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Dans le monde, une classe en lutte juillet 2010

vendredi 20 août 2010

LA LUTTE RADICALE DES MIGRANTS DE L’ASIE

Depuis trente ou quarante ans, le capital, pour faire face à la baisse du taux de profit, puise dans l’énorme réservoir de force de travail des paysans (plus de la moitié des deux tiers de la population mondiale) chassés des campagnes par la modernisation des techniques agricoles et la compétition mondiale. L’Est et le Sud-Est asiatiques sont ainsi devenus les ateliers du monde avec des concentrations d’exploités inconnues jusqu’alors et des conditions d’une exploitation du travail dignes des tout débuts du capitalisme, bien qu’œuvrant avec des techniques modernes pour fabriquer les marchandises les plus élaborées déversées sur les marchés mondiaux.
La crise économique, qui est une des conséquences des déséquilibres résultant de l’évolution de cette nouvelle organisation du marché capitaliste, a frappé d’autant plus durement ces travailleurs surexploités que leur migration récente de la campagne vers les villes s’est faite dans la précarité et l’insécurité les plus totales. On ne peut qu’être frappé par la violence des luttes qui se sont déroulées récemment et sur lesquelles les capitaux, à la recherche des plus bas coûts de production, se sont jetés depuis des décennies et qu’ils tentent de pressurer encore davantage pour maintenir leur profitabilité. Nous ne pouvons dans ces quelques pages que donner un aperçu des luttes les plus récentes et seulement de celles qui parviennent jusqu’à nous.
Les médias, et à leur remorque une bonne partie de l’ultra gauche, insistent beaucoup sur ce qui se passe en Chine sans considérer le fait que ce n’est pas seulement la Chine qui est le champ d’activités des prédateurs capitalistes, mais aussi tous les pays en développement qui peuvent garantir les plus bas coûts d’exploitation de la force de travail, et qu’entre les sous-traitants négriers de ces pays, une féroce compétition déplace les activités industrielles selon les nécessités du profit et selon la dimension de la lutte de classe qui contraint à élever ces coûts.

Thaïlande (voir précédent bulletin) Petits soldats de l’opposition politique d’une classe moyenne montante, plus de 100 000 paysans pauvres, réservoirs à migrants et ouvriers passés récemment de la terre à l’usine, occupent le centre financier et commercial de la capitale Bangkok, s’y installent pendant des semaines, s’y barricadent, assiégés par l’armée, pacifiquement d’abord (ne réclamant que des élections et le respect des élites), puis se radicalisant. Ils sont encore entre 5 000 et 10 000 le 20 mai lors d’un dernier assaut. Ils finiront par se rendre ou se disperser, laissant 85 morts et plusieurs milliers de blessés, non sans avoir incendié des bâtiments publics, tout un centre commercial et des banques, ciblant sélectivement les propriétés de l’aristocratie dominante soutenue par l’armée.
Malaisie 6/06 2010 — 200 immigrants illégaux vietnamiens et birmans parqués dans le camp de détention d’Ajil près de Kuala Berang se révoltent et incendient les bâtiments administratifs. Par crainte d’une extension de l’extérieur, l’armée isole le camp. Près de 5 000 illégaux sont ainsi parqués en Malaisie. En 2009, 700 Birmans s’étaient révoltés dans un autre camp.
Birmanie 7/02/2010 — 2 000 ouvrières en grève occupent deux usines (chaussures et confection) pour les salaires et la réduction du temps de travail dans la banlieue de la capitale Rangoon. Elles sont encerclées par l’armée (le secteur compte 130 usines de confection exploitant 45 000 ouvrières essentiellement).
Vietnam Bien que toutes les grèves soient illégales depuis janvier 2010, 82 d’entre elles ont impliqué entre 15 000 et 30 000 travailleurs, uniquement pour les salaires. Le 14 mars, 3 000 ouvriers d’une usine d’ameublement, 4 000 de quatre compagnies de firmes étrangères à Dong Nai sont en grève pour les salaires ; arrêt de travail dans une compagnie taïwanaise du textile. Une compagnie japonaise de produits chimiques évite le conflit en mettant en vacances forcées tous ses travailleurs menaçant de faire grève pour « discuter et régler la situation ». Le 5 mai dans une firme électronique japonaise, 800 travailleurs se rassemblent devant l’usine, toujours pour les salaires. Le 28 mai, 100 travailleurs d’une firme de Hong Kong (textile) cessent le travail pour les salaires, les congés payés et le paiement des heures supplémentaires.
Le 28 juin, des paysans de la province de Thanh Hoa protestent contre les coupures d’électricité et contraignent les dirigeants locaux du trust d’État EVN à rester assis en plein soleil (cela semble une revanche contre ce supplice infligé récemment à des ouvriers d’une usine qui avaient osé se mettre en grève).
Bangladesh On a souvent évoqué les révoltes récurrentes principalement dans les usines textiles — dans la confection, 4 500 usines exploitent 4 millions de travailleurs, principalement des femmes voire des enfants, avec un salaire mensuel moyen de 19 euros, les revendications oscillant entre 58 et 72 euros mensuels et les patrons en offrant 22. Ces révoltes ont connu de dures répressions provoquant des réponses radicales : incendies d’usines et de matériels divers, destructions de machines et de marchandises, barrages routiers et batailles généralisées avec les flics et les sections spéciales anti-émeutes (outre la police et l’armée, une section spéciale militaire, le Rapid Action Battalion, est chargée de la police des émeutes, de plus une milice spéciale armée, Ansars, force d’appui de la police formée de volontaires, dispose de bases à proximité des usines). Mais depuis le début de l’année, l’aggravation des conditions de vie et la pression patronale sur les conditions d’exploitation pour faire face à la crise ont entraîné une explosion sans précédent de grèves et d’affrontements.
Le 20 avril, plusieurs milliers de travailleurs sont en grève à Narayanganj, bloquent les routes pour les salaires et pour une prime de vacances ; des usines sont vandalisées et incendiées, 40 blessés.
Le 7 mai, les 150 000 travailleurs de la navigation cessent le travail, c’est la 4e grève en dix-sept mois mais cette fois, c’est une grève illimitée (dans le sud du Bangladesh, les deltas du Gange et du Brahmapoutre forment un réseau dense de canaux et de rivières où la circulation fluviale est vitale, notamment pour l’acheminement des marchandises vers les ports). Le 12 mai, la grève, lancée par un syndicat, est déclarée illégale. Elle est marquée par des affrontements, des menaces physiques, du chantage (retrait du permis de travail), et par le sabotage d’un pétrolier. La grève cesse, alors que la pénurie de carburant s’installe, par un accord prévoyant entre 50 et 100 % d’augmentation, la libération de tous les emprisonnés et le retrait de toutes les poursuites.
Le 13 juin à Ashulia dans la banlieue de Dhaka, 8 500 travailleurs se mettent en grève suite au refus d’une augmentation par le patron d’Envoy Group, qui est aussi le président du syndicat national patronal du textile. Suite à l’assaut du barrage routier par les flics, la guérilla s’installe dans tout le secteur : les patrons ferment les usines, ce qui accroît le nombre des manifestants. Le mouvement s’étend aux bidonvilles voisins et devient une revendication générale contre les conditions de vie, les bagarres commencées le dimanche s’étendent au lundi. Plus de 40 blessés.
Le mardi 15 juin, dans le centre de Dhaka cette fois, à Tejgaon, l’usine Shomaker Sweaters Ltd fermée depuis le 10 juin ne rouvre pas comme prévu. Nouveaux affrontements.
Le 19 juin à Savar (banlieue de Dhaka), 7 000 travailleurs du Nasa Group manifestent à l’intérieur de l’usine, revendiquant un salaire mensuel de 58 euros. Comme ils bloquent les axes routiers proches, ils sont rejoints par les ouvriers de 16 autres usines voisines et ils sont des dizaines de milliers à se battre avec les flics ; 35 usines sont pillées et vandalisées et 75 autres contraintes de fermer.
Le lundi 21 juin à Ashulia, toujours dans la banlieue de Dhaka, ils sont 50 000 à se battre avec les flics et les forces spéciales RAB ; 300 usines sont fermées, 85 vandalisées, certaines incendiées, de même que les camions de livraison. Le lendemain, le ministre du travail annonce que les salaires seront révisés… dans les trois mois. Des poursuites sont engagées nommément contre 180 travailleurs, collectivement contre 60 000.
Le 27 juin, les syndicats liés au parti d’opposition le BNP organisent une journée de grève nationale qui paralyse le pays : plus de 1 000 arrestations, certaines préventives, et plus de 500 blessés.
Mais cela ne calme en aucune façon la revendication ouvrière. Le 27 juin, toujours à Ashulia, les 1 800 travailleurs sont prêts à reprendre le travail suite à un accord. Apprenant que 3 d’entre eux sont licenciés, ils reprennent la grève immédiatement, ravagent l’usine, molestent les dirigeants et bloquent l’autoroute. Police et Ansars les attaquent ; ces derniers sont pris à partie par des travailleurs qui tentent de leur dérober leurs armes et ils tirent pour se dégager : deux blessés dont un mortellement. De nouveau, toutes les usines du secteur explosent, les ouvriers occupent et vandalisent les usines, attaquent le camp des Ansars qui de nouveau tirent à balles : 40 blessés. C’est finalement l’armée (RAB) qui met fin à l’émeute. Le 29 juin, des milliers d’ouvriers tentent de gagner le zone économique spéciale de Dhaka pour protester contre la mort de 2 d’entre eux et se battent avec les flics : 100 blessés. Dispersés ils se regroupent en petites bandes qui incendient plusieurs usines et magasins où 8 000 machines sont détruites, et retournent sur les axes routiers pour bloquer les voitures de pompiers.
Les mêmes mini-émeutes continuent en juillet pour les mêmes problèmes. Le 17 juillet, c’est le 3e jour de grève de 12 000 ouvriers aux ateliers de tissage de Narsingli pour les salaires et la sécurité de l’emploi, avec le traditionnel blocage routier et le non moins traditionnel affrontement avec les flics et autres séides du capital. Un patron déclare que c’est une « grève irrationnelle ». Le 20 juillet à Gazipur, les travailleurs de l’usine Advance Sweater réclamant augmentation et paiement d’arriérés saccagent l’usine, molestent les dirigeants et vont de nouveau bloquer l’autoroute, ils seront reçus par les flics : 10 blessés. Le 23 juillet, à Nishchintapur près d’Ashulia (Dhaka), les trois usines du Nasa Group sont fermées suite à l’attaque par la police et les sbires du patronat des travailleurs qui manifestent et bloquent les axes routiers : 25 blessés dont 4 flics, etc.
Chine Bien que les médias aient donné beaucoup de publicité aux suicides de l’usine Foxconn de Shenzhen et aux arrêts de travail chez Honda et ses sous-traitants, il est difficile de recenser toutes les grèves visant tant les salaires que les conditions de travail, toutes grèves sauvages mais qui conduisent les dirigeants à envisager autre chose que le syndicat unique Acftu, courroie de transmission du pouvoir d’État comme intermédiaire entre la force de travail et les dirigeants de l’entreprise. Un autre aspect dans la médiatisation de ces conflits permet à certains d’y voir une stigmatisation des entreprises étrangères (plus de 50 % de l’appareil industriel chinois) s’inscrivant dans les affrontements économiques et financiers à l’échelle mondiale. Quoi qu’il en soit, les travailleurs de ces entreprises ont obtenu des augmentations de salaires de 20 % et plus. Mais la répression n’est jamais loin dans ces grèves sauvages, notamment si elles ne cadrent pas avec la propagande officielle ou si elles cessent d’être localisées.
Le 14 mai 2010, 5 000 travailleurs sont en grève dans une filature et tissage de coton dans le Henan. C’est une entreprise d’État qui a été privatisée et le nouveau propriétaire veut se débarrasser des différents avantages du statut antérieur (congés payés, retraite, salaire de base…). Des piquets bloquent l’entrée de l’usine, Le 1er juin, 3 000 flics investissent l’usine : 20 arrestations et des poursuites judiciaires pour avoir « perturbé la production ».
Début juin, à Kunshan près de Shanghai, 2 000 ouvriers de l’usine taïwanaise KOK (valves et joints) sont en grève pendant cinq jours ; attaqués le 5 juin par la police anti-émeutes, blessés et arrestations. Il y a eu des augmentations de salaires mais lorsqu’on a proposé de désigner des délégués pour discuter des revendications, personne ne s’est présenté par peur de représailles.
Le 7 juin à Huizhou dans le Guangdong, 2 000 ouvriers d’une firme coréenne sont en grève.
Pendant tout le mois de juin, ce sont les sous-traitants de Toyota et d’Honda qui sont touchés par des grèves pour les salaires qui contraignent les usines de montage de Toyota à Tianjin et d’Honda à Canton et Wuhan. Le fait que d’importantes augmentations de salaires aient résolu ces conflits n’a pas du tout exclu les répressions et arrestations habituelles en Chine, mais pour tenter d’endiguer cette multiplication des conflits, certaines provinces décident d’une augmentation du salaire minimum de 20 %.
Le 1/07, 3 300 ouvriers de l’usine de composants électriques de Tianjin (le Japonais Mitsumi Electric), en grève en réponse à une promesse d’augmentation des salaires de 20 % pas appliquée, reprennent le travail après un nouvel accord.
Le 22/07, la grève de 100 travailleurs (la moitié de l’effectif) de l’usine Astumitec Auto Parts (boîtes de vitesse), sous-traitante entre autres d’Honda à Foshan près de Canton, depuis le 12/07 contre une réforme du système des équipes, aboutit en fait à une réduction des salaires (à la suite d’une offensive générale dans le secteur chinois de l’automobile pour réduire les coûts de production). Les salaires moyens sont de 120 euros mensuels dont il faut déduire des cotisations qui les réduisent à 100 euros : les ouvriers demandent une augmentation de 50 % ; les sanctions tombent le 13/07 avec la suppression des repas, le 14/07 avec la fermeture des dortoirs et le licenciement des grévistes ; mais les ouvriers sont rejoints par 105 employés non-productifs. La direction embauche 100 temporaires de remplacement mais la grève sur le tas bloque pratiquement l’usine. La police est présente mais n’intervient pas. Une autre usine (électronique de voiture) de la région de Canton, sous-traitante d’Honda, est aussi en grève pour une augmentation des salaires de 40 %.

Inde Ici aussi, il y a tout un arrière-plan de grèves localisées et celles qui franchissent la barrière des médias sont celles qui durent, notamment dans l’automobile. Celle de Hyundai s’est prolongée presque six mois. Elle concerne l’usine de montage de Sriperumbudu sise à 40 kilomètres de la capitale Chennai de l’État de Tamil Nadu, dans l’extrême sud de l’Inde. Sur plus de 7 000 travailleurs, 1 600 ont le statut de travailleurs permanents, les autres sont des précaires aux divers statuts et surtout aux salaires très bas (entre 60 et 90 euros mensuels). Suite à une grève en 2009 pour la reconnaissance du syndicat, 67 ouvriers ont été licenciés. La grève qui commence dans la nuit du 6 juin est présentée comme visant à la réintégration des licenciés. Mais en fait, elle part d’une réaction suite à des sanctions prises contre 4 ouvriers qui n’avaient pas été assez assidus à des séances de formation ; immédiatement, 300 ouvriers de l’équipe de nuit commencent une grève sur le tas, soutenus par l’ensemble des travailleurs. Mais au matin, les portes de l’usine sont fermées et les autres équipes mises en congé. Après deux jours d’occupation, la police entre dans l’usine, arrête et emprisonne 282 ouvriers. Le syndicat conclut alors un accord sur le précédent litige de la représentation syndicale et 35 des 67 licenciés sont réintégrés. La grève qui avait été lancée après le lock-out est suspendue ; les 282 entôlés sont libérés. Pour en savoir beaucoup plus sur les luttes et l’exploitation en Inde, allez sur le site : www.gurgaonworkersnews.wordpress.com.
Pakistan 5/072010 — Les chantiers de démolition de navires de Gadani emploient une foule de migrants dans d’incroyables conditions, en plus des pollutions de toutes sortes, payés de 2 à 2,50 euros pour chaque journée de 12 à 14 heures. Plus de 10 000 d’entre eux manifestent pour une augmentation de 100 % et pour des avantages sociaux minimaux. Avant même qu’ils puissent atteindre un quelconque bâtiment officiel, ils sont cueillis sans ménagement par la police. Nombre de blessés inconnu.
Indonésie 22/04/2010 — Les trois chantiers navals (d’une société de Dubaï) de Batam, une des îles Riau à 20 kilomètres de Singapour, exploitent 16 000 travailleurs dont la majorité par le canal de 30 sous-traitants pour des salaires d’environ 80 euros mensuels. La plupart d’entre eux sont des migrants, essentiellement indonésiens et indiens. En juillet 2008, les chantiers ont connu une grève pour les salaires et les conditions de travail. Il semble que les disparités de salaires entre les travailleurs locaux et les étrangers (principalement indiens et qui semblent occuper des positions hiérarchiques) alimentent des diversions racistes d’un conflit de classe. Ce sont les propos injurieux d’un contremaître indien envers un travailleur indonésien qui cristallisent cette hostilité et qui déclenchent une émeute des quelque 9 000 Indonésiens qui, non seulement font la chasse à l’Indien mais incendient plus de 20 voitures et 3 immeubles. Plus de 400 flics ramènent le calme mais les travailleurs indiens doivent être évacués.

Les différentes formes d’irruption de la violence de classe dans le monde

Manifestations sociales sous couvert politique, grèves et émeutes conséquentes
On ne peut énumérer toutes les grèves de 24 heures ou un peu plus dans la plupart des pays d’Europe — bien contrôlées même si elles connaissent parfois quelque débordement — contre les plans d’austérité qui font payer aux travailleurs les mesures supposées aider le capital à surmonter une crise due à sa nature même de régime d’exploitation du travail. Renouvelées périodiquement, grèves et manifestations n’ont d’autre effet que de lasser les participants, d’épuiser une combativité là où elle existe ponctuellement et finalement d’aider — objectivement ou pas — les pouvoirs économiques et politiques à rogner chaque jour un peu plus la part de plus-value attribuée aux travailleurs pour leur reproduction comme force de travail exploitable.
États-Unis — En Californie, à Santa Cruz au sud de San Francisco, la manifestation traditionnelle du 1er mai se transforme le soir en une mini-émeute avec plus de 300 jeunes qui brisent les vitrines après avoir été appelés à manifester par un tract anonyme : « Récupérez ce jour. Frappez avec nous pour une folle nuit de destruction. » Les 8 flics en service sont submergés et doivent faire appel à leurs collègues des villes voisines qui ne trouvent plus personne lorsqu’ils arrivent sur les lieux. On peut rapprocher cette émeute de celles qui vont secouer Toronto (Canada) en marge du G 20 où, malgré le déploiement de 7 000 flics et 6 kilomètres de barbelés de protection, les manifestants réussissent à s’affirmer, d’où plus de 600 arrestations. Aussi, émeutes de jeunes à Montréal Nord qui se terminent par 60 arrestations. Le 18 juin, à Los Angeles après un match de basket, les jeunes manifestent, brûlent les voitures et se coltinent avec les flics : 3 blessés, 12 arrestations.

Bolivie 6/05/2010 — Grèves et manifestations contre le gouvernement Moralès. Grève de 24 heures des enseignants, hospitaliers, femmes de flics en grève de la faim, ouvriers, organisée par des dissidents du syndicat COB. Essentiellement pour les salaires.

La grève et rien d’autre, souvent bien contrôlée

France mai 2010
— La multinationale Unilever a 4 sites industriels en France dont Fralib (conditionnement de thé implanté à Gémenos près de Marseille, Bouches-du-Rhône). Depuis 2006, suite à 46 suppressions d’emploi, le sous-effectif entraîne des arrêts de travail que la direction compense par l’emploi d’intérimaires. En mars 2010, la plupart des 185 travailleurs entament des actions qui finissent par payer après deux mois et des tentatives d’intimidation : prime de 1 200 euros, augmentation de 16 euros et différents avantages.
8/07/2010 — Chez Teleperformance (leader mondial des centres d’appel, voir précédents bulletins), nouveaux débrayages contre un plan qui prévoit la suppression de 830 postes (13 % de l’effectif total).
14/07/2010 — Usine Faurecia (filiale de PSA à Saint-Nicolas-de-Redon, Loire-Atlantique) : la grève commencée le 18 juin se termine par un accord approuvé par les 188 travailleurs (ils étaient 300 en 2008) : l’effectif actuel sera maintenu jusqu’à la fermeture en 2011, une prime sera payée et les journées de grève indemnisées. Les poursuites engagées contre 34 travailleurs pour le blocage de l’usine sont abandonnées.
17/06/2010 — Reprise du travail chez Gifa (construction d’ambulances) à Argentan (0rne), après 4 jours de grève avec blocage, les 43 travailleurs obtiennent 2,43 % d’augmentation.
17/07/2010 — Après 24 jours de grève, les postiers reprennent le travail après avoir obtenu le gel d’un plan de réorganisation qui supprimait 6 emplois.
Juin 2010 — Dans toute la France, mouvements ponctuels de grève dans les cliniques privées pour les salaires. À Clermont-Ferrand, au siège de l’Agence régionale de santé d’Auvergne où se déroulent des pourparlers, la salle de réunion est envahie et les dirigeants séquestrés plusieurs heures.
Australie juin 2010 — Nouvelles Galles du Sud, mine de Tahmoor du trust minier Xstrata : 23O travailleurs en grève totale pour les salaires et la sécurité d’emploi, suite à cinq mois de grèves tournantes qui ont paralysé la mine.

La grève sauvage, les grèves de solidarité et l’extension de la lutte

L’occupation de l’espace public, des usines et de tous bâtiments
France 13/07/2010 — Proma en liquidation judiciaire (sous-traitant de l’automobile, siège à Gien, Loiret) 83 travailleurs occupent le site menacé de fermeture après avoir rejeté une proposition d’indemnité de départ de 20 000 euros contre une demande de 32 000 euros. Le directeur avait été séquestré le 26/04 2010. L’occupation cesse le 24 juillet après accord pour le paiement d’une indemnité supplémentaire de 35 000 euros en cas de licenciement avant le 31/12/2010, et de 32 000 en cas de plan social.
30/06/2010 — ST Ericsson (électronique) à Colombelle (près de Caen, Calvados, voir précédents bulletins). Fermeture définitive de l’usine, 144 licenciements avec des indemnités comprises entre 50 000 et 150 000 euros et des congés de reclassement de vingt mois.
14/07/2010 — La grève de 400 travailleurs avec occupation de Thomson Technicolor à Rennes (Grass Valley) depuis le 21 juin est suspendue pendant les vacances pour reprendre en septembre. La direction veut supprimer 625 postes dont 327 en France (autres usines à Brest et à Conflons) et 182 à Rennes. Ils jugent insuffisantes les propositions d’indemnisation supplémentaire de 20 000 euros pour les moins de cinq ans d’activité, et de 45 000 euros pour les plus de vingt ans d’ancienneté.
11/07/2010 — 20 travailleurs de MK2 Bibliothèque à Paris occupent les trottoirs devant le cinéma pour leurs salaires et leurs conditions de travail.
Les dirigeants séquestrés, injuriés, malmenés, exécutés

France18/06/2010 — Bobcat à Pontchâteau (Loire-Atlantique, chariots télescopiques) ferme pour une délocalisation en Tchéquie en licenciant 130 travailleurs sur 207. 5 dirigeants séquestrés pour une revendication d’une indemnité de licenciement de 62 000 euros plus 3 200 euros par année de présence. Libérés en vue de pourparlers sur le montant.
10/07/2010 — Du vendredi 13 heures au samedi matin, 2 dirigeants de la Société nouvelle de panification à Confouleux (Tarn) sont séquestrés : l’usine doit fermer avec 80 licenciements (ainsi qu’une autre usine dans les Deux-Sèvres). Déjà, les 23 et 24 avril, le directeur avait été « retenu » pendant 36 heures. Revendication de 80 000 euros de prime de licenciement plus trois mois de salaire par année d’ancienneté. Le 17/07, les pourparlers s’éternisent bien que les travailleurs aient levé le blocage 4 jours durant d’un dépôt de la société au Passage d’Agen, dans le Lot-et-Garonne.
28/06/2010 – Les postiers des Hauts-de-Seine (92, ouest de Paris) sont en grève depuis 58 jours ; 16 d’entre eux sont poursuivis pour séquestration lors de l’occupation de la direction régionale des postes mais leur procès a été renvoyé en juin 2011.
13/07/2010 — Colesco (Ploudaniel, Finistère), entreprise générale du bâtiment mise en redressement judiciaire depuis le 26 mai, veut licencier 39 travailleurs sur 117. Le patron est séquestré puis libéré avec la reprise des pourparlers pour fixer les indemnités de licenciement.
1/07/2010 — Brive (Corrèze), groupe Jacob Delafon (partie du trust Kohler, céramique sanitaire, 27 000 travailleurs dans 46 sites dont 24 aux USA). L’usine doit fermer fin juillet pour délocalisation au Maroc et en Algérie avec le licenciement de 139 ouvriers et de 20 intérimaires. Séquestration de 2 dirigeants pendant une journée et blocage des stocks. La direction cède pour des indemnités de licenciement autour de 30 000 euros.

Quand on n’a pas d’autres recours

Couper les approvisionnements
Mali 28/05/2010 — Après une grève de 48 heures sans effet, le Syndicat national des constructions civiles, des mines et de l’énergie (Synacome) lance une grève de 72 heures et coupe l’électricité et l’eau de la capitale Bamako pour des augmentations de salaires et contre des restructurations.

La récupération
La récupération, ce n’est pas seulement se servir dans les supermarchés individuellement ou collectivement. Aux États-Unis, le squat prend des formes inusitées ici : les menacés d’éviction parce qu’ils ne peuvent pas payer les remboursements de prêts profitent notamment du fait que les tribunaux sont submergés de demandes de récupération et d’éviction par les prêteurs pour rester en place sans bourse délier. Il y a aussi ceux qui, jugeant que la charge des paiements est trop élevée à cause de la chute de leurs revenus, cessent de payer et attendent, ce qui leur permet d’accroître leur niveau de vie. Il y a aussi ces groupes locaux qui cherchent les maisons abandonnées et les expulsés pour leur proposer ces logements, après avoir effectué les réparations nécessaires. Il y a ceux qui squattent des terrains pour y installer des villages de tentes pour les SDF. Il y a aussi les « résistants » d’organisations locales qui aident de toutes les manières possibles, depuis les défenses juridiques jusqu’à la résistance passive, ceux qui sont en instance d’expulsion. La plupart de ces mouvements définissent leur action comme suit : « Ce n’est pas contre la loi, c’est au dessus de la loi. Être logé, c’est un droit. »

La révolte des banlieues

Une autre solution, tout faire sauter, incendier
La Chine est devenue le bastion de l’imprimerie mondiale avec des entreprises qui regroupent jusqu’à 600 travailleurs et qui peuvent imprimer avec la qualité requise 5 000 exemplaires d’un livre délivrés en Europe 3 à 5 semaines plus tard. Cela explique une bonne partie du marasme des imprimeries françaises qui ont connu depuis le début de l’année une série de grèves plus ou moins radicales. Quelques exemples.
En février dernier, les 150 travailleurs de l’imprimerie Hélio à Corbeil (Essonne) séquestrent 2 dirigeants et un consultant pour protester contre le licenciement de 55 d’entre eux. Ils sont libérés contre la reprise des négociations pour fixer les indemnités et le maintien de la charge de travail.
Le 1/04/2010, les travailleurs du groupe Paragon à Cosne-sur-Loire (Nièvre) sont en grève contre le blocage de leurs salaires.
Depuis le début de l’année, l’imprimerie Brodard et Taupin de Coulommiers (Seine-et-Marne, groupe Maury) menace de licencier suite à des restructurations. En avril, les 217 travailleurs, dont 90 sont concernés par un plan social, avaient menacé de faire sauter des bouteilles de gaz à l’entrée de l’usine. Le 9 juillet, ils avaient bloqué la caravane du Tour de France. Le 15 juillet, ils brûlent devant l’usine 3 tonnes d’encre et les bobines de papier, l’ampleur du sinistre conduit la police à faire évacuer le supermarché voisin. Ils n’obtiennent pour le moment qu’une indemnisation supplémentaire de 15 000 euros payée en trois morceaux.
Le 20 juillet, les 76 travailleurs de l’imprimerie S3G Print Roto Garonne à Estillac (Lot-et-Garonne) sont en grève reconductible pour connaître des informations sur un repreneur éventuel et sur leur sort.

Les batailles autour de l’immigration
20/06/2010 — 28 sans-papiers qui pendant huit mois avaient piqueté jour et nuit le siège de la STN à Aulnay-sous-Bois (banlieue nord de Paris) obtiennent une autorisation provisoire de travail, prélude à la délivrance de papiers.

LE FUTUR DU CAPITAL ?

L’usine de Foxconn de Shenzen (officiellement Hon Hai Precision Industry, Co Ltd, une entreprise taïwannaise commercialisant ses produits sous la marque Foxconn, le plus important fabricant mondial de matériel informatique — Dell, Apple, Hewlett Packard, Sony, etc.), ressemble à un énorme campus universitaire avec ses blocs d’usine de six étages répartis sur un carré de 1,5 km de côté. 400 000 travailleurs s’y croisent, y sont exploités avec un style militaire de management pour 4 euros par jour, y mangent et y dorment dans des dortoirs plus que minables. Dans cette « unité de travail », on trouve aussi 3 hôpitaux, une caserne des pompiers, un supermarché, des restaurants, 5 piscines et la mise à disposition de 400 ordinateurs. Il n’y a pas de parc, pas de cinéma, pas de lieux de détente. Si les salaires sont légèrement plus élevés que la moyenne, très basse, de ceux de Shenzhen, les conditions de travail, 6 jours sur 7 et aux horaires extensibles, sont particulièrement drastiques avec une discipline de fer : l’entraînement des jeunes recrues (la plupart des migrants viennent de la campagne, souvent avec au minimum un diplôme de niveau secondaire) se fait en les contraignant à rester immobiles progressivement 10, puis 20, puis 30 minutes. Tout retard à l’embauche est puni par l’obligation de rester debout immobile pendant toute la durée du retard. Si l’on parle, si l’on baille, si l’on mâche durant le travail, on perd des points ce qui entraîne une réduction de salaire ; si l’on prend du retard dans la tâche assignée, on est astreint à prendre une pause ou à quitter son poste lorsqu’on a rattrapé son retard. Les sanctions ne sont pas seulement financières mais peuvent s’accompagner d’humiliation : un des jeunes qui se suicidera avait été muté de la chaîne de montage au nettoyage des toilettes. Ce n’est pas tant le taux des suicides récents chez Foxconn (inférieur à la moyenne nationale chinoise) qui est significatif du désespoir dans l’isolement des jeunes exploités, mais la manière dont ils sont accomplis, spectaculairement, sur le lieu de travail, souvent par défenestration lors des changements d’équipe. Le suicide étant considéré légalement comme un crime contre l’État, ce suicide public est une forme ultime de protestation. C’est pour cette raison qu’autorités et patronat s’en inquiètent et ont laissé médiatiser cette situation tout en annonçant des « mesures » dont une augmentation des salaires de 20 %, comme si cela devait résoudre les conditions présentes d’exploitation et l’exploitation tout court.

Crise et souplesse du contrat de travail
Qui connaît le « CDD d’usage » qui permet dans nombre de professions (hôtellerie, restauration, spectacle, audiovisuel, centres de loisirs et de vacances…) d’exploiter un travailleur avec un CDD spécifique pouvant être renouvelé à perpète et rompu à tout moment sans indemnité ? Un déguisement du CPE de sinistre mémoire réservé aux activités les plus précaires.
Qui connaît les subtilités du travail à domicile, notamment des correcteurs (TAD) quand, dans une activité largement concurrencée par les correcteurs automatiques, les patrons imposent plus que jamais leurs conditions, refusant le comptage des espaces (d’où salaire amputé de 20 %), déniant le paiement d’une prime d’un mois et demi de salaire pourtant versée aux collègues travaillant dans l’entreprise (« en pied »), tentant de licencier ceux qui prétendent faire valoir leurs droits (par exemple un CDI au lieu de CDD successifs, pas seulement dans des petites boîtes mais chez de gros requins comme Hachette) ?

Activités syndicales
Dans le monde entier, la crise économique met sur le pavé des millions de travailleurs et cela ne se ralentit pas. La solution à la crise, c’est ce que clament les dirigeants de tous les pays : « l’austérité », c’est-à-dire essentiellement la diminution d’une multitude de services, d’avantages divers mais d’abord du salaire et de ses accessoires, et dont le but est la diminution du coût de la force de travail encore employée. Pour l’ensemble des travailleurs, certains déjà réduits à la portion congrue du salaire et du temps de travail, de l’indemnisation du chômage et autres RSA, de la retraite, par le simple fonctionnement du système capitaliste, c’est à eux que l’on demande encore de se serrer la ceinture pour que le capital puisse survivre plus fort que jamais.
En Europe tout au moins, les formes de résistance à ces attaques de toutes sortes sur la condition des travailleurs sont à peu près identiques, à l’exception de flambées ponctuelles de colère et de violence (voir dans les précédents bulletins, la France ou la Grèce), manifestations sur manifestations accompagnant des journées sporadiques de grève, organisées et finalement bien encadrés par les syndicats, tous unis pour cette forme de pression politique renouvelée qui n’aboutit qu’à lasser ceux qui voudraient agir. Et après ?

RUSSIE

(fin de l’article du bulletin de mai 2010)
Quelques exemples d’actions de rue
Pikaliovo
La ville de Pikaliovo (région de Leningrad) a été le symbole de cette nouvelle vague de protestations. Le 2 juin, les habitants ont bloqué le trafic sur la route nationale de Saint-Petersbourg à Vologda. Environ 300 personnes, travailleurs des entreprises de la ville et membres de leurs familles, ont participé à cette action spontanée. Ils revendiquaient de manière très décidée la liquidation de la dette salariale et la remise en route des entreprises. Comme on le sait, Poutine a réagi aussitôt et de façon démonstrative : devant les caméras il a forcé Deripaska, propriétaire de Baseltesemnt-Pikaliovo, à signer un document sur la reprise de la production dans cette entreprise en déserrance. D’une certaine façon, le problème a été réglé. Rappelons que le 20 mai, les habitants, plongés dans le désespoir, avaient tenté de « prendre d’assaut » le bâtiment de la mairie où se déroulait une réunion consacrée aux problèmes de la ville, réunion à laquelle participaient des fonctionnaires locaux, des représentants de la procurature, du fournisseur de gaz et des propriétaires des entreprises.
Région de l’Altaï
Les travailleurs de l’entreprise ATE — pièces détachées (et d’autres firmes issues du dépeçage de l’ancienne usine de tracteurs, un géant de la période soviétique) — ont commencé à brandir la menace d’un nouveau Pikaliovo : dans des lettres ouvertes ils ont fait part de leur intention de dresser des barrages sur la route principale et la voie ferrée. Dès le 18 juin, ils organisent un piquet non autorisé en face du bâtiment de l’administration de la région de l’Altaï. Cette action avait été déclenchée par l’annonce de la venue à Barnaul de Vladimir Poutine. Suite à l’intervention des forces de l’ordre, l’action est interrompue, mais les autorités n’osent pas réprimer les participants ; non seulement elles prennent en charge une partie de la dette salariale mais cherchent à remplir pour un temps le carnet de commandes de l’entreprise. En juillet, les ouvriers de l’usine, des membres de leurs familles et des habitants de la ville de Roubtsov, solidaires, mènent une série d’actions dans la rue, y compris une nouvelle tentative de bloquer la route principale mais ils sont repoussés par les forces spéciales, les Omon. À partir de septembre, la section locale du PC de la Fédération de Russie se mobilise et apporte un soutien logistique à l’organisation des déplacements et des actions de protestation. Toutefois, certains observateurs considèrent que ce soutien a surtout pour objectif de prévenir une explosion sociale et d’empêcher un nouveau blocage des routes. La dernière manifestation des ouvriers d’Alttrak a eu lieu le 1er décembre à Novossibirsk, dans les bureaux de Ratm à qui appartient l’usine (à ce rassemblement participaient plus de 1 100 travailleurs). Dans la mesure où la ville de Roubtsov (150 000 habitants) est entièrement dépendante d’Alttrak et des sous-traitants, les deux revendications principales des ouvriers sont la relance de la production et le paiement de la dette salariale.
Région de Kirov
Les villes mono-industrielles de la région de Kirov ont aussi connu des mobilisations des travailleurs pour sauver leur usine et leur ville. Ils ont été soutenus par la section locale du RKRP en la personne de V. Touroulo, député de l’assemblée.
Les ouvriers de l’usine d’armement Molot dans la ville de Vjatskie Poljany sont descendus dans la rue à différentes reprises. Le 26 juin, un meeting s’est tenu devant les locaux de la direction où étaient réunis les actionnaires. Ce n’était pas la première mobilisation des travailleurs qui ne percevaient pas leur salaire depuis plusieurs mois. Le même jour, l’usine recevait une subvention de l’État et les travailleurs de l’usine touchaient trois mois d’arriérés de salaire. Le 14 octobre eut lieu une nouvelle action avec une grève d’avertissement qui se transforma en meeting spontané pour le versement intégral des salaires en retard.
Les habitants de Kirovo Tchepetsk se sont mobilisés pour sauver leur ville d’une catastrophe écologique. Le meeting qui s’est tenu le 8 septembre devant l’usine Velkont a débouché sur la création d’un Comité pour la sauvegarde de la ville qui aura pour tâche de contrôler les entreprises et l’administration locale sur le plan écologique.
À Strijki, les ouvriers se battent pour garder l’usine Silikat, y compris en la transformant en usine sous contrôle ouvrier (ce qui juridiquement est très compliqué). Durant l’été ont eu lieu une série d’actions pour réclamer le paiement des salaires, non payés depuis fin 2008, mais aussi pour le maintien des postes de travail et pour le sauvetage de l’usine de la banqueroute. En juillet, un comité de sauvetage de la ville a été créé ainsi qu’un syndicat, Zachita. Le 14 décembre, les ouvriers sont allés à Kirov où ils ont tenu un meeting devant le bâtiment de l’administration pour le région de Kirov, exigeant le maintien en activité de l’entreprise et réclamant le droit pour le collectif des travailleurs de racheter l’usine avec l’aide de l’État pour l’autogérer.
Région d’Ivanovo
Les travailleurs de plusieurs usines sont en ébullition, toujours pour non-paiement des salaires.
Le 5 mars, les habitants de la cité où vivent les travailleurs de l’usine Petrovski ont organisé un meeting devant les locaux de la direction pour réclamer le paiement des salaires et demander que soit mis fin à la liquidation de l’entreprise. Le 30 juin, les ouvriers planifiaient une « marche des travailleurs sur Moscou », mais finalement décidaient de reporter cette action compte tenu de certaines avancées concernant le paiement des salaires et le sauvetage de l’usine, suite à des pressions sur la direction de la part des autorités locales. À l’annonce de la marche, le gouverneur de la région d’Ivanovo a invité le dirigeant du comité d’initiative pour des négociations, promettant la reprise de la production et l’extinction de la dette salariale en échange de l’annulation de la marche.
Le 27 juin, les ouvriers du combinat Menanjevo ont organisé une marche (non autorisée) devant le bâtiment de l’administration locale.

Oural

La situation dans l’Oural est très tendue.
Le 23 juin, les ouvriers de l’usine de porcelaine de Bogdanovtchisk (région de Sverdlovsk) ont tenté de bloquer la nationale pour sauver leur entreprise. 150 personnes participaient à cette action spontanée pour réclamer le rétablissement des livraisons de gaz suspendues le matin même en raison des dettes de l’entreprise. Les autorités régionales réagirent sur le champ et, suite à leur intervention, les livraisons de gaz furent rétablies quelques heures avant que l’arrêt des fours ait provoqué des conséquences irréversibles.
Le 22 juillet, les travailleurs de l’entreprise Kuzbasselement dans la ville de Leninsk Kuznetsk ont organisé un piquet durant quatre heures et ont bloqué l’avenue Lénine dans le centre ville. Environ 300 ouvriers (certains avec leurs enfants), réduits au désespoir, réclamaient le paiement de leurs salaires, non versés depuis dix mois. Le trafic fut pratiquement paralysé, ce qui força l’administration de la ville à réagir. Le vice-gouverneur vint à la rencontre des manifestants avec des promesses. Mais les participants au meeting refusèrent de bouger tant qu’ils ne recevraient pas leur argent. Et les passions ne sont retombées qu’après que l’argent des salaires (30 millions de roubles pris sur le budget régional) a été versé sur les comptes des travailleurs.
Dans les mines de bauxite de l’oligarque Deripaska, un nouveau conflit est en train de mûrir. Les membres de l’Institut d’action collective (IKD) en sont convaincus après s’être rendus sur le terrain en septembre à Severouralsk. Dès le 5 juin, 100 mineurs de Severouralsk (la mine fait partie du holding RusAl) ont organisé un piquet devant les bureaux de la direction en frappant une heure durant le sol avec leurs casques : ils protestaient contre la suppression des rations alimentaires, les bas salaires et l’insécurité dans la mine qui avait déjà causé plusieurs accidents.
En septembre, dans différentes mines, à l’initiative du syndicat NPG, une réunion était prévue pour discuter des revendications et définir un plan d’action. Mais les gardiens et les responsables de la direction ont bloqué la réunion, menaçant de licenciement tous ceux qui y participeraient. Comme le fait remarquer Valeri Zolotarev, président du NPG à la mine de Severouralsk, « aujourd’hui on revoit tout ce qui s’est passé à la veille de la grève de mars 2008, on dirait qu’’ils’ n’ont rien compris ». Rappelons qu’alors 123 mineurs de la mine Krasnaïa Chapochka appartenant à l’équipe n° 3 avaient décidé spontanément de rester au fond à la fin de leur travail.
Kaliningrad
À Kaliningrad, ce sont les travailleurs de KDAvia qui se sont mobilisés de la manière la plus conséquente pour le paiement des arriérés de salaires. En juillet, différentes catégories de personnel lancent des grèves de courte durée, à la suite desquelles la procurature ouvre plusieurs informations. Puis ce sont des meetings. Avec le soutien du PC de la Fédération de Russie et d’autres organisations sociales et politiques, un meeting se tient dans le centre ville réunissant 500 des 2 000 travailleurs de l’entreprise. En novembre, après plusieurs mois de mobilisation, les travailleurs obtiennent une compensation partielle pour les salaires non versés et un soutien matériel en provenance du budget de la région.

Région de Iaroslav
De janvier à avril ont eu lieu une série de meetings des travailleurs de l’usine de moteurs et des habitants de Toutaev. À la suite de quoi le maire de Toutaev a démisionné. À Kourgan, à l’initiative du syndicat Zachita, les travailleurs de plusieurs entreprises, en premier lieu de Region Avtotrans Kourgan et de Promstroï, ont durant l’été et à l’automne mené toute une série d’actions à propos de la dette salariale : piquets, grèves de la faim, manifestations dans les bureaux de l’administration.
Région de Vladivostok
L’Extrême-Orient n’a pas été épargné par les conflits, et cela dans tous les secteurs.
Le 13 mai à Vladivostok s’est tenu un meeting des travailleurs des chantiers de réparation navale militaires, à l’initiative de la Fédération des syndicats de la région de Vladivostok. 400 personnes y participaient : les orateurs ont dénoncé le non-respect généralisé du Code du travail, le non-paiement des salaires, l’augmentation non justifiée du personnel administratif. Les habitants de Svetlogorie poursuivent le combat. Le 4 avril, la majorité des habitants (environ 1 000 personnes) ont participé à un meeting pour réclamer la liquidation de la dette salariale (les salaires ne sont pas versés depuis plusieurs mois) au combinat Russki Volfram, et organiser des repas gratuits pour les enfants. À l’époque, toute la cité mourrait de faim. Depuis le mois d’août, l’entreprise a repris la production. Et à la fin de l’année, Svetlogorie a été intégrée dans le programme gouvernemental de développement des villes mono-industrielles.
Les ouvriers des entreprises d’extraction minière et de retraitement du minerai de la région de Vladivostok se sont également mobilisés. Le 11 mars, plus de 1 000 d’entre eux ont manifesté dans les rues de Dalnegorsk pour réclamer une baisse des tarifs des services communaux et demander que les salaires soient versés régulièrement. C’est le syndicat du combinat Bor qui était à l’initiative, soutenue par les syndicats de la métallurgie et de la chimie de la région. Des représentants des syndicats de la santé, de l’éducation, de la culture et de l’industrie du bois étaient présents pour exprimer leur solidarité.
Grand Nord
Le Grand Nord (au-delà du cercle polaire) a également été le théâtre de mobilisations.
Le 24 mai, plus de 1 000 personnes ont participé à un meeting à Vorkuta sur la principale place de la ville. Les mineurs et les habitants de la ville ont exigé de la direction de Vorkutaugol qu’elle renonce au plan de réductions des effectifs, et des autorités de la ville qu’elles bloquent l’augmentation des tarifs des services communaux. Les manifestants ont également réclamé que les veuves des mineurs morts dans les mines soient réinstallées dans une autre région (100 familles ont déposé des demandes).
Le 10 avril à Mourmansk, à l’initiative de la section régionale du Syndicat de la flotte du Nord, s’est tenu un meeting auquel participaient quelques centaines d’ouvriers venus de huit entreprises travaillant pour l’armée. Les participants réclamaient du ministère de la Défense l’extinction de la dette salariale. Cette action a payé et une partie de l’argent a été versée.
Une autre action a eu un impact comparable aux événements de Pikaliovo, par son importance et du fait qu’elle a eu lieu à l’initiative de personnels généralement passifs : des médecins et des personnels hospitaliers ont manifesté pour défendre le système de santé. Le 19 mai à Arkhangelsk, 450 personnes ont participé à un meeting : des médecins d’Arkhangelsk, de Severodvinsk, de Novodvinsk ainsi que des spécialistes venus des différents régions de la région. Ils ont réclamé que les hôpitaux de la région soient équipés d’un matériel performant indispensable pour assurer des soins de qualité, revendiqué de meilleures conditions de travail ainsi qu’une augmentation des salaires, et demandé que soit mis fin au manque de personnel dans les cliniques de la région. Le 29 juin, un piquet a été organisé sur le territoire de l’hôpital pour soutenir les médecins menacés de sanction. On en est arrivé au point que les médecins ont menacé de faire grève !
Toliatti
Enfin, on ne peut pas ne pas mentionner les meetings de masse à l’usine Avtovaz de Toliatti. Les actions entreprises pour que soit sauvé ce géant de l’automobile et pour le maintien des postes de travail ne laissent pas insensibles les autorités tant à l’échelon régional que fédéral : de là un déluge de promesses (souvent gratuites), de menaces, de plans de restructuration soft et autres manœuvres en tous genres. Malgré de fortes pressions et grâce à la ténacité du syndicat indépendant Edinstvo, deux meetings relativement importants (plus de 2 000 personnes) ont eu lieu le 6 août et le 17 octobre sur la place du Palais de la culture et de la technique de l’usine. Ce qui se joue actuellement à Toliatti, c’est la capacité du mouvement syndical et, plus largement, social à construire un front large capable d’influencer la politique du gouvernement pour les villes-usines. Piotr Zolotarev, président du syndicat Edinstvo, l’a formulé clairement : « Nous ne resterons pas passifs face à la volonté d’expérimenter à Toliatti un nouveau plan pour les villes-usines. Nous voulons sauver notre ville, notre industrie. Nous cherchons les moyens qui nous permettront d’influer sur notre destin, de telle sorte que les intérêts des travailleurs et des habitants soient pris en compte. »
En résumé, on doit noter que là où les actions collectives ont été menées de façon conséquente et ont été accompagnées de menaces de blocage des routes, ainsi que dans le cas des villes construites autour d’une seule usine, les pouvoirs publics à l’échelon régional et fédéral ont dû intervenir et prendre à leur charge, au moins en partie, les dettes des propriétaires qui avaient conduit leurs entreprises à la faillite.

Le maintien du potentiel de grève
Comme en 2008, ce qui domine sont les « grèves de crise » où l’arrêt de travail est déclenché par le non-paiement des salaires (une des rares formes de grève prévue par le Code du travail). Mais il y a eu également des grèves offensives au vrai sens du terme : un arrêt collectif du travail pour défendre un ensemble de revendications face à un patron qui ne veut rien entendre. Au cours de l’année 2009, on a dénombré 70 cas de grève, les deux tiers pouvant être caractérisées comme des « grèves de crise ».
Les « grèves de crise »
Jusqu’en mai 2009, les travailleurs, à l’initiative de leur syndicat, ont utilisé leur droit de refus individuel de travailler, une forme légale de grève. Les actions prennent alors la forme d’un ensemble de refus individuels organisés collectivement face au non-paiement du salaire (article 142 du Code de travail). Mais cette forme d’action perd de son efficacité dans les périodes où les travailleurs redoutent avant tout l’arrêt de la production et la perte de leur emploi. Néanmoins, dans la majorité des cas, cette forme de grève a donné des résultats, avec le paiement au moins en partie des salaires. Quelques exemples.
Courant septembre les travailleurs du 11e secteur des services communaux de la ville d’Orel ont fait grève. La grève sur le tas des gardiens d’immeubles, des techniciens des services sanitaires et des services des eaux a duré une semaine. La raison : le non-paiement des salaires depuis le mois de juillet.
À la mine Tchikh dans la région de Rostov, les mineurs ont fait plusieurs grèves. Début octobre, plusieurs mineurs ont fait une grève au fond de la mine pour réclamer la liquidation de la dette salariale. Plus de 100 collègues les soutenaient en surface. Résultat : le directeur fut licencié et le propriétaire de la mine a promis de liquider la dette salariale pour le mois d’août. Auparavant, le 24 juin, 34 mineurs s’étaient mis en grève et avaient refusé de remonter. Et cet épisode avait déjà été précédé par d’autres grèves au fond, et à chaque fois avec quelques résultats, même si les retards de salaires ont toujours très vite recommencé.
Chantiers navals d’Astrakhan Le 14 septembre au chantier d’Astrakhan IIIe Internationale, les ouvriers ont cessé le travail pour réclamer le paiement des salaires. Ont participé à l’action 50 personnes. Après des négociations en présence d’Oleg Shein, député à la Douma, la direction promettait de payer le jour même une partie des salaires en retard.
Usine Kalibrov à Moscou. Une journée de grève (22 juin) a suffi pour faire céder la direction sur les retards de salaires. Nouvelle grève le 3 août, le non-paiement des salaires ayant recommencé.
Usine de réparation navale de Tchajminsk (région de Vladivostok) : plus de 50 ouvriers ont cessé le travail du 20 juillet au 3 août à cause de cinq mois de retard pour les salaires. Dès le 24 juillet, une partie des arriérés était versée, et le 3 août les travailleurs reprenaient le travail, les salaires de juin ayant été versés. Seuls 5 travailleurs décidaient de poursuivre la grève jusqu’au paiement intégral.
Mine Enisseï : après une grève de 24 heures sous terre (27 et 28 mai) les mineurs ont obtenu satisfaction.
Les soudeurs de l’atelier 45 de TagAz ont cessé le travail le 23 mai mais face aux menaces de la direction, ils ont arrêté leur mouvement.
Des grèves analogues ont également eu lieu au combinat de construction de Krasnodar (trois mois de salaires non payés), au combinat de construction de Linetsk (région de Novosibirsk) quatre mois de salaires impayés, à la mine de la compagnie minière de Abakan (république de Khakassie) trois mois d’impayés, à l’usine mécanique de Katav Ivanovo (région de Tcheliabinsk) cinq mois de retard, à l’usine de réparation automobile 96 de la Flotte du Nord à Mourmachi (région de Mourmansk) cinq mois de retard, à l’atelier 26 de l’usine automobile de Taganro : quatre mois de salaire impayés, à Ouralesprom (région de Sverdlovsk) trois mois d’impayés. Ces grèves ont, souvent, eu lieu avec l’aide de syndicats ; certaines ont été prises en charge par un comité d’initiative spécifique.
Les grèves offensives
Malgré la crise et un certain recul des syndicats à l’échelle globale, on a observé au cours de l’année écoulée des grèves offensives où les travailleurs non seulement se mobilisent contre une détérioration de leur situation mais aussi pour une amélioration de celle-ci. Ces actions peuvent être spontanées ou prendre la forme d’un arrêt de travail collectif, organisé par le syndicat dans le cadre d’un conflit du travail ou en référence aux conditions de travail. Il y a eu également des cas où, avec le soutien du syndicat, la méthode de lutte retenue a été la baisse du rythme de travail et le respect strict des consignes (« grève à l’italienne »). Le mode le plus fréquent est la menace de se mettre en grève lorsque le degré de mobilisation la rend crédible.
Quelques exemples de grève spontanée

Le 15 mai à l’entreprise Lipetskkompleks, les ouvriers de l’atelier de fabrication de saucissons ont cessé le travail en raison des mauvaises conditions de travail, des bas salaires et du système policier de contrôle. La direction ayant menacé de déposer plainte contre les grévistes, ces derniers ont repris le travail.
À la mine Korkin (région de Tcheliabinsk), le 21 juillet les mineurs mécontents des salaires de misère ont commencé une grève. Les trois équipes ont refusé de travailler et ont cherché à rencontrer la direction pour réclamer une augmentation (d’environ 6 000 roubles soit 167 euros).
En général, les grèves spontanées prennent fin rapidement car il est facile pour la direction d’intimider les travailleurs en les menaçant de porter plainte pour grève illégale.
Avec l’aide de leur syndicat et en s’appuyant sur la législation, les travailleurs ont trouvé d’autres moyens légaux de lutte. Par exemple, à l’usine Volkswagen de Kalouga, les ouvriers de la chaîne de montage, en se référant à l’article 379 du Code du travail ont refusé de travailler pendant quelques jours (à compter du 15 juin), la chaleur insupportable régnant dans l’atelier présentant une « menace pour la vie et la santé ».
Le 7 septembre à l’usine GMAuto à Saint-Pétersbourg, la chaîne a été stoppée à l’atelier de soudure pour non-respect de la sécurité du travail suite à la rupture, à trois reprises, d’une conduite de refroidissement qui passe à proximité immédiate des ouvriers.
La grève « à l’italienne » qui a connu le plus de retentissement a eu lieu précisément dans cette usine GMAuto du 11 au 20 novembre. Le 11 novembre, à l’initiative du syndicat Mpra, un groupe de travailleurs de l’atelier de montage a ralenti au maximum le rythme de travail, donnant le signal de départ à cette grève « à l’italienne ». Le syndicat demandait la convocation immédiate d’une conférence du collectif de l’usine, la suppression des primes annuelles avec la garantie d’une hausse des salaires de 8 % compte non tenu du réajustement en fonction de l’inflation, des règles strictes concernant les congés et, surtout, l’abandon du décompte annuel des heures de travail et le retour à la semaine de 40 heures. Il faut souligner qu’ont participé au mouvement non seulement les membres du syndicat mais aussi des travailleurs de la base. Pendant quelques heures, l’atelier de peinture a stoppé la chaîne de montage, mais suite à des « explications convaincantes » de la direction, il a repris le travail à plein régime. Toutefois, le plan de production de voitures ne fut pas réalisé. Officiellement la direction n’a reconnu aucune grève, mais le 20 novembre E. Ivanov, président du syndicat Mpra, est licencié sous le prétexte d’une « absence injustifiée ».
Les actions organisées par le syndicat sont plus efficaces lorsqu’elles consistent à brandir la menace d’une grève à l’occasion d’un conflit du travail. C’est ce qui s’est passé avec succès le 19 mai lorsque, suite à une menace de grève, les contrôleurs aériens ont obtenu de la direction fédérale des transports aériens la prolongation de la convention collective en cours. Il est vrai que le syndicat a payé cher ce succès avec la suppression de son local.
Si l’année écoulée il n’y a pas eu de grèves offensives au vrai sens du terme, la menace de grève, rendue crédible par le niveau de mobilisation, a été utilisée avec succès par certains syndicats actifs à l’occasion d’un conflit du travail.
À l’usine Danone Industrie (région de Moscou), à l’initiative du comité syndical (qui fait partie de Sotsprof), le 2 décembre un conflit a éclaté. La direction de l’usine a reçu un préavis de grève à compter du 15 décembre si une commission de conciliation n’était pas formée d’ici là et si les revendications mises en avant par le syndicat n’étaient pas satisfaites. Dès le 11 décembre, la direction acceptait de négocier. Les revendications avancées par le syndicat étaient formulées avec précision et solidement argumentées sur le plan juridique. Elles concernaient la régulation du temps de travail, le profil des postes, les normes et les consignes, le travail intérimaire, et les mesures discriminatoires à l’encontre des militants syndicaux.
La même démarche a été utilisée par le syndicat des métallurgistes Sotsprof à l’usine KarelskiOkatych, mais dans cette entreprise, les militants syndicaux se heurtent à une résistance farouche de la part de la direction qui n’a pas hésité à faire intervenir les forces de sécurité pour empêcher une réunion syndicale le 20 octobre. Toutefois, l’activité et la détermination dont a fait preuve le syndicat ont gagné à la cause syndicale de nombreux travailleurs.
Dernier exemple, le lancement de la campagne contre le travail intérimaire (recrutement par des agences spécialisées dans l’externalisation). Suite à des actions menées par des travailleuses de la fabrique de confiserie Babaevski (Moscou) recrutées par l’agence Petroline et non payées, différents syndicats, dont l’Union internationale des travailleurs de l’alimentation (IUF) ont organisé en novembre et décembre des piquets dans différentes villes du pays avec les mêmes revendications : arrêt du recours à l’externalisation et aux autres formes non-standard d’emploi. Dans ce cas, les syndicats ont agi de manière préventive pour s’opposer à la légalisation de formes non-standard qui privent les travailleurs des garanties encore existantes.
Grèves de la faim
Malheureusement, depuis le printemps 2009, les cas de grève de la faim se sont multipliés (au moins 20 cas recensés), bien que cette méthode soit peu efficace pour faire pression sur le patron et surtout qu’elle soit nuisible et dangereuse pour la santé des personnes. En général, les travailleurs ont recours à des grèves de la faim quand seule une petite partie du collectif est prête à se mobiliser de façon active (c’est-à-dire confrontée à une absence de solidarité) ou encore lorsque survient la faillite de l’entreprise. Le plus souvent, au bout d’un certain temps, les grévistes de la faim mettent un terme à leur action suite à la promesse d’éteindre la dette salariale, mais ces promesses restent lettre morte si la grève de la faim n’est pas suivie par des actions de masse plus actives.
On peut citer un grand nombre de grèves de la faim qui ont échoué et qui ont contribué à démoraliser les travailleurs : le 1er juin, les personnels navigants de la compagnie d’aviation KraAir, qui exigeaient la liquidation totale de la dette salariale (plusieurs mois de salaires impayés) ont cessé une grève de la faim de dix-neuf jours. Bien qu’ils n’aient pas obtenu satisfaction, ils ont interrompu leur mouvement en raison d’une brusque aggravation de leur état de santé.
Le 29 juin, les cheminots de Severomuïsk ont arrêté leur grève de la faim après sept jours car des progrès avaient eu lieu concernant la question de la réduction des effectifs et la baisse des salaires.
À Akhtubinsk, les employés municipaux de l’entreprise CentrJilKomKhoz ont entrepris une grève de la faim (par équipes), la seconde depuis le début de l’année. Par là, les travailleurs, à l’initiative de leur syndicat Zachita, cherchent à s’opposer à la faillite « organisée » de la seule entreprise de services de la ville. Mais cette action n’a suscité aucune réaction de la part des autorités locales
En janvier, en raison du non-paiement des salaires, des ouvriers de l’usine militaire 111 de Briansk ont mené une grève de la faim. Les participants à cette action ont dû être hospitalisés au bout de dix jours. La grève a été interrompue bien que les salaires n’aient pas été payés. Cela faisait sept mois que les 421 travailleurs de l’entreprise n’avaient pas touché leurs salaires.
En février et de nouveau en mars des travailleurs de l’usine métallurgique de Zlatoustovo (région de Tcheliabinsk) ont organisé une action pour protester contre les baisses de salaires. La première grève de la faim (le 16 février) avait forcé la direction de l’entreprise à réagir et à reculer, au moins verbalement. Comme le problème restait en l’état, l’action a été relancée le 10 mars. Cette fois, la direction de l’entreprise a accusé les grévistes d’« extrémisme politique ».
Dans quelques rares occasions, cette forme d’action a permis d’obtenir le paiement des salaires. Surtout lorsque les travailleurs ont associé la grève de la faim à d’autres formes d’action, ou encore lorsque la grève de la faim a eu une résonance importante dans l’opinion et dans les médias.
C’est le cas de la mine Tchikh (région de Rostov) où, le 23 juin, 30 mineurs ont entrepris une grève de la faim au fond de la mine : dès le 25 juin les grévistes remontaient à l’air libre, dans la mesure où leur action avait provoqué une véritable panique parmi les bureaucrates de la région. Le vice-gouverneur et le ministre de l’Énergie sont venus en personne à la mine. Auparavant, en mars, les mineurs avaient fait grève en restant au fond.
À l’usine de cellulose du Baïkal, suite à une grève massive de la faim (à laquelle participèrent 60 personnes installées dans un village de tentes monté devant les bâtiments de l’administration de Baïkalsk) combinée à des piquets et des meetings à répétition, le paiement des salaires a débuté le 8 juin.
À Iamala le 10 août, après deux semaines de grève de la faim, les travailleurs de la compagnie d’exploration géologique Severnaïa Ekspedicija ont obtenu le paiement de la dette salariale. Auparavant, du 25 juin au 3 juillet, une première grève de la faim avait eu lieu et s’était arrêtée à la suite de promesses de la direction.

Quelques remarques pour tirer les leçons de l’année :

La dynamique que connaissait le mouvement syndical et ouvrier a connu un ralentissement.
Les faits exposés ci-dessus font apparaître une poussée des actions spontanées à l’échelon local comme les actions de rue avec menace de blocage des routes, et cela en premier lieu dans les villes mono-industrielles. Grâce à l’effet Pikaliovo, ces actions sont devenues le moyen le plus efficace pour que les autorités s’impliquent dans la recherche d’une solution. À l’occasion de ces actions sont soulevées des questions qui ne se limitent pas à la dette salariale : pratiquement dans tous les cas, ce qui est en jeu c’est le sauvetage de l’entreprise. Pour cette raison, les travailleurs s’adressent de plus en plus souvent à l’État pour exiger la nationalisation de l’entreprise ou, en tous cas, pour lui demander de « mettre de l’ordre » dans la situation et de poursuivre le propriétaire « déficient ». De ce point de vue, on peut parler d’une certaine politisation des conflits sociaux, mais avec des limites : le terme « nationalisation » désigne le plus souvent une aide de l’État sous une forme ou sous une autre, et non un véritable changement de politique économique.
Globalement, les conflits pour l’année 2009 ont un caractère défensif et les actions offensives de la part des travailleurs, auxquelles on avait assisté en 2007 et en 2008, sont rares, bien que ce potentiel existe toujours avec les conflits collectifs déclenchés à l’initiative du syndicat et les menaces de grève.
Dans les conditions de la crise actuelle, les conflits ne restent pas confinés dans les limites de l’entreprise. Le nombre des actions spontanées menées dans la rue a connu une forte augmentation du fait que les conflits ne peuvent trouver de solution au sein même de l’entreprise, surtout compte tenu de la législation du travail actuel. De plus, les travailleurs ont élargi l’arsenal des formes d’action, expérimentant toute forme susceptible d’avoir une certaine efficacité. La majorité de ces actions prennent des formes non prévues par la législation sur les conflits du travail. Et cela non parce que les personnes seraient tentées de ne pas respecter la loi — bien au contraire, les compétences juridiques des ouvriers et des syndicats ne cessent de croître, de même que leur capacité à utiliser la loi à leur avantage — mais parce que la législation existante ne permet pas une solution effective des conflits du travail.
Enfin, il faut souligner une autre caractéristique importante de la vague de protestations actuelles : les conflits éclatent de manière spontanée et désordonnée et ne se fondent pas dans un mouvement de masse capable de durer, seul à même de peser sur la manière de sortir de la crise : sur le dos des travailleurs ou celui des patrons ? Pour l’instant, les initiatives du pouvoir et des grands capitalistes vont dans le sens d’une sortie de crise sur le dos des travailleurs (baisse des salaires, réduction d’effectifs, non-paiement des salaires) et nullement dans le sens d’une réduction des bénéfices, des dividendes et des bonus accumulés durant la période précédente. Pire encore, l’État prend en charge les dettes des patrons qui refusent d’en assumer la responsabilité face aux travailleurs : pour les dettes de Deripaska et des autres oligarques, ce sont les contribuables et donc une fois encore les travailleurs qui paient.
L’absence de mouvement d’ensemble tient au fait que les conflits sont très limités dans l’espace, à l’absence de structure à même de les coordonner et de liens horizontaux entre les collectifs en lutte. La seule chose qui existe est un espace médiatique commun avec 1, 2, 3 Pikaliovo.
Pour qu’un mouvement de masse conséquent se développe il faut une structure organisationnelle, des organes de coordination et une solidarité entre les syndicats, toutes choses que s’efforcent d’empêcher le pouvoir et les patrons avec leur politique de répression et de division du mouvement syndical.
Enfin, ce morcellement des luttes s’explique aussi par le fait que les conflits les plus durs ont lieu en dehors des syndicats alternatifs et de leurs réseaux. Ces syndicats connaissent de sérieuses difficultés dans les entreprises : ils subissent les conséquences de la crise (notamment dans l’industrie automobile) et sont victimes de pressions très dures de la part des autorités et des employeurs. Cela les conduit à se concentrer sur l’organisation de la lutte là où ils sont réellement implantés et à renforcer leurs structures organisationnelles. Quant à la Fédération des syndicats indépendants de Russie (Fnpr), sa direction n’est en aucune façon intéressée à participer à une coordination et à une consolidation d’un mouvement d’ensemble pour la défense des droits des travailleurs.
Tout cela explique qu’en raison de la crise et des réactions des différents acteurs, le processus de consolidation du mouvement syndical et ouvrier, s’il n’est pas stoppé, a connu un net ralentissement.
Néanmoins, l’apparition de nouveaux leaders dans la vague d’actions spontanées et l’activisation de certaines organisations locales de la Fnpr constituent une tendance positive. Même si dans la plupart des cas, les dirigeants des mouvements se plaignent du soutien très faible de la part de la direction de la Fnpr à l’échelon fédéral mais aussi dans les différentes branches. Contrepartie positive : certains syndicats affiliés à la Fnpr commencent à mener des batailles au sein de leurs branches et à affirmer leur indépendance.
Il faut encore une fois insister sur le caractère contradictoire de la dynamique actuelle : d’un côté un morcellement, de l’autre une consolidation.
Les perspectives de « transcroissance » des actions locales et éclatées en un mouvement unitaire : vers une solidarité croissante entre les syndicats et dans les luttes.
En dépit de toutes les difficultés dues à la crise mais aussi des pressions exercées sur l’aile organisée du mouvement ouvrier, la tendance vers une consolidation se poursuit, malgré un certain ralentissement. Les syndicats combatifs coopèrent de plus en plus, entre eux mais aussi avec d’autres mouvements sociaux et avec les militants politiques.
Il est clair que pour obtenir une amélioration de la situation concernant les droits des travailleurs dans cette période de crise, il est indispensable de développer une campagne de masse avec la participation de toutes les composantes du mouvement social : seule une telle campagne peut forcer le gouvernement à renoncer à sa politique actuelle de sortie de crise, synonyme de détérioration de la situation des travailleurs et de violation de leurs droits.
On a assisté à certains pas, encore isolés, dans cette direction. Le Syndicat interrégional de la construction automobile (Mpra) a pris l’initiative d’une campagne de masse avec le mot d’ordre « les ouvriers ne doivent pas payer pour la crise ». Et le 14 février 2009, une première action interrégionale a été menée avec ce mot d’ordre.
Le 19 avril, lors du Forum social de l’Oural, des militants (en premier appartenant à l’Union des comités de coordination, SKS) et certains syndicats alternatifs se sont mis d’accord pour mener ensemble une campagne pour la défense des droits des travailleurs et ont défini en commun une liste de propositions pour que la sortie de crise ne se fasse pas « sur le dos du peuple ». Parmi les revendications prioritaires : fournir aux syndicats une information sur la situation économique et financière réelle des entreprises et leur garantir le droit de contrôle sur les mesures adoptées pour sortir de la crise. Mais la campagne s’est développée mollement, au moins pendant les journées unitaires (10-17 octobre) « Sortie de crise mais pas sur le dos du peuple travailleur » : toutes les régions ne se sont pas mobilisées, et nulle part les syndicats n’étaient partie prenante.
La volonté de mener des actions avec les syndicats existe chez les militants du mouvement social, en premier lieu au sein de l’Union des comités de coordination — SKS : dans un grand nombre de villes, ils mènent déjà un travail au sein des collectifs de travailleurs, en particulier par l’intermédiaire des ouvriers logés dans des foyers. C’est à cette conclusion que sont arrivés les participants d’un séminaire organisé les 18 et 19 novembre à Toliatti par le syndicat Edinstvo de Avtovaz avec le soutien de la Confédération panrusse du travail (VKT) et de l’Institut de la globalisation et des mouvement sociaux (Igso). Thème du séminaire : « Quelle stratégie syndicale dans les conditions de la crise ? »
De toute évidence, une telle coopération sera efficace et profitable pour tous les participants si elle se met en place à l’échelle d’une ville autour des questions considérées par tous comme socialement les plus aiguës et les plus importantes. Si la première expérience est une réussite, alors il est parfaitement possible que se mette en place une forme de coordination, qui fait si cruellement défaut dans le pays alors qu’elle est cruciale pour surmonter à la fois le morcellement et le localisme du mouvement pour la défense des droits des travailleurs. À l’heure actuelle, ces structures de coordination sont au mieux à l’état embryonnaire.
Les syndicats et les mouvements sociaux ont un rôle décisif à jouer pour apporter une réponse positive à la question de savoir si le mouvement spontané de protestation peut se fondre dans un mouvement organisé, capable d’obtenir du gouvernement des mesures concrètes pour la défense des droits des travailleurs.
Le pouvoir lui-même devrait être intéressé à un renforcement du mouvement syndical, car sinon il restera seul face à un déferlement sauvage qui peut avoir des conséquences regrettables pour le pays tout entier. Mais ce à quoi l’on assiste c’est tout le contraire, avec le renforcement des pressions sur les syndicats. Les patrons se débarrassent des militants les plus actifs à coup de licenciements, d’agressions physiques ou encore d’emprisonnements pour des délits montés de toutes pièces. Et on ne peut que constater qu’à tous les échelons, les « maîtres du pays » les aident : qu’il s’agisse du parti Russie unie (avec son refus d’amender la législation du travail dans un sens qui rendrait la vie moins dure aux syndicats alternatifs), ou encore d’une partie de l’appareil présidentiel et gouvernemental qui, par leurs provocations et leurs mesures répressives, ne font que renforcer la tension à l’intérieur du pays.
Les travailleurs d’aujourd’hui sont différents de ceux des années 1990, ils n’accepteront pas indéfiniment que l’on se moque d’eux. Ils témoignent de capacités de plus en plus grandes à l’auto-organisation et à l’autodéfense. En Russie, il existe une nouvelle génération d’ouvriers très conscients de leur dignité et porteurs d’autres exigences. Ils ne sont plus prêts à se serrer la ceinture pour rien, et leur idéal n’est pas de rejoindre les rangs de ceux qui ne jurent que par leur bagnole ou leur villa.
Encore une fois, le choix est simple : soit le développement d’un mouvement ouvrier organisé, soit la « misère sans fond du désespoir ».

(Le texte sur la Russie émane de l’Institut d’action collective de Moscou et est signé de Carine Clément. Même si nous n’approuvons pas les considérations syndicales qui le parcourent, nous pensons qu’il apporte des éléments intéressants sur les luttes qui se déroulent en Russie et qui sont pratiquement ignorées ici.)

Espagne

Uni et déterminé, le prolétariat fait sa loi et ignore celles du capital. Mais les syndicats veillent
Le 28 juin, les 7 500 travailleurs du métro de Madrid ont décidé de faire grève trois jours contre une réduction des salaires de 5 % dans le cadre du programme d’austérité du gouvernement socialiste.
À l’unanimité, ils ont décidé d’ignorer totalement les règles du service minimum, ce qui a entraîné la paralysie totale du métro.
Le gouvernement a menacé d’utiliser l’armée et de licencier les grévistes. Le 30 juin, les dirigeants syndicaux ont persuadé une nouvelle assemblée de reprendre le service minimum le 1er juillet, et même de suspendre la grève pour le week-end.

Fin