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Les Communistes Révolutionnaires et l’Union nationale : 1944-1946

dimanche 24 octobre 2010, par Yves

Pour le moment, il n’existe pas d’étude historique détaillée et fiable sur les Communistes Révolutionnaires, l’OCR et leur organisation plus ou moins sœur, les RKD, les Revolutionären Kommunisten Deutschlands. Et il est probable, vu la mort de nombre d’entre eux, qu’il n’en existera jamais. Sans entrer dans des détails d’histoire groupusculaire, on peut dire qu’ils venaient du trotskysme ; qu’ils sont restés fidèlés au léninisme pendant la plus grande partie de leur courte existence, de 1941 à 1946 ; qu’ils considéraient l’URSS comme un capitalisme d’Etat et la Résistance comme une opération bourgeoise au service de l’impérialisme ; qu’ils ont fait un travail internationaliste en direction de l’armée allemande sous l’Occupation, et que ces petits groupes ont explosé après 1946, chacun suivant son itinéraire politique individuel. La personnalité et les méthodes organisationnelles de Georg Scheuer ont suscité de violentes polémiques. On trouve la trace de ces débats dans les archives de Scheuer déposées à l’Institut d’histoire sociale d’Amsterdam, que nous avons pu consulter et où nous avons pu recopier ces tracts et articles. Nous n’avons pas la prétention de contribuer à l’histoire de ces courants, seulement de montrer qu’il existait, sous l’Occupation et à la « Libération », des militants qui analysaient clairement la fonction pro-patronale et anti-ouvrière du PCF dans la Résistance et dans la « reconstruction » de la France, et n’avaient aucune illusion sur le gaullisme et ses prétendus aspects « sociaux ». C’est pourquoi nous reproduirons d’autres textes des Communistes Révolutionnaires dans notre prochain numéro consacré à la fumeuse identité nationale, voire dans d’autres numéros.

Deux livres évoquent brièvement l’OCR et les RKD : Pierre Lanneret, Les internationalistes du « troisième camp » en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Acratie, 1995 ; et Georg Scheuer (décédé en 1996), Seuls les fous n’ont pas peur, Syllepse, 2002, 288 p. On trouvera aussi quelques éléments dans le n°12-13 d’octobre 2002 / janvier 2003 de la revue Dissidences, notamment dans l’article de François Langlet « Les ‘internationalistes du 3e camp’ durant la seconde guerre mondiale » et une note de lecture sur le livre de Georg Scheuer, Seuls les fous n’ont pas peur écrite par J.-G.Lanuque

Ni patrie ni frontières

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L’expérience Berliet

Par un arrêt en date du 5 septembre 1944 du Commissaire de la République de la Région Rhône-Alpes, la firme automobile Berliet a été mise « en administration séquestre ». Monsieur Berliet et ses fils ont été arrêtés et transférés au Fort Montluc, ancienne prison de la Gestapo. En attendant, il se trouve à l’hôpital de l’Antiquaille. Le gouvernement a désigné Monsieur Mosnier comme administrateur, qui de son côté a désigné un « conseil consultatif » de trois membres, M. Boutiller, ingénieur des Mines, secrétaire du Préfet du Rhône, représentant les pouvoir publics et les usagers, c’est-à-dire la bourgeoisie et son Etat ; M. Pardin, ingénieur, secrétaire du syndicat des techniciens, nommé directeur technique ; M. Besson, secrétaire du syndicat des ouvriers métallurgistes ; M. Guérin, secrétaire du syndicat également ; et enfin M. Bidault, en remplacement de M. Guérin.

Les usines Berliet restent donc propriété privée de la société par actions Berliet ; Berliet lui-même, un des co-actionnaires, n’est même pas exproprié. Les autres actionnaires de la société anonyme continuent à empocher les bénéfices et les dividendes. Au contraire, l’effort accru des ouvriers, trompés par la nouvelle façade démocratique et réformiste, augmentera encore ces bénéfices.

L’usine Berliet reste propriété capitaliste

Tous les ouvriers de chez Berliet le sentent plus ou moins, mais la nouvelle direction essaie de les tromper à ce sujet. Pourtant, tant que les ouvriers n’auront pas élu leurs propres comités ouvriers dans toutes les usines du pays, tant que ces comités ne s’empareront pas de la direction des moyens de production et de toutes les affaires politiques et économiques, l’ouvrier restera exploité par la classe capitaliste, par l’Etat capitaliste qui se présente sous la couverture de la « nation », de l’ « intérêt général », de la « collectivité ».

Même si M. Berliet et ses fils étaient expropriés par l’Etat actuel, ce ne serait qu’une expropriation au profit des autres capitalistes et non pas au profit du prolétariat. Les nationalisations capitalistes ne changent rien à la condition prolétarienne. Des améliorations réformistes ou démocratiques sont possibles, des augmentations de salaires peuvent avoir lieu, mais l’ouvrier reste un exploité et souvent, par l’illusion d’être libéré du joug capitaliste, l’exploitation augmente encore.

Toute nationalisation n’est pas socialiste. Ainsi Engels condamne les étatisations de Bismarck, ainsi les marxistes d’aujourd’hui dénoncent le caractère réactionnaire des nationalisations opérées par Hitler, par De Gaulle, par Roosevelt, par les gouvernements capitalistes du Mexique et de Turquie, etc. Même les nationalisations révolutionnaires opérées par la dictature du prolétariat en octobre 1917 en Russie ont perdu leur valeur révolutionnaire depuis l’avènement d’une nouvelle classe exploiteuse en Russie, depuis la destruction des soviets qui étaient les seuls organes capables d’assurer la domination économique et politique du prolétariat.

Depuis la contre-révolution stalinienne en Russie, les capitalistes de tous les pays voient de plus en plus qu’ils pourront prolonger la durée de leur domination en « étatisant » certaines entreprises importantes et en racontant au prolétariat que ce serait un pas en avant vers le socialisme. Les étatisations en régime capitaliste, loin de libérer le prolétariat, renforcent au contraire son esclavage et la puissance concentrée de ses exploiteurs.

Les améliorations

apportées aux conditions de travail

Les ouvriers ont le droit de fumer dans les salles de travail où il ne se trouve pas de matières inflammables. Berliet, patron de combat, autoritaire et despotique, ne tolérait pas que les ouvriers fument pour « ne pas perdre de temps ». La nouvelle direction trouve d’autres moyens et, comme on peut le constater, des moyens plus efficaces pour « gagner du temps » et pour pousser à l’extrême l’effort des ouvriers. La cantine est bonne. Les gardes-chiourme ne sont plus derrière chaque ouvrier. C’est moins nécessaire, parce qu’une partie des ouvriers est encore assez « enthousiaste », c’est-à-dire assez illusionnée pour donner un maximum de force de travail.Les salaires ont été augmentés, 4 francs 40 par heure en moyenne. Cela ne fait même pas 40%, et pourtant la vie monte.

Les aggravations des conditions de travail

A la suite des bombardements, les ouvriers sont obligés de travailler dans l’eau jusqu’aux chevilles et dans les courants d’air. Tout est cassé, des murs, des vitres. Pour réparer cet état de choses, on demande des « volontaires » qui font des heures supplémentaires surtout le samedi. Ces heures sont payées sans majoration. Le travail au temps chronométré continue.

Rien ne pourrait mieux démontrer l’exploitation que le fait suivant : la production de voitures augmente sans cesse, mais les ouvriers manquent de moyens de transport pour aller à l’usine. L’ouvrier a le choix d’être bousculé dans le car ou de rester sur le pavé.

L’escroquerie réformiste

L’expérience Berliet est nouvelle pour la France, mais elle ne l’est pas pour le mouvement ouvrier international. Il suffit de rappeler l’exemple des « socialisations » en Allemagne et en Autriche en 1918. A ces occasions, la bourgeoisie faisait des concessions encore plus importantes que celles que nous voyons dans le cas Berliet. Certains Berliet allemands ont réellement été expropriés par l’Etat « démocratique » de Weimar et les ouvriers avaient un contrôle encore beaucoup plus important que ceux de chez Berliet. En Espagne « républicaine », la bourgeoisie confiait même aux bonzes syndicaux la gestion de certaines usines et la démocratie était encore bien plus large que celle que nous voyons chez Berliet où la direction n’est pas élue mais désignée par le représentant du général de Gaulle, c’est-à-dire par le représentant de la bourgeoisie. Pourtant, même dans les exemples précités, la classe ouvrière restait toujours classe exploitée et la bourgeoisie ne lâchait jamais le gouvernail.

Cela n’empêche pas la nouvelle direction de chez Berliet, composée de différents valets conscients ou inconscients du régime capitaliste, de faire une propagande démagogique. Le reflet fidèle de cette propagande est le journal de l’usine Contact dont deux numéros sont déjà parus, 19 octobre et 9 novembre 1944.

Travailler pour la guerre impérialiste

Contact avoue dès le premier numéro qu’il paraît pour être « le trait d’union entre les différentes catégories sociales » de l’usine ; les marxistes savent que « les différentes catégories sociales » sont les CLASSES. Les démagogues ont peur de cette question. Le même éditorial prévoit « les malentendus et finalement la discorde ». « Au service de la nation française », c’est l’article de M. Mosnier qui déclare ouvertement que la production a été freinée par les méthodes malsaines de M. Berliet et qu’avec les nouvelles méthodes de gestion il s’agit de travailler « pour la poursuite victorieuse de la guerre et pour relever la France de ses ruines » ; pour arriver à ce surtravail dans l’intérêt de la « nation française » (lire bourgeoisie !) « il était nécessaire d’éliminer un patron de division dont la présence seule aurait interdit aux travailleurs de cette entreprise d’apporter une collaboration décidée, totale, dans le haut souci de l’intérêt général de la Nation ».

« Nous fabriquons pour satisfaire les besoins urgents du pays, nous mettrons à sa disposition tous nos moyens de production, toute notre énergie, toute notre force de travail ». « Dans ces établissements mis aujourd’hui au service de la collectivité, le comportement d’un travailleur doit être marqué constamment du souci de l’intérêt collectif. » Ce langage est assez clair. M. Berliet, le patron de combat et le collaborateur, aurait, par sa seule présence, suscité des résistances de la part des ouvriers. Il devait disparaître dans « l’intérêt général » de l’impérialisme français qui se trouve plus que jamais en guerre et qui a besoin d’un effort maximum de la classe ouvrière. Maintenant que Berliet est remplacé par une commission de bureaucrates et de techniciens désignés par le Commissaire du gouvernement, les ouvriers n’ont plus droit à la grève, ni même à la Résistance passive, sinon ils seront traités comme des membres de la Cinquième colonne, comme des contre-révolutionnaires et comme des saboteurs de la propriété « collective ». Comme on voit, la bourgeoisie française a appris quelque chose de l’expérience russe.

Le stakhanovisme est évidemment à l’ordre du jour. Nous savons que le stakhanovisme russe, instauré depuis 1936, n’est autre chose que le « système de la sueur » américain (Taylor) accentué et poussé jusqu’à l’extrême. Ce système a été aboli et condamné par la révolution d’octobre 1917. La bureaucratie stalinienne, pour diviser la classe ouvrière, l’a repris. Et le numéro 2 de Contact appelle les « Milices patriotiques », les « Brigades de choc », les stakhanovistes de la production pour le relèvement et la renaissance de la France. La direction se propose de susciter « les initiatives, l’ardeur au travail…. L’enthousiasme au relèvement des ruines de notre pays ». Relèvement des ruines du capitalisme français, au lieu d’exploiter sa situation difficile pour l’abattre une fois pour toutes ! Et surtout, les ouvriers de chez Berliet travaillent actuellement non pas encore pour « le relèvement des ruines » mais pour en faire d’autres, car la plupart de la production ne sert qu’à la guerre impérialiste qui continue en France et au-delà des frontières.

Les ouvriers commencent à comprendre

Le deuxième numéro de Contact reflète déjà le mécontentement grandissant des ouvriers. Certes, en première page, nous lisons le communiqué de la « bataille de novembre » : « Nous avons pris l’engagement d’honneur ( !), après avoir produit en octobre 40% de plus qu’avant la Libération, de doubler la production en novembre et de dépasser de 20% la production mensuelle moyenne de 1943, malgré les difficultés et les ateliers mutilés. » Certes nous trouvons aussi en première page l’article démagogique de Bardin qui commence par ces mots : « Enfin nous voilà débarrassés des oppresseurs. La Maison Berliet devient la Maison de la Liberté. »

Après certains aveux concernant « les traces du régime infect », Bardin exalte le surtravail que « ni le froid, ni la pluie ne décourage ». Ce n’est pas le langage camouflé d’un marxiste, qui choisit ses termes pour passer la censure, tout en exprimant toujours sa pensée marxiste, mais c’est le langage de l’ancien trotskyste qui n’a jamais cessé de considérer la Russie contre-révolutionnaire comme un « Etat ouvrier dégénéré ». Pour ces gens-là, ce ne sont pas les ouvriers qui dirigeront les usines pour construire le socialisme, mais ce seront toujours des cliques de bureaucrates et de techniciens qui remplaceront l’ancienne bourgeoisie pour maintenir dans le salariat et dans l’exploitation capitaliste le prolétaire… tout en parlant de « liberté »…

Pourtant même d’après Contact, les ouvriers de chez Berliet sont mécontents.

1) « nombreux sont les camarades qui critiquent les salaires appliqués ».

2) Ils considèrent l’usine Berliet toujours comme la « boîte Berliet ».

3) Ils sont mécontents du manque de moyens de transport.

4) Ils se préparent, d’une façon « généralisée », « avant l’heure de sortie ».

Dans ces quatre cas, l’organe du « personnel » prend position contre le personnel.

Promesses et menaces

Et rien ne peut mieux démasquer son caractère de classe. Dans la question des salaires, Besson et Bidault font de vaines promesses, tout en avouant « les salaires anormalement bas », inférieurs même aux autres salaires de la place de Lyon. « Nous disons donc que les critiques sont prématurées et qu’il ne tient qu’à nous, ouvriers et techniciens, d’améliorer notre situation en tenant nos engagements et en prenant nos responsabilités ».

Vous voulez des salaires plus élevés ? Travaillez davantage !

En ce qui concerne la « boîte Berliet » : « Cette appellation doit disparaître ». Comme si le changement d’appellation changerait quelque chose au fait. Tout en soulignant en première page la surproduction de voitures, on déclare en dernière page (Le Reniflard) : « Nous n’avons pas assez de cars, c’est entendu, mais… »

Et pour arriver au quatrième point de mécontentement « la section syndicale » fait appel : « Calculez un peu ce que cette perte de temps multipliée par le nombre d’ouvriers représente en perte dans la production totale » et exige que ces « habitudes inacceptables doivent disparaître ». Aux vagues promesses se joignent des menaces non camouflées.

Les ouvriers qui osent critiquer sérieusement ou même résister à l’exploitation sont assimilés à la « Cinquième Colonne ». Il faut souligner que la majorité des ouvriers ne s’engage pas comme « volontaires » pour les heures supplémentaires.

Les Milices patriotiques « doivent veiller à ce que les saboteurs ne viennent pas jeter la perturbation et faire échouer une expérience qui démontrera leur libération définitive. Elles feront la chasse aux semeurs de discorde, de désunion, aux fabricants de faux bruits malveillants, aux freineurs et aux saboteurs. Elles seront les brigades de choc, les stakhanovistes… »

La lutte de classe doit continuer

Les Communistes Révolutionnaires doivent dénoncer la manœuvre réformiste et soi-disant démocratique qui est faite dans l’intérêt du capitalisme. Ils doivent démasquer le vrai caractère de classe de l’expérience Berliet, de Renault, et de toutes les autres entreprises mises sous séquestre d’Etat ou nationalisées au profit de l’Etat capitaliste. Seules les nationalisations au profit d’un Etat prolétarien, opérées par les comités des ouvriers d’un pays tout entier, sont progressives.

Les ouvriers ont prouvé plus d’une fois qu’ils sont capables de faire fonctionner les usines eux-mêmes, sans patron, groupés en comités qui prennent en main toutes les entreprises. Ils l’ont prouvé en Russie de 1917-1923, en 1918/19 en Allemagne, Autriche, Italie, Hongrie, plus tard en Espagne, au Mexique, etc.

En tout cas ce ne sont pas les expériences Berliet ou Renault qui peuvent nous apporter de nouvelles preuves.

Dans le cas particulier de Berliet, il faut souligner que l’entreprise n’a même pas été nationalisée ni expropriée. Berliet et les autres actionnaires, anonymes d’ailleurs, restent propriétaires et continuent à empocher les dividendes et les bénéfices. Il est possible que ces bénéfices soient dans une certaine mesure réduits mais alors ce n’est pas au profit du prolétariat mais au profit de l’Etat français qui s’appelle mensongèrement « nation » ou « intérêt général » et qui fait, avec la sueur et le sang des ouvriers, la guerre impérialiste aux côtés des impérialismes anglais, américain et russe, aujourd’hui contre l’Allemagne, demain contre le Japon et pour reconquérir les colonies ou pour écraser la révolution prolétarienne dans tel ou tel pays.

En expliquant aux ouvriers le sens capitaliste du changement de direction chez Berliet ou dans d’autres entreprises, les Communistes Révolutionnaires doivent appeler les ouvriers à la continuation de la lutte des classes pour la réalisation de toutes les revendications immédiates, pour l’augmentation immédiate des salaires correspondant à la surproduction des ouvriers et surtout au coût de la vie qui monte rapidement, pour l’échelle mobile des salaires, pour l’amélioration des conditions de travail. Cette lutte doit être menée non pas par des pétitions ou des discussions avec la nouvelle direction mais par les moyens classiques de la lutte ouvrière : par la grève depuis la grève perlée jusqu’à la grève générale.

A travers cette lutte de classe les ouvriers doivent former leurs comités d’usine, des comités élus par les ouvriers, entièrement indépendants de la bourgeoisie et de son Etat, à l’opposé des prétendus « comités mixtes » ou autres dirigés par le patronat ou l’Etat bourgeois. Les comités d’usine doivent finalement prendre la direction de l’usine. C’est la seule voie pour arriver à l’expropriation réelle des exploiteurs.

Décembre 1944.

Lisez et diffusez la presse prolétarienne clandestine

Pouvoir ouvrier, organe central des Communistes Révolutionnaires

Marxisme, organe théorique des CR

Le Prolétaire, organe des CR de Toulouse

Fraternisation prolétarienne, organe des CR du Sud Est

(Brochure extraite des Archives de George Scheuer, document 454, Institut d’histoire sociale, Amsterdam)

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Maurice Thorez a dit…

En juin 1936, Maurice Thorez a dit : « Il faut savoir terminer une grève ! » Nous avons terminé les grèves et ç’a a été la défaite des ouvriers, la réaction, la guerre. Depuis 6 ans la bourgeoisie de tous les pays s’engraisse, les ouvriers meurent, sur les fronts et sous les bombardements, de la faim et du froid.

Le prolétariat en a assez de la guerre des capitalistes. Les mineurs belges, anglais et américains font grève. Les ouvriers italiens et allemands se lèvent. Les ouvriers français et espagnols vont les rejoindre. Enfin, les prolétaires de tous les pays vont s’unir pour leur propre cause, contre le capitalisme mondial.

Alors, Maurice Thorez se lève à nouveau et les 21-22-23 janvier 1945, il nous dit à la session du Comité central du PCF :

PAS D’EXIGENCES SOCIALISTES OU COMMUNISTES

« Nous qui sommes des communistes ( ?) nous ne formulons pas présentement des exigences de caractère socialiste ou communiste. Nous disons cela au risque de paraître tièdes aux yeux de ceux qui ont constamment à la bouche le mot de révolution. »

ENTENTE AVEC LES PATRONS

« Et comme nous l’Occupation, nous voulons, pour gagner la guerre, nous entendre avec tous les bons Français, ouvriers, employés, patrons »….NOUS SOMMES UN PARTI DE GOUVERNEMENT

« un parti qui a délégué… Billoux et Tillon dans le gouvernement. D’autres communistes ont été appelés aux plus hautes fonctions dans l’administration de l’Etat ».

LES GARDES CIVIQUES NE DOIVENT PLUS ETRE MAINTENUES PLUS LONGTEMPS

« C’est à l’autorité légale de procéder aux perquisitions, aux arrestations, aux jugements et à l’exécution des jugements… Ces groupes armés ont eu leur raison d’être avant et pendant l’insurrection… la situation est maintenant différente ».

POUR LES OFFICIERS DE PETAIN

« Nous ne manquons pas d’officiers de valeur, y compris ceux qui ont pu se laisser abuser un certain temps par Pétain et qui ne demandent qu’à se racheter ».

POURQUOI LE PCF A-T-IL TRAHI

LA CAUSE DES OUVRIERS ?

Pourquoi la direction du PCF abandonne-t-elle ouvertement non seulement la préparation de la Révolution prolétarienne, mais même toute lutte revendicative ? Pourquoi Maurice Thorez tend-il la main au patronat ? Pourquoi le PCF est-il devenu un parti de ministres bourgeois ? Pourquoi exige-t-il maintenant non seulement le désarmement du peuple, mais même la dissolution des Gardes civiques qu’il avait soutenues d’abord pour des raisons purement impérialistes ? La dissolution de tout groupe armé en dehors de l’armée et de la police capitalistes officielles ? Pourquoi les chefs « communistes » font-ils la chasse aux « gauchistes » et aux « sectaires » et font-ils appel en même temps non seulement aux officiers de M. de Gaulle mais aussi à ceux du maréchal Pétain ? Pourquoi le maréchal Staline a-t-il commandé cette politique de trahison ? Pourquoi est-il partout avec les généraux réactionnaires contre les ouvriers ? Pourquoi soutient-il les gouvernements royalistes en Italie, Roumanie et Bulgarie, le général von Paulus en Allemagne, le général von Mannerheim en Finlande ? Pourquoi a-t-il conclu un pacte avec Churchill contre l’insurrection de Grèce ? Pourquoi a-t-il fait massacrer les ouvriers de Varsovie et de Budapest ?

Parce que la révolution communiste a été étranglée en Russie même. Parce que la Révolution d’Octobre a été vaincue par le capitalisme mondial. Parce qu’une nouvelle classe d’exploiteurs capitalistes et impérialistes s’est emparée du pouvoir en Russie. Et les Staline, Thorez et Co qui ont depuis longtemps trahi le communisme sont les serviteurs de cette nouvelle bourgeoisie.

Mais attention ! la guerre n’est pas finie. La nouvelle révolution communiste mûrit partout, malgré toutes les manœuvres de trahison, malgré toutes les menaces. Le prolétariat russe, le prolétariat français, le prolétariat mondial sauront terminer la guerre par la Révolution.

Seule la révolution prolétarienne nous donnera le pain, la paix, la liberté ! Posez partout vos revendications ! Préparez vos grèves de masse ! En avant pour la grève générale ! Suivez l’exemple des grévistes belges, italiens, grecs, écossais, suédois ! Gardez vos armes ! Bientôt vous vous en servirez pour abattre le capitalisme !

Rompez avec le stalinisme et avec tous les traîtres au prolétariat ! En avant pour la construction du Parti communiste révolutionnaire ! En avant pour la révolution prolétarienne !

Les Communistes Révolutionnaires

(Tract non daté mais certainement diffusé en 1945, Archives de George Scheuer, document 449, Institut d’histoire sociale, Amsterdam)

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Ouvriers du Livre :

en avant !

Tous les ouvriers : en avant !

Après les ouvriers du Livre du Gers, vous êtes les premiers de la Région parisienne à vous opposer à la bourgeoisie.

Vous n’avez rien voulu entendre aux prétextes que le patronat utilisait pour refuser une augmentation de salaires. Vous n’avez pas eu peur des menaces des traîtres des directions du Parti « Communiste » Français ou de la CGT. Ces traîtres à la classe ouvrière vous appellent des « saboteurs ». Mais vous savez que vous défendez votre cause, celle de tous les ouvriers.

Vous montrez ainsi la voie aux ouvriers de toutes les corporations. Vous leur prouvez que la première arme de lutte contre le patronat est

LA GREVE

Ce moyen, pour obtenir vos revendications, doit être généralisé

PARTOUT

Les ouvriers des autres industries doivent vous aider dans votre lutte, c’est le gage de la victoire. Vous devrez également les aider dans leur lutte qui les oppose à la bourgeoisie, au capitalisme, au gouvernement.

PREPAREZ VOS GREVES DE MASSES !

Le patronat qui se réfugie derrière le gouvernement, comme le font les bonzes de la CGT pour ne pas donner gain de cause aux ouvriers, objecte qu’il n’augmentera ceux-ci que si ses prix de vente sont élevés en conséquence. Mais, camarades, nous nous trouvons dans un cercle vicieux. Les salaires augmentent, la vie augmente de même.

Pendant que les ouvriers crèvent de plus en plus de faim, les bourgeois, eux, se nourrissent de mieux en mieux.

Sous prétexte de « terminer la guerre », la bourgeoisie et son gouvernement veulent nous affamer et nous imposer la servitude. Mais la guerre ne pourra prendre fin que si les ouvriers imposent la paix aux capitalistes par la Révolution. Par la grève de masse et des manifestations de masse devant les ministères, les ouvriers doivent imposer leurs revendications immédiates et préparer la lutte pour le pouvoir ouvrier. Les ouvriers italiens, grecs, belges et autres ont compris. Les ouvriers français commencent, eux aussi à comprendre. Les ouvriers du Livre défendent leurs intérêts de classe ! Tous les ouvriers doivent organiser la solidarité pour eux !

A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE ! A BAS LA BOURGEOISIE ET SON GOUVERNEMENT !

EN AVANT POUR LA GREVE GENERALE !

Les Communistes Révolutionnaires

Paris, le 2 mars 1945

(Tract tiré des Archives Scheuer à l’IISG, Institut d’histoire sociale d’Amsterdam, que nous remercions pour sa collaboration)

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1er Mai 1945

Lutte et solidarité du prolétariat international

Depuis six ans les ouvriers de tous les pays s’égorgent, les bourgeois dans tous les pays s’engraissent.

Assez de massacres.

La révolution prolétarienne commence. Le prolétariat allemand se révolte contre ses oppresseurs nazis, pendant que Tolboukhine, maréchal de Staline, gracie les officiers nazis qui l’aident à réprimer la révolution allemande. Les ouvriers italiens continuent leur révolution commencée il y a deux ans. Les mineurs belges sont en grève. Les métallos suédois sont en grève. Les dockers de Londres sont en grève. Les mineurs américains préparent la grève.

C’est alors que Thorez et Saillant et de Gaulle veulent faire du Premier Mai la journée des patrons français pour la poursuite de la guerre impérialiste. Ces messieurs croient avoir domestiqué le prolétariat français.

Mais les dirigeants de la CGT ont dû reculer devant la pression des ouvriers. Nous avons obtenu le Premier Mai chômé. Il nous faut le Premier Mai payé et sans récupération.

Depuis plus de cinquante ans le Premier mai est la journée des travailleurs du monde entier. La classe ouvrière française montrera qu’elle est digne de ses traditions révolutionnaires en faisant grève générale le Premier mai.

Au mot d’ordre des « jeunes » : « Travailler d’abord, revendiquer ensuite », les ouvriers opposeront :

La lutte par la grève partout

Des manifestations devant les mairies, préfectures et ministères

pour l’augmentation des salaires,

pour leur ravitaillement,

contre l’augmentation des prix et la famine.

Pour les libertés de presse, de réunion, d’association pour la classe ouvrière.

Pour la libération des militants emprisonnés par les flics du capitalisme.

Contre la mobilisation et les recensements.

Pour la fraternisation avec les ouvriers de tous les pays.

Le Premier Mai 1945 les prolétaires de Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Lille et de Londres, Berlin, Moscou, New York, Vienne, Milan, Turin, Athènes, Bruxelles, Salonique, Hambourg manifesteront contre la guerre impérialiste, pour la révolution prolétarienne.

Camarades ouvriers, formez vos comités de grève

Camarades soldats, joignez-vous à la manifestation de vos frères de classe

Premier Mai 1945, En avant vers la victoire du prolétariat international vers le pouvoir ouvrier

Les Communistes Révolutionnaires (pour la nouvelle Internationale Communiste)

(Archives de George Scheuer, document 45, Institut d’histoire sociale, Amsterdam)

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À bas la mascarade

du Premier Mai bourgeois !

Prolétaires, camarades,

Le Premier Mai était autrefois une journée de revendications du prolétariat international où les ouvriers versaient leur sang pour une Révolution symbolique, sans lendemain. La bourgeoisie impérialiste a fait du Premier Mai, comme de tous les anniversaires ouvriers (comme de celui du « Mur des Fédérés »), un rite religieux bourgeois. Et tous les rites religieux sont un opium pour les travailleurs.

Le Premier Mai 1945 était la fête de l’épuration bourgeoise, aux cris de « Pétain au poteau ». On utilisait la haine ouvrière contre ce vieil assassin bourgeois et ses acolytes pour calomnier le malheureux prolétariat allemand et blanchir la bourgeoisie française « patriote ».

Le Premier Mai 1946 sera la fête de la « Renaissance économique française », dit l’appel de la CGT.

Or, il ne s’agissait pas pour nous d’ « épurer » la société bourgeoise de ses « traîtres à la patrie », mais de détruire la société et la patrie bourgeoises qui engendrent la guerre impérialiste et le massacre mutuel des ouvriers.

Aujourd’hui, il ne s’agit pas de « produire et reconstruire » au profit des capitalistes (patrons, trusts ou monopoles d’Etat) pour les renflouer dans la concurrence et pour leur donner de quoi renforcer la police (« la France forte » !). Il s’agit de refuser tout travail au Capital et de tourner les forces ouvrières vers sa destruction.

Car le capitalisme international (américain, russe, anglais, français, allemand, etc.) qui a mis au chômage le quart du prolétariat mondial en 1929-32, qui a tué 10 millions d’hommes en 1914-18 et 50 millions en 1939-45, multipliera sans cesse ses victimes jusqu’à ce qu’il soit supprimé.

Tous les partis résistants dans le monde défendent le capitalisme. Il n’y a pas « des » partis ouvriers et « des » partis bourgeois. Il y a les partis bourgeois : les démocrates, les républicains, conservateurs, travaillistes, nationalistes, démocrates-chrétiens, etc. En France, PRL, MRP, Radicaux… et avec eux « communistes » et « socialistes », trotskystes. Aucun ne veut détruire le capitalisme. Si quelques-uns crient contre « les trusts », c’est pour favoriser les « nationalisations » et pour sauver le capitalisme par le capitalisme d’Etat.

Les syndicats, qui n’ont servi autrefois, dans le meilleur cas, qu’à « améliorer » le salariat, c’est-à-dire à maintenir le capitalisme, sont aujourd’hui un instrument du gouvernement anti-ouvrier de la bourgeoisie internationale. La Fédération syndicale mondiale (FSM) n’est qu’un appendice de l’ONU, parlement mondial des Etats bourgeois. Les syndicats sont les cadres bureaucratiques-bourgeois de la classe ouvrière dans la production, nécessairement briseurs de grèves, jaunes et mouchards, aussi bien CGT que CFTC. Ils sont la police dans l’usine.

Le Parti « communiste » français, la CGT stalinienne aux 8/10e, et le Parti « socialiste » qui vont ont répété :

LEURS MOTS D’ORDRE : « Mort aux Boches ! », « Vive de Gaulle ! » et puis « Epuration » et encore « Produire et Reconstruire ».

LEURS PROMESSES : Bien-être et libertés.

Vous avez travaillé et fait des sacrifices pour la Résistance (dites : guerre impérialiste) et pour la « reconstruction » (dites : sauvetage du capitalisme).

RESULTATS : Les morts de la guerre, les salaires bloqués, la hausse accélérée des prix, la misère sans fin, la « liberté » de voter pour les « sacrifices de la classe ouvrière » en vue de la « Renaissance ».

C’est le gouvernement des ministres du PCF, de la CGT et du PS, avec ou sans de Gaulle, qui nous a obtenu ces résultats.

LEURS NOUVELLES PROMESSES ? Elles sont dans la Constitution : la « propriété inviolable » (mais pour eux qui en ont une) ; les « nationalisations » (capitalisme d’Etat), ; mais, pour les ouvriers, le droit et le devoir de continuer à être « librement » exploités par les capitalistes.

Le MRP ne trouvait à y ajouter qu’un Sénat et quelques écoles de curés. Mais le MRP n’aura pas gain de cause car, aujourd’hui, pour tromper la classe ouvrière mécontente, il faut un gouvernement « ouvrier » de « communistes », de « socialistes » et de syndicalistes, qui camoufle le gouvernement bourgeois et le capitalisme qui continue sous sa protection.

PCF, PS, CGT empêchent les grèves pour les salaires et le ravitaillement. Demain, ils feront tout pour écraser la classe ouvrière quand elle aura compris, par expérience, qu’il ne suffit pas de lutter pour « améliorer » les salaires, mais qu’il faut supprimer le régime des salaires et créer la société communiste où les travailleurs dirigeront eux-mêmes la production et la distribution dans leur propre intérêt.

Pour exproprier les capitalistes et l’Etat patron, il faudra détruire toutes les bureaucraties de l’Etat bourgeois, y compris la bureaucratie « communiste », « socialiste », syndicale.

Le défilé du Premier Mai sera la grande parade de l’armée du travail encadrée par la caste bourgeoise des officiers et des policiers en civil du PCF, du PS et de la CGT. À la veille des élections, en présence de la bourgeoisie française et internationale aux balcons, on fera crier aux ouvriers : « Oui ! » à la Constitution bourgeoise, « Oui ! » à la production capitaliste, « Oui ! » à la dictature bourgeoise, ce qui remplira d’aise les partisans les plus conscients du « Non » à la Constitution. Dans cette revue du 14 Juillet, il ne manquera que les tanks et les escadrilles. Mais pas mal de patrons auront prêté leurs camions (exemple Renault).

Prolétaires révolutionnaires,

Nous sommes trop faibles aujourd’hui pour libérer l’armée du travail de ses cadres bourgeois, et nous ne devons pas non plus nous heurter à elle. Nous sommes trop faibles encore pour former nos conseils ouvriers révolutionnaires armés qui briseront les polices, les partis bourgeois, les parlements et les syndicats, et qui seront notre pouvoir.

Mais dès maintenant nous vous disons :

N’allez pas au défilé du Premier Mai et, si vous y êtes, rompez les rangs !

N’allez pas aux manifestations bourgeoises, syndicales et démocratiques !

Rompez collectivement avec les syndicats !

Ne votez pas au référendum sur des querelles bourgeoises !

Le véritable Premier Mai prolétarien, ce sera la fête du printemps ouvrier, la Révolution prolétarienne.

Ouvriers conscients, votre place est aujourd’hui dans les rangs des communistes révolutionnaires qui développent et répandent le programme de cette révolution aux côtés de tous les ouvriers qui commencent à comprendre, à travers les grèves revendicatives faites malgré les syndicats, la nécessité inéluctable de la Révolution ouvrière mondiale.

L’Organisation Communiste Révolutionnaire

Edité par Pouvoir Ouvrier, Paris, fin avril 1946

(Tract tiré des Archives Scheuer à l’IISG, Institut d’histoire sociale d’Amsterdam, que nous remercions pour sa collaboration)