communiste) 1577

11. Mai 68. Dix ans après (Combat Communiste)

La CGT,

de la Charte d’Amiens

à Mai 68

La Confédération générale du travail est née au congrès de Limoges de 1895. Une grande partie du mouvement syndical – en particulier les Bourses du Travail – demeurait cependant à l’écart de la CGT qui reposait essentiellement sur deux grands syndicats : le Livre et les cheminots. C’est le congrès de Montpellier de 1902 qui vit la réunion des Bourses du Travail et des syndicats de métier. La CGT ne regroupait pourtant encore que 122 000 adhérents soit un cinquième des syndiqués de l’époque, les autres syndicats demeurant à l’écart. Le Congrès d’Amiens de 1906 supprima les syndicats de métier, remplacés par les fédérations d’industrie qui demeurent aujourd’hui. Les structures de la CGT restaient cependant encore confuses : malgré cette décision, d’anciens syndicats de métier continuaient à exister. La Charte d’Amiens adoptée à ce congrès posa les bases du « syndicalisme révolutionnaire » qui caractérise la CGT jusqu’à la guerre de 1914-1918. La volonté d’indépendance complète vis-à-vis des organisations politiques et l’ « action directe » en constituaient les deux traits principaux.

« L’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérales n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre en toute liberté la transformation sociale. »

Dans cette optique, le mouvement syndical devait suffire à assurer l’émancipation de la classe ouvrière. Pour y parvenir, le moyen préconisé : la grève générale. Les organisations syndicales subissaient alors une répression féroce du patronat et de la police. Chaque Premier mai voyait des affrontements et souvent des morts. Une des revendications de premier plan était la journée de 8 heures. Un autre trait des positions « syndicalistes révolutionnaires » était l’antimilitarisme. Ainsi le congrès de Marseille préconisait face aux menaces de guerre : « Les travailleurs répondent à la déclaration de guerre par une déclaration de grève générale révolutionnaire. » La période qui précéda la guerre de 1914 vit une montée des luttes et un accroissement constant des effectifs de la CGT qui atteignaient 400 000 à 600 000 membres, selon les estimations.

L’Union sacrée

L’antimilitarisme de la CGT ne l’empêcha pas de basculer dans le patriotisme. Si à la veille de la guerre, elle organisa encore, le 27 juillet 1914, une manifestation pacifiste, la quasi-totalité de l’appareil syndical passa aussitôt après avec armes et bagages au service de la guerre impérialiste. Quelques semaines plus tard, La Bataille syndicaliste (journal de la CGT) écrivait que le devoir du mouvement ouvrier était de combattre les Allemands car ils étaient moins aptes à l’organisation du fait qu’ils avaient « le sang plus lourd » (sic)…

Le dirigeant de la CGT Jouhaux participa au « Secours national » aux côtés du royaliste Barrès, de l’archevêque de Paris et de banquiers. Cette collaboration de classes pour assurer la production de guerre se prolongea dans les usines, dans le cadre des Commissions mixtes créées par le ministre « socialiste » Albert Thomas. La collaboration entre la CGT et le gouvernement allait jusqu’à établir des listes de syndicalistes qui, jugés trop remuants, étaient envoyés au front, alors que les autres étaient laissés dans les usines pour y assurer la paix sociale dont la bourgeoisie avait besoin. La CGT joua donc, pendant la grande guerre, le rôle d’une véritable police dans la classe ouvrière pour lui faire accepter les sacrifices nécessaires à sa conduite.

Cette trahison complète s’explique par le développement d’une puissante bureaucratie syndicale qui avait déjà acquis, à la veille du conflit, d’importants privilèges qu’elle ne voulait pas voir remis en cause. Seule une petite poignée de syndicalistes s’opposèrent à la guerre, dont Monatte qui fonda La Vie Ouvrière le Premier Mai 1915. Les massacres de la guerre, la politique d’austérité entraînèrent toutefois une montée du mécontentement dans les rangs de la CGT. En 1915, Monatte et Merrheim (dirigeant de la Fédération des Métaux) participèrent à la conférence internationaliste de Zimmerwald aux côtés de Lénine et de Trotsky. En mars 1916, un congrès des minoritaires CGT réclama la grève générale pour imposer une paix « sans annexions et sans vainqueurs ni vaincus ». À la fin de la guerre, de nombreuses grèves éclatèrent, y compris dans les usines d’armement.

La CGTU

La fin de la guerre de 1914 fut marquée par de nombreuses luttes dures et par le ralliement du mouvement socialiste à la révolution russe. Le 27 mai 1918, la CGT organisa une grève contre l’intervention de l’impérialisme français contre la jeune révolution russe. La scission du Parti socialiste et la création de la Section française de l’Internationale communiste (SFIC) devaient cependant rapidement entraîner la scission du mouvement syndical qui comptait alors 600 000 adhérents.

Alors que des syndicats dirigés par des militants communistes s’affiliaient à l’Internationale syndicale rouge en 1920, la majorité de la CGT demeurait aux mains du PS. Son principal dirigeant demeurait Jouhaux qui s’était contenté de faire le gros dos face à la vague d’enthousiasme pour la révolution russe dans la classe ouvrière. Des syndicats et des militants communistes furent donc exclus de la CGT, ce qui amena la création de la CGT unitaire où des anarchosyndicalistes cotoyaient les militants communistes. De 1921 à 1934, la CGT compta environ 500 000 adhérents. Les effectifs de la CGTU déclinèrent : de 431 000 à 258000 en 1932.

Ce recul s’explique à la fois par la politique dite de la « troisième période » du PCF qui isolait considérablement les militants de la CGTU, la répression qui frappait les adhérents de la CGTU plus durement que ceux de la CGT, et d’une manière générale, par le recul du mouvement ouvrier consécutif à la crise de 1929 et à la montée du chômage.

1936

C’est à la veille des grandes grèves de 1936 que la CGT et la CGTU se rapprochèrent à la suite des émeutes fascistes de 1934. Le changement de la situation internationale qui venait de voir l’URSS se rapprocher de la France et le Premier ministre Laval rendre visite à Staline avait rendu possible ce rapprochement. C’est en septembre 1935 que fut décidée la réunification et le congrès d’unification se tint à Toulouse en mars 1936.

Les confédérés et les unitaires se partagèrent les postes de direction et si Jouhaux garda son poste de secrétaire général, il siégea aux côtés de Benoît Frachon, dirigeant du PCF. Jouhaux et Frachon participèrent aux négociations avec le patronat et signèrent les « accords Matignon » après les grandes grèves de juin 1936. La CGT mit tout en œuvre pour faire reprendre le travail après ces accords. Jouhaux affirma ainsi : « Nous devons, nous travailleurs, faire honneur à notre signature et appliquer loyalement ces clauses. »

L’unité retrouvée de la CGT lui donna des moyens particulièrement efficaces de contrôler le mouvement ouvrier et d’éviter qu’il ne remette en cause le système capitaliste. Lefranc, historien pourtant bien modéré, reconnaît ce rôle de « facteur d’ordre » de la CGT et explique ainsi que celle-ci alla jusqu’à déclencher une grève générale en 1937 après la fusillade de Clichy où plusieurs ouvriers tombèrent sous les balles des gardes mobiles, dans le seul but de faire contre-feu à la colère ouvrière.

En 1936, la CGT réunifiée atteint le chiffre record de 2,5 millions d’adhérents et 4 millions début 1937. Elle perdit la plus grande partie de ces nouveaux adhérents après la désillusion qui accompagna la fin du Front populaire et la répression, la reprise par le patronat des conquêtes de juin 1936 qui précédèrent la Seconde Guerre mondiale.

La signature du pacte germano-soviétique, de même qu’elle exclut le PC des partis « nationaux », fut également fatale à l’unité de la CGT. Lors du partage de la Pologne entre Hitler et Staline, le bureau de la CGT déclara qu’il n’y avait « plus de collaboration possible avec les communistes » qui furent exclus de la CGT. Le PC fut d’ailleurs rejeté dans la clandestinité ; la guerre et l’occupation allemande l’empêchèrent de reconstituer une centrale syndicale. La CGT fut également interdite par Vichy qui prônait un système de « corporations ». Jouhaux fut emprisonné et déporté, mais certains dirigeants de la CGT collaborèrent au régime pétainiste dont Belin, dirigeant de la tendance de droite « Syndicats » d’avant-guerre.

La CGT après la Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’entrée en guerre de l’URSS aux côtés de l’impérialisme anglo-américain, le rôle joué par le PCF dans la constitution d’un Front national permirent la réconciliation des anciens dirigeants confédérés et unitaires : les accords du Perreux de 1943 décidèrent la réunification de la CGT avec une direction composée de 5 confédérés et 3 unitaires.

À la Libération, le rapport de forces avait cependant changé et, en raison de son rôle dirigeant pendant la « Résistance », le PCF était largement majoritaire à la direction de la CGT. La centrale syndicale appliqua fidèlement la ligne d’alors du PCF : « Combattre et travailler ». Elle reprit son slogan : « La grève, c’est l’arme des trusts » et fit la chasse à ceux qui rechignaient à accomplir l’effort de productivité demandé par les camarades ministres. En 1946, elle s’opposa ainsi ouvertement à la grève des rotativistes. En 1947, elle commença par s’opposer à la grève d’un secteur de Renault dont elle prit finalement la tête pour éviter d’être complètement débordée. Cet épisode coïncide avec l’éviction du PCF du gouvernement et les débuts de la « guerre froide » avec l’URSS. Ce revirement international aboutit à une troisième scission de la CGT : en 1947, Jouhaux, soutenu et même financé par des syndicats américains, constitua la CGT-Force Ouvrière qui demeura très nettement minoritaire.

La scission épargna cependant le syndicat du Livre qui conserva son affiliation à la CGT. De son côté, la FEN refusa de prendre parti dans la scission et devint indépendante des deux centrales. La CGT, qui comptait près de 6 millions d’adhérents à la « Libération » vit fondre ses effectifs qui descendirent à moins de 2 millions dans les années 50. De son côté, FO plaçait 500 à 600 000 cartes en 1948.

Le principal gardien de l’ordre

Pendant la « guerre froide », la CGT suivit la politique du PCF formellement très « gauchiste ». Elle mena ainsi à diverses reprises des grèves minoritaires et très dures. Elle participa aux diverses campagnes politiques du PCF, que ce soit contre la bombe atomique, le réarmement allemand, la guerre de Corée ou celle d’Indochine, et fit prendre systématiquement position aux organisations syndicales qu’elle contrôlait. Cette politique ne l’empêcha pas de poursuivre en fait la collaboration de classes entamée à la fin de la guerre dans les Comités d’entreprise, comme dans d’innombrables organismes paritaires. Malgré le langage violent que tenaient divers gouvernements à l’égard de la CGT (et réciproquement), cette collaboration de la bureaucratie syndicale et du patronat ne fut jamais remise en cause.

Par son assise dans la classe ouvrière, la CGT est un partenaire indispensable du patronat et de l’Etat, un facteur essentiel d’ordre et de paix sociale. Le patronat est d’ailleurs tout à fait conscient de cette fonction de la CGT. C’est apparu au grand jour, en Mai 1968, où l’on vit Le Figaro féliciter ouvertement la CGT pour son « esprit de responsabilité ». En maintenant le mouvement dans les limites acceptables pour la bourgeoisie, en limitant l’occupation des usines à une poignée de syndicalistes ; en dressant un cordon sanitaire à la porte des usines contre la contagion des étudiants « gauchistes » ; en dispersant le mouvement et en faisant reprendre le travail, entreprise par entreprise, sans être débordée de façon significative, la CGT a une fois de plus fait la démonstration de sa capacité à encadrer la classe ouvrière et à faire respecter l’ordre capitaliste. Si elle a, à cette occasion, bien mérité les louanges du patronat, une fraction de travailleurs a cependant fait l’expérience de son véritable rôle et même si elle reste minoritaire, cela permet d’être optimiste pour les luttes à venir.

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La CGT et les Comités d’entreprise

Mis en place en 1945 par de Gaulle (alors que le PCF était au gouvernement), les comités d’entreprise (CE) n’ont jamais été des organismes de lutte, mais ont, dès le départ, été conçus comme un moyen d’intégrer la bureaucratie syndicale au capitalisme.

Pour justifier ces institutions qui lui rapportent un grand nombre de places de bureaucrates et lui permettent aussi, selon son vœu le plus cher, de jouer au patron, la CGT – comme à un moindre degré les autres centrales syndicales – présente traditionnellement le CE comme une « conquête ouvrière ». Elle tente de démontrer l’importance d’une gestion CGT qui serait, d’après elle, non seulement garante d’une utilisation des crédits du CE au mieux des intérêts des travailleurs, mais aussi d’une concertation fructueuse avec le patronat. Depuis la crise (de 1973), la CGT se plaint de ne plus être consultée quant aux décisions sur les entreprises, d’être moins prise en considération.

Les CE, de 3 734 en 1967, sont passés à 11 124 en 1972 pour arriver aux alentours de 16 000 aujourd’hui (1). Bien que cette augmentation corresponde en partie à la création de CE dans des petites et moyennes entreprises, ces chiffres n’en restent pas moins impressionnants.

La CGT obtient dans les CE la part du gâteau qui équivaut à son influence. Ainsi, elle totalisait, pour les CE et comités d’établissement en 1972, 14 729 sièges d’élus en ce qui concerne le premier collège. Dans les autres, elle obtenait 1 344 places. La CFDT emportait respectivement 5 657 sièges et 1393. Soit pour le premier collège un peu plus du tiers des postes de la CGT. Encore faut-il préciser que ces résultats ne concernent pas la plupart des entreprises du secteur public et valent pour l’année 1972 (2).

La CGT contrôle ainsi la plupart des CE. Par ce biais, elle est à la tête d’une énorme gestion en raison de l’importance des fonds alloués (du moins pour les grandes entreprises) : 13 milliards d’anciens francs à la SNECMA, 3 milliards à Paribas, etc. Les sommes reçues sont en général de l’ordre de 1 à 5% de la masse salariale de l’entreprise concernée. La trésorerie du CE est en effet autonome et le patron n’a aucun droit de veto sur l’utilisation des fonds qui lui sont réservés. Ces fonds servent à mettre en place des bibliothèques, cantines, colonies de vacances qui emploient de nombreux salariés.

Même si les CE n’attirent pas le plus souvent les travailleurs les plus combatifs et les plus révoltés, la plupart des élus sont en général, au départ, désintéressés. C’est leur activité qui aboutit à leur donner une mentalité de gestionnaires, de petits patrons, à les intégrer au système.

Le plus souvent, avec le temps, les militants CGT membres des CE sont amenés à privilégier ce genre d’activités plutôt que de trimer dans leur atelier ou dans leur bureau. Les patrons qui voient cela d’un bon œil permettent fréquemment le dépassement des heures de délégation légalement attribuées, ce qui transforme ces travailleurs en « semi-permanents ». Ils perdent ainsi l’estime de leurs camarades de travail qui constatent que leur « délégué » n’est « jamais là », et ceci non pour mener la lutte contre le patron au sein de l’entreprise, mais pour passer quelques heures de « bon temps » aux frais du patron.

Les bureaucrates syndicaux (dans les CE en gestion directe) jouent le rôle de patrons. La CGT, comme les autres centrales, embauche du personnel rémunéré par le CE (plusieurs milliers de personnes parfois, cf. à l’EDF), gère des cantines et fait reporter (capitalisme oblige) les hausses du coût de la vie sur le prix des repas payés par les travailleurs, à l’occasion licencie et réprime des grèves, comme on l’a vu en particulier à Renault-Flins et à la SNECMA.

L’objectif déclaré de la CGT est d’obtenir une extension des fonctions des CE qui lui permettrait de jouer un rôle encore plus important dans la gestion des entreprises. Son attachement aux nationalisations est en particulier lié à l’importance de son rôle dans le secteur public et Séguy (secrétaire général de la CGT entre 1967 et 1982, NPNF) réclamait récemment la participation de la CGT à la gestion des entreprises nationalisées.

Le rôle des CE est de toute première importance puisque c’est en grande partie à travers leur appareil que se réalise la tendance à l’intégration toujours plus poussée de la bureaucratie syndicale à l’Etat bourgeois.

Combat communiste n° 41, novembre 1978

(1) En 2010, comme le souligne le site salons-france-ce.com, le marché des 29 000 comités d’entreprise est en pleine expansion et diversification. En dehors de ses « prestations (voyages, sorties, cadeaux, spectacles, bons d’achats), les comités d’entreprises centralisent aussi les différentes offres à destination des salariés (activités sportives, loisirs, billeterie, sorties, locations de salles et tous produits et services à tarifs préférentiel) ». En clair, 11 millions de salariés, soit un « actif » sur deux, un budget de 7,8 milliards d’euros sans compter le chiffre d’affaires généré par les achats individuels des salariés. Un vrai fromage pour les capitalistes puisque les « C.E ont 20 heures de délégation par mois. Ils sont disponibles pour gérer leurs activités, visiter des salons et recevoir les fournisseurs qui leur proposent des tarifs préférentiels ou des offres de services. Le CE doit sans cesse se renouveler dans les activités et les prestations proposées aux salariés », nous expliquent les bateleurs du Salon France CE. Et on ne s’étonnera donc pas que les produits bancaires, les assurances et les « services » aux salariés représentent près d’un tiers du budget des CE (28%) (NPNF).

2. En 2005, les listes non syndicales ont recueilli 23,5% des suffrages exprimés, contre 22,5% à la CGT, 20,6% à la CFDT, 12, 5% à la CGT-FO, 7,4% aux syndicats non confédérés (UNSA, Solidaires, etc.), 6,8% à CFTC et 6,6% à la CFE-CGC (NPNF).

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Le PCF et la CGT

À l’occasion de la préparation de son quarantième congrès (1978), la CGT a, à plusieurs reprises, affirmé son indépendance par rapport aux partis politiques. On se souvient que Georges Séguy avait tenu des propos du même ordre avant les élections de mars 1978. Cette affirmation toute verbale de volonté d’autonomie est non seulement nouvelle, mais elle est bien loin de s’inscrire dans les faits. Depuis la scission de 1947, le contrôle que le PCF exerce sur la CGT est pratiquement sans faille. Une parité formelle entre membres et non membres du PCF est certes observée au Bureau confédéral (encore que les secrétaires généraux, de Frachon à Séguy, aient toujours été membres du Bureau politique du PCF). Mais ces dirigeants cégétistes « non communistes » sont des compagnons de route à qui il ne manque en fait que la carte officielle du Parti. Cette parité n’est d’ailleurs pas respectée dans les fédérations, les unions départementales, les unions locales et les directions des sections d’entreprises. Tous les collaborateurs « techniques » du Bureau confédéral sont pratiquement membres du PCF et la Section d’organisation qui contrôle le fonctionnement intérieur de la CGT est contrôlée par des responsables du PCF.

De fait, la CGT s’est toujours alignée sur les positions politiques du PCF. On ne compte qu’une exception à la règle : lors de l’écrasement de la révolution hongroise par les chars de l’impérialisme russe (en 1956), le trouble était si profond dans la classe ouvrière que la direction confédérale ne prit pas de position officielle. La Fédération de la métallurgie approuva, par exemple, la répression, alors que celle du Livre la condamna. Mais il s’agit d’un cas tout à fait exceptionnel, et, plus récemment, on a pu voir la CGT s’aligner sur les positions du PCF à l’occasion de la polémique PC-PS. La CGT a certes compté quelques dirigeants et responsables notoirement non liés au PCF ou même membres du PS : comme Pastre, Le Brun ou Germon du PS (favori des interviews de Rouge – hebdomadaire des trotskystes de la LCR, NPNF), mais sont maintenus dans des responsabilités marginales et utilisés comme faire-valoir et caution démocratique. Dans les entreprises, les membres actifs de la CGT se confondent bien souvent avec ceux du PCF. À tel point que le corollaire de cette situation est que la cellule du PCF ne se réunit parfois plus pour ne pas faire double emploi. Les affaires importantes du syndicat sont de toute façon traitées entre les responsables du PCF et les syndiqués convoqués pour approuver. Cela conduit souvent également à décourager de toute participation à l’activité les syndiqués non communistes.

Quand une section d’entreprise lui échappe, tout particulièrement quand des militants d’extrême gauche en prennent la tête, le PCF préfère d’ailleurs bien souvent la saborder complètement par une dissolution ou des exclusions, plutôt que d’accepter cette situation. Depuis quelques années, la CGT est formellement un peu plus tolérante, mais n’a pas fondamentalement changé à cet égard. Elle est surtout plus soucieuse de préserver les apparences démocratiques…

La CGT pourrait-elle à long terme s’autonomiser du PCF, dans la mesure où il peut exister certaines rivalités et différences de situation entre la bureaucratie syndicale et celle du PCF ? Ce n’est sans doute pas une impossibilité sur le plan théorique, mais nous en sommes en tout cas très loin !

Il est certes légitime qu’une organisation politique se réclamant de la classe ouvrière cherche à faire adopter ses positions par des organisations syndicales mais, outre la ligne du PCF — nationaliste et de collaboration de classe – ce que combattent les révolutionnaires, ce sont les méthodes bureaucratiques et manipulatrices employées par le PCF pour préserver ses positions au détriment de la démocratie ouvrière et de l’éducation des travailleurs remplacées par la calomnie, la manœuvre et la répression bureaucratique.

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Chauvinisme et corporatisme

La CGT qui recrute la majorité de ses militants – en particulier les plus actifs – dans les secteurs les plus qualifiés de la classe ouvrière défend une politique étroitement corporatiste. Elle défend le principe d’une juste « hiérarchie des salaires » fondée sur une véritable qualification. La CGT oppose donc ses propres grilles de salaires à celles du patronat et elle défend le plus souvent des revendications d’augmentation de salaire hiérarchisées qui s’opposent à l’intérêt des travailleurs les plus défavorisés comme à l’unité de l’ensemble de la classe ouvrière, contrairement aux révolutionnaires qui combattent la hiérarchie en revendiquant des augmentations égales pour tous.

Elle fait l’apologie de la « compétence » et de la qualification, justifie la division du travail capitaliste et renforce les préjugés corporatistes de certaines couches privilégiées de travailleurs sur lesquels elle s’appuie. On a pu le voir, par exemple, quand la CGT organisait dans l’usine Rateau occupée une visite pour faire admirer les charmes de « nos turbines françaises ».

Ce corporatisme est indissociable de la politique chauvine qui consiste à opposer les intérêts des travailleurs français à ceux des ouvriers d’autres pays en revendiquant de « fabriquer français », c’est-à-dire de reporter le chômage hors des frontières nationales. Il ne peut pas non plus être séparé du peu d’intérêt que la CGT accorde aux problèmes des travailleurs immigrés et au fait que ceux-ci, même quand ils sont largement présents dans les sections syndicales, sont très minoritaires dans les organismes de direction locaux. La CGT – comme le PCF – revendique d’ailleurs « la planification de l’immigration en fonction des besoins de l’économie ». L’attitude de la CGT vis-à-vis de l’immigration a cependant évolué, passant de l’indifférence à la tentative d’acquérir une certaine implantation dans ce secteur de la classe ouvrière. Le développement des luttes parmi les travailleurs immigrés au cours des dernières années explique cette attitude. La CGT doit en effet faire la démonstration qu’elle contrôle non seulement le prolétariat d’origine française, mais ses fractions immigrées pour pouvoir pleinement jouer son rôle d’interlocuteur responsable du patronat et de l’Etat, et conserver le monopole de la représentativité ouvrière. Elle a aussi le souci de faire pièce aux tentatives de la CFDT de se tailler une place dans ce milieu « vierge » et à l’intervention de l’extrême gauche.

La « lutte » de la CGT contre les « mesures Stoleru » n’a pas pour autant dépassé le cadre de quelques gestes purement symboliques.

Combat communiste n° 41, novembre 1978