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Dans le monde une classe en lutte Février 2010

mardi 23 février 2010

Une opinion autorisée

Alain Minc, sarkozyste militant, est aujourd’hui « l’invité du dimanche » du quotidien Le Parisien. Conseiller des grands capitalistes et des politiciens de tous poils (1), il se penche sur l’année 2009 non sans revenir sur les évènements de l’année en cours. À la question des journalistes Marc Lomazzi et Nathalie Schuck : « Faut-il craindre une radicalisation des mouvements sociaux ? », il répond : « Il y aura des tensions avec les syndicats, c’est normal. Je constate qu’au printemps, leur sens de l’intérêt général a été impressionnant pour canaliser le mécontentement. L’automne a été d’un calme absolu. Je dis chapeau bas aux syndicats. Ils ont cogéré cette crise avec l’État. Le patronat, en tant qu’acteur social, a été aux abonnés absents. S’il y avait un dixième du talent de l’état-major de la CGT au Medef, les choses iraient déjà mieux… »
On n’est jamais mieux jugé que par ses pairs.
(1) État des services pour le capital : inspecteur des finances, directeur financier de Saint-Gobain et postes de responsabilité entre autres dans Les Compagnies européennes réunies, SA Le Monde, Pinault Printemps Redoute, Valeo, Y. Saint-Laurent, Fnac, SI Iéna, Moulinex ; auteur de nombreux articles et ouvrages économiques dont La Mondialisation heureuse et Les Prophètes du bonheur (sur le capitalisme, ce ne sont pas des titres humoristiques).

DANS LE MONDE UNE CLASSE EN LUTTE – FEVRIER 2010

Une opinion autorisée

Alain Minc, sarkozyste militant, est aujourd’hui « l’invité du dimanche » du quotidien Le Parisien. Conseiller des grands capitalistes et des politiciens de tous poils (1), il se penche sur l’année 2009 non sans revenir sur les évènements de l’année en cours. À la question des journalistes Marc Lomazzi et Nathalie Schuck : « Faut-il craindre une radicalisation des mouvements sociaux ? », il répond : « Il y aura des tensions avec les syndicats, c’est normal. Je constate qu’au printemps, leur sens de l’intérêt général a été impressionnant pour canaliser le mécontentement. L’automne a été d’un calme absolu. Je dis chapeau bas aux syndicats. Ils ont cogéré cette crise avec l’État. Le patronat, en tant qu’acteur social, a été aux abonnés absents. S’il y avait un dixième du talent de l’état-major de la CGT au Medef, les choses iraient déjà mieux… »
On n’est jamais mieux jugé que par ses pairs.
(1) État des services pour le capital : inspecteur des finances, directeur financier de Saint-Gobain et postes de responsabilité entre autres dans Les Compagnies européennes réunies, SA Le Monde, Pinault Printemps Redoute, Valeo, Y. Saint-Laurent, Fnac, SI Iéna, Moulinex ; auteur de nombreux articles et ouvrages économiques dont La Mondialisation heureuse et Les Prophètes du bonheur (sur le capitalisme, ce ne sont pas des titres humoristiques).

Dans les luttes, toutes les solutions ne sont pas forcément bonnes à prendre

Lorsque les travailleurs sont acculés à lutter pour préserver le peu qu’ils ont en contrepartie de leur exploitation, ou pour obtenir quelques miettes supplémentaires dans les bouleversements que leur impose le capital via leur exploiteur, des choix se présentent autour de la question : Que faire ? Hormis des réactions quasi spontanées sans souci des conséquences éventuelles à des exactions particulièrement brutales, les choix sont souvent à faire parmi ceux que proposent ou les syndicats, ensemble ou séparément, ou les délégués de base, ensemble ou séparément, ou quelque militant marginal de l’intérieur ou de l’extérieur tentant de propulser ses modèles idéologiques, ou encore en suivant l’idée non préconçue de l’un ou l’autre des travailleurs.
Dans ces choix, tout un éventail de « solutions » : certains travailleurs peuvent être pour la légalité des recours juridiques ou pour l’action dans le cadre institutionnel comme la grève contrôlée, ou les deux à la fois, d’autres peuvent être pour une illégalité plus ou moins contrôlée par les instances de médiation, les recours juridiques ou les interventions syndicales ou policières, ou dans une illégalité « sauvage » qui elle peut tout autant surgir comme une réponse brutale à des situations brutales. Dans cet éventail, les chances de réussite dépendent uniquement du rapport de forces non seulement au moment où ces décisions sont prises, mais aussi dans l’évolution d’une situation qui n’est jamais statique, et qui dépend non seulement des travailleurs en lutte mais aussi des autres travailleurs, des pouvoirs syndicaux, policiers, politiques et autres organismes de pouvoir. Souvent, il ne s’agit pas de choix à proprement parler, les solutions s’imposant plus ou moins spontanément sans qu’intervienne un vote dans une assemblée, comme peuvent le préconiser les puristes intéressés et parfois manipulateurs de la démocratie.
Telle ou telle initiative s’impose, spontanément ou « démocratiquement » alors que toutes les solutions légales ou pas ont été épuisées et/ou se sont révélées inefficaces quant au but que les travailleurs veulent atteindre (celui qu’ils se sont fixés au départ mais qui a pu évoluer avec la lutte elle-même).
Un exemple de solution proposée par des militants nantis d’une certaine idéologie, et retenue par une assemblée de travailleurs parce qu’après tout, on peut bien essayer, est donné par ce qui s’est passé à l’usine Philips de Dreux (Eure-et-Loir). Sise dans la zone industrielle des Châtelets, l’usine exploitait en 1953 plus de 4 000 travailleurs mais, conséquence des délocalisations, elle a peu à peu été réduite en octobre 2009, après l’annonce de la fermeture de ce qui reste, et n’exploite aujourd’hui que 217 travailleurs. Dans le cadre de la suppression par la multinationale de 6 000 postes dans le monde. Dans le passé, lors des multiples plans sociaux qui ont accompagné cette lente élimination d’une unité de production, des dissensions sont apparues entre les échelons de base des syndicats et les bureaucraties syndicales ; c’est ainsi que dans cette usine, la section CGT, animée par un militant aujourd’hui du NPA, a été exclue des unions locales et départementales de la CGT tout en continuant à s’en revendiquer. Lors d’une assemblée générale de seulement 147 (sur les 210) travailleurs de l’usine tenue le 6 janvier, ceux-ci votèrent (sauf 5) la poursuite du montage des écrans plats de télé et leur stockage, constituant ainsi une sorte de trésor de guerre, monnaie d’échanges dans les pourparlers éventuels avec les dirigeants.
Pourquoi pas, après tout, à défaut d’autres alternatives, d’autant plus que les délégués qui présentaient cette option expliquaient que c’était positif eu égard à d’autres plus radicales, comme la séquestration de dirigeants ou la menace de faire sauter l’usine, options qui avaient pu être retenues ailleurs par des travailleurs placés dans la même situation de fermeture et de licenciement.
Les pièces nécessaires rassemblées, ce montage d’écrans plats commença, les pièces terminées étant stockées sous bonne surveillance dans un local de l’usine. Mais c’était sans compter sur les réactions patronales, syndicales et politiques : le 11 janvier, un huissier vint constater la situation, les travailleurs concernés par ce montage furent accusés de détournement de pièces et reçurent l’ultimatum d’avoir à livrer le stock d’écrans avec menaces de licenciement pour faute lourde pour 9 d’entre eux, préposés au stockage concerné. Ce qui mit fin rapidement à l’avancée dans la lutte que cette action pouvait représenter.
Peut-être que les faits ne se sont pas déroulés exactement de cette façon, mais le résultat de cette tentative avortée est l’impression d’improvisation de la part de quelques militants appliquant des modèles idéologiques sans avoir réellement l’appui de l’ensemble des travailleurs, et une ignorance des possibilités des gestionnaires du système qui deviennent redoutables lorsque cet appui, ce rapport de forces en faveur des travailleurs unis et décidés, n’existe pas ou peu. Il ne faut pas se bercer d’illusion : même si ce rapport de forces avait été en faveur des travailleurs, des problèmes tout aussi redoutables se seraient posés pour que l’expérience puisse se poursuivre.
Dans des milieux de l’ultra-gauche, des voix se sont élevées pour parler d’autogestion, avec la référence historique de Lip dans les années 1970. Certains l’évoquent même à propos de la lutte autour de la raffinerie Total de Dunkerque. Ouvrir un débat sur l’autogestion couvrirait des pages et des pages de ce bulletin. Ce qui est clair, c’est que quelque volontaristes et éventuellement soutenues qu’elles soient, de telles tentatives, dans le contexte actuel, ne peuvent être, moins idéologiquement marquées, que des armes provisoires et fragiles dans une lutte spécifique pour des buts tout autant spécifiques.

Un autre cas d’école : l’Algérie

Voici ce qu’un article d’un journal algérien décrit d’un arrière-plan de luttes :
20/10/2009 – Aucune région du pays n’échappe à la déferlante. À Alger, Oran, Tizi Ouzou, Ouargla, Annaba, Tamanrasset… la « culture de l’émeute » s’enracine, prospère à l’ombre de l’hypothétique « État de droit ». La violence dans tous ses états, sous toutes ses formes. Violences interquartiers à Bab-el-Oued, affrontements intercommunautaires à Illizi, Berriane, conflits tribaux à Djelfa, Laghouat, Béjaïa. Des émeutes éclatant aux quatre coins de l’Algérie : émeutes du pain, du foot, du gaz, de l’électricité, etc., les déchaînements de violence se suivent mais ne se ressemblent pas. L’escalade dangereuse à laquelle nous assistons — avec ses contingents de victimes, ses lots de destruction de biens et équipements et la menace qu’elle fait planer sur l’État-nation — ne semble pas préoccuper pour autant le gouvernement dont le souci premier est, semble-t-il, d’expédier les affaires courantes. Face à l’explosion du phénomène des émeutes urbaines en Algérie, de la violence intercommunautaire, devant la multiplication des actes portant atteinte à l’ordre et à la quiétude publics, l’État fait l’autruche, se mure dans le silence quand il ne convoque pas ses arsenaux répressifs.
Le langage de l’émeute prend le dessus sur toutes les autres formes d’expression, devient la règle et non l’exception. Le langage des barricades, des routes coupées, des pneus enflammés… devient celui de millions d’Algériens excédés par les injustices sociales, la corruption, la hogra, le népotisme, le clientélisme, le chômage, la non-gestion, la non-gouvernance… Pas un jour ne passe sans charrier son lot de troubles. Les analystes pointent du doigt le verrouillage des canaux d’expression pacifique, la politique d’exclusion, la disqualification des partenaires sociaux, des partis crédibles de l’opposition, des syndicats autonomes, le recours systématique, abusif, à la répression contre les mouvements sociaux, à l’origine de l’instabilité chronique. Les émeutes traduisent, aux dires du politologue Mohamed Hachemaoui, « les ratés du clientélisme d’État, le déficit de distribution clientélaire des ressources et des bénéfices de la rente aux groupes sociaux. Elles sont, dans le même temps, le symptôme de la crise du politique en Algérie : en refusant en effet l’institutionnalisation du conflit social, l’expression autonome des revendications et la représentation politique de la société selon les intérêts en conflit, le régime politique génère l’émeute, expression extrême et violente de la ‘prise de parole’. Les émeutes de ces dernières années sont l’œuvre rageuse d’une jeunesse désemparée, lourdement frappée par le chômage, l’exclusion et le désespoir ».
Des événements récents ont donné une dimension supplémentaire à ce tableau sans concessions. Ils concernent l’entrée en lutte des travailleurs. Deux de leurs luttes sont significatives en elles-mêmes mais elles se déroulent sur un autre fond de luttes des médecins de la santé publique depuis deux semaines, des enseignants depuis des mois (500 000 grévistes en novembre 2009), d’une émeute particulièrement violente des habitants d’un faubourg d’Alger, Diar Echems, autour du logement, des journaliers des docks d’Alger. L’une de ces luttes concerne l’aciérie El Hadjar près d’Annaba (côte est) qui appartient à 70 % à une filiale d’Arcelor-Mittal, le reste étant encore entre les mains de l’État algérien, précédent propriétaire de l’ensemble. La multinationale de l’acier joue sur le plan mondial et envisage de restructurer l’aciérie, notamment en modernisant certains secteurs et en fermant la cokerie (licenciement de 320 ouvriers sur les 7 200 de l’usine). L’annonce a été faite en octobre 2009 mais la grève totale commence le 4 janvier 2010 ; il est difficile de savoir si cette lutte est une extension de celle de Rouiba qui débute au même moment, et comment elle est organisée ; elle s’étendra à l’ensemble des structures de l’entreprise, y compris au réseau de dépôts et de magasins de vente, et au port d’Anaba. Mais elle est prise en mains par le syndicat officiel UGTA. Un jugement pris à la requête d’ArcelorMittal déclarera pourtant la grève « illégale », juste au moment où des pourparlers au plus haut sommet se font sur des participations financières et sur le maintien de la cokerie, qui serait modernisée.
L’autre conflit touche la zone industrielle de Rouiba à 30 kilomètres à l’est d’Alger. Cette zone industrielle a été en 1988 l’épicentre d’un soulèvement social réprimé dans les sang (plus de 500 assassinés et des milliers de blessés) et toute l’action du gouvernement va être de tenter d’isoler le mouvement alors qu’il commence à s’étendre. Comme en 1988, l’usine qui polarise l’action est celle de SNVI (ex. Sonacome, bus et camions) située au centre de cette gigantesque zone industrielle. Le détonateur va être un accord signé par le syndicat UGTA avec le gouvernement qui, d’une part augmente d’un montant dérisoire le salaire mensuel minimum (de 12 000 dinars à 15 000, soit 135 euros), et d’autre part modifie les conditions de départ à la retraite (suppression de la possibilité de partir à 50 ans avec 32 années, uniformisation pour un départ à 60 ans, quelle que soit la durée de cotisation). L’hostilité se dirige d’abord vers la bureaucratie de l’UGTA : le 14 décembre 2009, 600 syndicalistes de base se rassemblent pour protester devant le siège local de l’UGTA. Comme rien ne bouge quant à l’application dudit accord, la grève éclate le 6 janvier à la SNVI à l’appel d’un collectif de base de l’usine (il semble que de tels collectifs extra-syndicaux existent dans d’autres usines d’Algérie). 5 000 travailleurs sur les 7 200 de l’usine descendent dans la rue pour se rendre vers le centre de Rouiba (l’état d’urgence est toujours en vigueur depuis des années avec l’interdiction de toute manifestation de rue) : ils sont stoppés sans ménagement en chemin par les flics qui ont été déployés en grand nombre dans la zone. La grève s’étend dans toute la zone industrielle et dans d’autres villes (Alger, Tiaret, etc.) pour l’annulation de l’accord. Le 7 janvier, une nouvelle manifestation, plus imposante, prend le chemin de Rouiba et est bloquée de même. Le 14 janvier, une assemblée des ouvriers de SNVI décide la fin de la grève. Des témoignages rapporteront que les bureaucrates de l’UGTA ont pendant plusieurs jours parcouru l’usine pratiquant le chantage, les menaces de licenciement et les promesses. Ces promesses concernent la reprise de pourparlers qui définiront pour les travailleurs de SNVI les conditions d’application de l’accord d’origine, qui n’est pas annulé. Le collectif qui avait lancé la grève déclare veiller à la suite de ces discussions.

Un autre cas d’école

ÉGYPTE (voir précédents bulletins)
Il est difficile de relier l’ensemble des mouvements de résistance dans tous les secteurs de l’économie, qui sont souvent les conséquences de privatisations mais aussi de la crise, de la corruption et des conflits politiques.
Rien qu’en janvier, grèves et manifestations démontrent l’ampleur de tels mouvements qui sont dispersés par la répression, par des manipulations syndicales et des divergences d’intérêts.
Les employés municipaux manifestent devant le ministère des Finances au Caire pour leurs salaires ; des squatters paysans auxquels on a promis des droits de propriété dans le delta du Nil qui ne viennent pas se retrouvent devant le ministère de l’Agriculture ; 200 travailleurs d’une firme de télé-équipement, toujours au Caire, en grève pour salaires impayés depuis trois mois.
Le trust textile Amonseto International (12 usines, 5 000 travailleurs) est pratiquement en faillite ; dans une des usines, 100 travailleurs sont en grève le 1/02/2010 pour paiement des salaires en retard. Dans cette firme, il y a eu une tentative de reprise en autogestion mais l’expérience a sombré sous le poids des dettes et à cause d’une coupure des fournitures en électricité.
Le 9 janvier, les travailleurs de Tanta Linen Co sont en grève contre le licenciement du secrétaire général du syndicat, accusé d’avoir incité à une grève : 800 parmi l’équipe du matin bloquent l’entrée de l’usine et s’assoient dans la cour (en novembre dernier, ces travailleurs avaient mis fin à une grève de six mois après un accord sur les salaires, une prime de repas et une prime spéciale de 200 livres égyptiennes).
Le 27 janvier, les travailleurs d’une autre firme Tanta Flax Oil Co manifestent devant le siège social à Gharbiya pour paiement des salaires en retard et sont dispersés par les flics.

La dimension de la crise

USA – Décembre 2009 – Un fermier du Colorado cultivant divers légumes donne l’autorisation à toute personne intéressée de venir ramasser ce qui est abandonné après la récolte, renouvelant la vieille pratique du glanage. Il ouvre ainsi un terrain de 35 hectares sur les 300 que compte sa ferme. Qui est envahie par plus de 40 000 affamés venant de quelque 11 000 voitures et qui glanent ainsi 300 tonnes de légumes divers en une seule après- midi. Le terrain est si bien nettoyé qu’une seconde journée prévue de glanage est annulée, il n’y a plus rien à ramasser.
RUSSIE – 19/07/2009 – Dans toute la Russie, la vente des semences de légumes a plus que doublé ces dernières années alors que de plus en plus de citadins cultivent autour de leur maison, de leur datcha, ou dans un renouveau de jardins ouvriers collectifs des légumes au lieu de fleurs. La crise, le chômage et l’inflation contraignent une bonne partie de la population à chercher des moyens d’assurer eux-mêmes leur subsistance, comme en temps de guerre.
FRANCE – Janvier 2010 – Plus d’un million de chômeurs vont cesser de percevoir les indemnités de chômage qu’ils percevaient, la durée maximale étant de trois années. Sur ce nombre, environ 600 000 n’auront droit, si rien ne change, à aucune autre indemnisation, notamment pas au RSA (ex- RMI) parce que leur foyer vivra sur le seul salaire du conjoint qui, même au taux du salaire minimum, dépassera le plafond de ressources ouvrant droit à cette dernière indemnité.

Les différentes formes d’irruption de la violence de classe dans le monde
(C’est seulement une partie de ce que l’on a pu recenser des luttes dans le monde ces derniers mois, et il y a inévitablement des oublis vu la dimension et le nombre des luttes.)

La grève et rien d’autre

FRANCE – Fin 2009 – Le trust pharmaceutique Sanofi Aventis (28 000 travailleurs en France, 5e labo pharmaceutique mondial) est pris dans une série d’actions limitées contre les restructurations et pour des hausses de salaire plus substantielles, étant donné les profits engendrés notamment par les commandes de vaccins contre la grippe A. Des dizaines de sites dont celui de Marcy-L’Étoile près de Lyon connaissent, sous l’égide syndicale, toute une série de journées de grève. Plusieurs centaines de travailleurs manifestent devant le siège social parisien et en janvier, les grèves tournantes continuent.
Fin 2009 – Les travailleurs d’une autre multinationale de l’électronique cette fois, Alcatel-Lucent (11 000 travailleurs en France sur 70 000 dans le monde), sont pris dans le même réseau de restructurations-délocalisations. En 2009, c’est le 4e plan social annonçant pour la France 850 suppressions d’emplois et 150 mises en sous-traitance dans différents sites. Pour garantir les profits, la firme avait notamment délocalisé en 1991 en Roumanie à Timisoara ; mais les revendications de salaires et la constitution d’un syndicat libre font faire un autre saut vers l’Est : 500 emplois sont supprimés sur 1 500 et transférés en Chine. Là aussi, toute une série de débrayages limités et dispersés n’apporteront guère de solution, sauf peut-être plus d’indemnisation pour les laissés pour compte.
– 27/11/2009 – Contre les réductions des effectifs et des crédits de fonctionnement, les travailleurs du centre Pompidou à Paris sont en grève illimitée. Leur mouvement est suivi pendant un temps et inégalement par d’autres musées de Paris et de province. Mais ils se retrouvent seuls devant un mur inflexible. Ils reprennent le travail en fin d’année sans avoir rien obtenu.
– Décembre 2009 – Série de grèves limitées à l’aéroport de Brest Bretagne contre une réorganisation des travailleurs au sol qui entraînerait 18 licenciements. Un accord intervient le 20/01/2010.
– 17/11/2009 – Le groupe allemand Borgers à Saint-Quentin (Aisne, équipementier) prétend supprimer pour les 144 travailleurs une prime de fin d’année de 500 euros acquise en 2007, en raison de la crise. Trois jours de grève la font rétablir et passer à 600 euros, les jours de grèves étant payés.
– 2/01/2010 – Les 200 travailleurs du site gazier de Lacq (Pyrénées-Atlantiques), en grève depuis le 24/12/2009 pour les salaires, sont rejoints par ceux d’Arkema (pétrochimie), et de temps à autre par les quelque 800 travailleurs du site. Des accords séparés sont conclus.
– Février 2010 – La chaîne de magasins d’ameublement Ikea (firme suédoise) est secouée par différentes actions (grèves limitées, occupation du siège social par des délégués syndicaux, etc.) pour des revendications salariales.
– Février 2010 – Grève ou droit de retrait pour situation dangereuse. Un bras de fer est engagé avec le gouvernement suite à des agressions contre des élèves dans des lycées de la banlieue de Paris. Les enseignants demandent l’embauche de surveillants supplémentaires, ce qui leur est refusé car cela ouvrirait la porte à des revendications générales similaires. Mais avec ou sans incidents supplémentaires similaires dans d’autres établissements, le conflit risque de s’étendre et de rebondir après les vacances scolaires, vu l’ampleur de la contestation latente dans ce secteur de la fonction publique.
– 30/01/2010 – ArcelorMittal – Aciérie de Fos (près de Marseille, Bouches-du-Rhône), débrayages spontanés d’une heure au choix des travailleurs pour les salaires.
Grande-Bretagne – Décembre 2009, janvier 2010 – Série de grèves dans différentes compagnies locales de bus, notamment de 2 000 conducteurs à East London Bus Group et à CT Plus à Londres et sa banlieue.
– Depuis de nombreux mois, les 11 500 travailleurs de la chaîne multinationale d’informatique Fujitsu sont en lutte pour les salaires, l’emploi et les retraites (contre le gel des salaires, la suppression du fonds de pension pour les entrants, etc.). Ils mènent, sans succès jusqu’à présent, une série de grèves limitées et localisées.
GUYANA (ex-Guyane britannique) – 3/12/2009 – Suite à une série de grèves d’une journée, les dirigeants russes de Rusal Bauxite Company Inc dénoncent l’accord collectif signé précédemment avec le syndicat Guyana Bauxite and General Workers Union. Une assemblée des travailleurs des mines de bauxite décide de poursuivre leur action.
CHILI – 6/01/2010 – Les 5 600 mineurs de la mine de cuivre de Chuquicamata votent à 68 % la fin d’une grève pour les salaires, commencée le 1/01/2010. Leur employeur, le trust d’État Codelco, premier producteur mondial de cuivre, a fini par concéder une augmentation de 4 % et une prime de 24 000 $ dans le cadre d’un contrat de 38 mois. Une fonderie de cuivre Altonorte du trust Xstrata est aussi entrée en grève pour les salaires avec un blocage routier, mais avec un impact réduit car l’usine est partiellement arrêtée jusqu’au 20 janvier pour entretien.

La grève sauvage, les grèves de solidarité et l’extension de la lutte

IRAK – 7/12/2009 – Près de 90 % de l’industrie est encore étatisé et soumis à la réglementation de Saddam Hussein de 1987, qui interdit tout syndicat indépendant dans le secteur public. Les 1 500 travailleurs de l’industrie du cuir (deux usines de Bagdad et une d’Al-Küfah) reprennent le travail après une grève de 53 jours animée par un comité ouvrier, émanation de la Fédération indépendante des conseils ouvriers et des syndicats d’Irak. La grève était dirigée contre l’utilisation de solvants dangereux manipulés sans aucune précaution. Le 6 octobre 2005, une manifestation avait été durement réprimée et un leader syndical malmené et arrêté. La sécurité sera améliorée et des primes payées (entre 25 et 30 % du salaire) à ceux qui travaillent dans des conditions dangereuses.
Cette grève a fait des émules parmi les 4 000 travailleurs du textile qui, dans la foulée de ce succès, se sont mis en grève pendant 18 jours et ont aussi obtenu des garanties pour ces mêmes questions de sécurité.
CHINE – 15/01/2010 – 2 000 ouvriers sur les 13 000 de l’usine Wintek Corporation (capitaux coréens) produisant les écrans d’iPhone pour Apple se mettent en grève à Suzhou (province de Liaoning au nord de Shanghai). Pour le nettoyage de ces écrans, un solvant — l’hexane — se révèle particulièrement dangereux, attaquant le système nerveux. 5 ouvriers sont morts récemment et plus d’une douzaine ont dû être hospitalisés. En avril 2009, une grève similaire à Dongguan (près de Canton) de 7 000 travailleurs avait été violemment réprimée et avait conduit au licenciement de 19 grévistes. Cette fois, 800 des grévistes se regroupent devant les portes de l’usine et sont attaqués par une centaine de flics. L’usine est fermée dans l’après-midi alors que les travailleurs discutent de la poursuite de leur lutte. Cette lutte et d’autres ont conduit une fraction des autorités du Parti à appeler dans les médias officiels à ce que les syndicats établissent des relations entre travailleurs et dirigeants d’entreprise pour une meilleure protection des travailleurs, et cette fraction demande aux autorités locales de prendre des mesures appropriées pour faciliter une consultation des travailleurs. Dans un article, il est tenté d’orienter, de dévier de tels mouvements de lutte en une exploitation des travailleurs au profit des seules entreprises à capitaux étrangers. La grève s’est terminée avec une offre de primes diverses par la firme taïwanaise sous-traitante d’Apple.
FRANCE – 28/11/2009 – Les 48 travailleurs de l’usine de fabrication de doudounes Moncler à Échirolles (banlieue de Grenoble) ont été sonnés le 22 septembre par l’annonce brutale conjointe de leur patron italien et du fonds d’investissement Carlyle de la fermeture définitive de ce site français. Leur grève et une manifestation devant l’Assemblée nationale le 28 novembre n’y changent pas grand-chose.
– Janvier et février 2010 – La multinationale du pétrole Total veut fermer la raffinerie des Flandres à Mardyck près de Dunkerque, arrêtée depuis septembre 2009. Elle emploie encore 371 travailleurs et indirectement 400 autres chez des sous-traitants. En grève depuis le 11 janvier, ils ont été soutenus lors de plusieurs journées par d’autres raffineries Total de Donges (Loire-Atlantique), Gonfreville (Seine-Maritime), Grandpuits (Seine-et-Marne) et La Mède (Bouches-du-Rhône). Le 1er février, plus de 1 000 d’entre eux envahissent le siège de Total à la Défense à Paris et s’y installent pour la journée. Total tergiverse entre le report de la fermeture définitive en juin, la cession, l’installation d’un dépôt, etc. Des pourparlers sont censés s’ouvrir fin février alors que les syndicats lancent un appel à la grève de toutes les raffineries à partir du 17 février.
AUSTRALIE – 24/08/2009 – Une grève sauvage de 130 chauffeurs de bus d’une firme privée de Sydney, suite à une rupture des négociations sur les horaires de travail, contraint à une reprise des négociations qui feront droit aux revendications des chauffeurs.
INDE – 23/12/2009 – La mondialisation fait qu’une bonne partie des amandes, noix et autres coques produites dans le monde (notamment aux USA) sont cassées et conditionnées par 20 000 travailleurs de l’Inde dans les pires conditions d’exploitation. Alors qu’ils touchent un dollar (0,80 euro) pour décortiquer un sac de 23 kg, ils demandent 50 % d’augmentation et l’attribution d’une carte d’identité, dont l’absence est utilisée par les patrons pour ne pas payer les salaires. Ils sont en grève depuis le 17 décembre et tentent par des manifestations d’attirer un peu l’attention sur la situation : la plupart du temps, comme à Delhi, ce sont les flics qui les dispersent.
VIÊTNAM – 16/12/2009 – De nombreuses grèves pour les salaires de 750 travailleurs de ML Apparel à Bien Hoa contre les heures supplémentaires obligatoires et pour divers avantages sociaux. Le 4/02/2010, 10 000 travailleurs de My phong Leather Shoes Company, firme coréenne de la godasse à Tra Vinh, après 14 jours de grève, obtiennent diverses primes.
BIRMANIE – 9/02/2010 – Les 2 000 travailleurs d’Opal 2, entreprise coréenne près de Rangoon la capitale, doivent cesser leur grève après seulement plusieurs heures après une démonstration de force de la police des émeutes. Non seulement ils se battent pour les salaires, mais pour que la journée de travail soit limitée à 21 heures et pour pouvoir rester plus longtemps sans contrôle aux WC.
BANGLADESH – Depuis le 5/01/2010, grève illimitée dans les plantations de thé du district de Mabigang. Un comité syndical élu par les travailleurs concernés, en octobre 2008, a été dissous autoritairement par le gouvernement qui l’a remplacé par un comité désigné qui a pris possession des locaux syndicaux. La grève vise au retour du comité élu.

Les dirigeants séquestrés, injuriés, malmenés, exécutés

FRANCE – 15/01/2010 – Déclaration du ministre de l’Industrie à la presse : « Depuis la rentrée de septembre, le dialogue social l’a emporté partout et j’ai fait comprendre à chacun qu’il n’y aurait pas de discussion possible sous la menace. »
– 20/01/2010 – L’action directe paie. Le groupe métallurgique suédois Akers veut fermer en juin 2010 l’usine de Fraisses (Loire) près de Saint-Étienne (ex-Creusot-Loire, cylindres de laminoir) pour chute des commandes. Les 120 travailleurs se mettent en grève illimitée le 13/01/2010 et devant le refus de discussion pour une meilleure indemnisation, séquestrent quatre dirigeants dont le directeur général pour la France. Ils sont « hébergés » plus de 24 heures et libérés après la désignation d’un médiateur et un accord prévoyant le versement d’une indemnité supra-légale de 20 000 euros, augmentée d’une prime variable en fonction du chiffre d’affaires du site avec un minimum de 8 500 euros (au départ, la direction proposait une indemnité supra-légale de 6 000 euros). La menace n’était pas loin puisqu’un jugement avait déjà ordonné la libération des prisonniers, et que le même ministre avait condamné cette « action irresponsable ».
– Dans la nuit du 1er au 2 février 2010, une soixantaine de travailleurs invitent deux dirigeants de la société Pier Import, chaîne de 25 magasins mise en liquidation judiciaire en septembre 2009 (140 licenciements), à passer la nuit avec eux dans l’entrepôt de Villepinte (Seine-Saint-Denis, banlieue nord de Paris) qu’ils occupent depuis quelque temps. Ces dirigeants sont libérés mais le blocage continue pour des suppléments d’indemnités légales. Sans résultat pour le moment.
INDE – 24/12/2009 – 250 000 travailleurs du jute au Bengale Ouest sont en grève illimitée depuis le 14/12/2009 pour le paiement de salaires en retard parfois depuis plusieurs années. 52 usines traitant cette fibre textile sur 54 sont fermées. Cette région de l’Inde assure la moitié de la production mondiale, qui est en déclin constant à cause de l’emploi de fibres synthétiques et cela malgré une législation protectionniste de l’Inde que les grosses industries utilisatrices de sacs voudraient faire annuler. Le 2 janvier à Kampur, dans l’État d’Uttar Pradesh, la police doit délivrer trois dirigeants de l’usine JK Jute Mill séquestrés depuis plusieurs heures. Dans cette usine, des actions pour les salaires et la retraite ont entraîné un lock-out mais les ouvriers continuent à travailler et à produire (on ne sait pas dans quelles conditions).
Blocage de dépots, d’axes routiers ou ferroviaires, piquets de grève ou manifestations
MEXIQUE – Décembre 2009, janvier 2010 – (Voir précédent bulletin.) La dissolution de la société d’électricité nationale desservant la région de Mexico (Luz y Fuerza del Centro) (LFC) ayant permis d’éliminer du même coup le syndicat trop combatif SME — qui regroupait 44 000 travailleurs du coup tous licenciés et 22 000 retraités —, une partie de bras de fer s’est engagée entre ce syndicat soutenu par l’opposition politique et le gouvernement. Mais les manifestations de soutien, bien que largement suivies, et les recours juridiques ne sont pas parvenus à faire fléchir le gouvernement qui, par ailleurs, bloque toute reconnaissance juridique au syndicat SME. De fait, sur les 44 000 travailleurs licenciés, 62 % ont accepté leur licenciement et l’indemnité afférente, avec une promesse hypothétique de réembauche par le trust national repreneur de l’activité de LFC. Une partie des travailleurs n’acceptent pas cette impuissance des voies légales de pression ou de recours. Des commandos d’ex. de SEM se sont formés et ont organisé des piquets pour occuper et bloquer les transferts de matériels de plusieurs sites de production et dépôts de LFC. Dans cette action directe, ils sont soutenus par d’autres travailleurs et des activistes du Chiapas. Ces tentatives se sont renouvelées malgré les attaques de la police pour les disperser, et malgré des arrestations.
FRANCE – Pimkie (prêt-à-porter, famille Mulliez). Après une manifestation à Roncq (Nord) le 6 décembre, depuis le 19 décembre grève avec occupation du site de Neuville-en-Ferrain (Nord, près de Lille) contre un « plan de sauvegarde » qui prévoit le licenciement de 175 travailleurs (sur les 2 088 du groupe). Un piquet de grève bloque totalement l’entrepôt de Wasquehal, moment bien choisi à cette période de soldes. Le 6 janvier, la direction cède en s’engageant à verser à chaque licencié un minimum de 20 000 euros, en sus des indemnités légales.
CHINE – 26/01/2010 à Tongle près de Guilin dans le Guangxi, des paysans se battent avec 700 flics dépêchés pour appuyer la spoliation de terres par des dirigeants locaux corrompus. La « reprise » d’un terrain de 67 hectares a été revendue 100 fois le prix qui leur avait été payé pour les indemniser.
Manifestations sociales sous couvert politique, grèves et émeutes conséquentes
AFRIQUE DU SUD – Février 2010 – En 2009, le pays a connu 83 émeutes localisées dans les townships, là où l’apartheid social n’est plus recouvert par l’apartheid racial. La dernière de ces émeutes dans le township de Sivathemba près de Balfour, à 100 kilomètres de Johannesburg, a connu le même affrontement entre les jeunes et la police anti-émeutes (la même qui contrôlait durement l’apartheid racial) pour l’emploi dans une mine d’or voisine et la résolution des problèmes locaux de l’approvisionnement en eau, électricité, etc. L’émeute dure trois jours et se solde par 22 arrestations.
INDE – 28/01/2010 – Dans tout l’est du pays se déroulent des manifestations contre le coût de la vie et notamment le prix des denrées alimentaires. Dans l’État de Bihar, ce mouvement s’accompagne d’attaques de trains lapidés lors de leur passage, et de barrages routiers de pneus enflammés.
HONDURAS – 9/07/2009 – En arrière-plan du coup d’État militaire du 28/06/2009, tension sociale causée par la crise dans un des pays les plus pauvres de toute l’Amérique latine. Le pays reste dominé par une économie agricole aux mains des multinationales américaines des plantations de bananiers dont l’hyper-mécanisation a poussé les ouvriers agricoles et les paysans pauvres vers les villes. Cette main-d’œuvre abondante et misérable se retrouve dans des maquiladoras. 229 d’entre elles exploitent 130 000 ouvrières, des femmes essentiellement, dans des équipes de trois ou quatre jours, pour 14 heures par jour avec seulement une pause d’une demi-heure, avec parfois du travail non-stop de 24 heures. Ces femmes sont embauchées à 18 ans et automatiquement licenciées à 30 ; de plus, ces mêmes usines exploitent des enfants de 15 ans de 10 à 13 heures par jour pour 0,40 cent (30 centimes d’euro) de l’heure. Une dure répression pour toute tentative de défense syndicale garantit ces bonnes conditions d’exploitation.
INDE – 2/02/2010 – Cachemire – À la suite de manifestations concernant les conditions de vie, un adolescent est tué par l’envoi d’une grenade en tir direct : une grève générale entraîne une manifestation dans la capitale et à un affrontement entre des milliers de manifestants et des milliers de flics : 17 manifestants blessés et 8 flics.
ROUMANIE – 5/10/2009 – 800 000 travailleurs de tout le secteur public en grève contre les mesures d’austérité imposées par le FMI.
EUROPE – Janvier et février 2010 – Un peu partout, manifestations et grèves générales limitées contre l’austérité, le blocage et les réductions de salaires, le chômage et toutes les attaques sur les conditions de travail, en Grèce, au Portugal, en Italie, etc., sans beaucoup de résultats tant qu’elles restent limitées par leur caractère pacifique, récupérées politiquement et contrôlées par les organisations syndicales qui les transforment en soupapes de sûreté pour le capital : démonstrations d’impuissance pour l’ensemble des travailleurs.

Le sabotage

MEXIQUE – 21/1/2010 – Les mineurs de cuivre de la mine Cananea sont en grève depuis le 30 juin 2007 pour les salaires, mais surtout pour la sécurité (pour les péripéties de cette longue lutte, voir précédents bulletins). Un communiqué patronal dénonce l’utilisation par les grévistes d’engins appartenant à la société minière pour bloquer le site. Une assemblée des mineurs décide d’incendier les installations si le recours introduit devant un tribunal leur est défavorable. Les mineurs rejettent une proposition de départ contre le paiement de 3 mois de salaire et d’une indemnité de 12 jours de salaire par année de présence. La menace d’embaucher des jaunes dans la mine contrôlée par la police s’accompagne d’un chantage auprès des familles logées par l’employeur, où le gaz et l’électricité des habitations ont été coupés et dont les enfants ne sont plus admis dans les services de santé et les écoles.
L’occupation de l’espace public, des usines et de tous bâtiments
2/01/2010 – Lettonie. Depuis un mois, des chômeurs (taux officiel 16 %) campent devant le palais du gouvernement. Les salaires des fonctionnaires ont été réduits de 20 %, les indemnités de chômage plafonnées à 50 % du salaire antérieur et payés pendant seulement 9 mois. Là où c’est possible, des lopins de terre ont été distribués aux plus pauvres pour leur permettre de survivre en cultivant des légumes pour leur consommation.

FRANCE – 28/01/2009 – Réapparition des collectifs de lutte de base – Téléperformance, centres d’appel, filiales des opérateurs de la téléphonie, Orange, Bouygues et SFR, leader mondial avec 88 000 travailleurs dont 8 000 en France, restructure (et délocalise notamment en Tunisie) et ferme les centres de Pantin et de Montigny-le-Bretonneux (tous deux en banlieue de Paris) avec transfert partiel des exploités sur Orléans (Loiret) et Villeneuve-d’Ascq (Nord). Des luttes avec grèves et occupations éclatent dès le 1/06/2009. Un nouveau plan social qui prévoit 157 licenciements et 318 mutations est rejeté par les travailleurs ; actions et palabres syndicales continuent et, en janvier 2010, un nouveau plan qui prévoit 585 départs volontaires indemnisés entre 2 000 et 8 000 euros selon l’ancienneté est rejeté par 88 % des travailleurs. Ce qui n’empêche pas les quatre principaux syndicats de signer ce plan le 28 janvier. Le 1er février, en réaction, une soixantaine de travailleurs occupent les bureaux de Paris dans le 15e arrondissement. Ils en sont vidés par les flics : 50 arrestations dont 3 gardes à vue. Le 11 février, la direction dépose des plaintes pour vandalisme de ses bureaux et entame la procédure de licenciement pour 3 représentants syndicaux qui ont participé à l’occupation. Cette longue lutte, qui n’est pas terminée, a vu la constitution dans chaque centre de collectifs de lutte indépendants, associant syndiqués et non syndiqués, coordonnant les actions et les débats par tous les moyens modernes de communication.
GRÈCE – 10/02/2010 – 10 000 manifestants à peine contre les mesures d’austérité promises par le gouvernement, impliquant blocage et baisse des salaires pour un million de travailleurs des services publics. D’autres mesures viseraient l’économie souterraine dominante dans l’économie grecque.
ITALIE – 31/01/2010 – Une variété d’occupations d’espaces publics et privés à Cagliari (Sardaigne). L’usine du trust de l’aluminium Alcoa devant fermer dans 6 mois, des travailleurs occupent l’aéroport en menaçant d’incendier des avions au sol. À Porto Torres dans le nord de l’île, 40 travailleurs de l’usine Vynils s’enchaînent aux grilles d’un dépôt de carburant du trust italien de la pétrochimie ENI et depuis le 7/01/2010 occupent le tour aragonaise, site touristique à l’entrée du port.
En Sicile, 13 travailleurs de Delevery email, centre d’appel qui doit être délocalisé en Serbie, occupent le toit de l’usine Fiat de Termini Iremese (qui par ailleurs doit être fermée) mais en sont chassés par le froid ; poursuite en justice par le constructeur.
À Rome, des enseignants occupent les bureaux du président d’un organisme d’éducation ENAM.
CHINE – 26/01/2010 – Canton (Guangzhou). En application d’une directive nationale « Nouvelle politique de liberté », les autorités locales privatisent et sous-traitent à tout-va. C’est ainsi qu’à Canton, les services de voirie ont été privatisés ou sous-traités avec bien sûr transfert des travailleurs mais à des conditions très différentes de leur statut antérieur : ils y ont perdu tous les avantages annexes de leur travail. De plus, on leur impose des normes de productivité (moins d’heures pour des tâches accrues). 500 d’entre eux se rebellent et manifestent devant le siège du gouvernement local pour tenter de récupérer quelque peu de leur statut disparu : sit-in dans les principales artères, heurts avec les flics, on ne sait où en est ce scénario trop habituel.
ÉQUATEUR – 4/12/2009 – Les travailleurs cessent deux mois d’occupation d’une usine de pneus, grève déclenchée par l’installation d’un Integrating Manufacturing System conduisant à une intensification du travail et à des licenciements.
THAÎLANDE – 5/12/2009 – La multinationale de la lingerie féminine Triumph licencie 3 700 travailleurs en Thaïlande et aux Philippines. Un des sous-traitants, la firme Bang Phli, licencie 1 960 travailleurs pour délocaliser dans une province de l’intérieur où les salaires (5,30 $ par jour soit 4,50 euros) sont moitié moindres de ceux des environs de la capitale. Les travailleurs concernés occupent depuis la mi-octobre le rez-de-chaussée du ministère du Travail mais une procédure d’expulsion est en cours.
MONTÉNÉGRO – 6/01/2010 – Contre le propriétaire russe, occupation depuis une semaine d’une mine de bauxite pour paiement de salaires en retard.
La révolte des banlieues
FRANCE – 21/01/2010 – À Woippy, banlieue de Mets (Lorraine), la classique course poursuite voiture de flics contre moto volée : un mort et deux blessés graves. Réaction tout aussi classique : plusieurs journées d’émeutes.
Le refus d’obéissance
FRANCE – 21/1/2010 – Dans l’Éducation nationale, écoles primaires, 200 instituteurs expriment leur désaccord avec leur patron, l’État, en refusant de pratiquer les tests de connaissance sous leur forme obligatoire pour les élèves de CM². L’un d’entre eux est suspendu par l’autorité de tutelle et rétabli ensuite dans ses fonctions sans être pénalisé.
Quand on a tout épuisé, le dernier recours
TURQUIE – 21/01/20106 – Tekel était jusqu’à récemment un monopole d’État du tabac et de l’alcool. Le démantèlement de cette entreprise impliquait la fermeture d’usines, la privatisation et la cession à des multinationales ; cela résultait de l’application des conditions imposées par le FMI. Les travailleurs concernés n’étaient pas directement licenciés mais dégradés quant à leur statut, passant d’un salaire de 1 000 euros à environ 400 euros, avec une garantie d’emploi de 11 mois dans d’autres secteurs du privé et sans aucun autre avantage, et l’interdiction de prendre un autre travail. Cette politique, poursuivie depuis 2001 avec la cession des alcools à Mey Beverage, la fermeture de 8 usines sur 17 et le licenciement progressif des travailleurs (3 630 en 2001, 1 700 maintenus alors et seulement 323 en 2009), ne soulevait pas de luttes marquantes en raison de l’essor économique. La reprise de la section du tabac par le second trust mondial British American Tobacco en 2008 tombe par contre en pleine crise économique (taux de chômage compris entre 15 et 20 %). De plus, c’est une industrie importante faisant vivre près de 500 000 personnes en 2001. L’entreprise d’État Tekel qui finalise et commercialise le produit, exploitait 31 000 travailleurs en 2001, elle est réduite à 12 000 en 2010. L’annonce de leur licenciement et la perte de leur statut garanti déclenchent un conflit en décembre. En janvier, les travailleurs mènent leur 38e jour de grève mais leur mouvement s’épuise faute de solidarité. Le 17 décembre une manifestation à Ankara associe près de 30 000 travailleurs mais elle est brutalement réprimée (29 arrestations, rien qu’en 2009 le bilan de la répression sociale est de 7 morts et de 734 arrestations). Pour contraindre le syndicat officiel Türk-Is de lancer une grève générale en soutien aux travailleurs de Tekel (ce soutien — 4 heures de grève — masque mal un abandon), des groupes de travailleurs occupent le siège du syndicat et, virés, campent devant le bâtiment. Depuis plusieurs jours, un groupe de 40 travailleurs de Tekel sont en grève de la faim (5 d’entre eux ont dû être hospitalisés). Depuis, manifestations, grèves, répression se poursuivent mais sans grand résultat jusqu’à présent.
FRANCE – 26/12/2009 – Depuis le 14 décembre, deux responsables syndicaux d’GrDF, la filiale de distribution de GDF, font la grève de la faim sous une tente devant le siège social à Paris pour obtenir la réintégration d’un salarié licencié, lui aussi associé à cette grève de la faim. Le licenciement pour des motifs divers assez futiles semble en fait une sanction exemplaire contre ceux qui ont participé aux grèves le printemps dernier (voir précédents bulletins, 250 travailleurs auraient été sanctionnés de diverses façons pour cette même participation à la grève). Tous cessent leur grève sans avoir rien obtenu et se fient à un recours juridique.

La récupération de la marchandise

AFRIQUE DU SUD – Janvier 2010 – 60 % des habitants de Soweto consomment gratuitement l’électricité. Ils sont aidés à faire des branchements sauvages par un comité local, le Soweto Electricity Crisis Committee (SECC) formé par des électriciens professionnels qui reconnectent ainsi plus de 40 compteurs débranchés chaque semaine. Leur profession de foi : « Les gens doivent avoir gratuitement l’eau, l’électricité, l’école et la santé. Ce qu’on fait n’est pas illégal. »

FRANCE – 22/01/2010 – Toulouse : un technicien d’ErDF (filiale de distribution d’EDF) a mis à pied un électricien pour avoir rebranché une famille de trois personnes vivant avec le RSA dans un squat. Ce serait une pratique de certains agents. Quand cette pratique atteindra le niveau de l’Afrique du Sud, les sanctions deviendront impossibles.
ESPAGNE – 19/12/2010 – Partis d’une assemblée de chômeurs, des volontaires pillent un supermarché dans un quartier ouvrier et en distribuent la prise aux habitants. Une réussite.
FRANCE – 29/12/2009 – Moins heureuse cette tentative d’approvisionnement sauvage dans un Intermarché de Port du Canal à Dijon qui se termine par la résistance des sbires de la direction, l’appel des flics et l’interruption de l’opération de reprise sans trop de dommages, sauf son échec. À refaire avec plus de chance.

Le drame du prolétariat du tiers-monde

Cela se passe au Bangladesh mais pourrait tout autant concerner les travailleurs exploités dans les délocalisations des pays du monde entier, pouvant fournir au capital des multinationales des pays ex-industrialisés une abondante force de travail dont l’exploitation au plus bas coût possible est garantie par la misère et un régime de fer.
Dans les précédents bulletins, nous avons souvent évoqué les grèves tournant à l’émeute des travailleurs des usines de confection, notamment à l’automne dernier lorsque ces grèves ont commencé à amorcer un mouvement généralisé, finalement contenu par les différentes formes de répression.
Ces grèves n’ont pas cessé pour autant mais sans prendre ce caractère insurrectionnel. Parmi les derniers conflits, le 11 janvier dernier à Savar, dans la banlieue de Dhaka, les travailleurs d’Envoy Garment se sont mis en grève pour leurs salaires. Sortis de l’usine, ils ont édifié des barricades sur les axes routiers proches mais en ont été délogés par l’intervention des forces spéciales de répression sociale, la « Rapid Action Battalion ».
Une autre grève évoque un autre problème. Les travailleurs du thé à Habigang dans le nord du pays sont entrés en grève illimitée pour obtenir le rétablissement de leur comité syndical élu par eux, dissout par le gouvernement et remplacé par un comité désigné à la botte du pouvoir.
Un texte émanant des cercles du pouvoir tente d’analyser la situation des entreprises du pays totalement dépendantes des multinationales, et qui pour rester en activité doivent trouver difficilement un équilibre entre les conditions du marché capitaliste et les revendications les plus élémentaires des exploités. Le texte fait ressortir que la situation est encore plus complexe du fait de l’exploitation politique des conflits sociaux, et de la corruption des syndicats reconnus qui feignent l’opposition dans ces conflits (les provoquant au besoin) pour gagner des avantages dans les entreprises.
Sous la pression de la base, confrontée à la baisse d’un niveau de vie déjà misérable, ces syndicats lancent pour le début février une campagne pour une augmentation générale des salaires (le salaire actuel mensuel de 1 662 takas — 16 euros — devrait selon eux être porté à 5 000 takas soit 50 euros). On voit mal comment une telle revendication peut être soutenue alors que la plupart des grèves non seulement revendiquent l’application du salaire légal, mais souvent visent simplement le paiement de salaires en retard.
Le texte pose le dilemme devant lequel se trouvent les travailleurs, un chantage qui n’est pas seulement celui de l’entreprise qui les exploite mais celui auquel doit faire face la masse énorme de travailleurs exploités dans les pays du tiers-monde (et de plus en plus dans les pays ex-industrialisés) : si vous revendiquez des salaires plus élevés, l’entreprise n’obtiendra pas de commandes des multinationales et devra fermer.

Ce dilemme est de plus en plus exacerbé par la crise, les multinationales imposant à leurs sous-traitants des conditions de plus en plus drastiques quant aux coûts et conditions de production. Les travailleurs du monde entier se trouvent ainsi pris dans le réseau mondial d’une compétition entre eux dont ils ne pourraient se libérer que par la fin du capitalisme, qui se nourrit de cette concurrence entre producteurs. La lutte des travailleurs du Bangladesh et d’ailleurs, pour la survie la plus élémentaire, n’est pas un combat sans importance, même s’il apparaît comme un élément d’une lutte permanente dans un affrontement mondial avec le capital. Même à cette échelle, toute lutte contraint le capital à une fuite en avant pour trouver constamment les coûts de production les plus bas. Il trouve ainsi sans cesse des limites à cause de la résistance des travailleurs, ce qui, malgré les apparences, accentue la profondeur de la crise que ceux-ci doivent affronter aujourd’hui.

Les batailles autour de l’immigration

ITALIE – 8 et 9 janvier 2009 – C’est presque une répétition de ce qui s’est déroulé en février 2000 en Espagne, à El Ejido, qui vit une ratonnade contre des travailleurs marocains exploités dans l’agriculture locale. Pourtant, si ce qui s’est déroulé alors à Rosarno (Calabre) porte les mêmes stigmates du racisme et de la violence contre les immigrés, les causes, le détonateur de cette flambée anti-immigrée diffèrent. Rosarno est une petite ville de 15 000 habitants au nord de Reggio, dans une plaine côtière consacrée pour l’essentiel à la culture des agrumes. La période des récoltes dure deux mois et chaque année, près de 4 000 immigrants, la plupart noirs africains sans papiers, itinérants au gré des récoltes nécessitant une main-d’œuvre abondante et surexploitée, bouleversent la vie de Rosarno. Dans cette région de Calabre règne la mafia locale, la N’dranghetta, dont la récolte des agrumes est une des vaches à lait non seulement par le contrôle des quelque 50 000 immigrants (payés entre 20 et 25 euros par jour pour des journées de 12 heures) qui transitent chaque année dans la région, mais aussi par les manipulations autour des subventions agricoles européennes. La modification dans l’attribution de ces subventions semble avoir été une des causes d’une flambée de racisme provoquée pour faire fuir des immigrés devenus inutiles et encombrants. Jusqu’à récemment, ces subventions étaient fixées en fonction des tonnages d’agrumes récoltés, ce qui nécessitait une main-d’œuvre abondante, même si ensuite une partie de la récolte était abandonnée. En 2009, non seulement les subventions ont été réduites mais elles sont fixées dorénavant à la superficie emblavée ; l’ensemble a fait chuter ces subventions de 8 000 euros à l’hectare à 1 500 euros, et les propriétaires gagnent davantage en laissant la récolte pourrir sur pied, réduisant la cueillette à un minimum ne nécessitant plus que quelques centaines d’immigrés, au lieu des 4 000 à 5 000 habituels. Les affrontements racistes auraient été provoqués par la Mafia pour faire fuir les immigrants et stopper leur venue ; d’autant plus que des revendications salariales se faisaient jour. L’un des buts de l’opération serait également de remplacer les Noirs d’Afrique par des immigrants de l’ex-Europe de l’Est. (la politique globale du gouvernement va aussi dans ce sens, les peines visant le séjour clandestin ayant été récemment sérieusement durcies : de 5 à 10 000 euros d’amende et l’emprisonnement dans les centres de rétention porté de 2 à 6 mois).
Le soir du 7 janvier, des immigrants (qui, pour la plupart — plus d’un millier — sont parqués dans d’effroyables conditions dans des usines désaffectées) sont blessés par des tirs de carabine (des jeunes ?). La réaction des immigrants est immédiate : ils descendent dans la petite ville, cassent les boutiques et brûlent les voitures. Le lendemain voit une véritable ratonnade de groupes d’Italiens armés de barres de fer, de bidons d’essence, qui foncent en moto ou voiture sur les isolés, dans la ville et aussi dans les campagnes ; la mairie est occupée et une barricade bloque les accès à l’usine-dortoir. Le 9, la police s’interpose et organise la déportation des immigrés : plus de 100 quittent la ville, 800 sont transférés dans des centres d’accueil à plus de 150 kilomètres de là. Bilan officiel : 67 blessés dont 31 immigrés, 19 policiers et 17 habitants. Des bulldozers démolissent les squats établis ici où là. Finalement, le but de l’opération est atteint : la majorité des immigrants a quitté la région, le plus souvent même sans avoir été payée.

FRANCE – Janvier 2010 – Comme le précédent (voir bulletins antérieurs), le mouvement de grève d’une minorité de travailleurs sans papiers sombre dans l’indifférence. Le 15 décembre 2009, soixante sans-papiers qui occupent les locaux de l’agence d’intérim Ranstad à Aulnay-sous-Bois (banlieue nord de Paris) en sont expulsés (Ranstad, multinationale de l’intérim, deuxième mondiale avec plus de 100 agences et 5 000 intérimaires en France est particulièrement touchée par le mouvement des sans-papiers ; son plan social qui prévoyait près de 500 licenciements a été annulé par le tribunal le 13 janvier 2010). Le 21 janvier, alors que 6 000 sont encore en grève dans presque 2 000 entreprises, la police expulse 63 travailleurs qui occupent depuis octobre dernier un site de construction à Paris
– dans la nuit du 6 au 7 février, les flics vident une centaine d’immigrants du hangar qu’ils occupent à Calais dans l’attente d’un hypothétique passage vers le Royaume-Uni, et arrêtent les militants français qui avaient organisé cet asile tout provisoire.

RUSSIE – Immigrants dans leur propre pays. On parle beaucoup des migrants chinois souvent illégaux dans leur propre pays mais beaucoup moins des Russes qui subissent ce qui reste du régime dictatorial soviétique. Toute personne résidant sur le territoire russe doit se déclarer, cet enregistrement seul donnant le droit à la santé, à l’éducation, à un contrat de travail, à un logement, etc. Ce qui freine tout déplacement ou transfert, notamment pour les travailleurs de ces villes de mono-industrie, reculées (voir précédent bulletin). C’est le cas des travailleurs de l’usine Avtovaz de Togliatti à plus de 1 000 kilomètres au sud-est de Moscou (30 000 licenciements sur 120 000 travailleurs) à qui l’on propose des emplois dans la région de Saint-Pétersbourg, et qui se heurtent à des lourdeurs bureaucratiques d’un autre âge.

DUBAÏ – 7/12/2009 – On ne pleurera pas la débâcle financière des mégalomanes de la manne pétrolière. Les véritables victimes, ce sont les innombrables immigrants venus de tout le Sud-Est asiatique et qui survivaient, eux et leur famille restée au pays, de leur exploitation dans le construction de cette vitrine insolente de la rente pétrolière. Les chantiers extravagants ont été abandonnés les uns après les autres. Les camps d’esclaves sont aux trois-quarts vides ; dans l’un d’eux les salaires n’ont pas été payés depuis quatre mois, et ceux qui sont restés ne survivent qu’avec des bons d’alimentation. Certains ne peuvent retourner au pays parce qu’ils n’ont pu récupérer leurs papiers confisqués lors de leur embauche par leur patron, ou parce qu’ils n’ont pas assez d’argent pour le voyage de retour. Une partie survit par de petits boulots au noir dans lesquels ils sont encore plus exploités, à la mesure de leur condition encore plus précaire.

IRLANDE – 26/12/2009 – Le flot d’immigrants (près d’un million) qui avaient déferlé sur le pays ont fui la crise économique : près de la moitié auraient déjà quitté le pays.
AFRIQUE DU SUD – 20/09/2009 – Sans distinction, immigrants et nationaux, tous Noirs, sont attaqués dans un township près de Durban (le port sur l’Océan indien) par un gang de 40 hommes de mains de l’ANC (African national congress, le parti de la Libération des Noirs de l’apartheid) ; ils en tuent 4, en font fuir 1 000 et incendient les misérables refuges.
THAÎLANDE – 18/12/2009 – Top Form, sous-traitant du soutien-gorge à Mae Sot à la frontière birmane, exploite 1 500 migrants birmans qui se sont mis en grève pour obtenir le minimum de la législation du travail thaï : ils sont attaqués par les sbires de la sécurité et par 300 flics et répliquent par une émeute (matériel détruit, voitures incendiées). 2 millions de migrants birmans sont ainsi exploités en Thaïlande dans une situation similaire à celle des Bangladais proches.

Où s’arrêtera l’exploitation ?

Le système made in USA
27 décembre 2009 – Un nouveau programme lancé dans l’État de Géorgie (côte sud-est des États-Unis) demande aux chômeurs touchant les indemnités d’accepter des emplois non rémunérés auprès des entreprises locales qui ont des travaux à proposer. Ces demandes viennent du fait que nombre de chômeurs ont été déjà embauchés par des entreprises et ont commencé à y travailler gratuitement. À la question « Est-ce que les chômeurs doivent travailler gratuitement ? » posée par une revue, 42 % des personnes interrogées ont répondu par l’affirmative.
Le système européen, préoccupations. Sur les conséquences à long terme du temps partiel
28/12/2009 – Officiellement, 2,4 millions de travailleurs seraient exploités à temps partiel dans une douzaine de pays européens, selon une grande variété de schémas officiels plus ou moins subventionnés par les États. Ils seraient un amortisseur pour le chômage, les statistiques toujours officielles soulignant que, dans la zone euro, alors que le PIB s’est contracté de 4 %, le chômage ne s’est accru que de 2,5 %, avec un point particulier pour l’Allemagne où 1,4 million de chômeurs travaillent à temps partiel. Mais les capitalistes trouvent dans cet aménagement de la crise une autre préoccupation : ils ont constaté d’après des exemples concrets que jusqu’à 30 % de ceux qui ont expérimenté — par force — le temps partiel refusent de retourner à un horaire « normal » d’exploitation d’une part, et que d’autre part le temps partiel entraîne une chute de la productivité. D’après les patrons, si l’économie se rétablit, il faudra des années pour retrouver les rythmes d’exploitation d’avant la crise.

Manipulations

FRANCE – 14/01/2010 – Il est de bon ton dans les sphères officielles du capital d’incriminer les « 35 heures » comme la cause de nombre de maux dans ce pays. En fait, le temps de travail, en 2007, c’est-à-dire avant la crise, s’établissait à 1 559 heures par an soit à peine 30 heures en moyenne par semaine, et cela imposé par les entreprises indépendamment de tout accord contractuel. Comparée aux autres États, la France se situait au huitième rang, mais devant l’Allemagne et les Pays-Bas, pourtant souvent cités comme les modèles dans l’exploitation du travail.
– 14/1/2010 – Le gouvernement pourchasse les sans-papiers mais une entreprise, rénovant le bâtiment de l’Assemblée nationale, employait pour ce faire des sans-papiers qui, avec de vrais faux papiers (empruntés à un immigrant « légalisé ») étaient nantis de tous les documents pour entrer librement dans le saint des saints.
– 13/01/2010 – Tout travailleur se méfie toujours du médecin du travail de l’entreprise qui l’exploite. Mais s’il arrive que ce médecin fasse consciencieusement son travail, c’est lui qui doit se méfier des dirigeants. Un médecin du travail de PSA a été pratiquement contraint de démissionner car elle avait mis en évidence les effets néfastes sur la santé des exploités des méthodes modernes de lean manufacturing qui, standardisant les postes de travail, en accroissent la charge et le stress.
3/12/2009 – Pour réduire les coûts de production, les entreprises émigrent vers des locaux moins spacieux et moins chers. Les employés notamment s’entassent dans des bureaux de plus en plus exigus puisqu’ils sont passés en quelques années de 10 m2 par tête à 6 m2 et même à 4 m2. Ces déplacements ont entraîné un accroissement du temps de transport, de 43 à 73 minutes.

Les crimes du capital

INDE – 3/12/1984 – Explosion de l’usine chimique de Bhopal : 14 000 morts, plus de 100 000 victimes dont 25 000 morts ultérieurement.
3/12/2009 – Rien n’a changé, aucune dépollution. Dans un rayon de 3 kilomètres autour de ce qui reste de l’usine, la nappe phréatique (où tous les habitants pompent leur consommation d’eau) est polluée avec un taux de pesticides 40 fois la norme admise). La firme Union Carbide a préféré changer ses intérêts en Dow Chemical, et a royalement indemnisé chaque victime d’une aumône de 500 $ (400 euros).

MONDE – Décembre 2009 – Malgré de soi-disant « progrès » (et sans tenir compte de la crise), 150 millions d’enfants vivent dans la rue et 1,2 million sont victimes de la « traite ». On estime par ailleurs qu’entre 500 millions et 1,5 milliard sont l’objet de maltraitance.
BRÉSIL – En 2008, 70 % des homicides dans l’État de Pernambouc (nord-est) sont l’œuvre mortelle d’escadrons de la mort dans lesquels s’activent des agents de l’État et des policiers.
CONGO – 19/11 2009 – 47 policiers massacrés alors qu’ils interviennent dans un conflit entre villages au sujet de droits de pêche. Plus de 100 arrestations.
MONDE – Décembre 2009 – Chaque jour, 7 400 personnes sont infectées par le virus du sida dont 1 200 enfants. Dans 61 pays, on compte 16 millions de drogués notamment en Asie du sud-est, en Europe de l’Est et en Amérique latine.
GUINÉE – 24/12/2009 – Classée 160e sur les 177 pays du monde les plus misérables, la Guinée regorge de ressources naturelles qui devraient en faire un des plus riches du monde (second producteur et 1er exportateur mondial de bauxite — exploitée par le géant russe Russol — fer, or diamants, pétrole). La corruption généralisée, les coups d’État militaires font qu’une minorité vendue aux multinationales accapare ces ressources, réprimant dans le sang (en 2008 et plus récemment en 2009) toute velléité de révolte souvent de la misère.
PHILIPPINES – 23/12/2009 – En 2000, l’écroulement d’une montagne d’ordures a enseveli 214 de ceux qui ne trouvent leur survie qu’en « exploitant » l’amoncellement des déchets des profiteurs du système, et qui vivent dans les bidonvilles à proximité de ces lieux de pourriture et de mort. Selon les régions du pays, le taux de pauvreté oscille entre 30 et 60 % de la population, le taux de chômage officiel serait de 17 % ; le salaire minimum de 4,50 euros par jour n’est pas toujours appliqué. Un dirigeant politique a pu déclarer un jour : « Nous n’avons pas de pétrole, mais nous pouvons expédier le capital humain », ce qui signifie que la crise tarissant les envois d’argent de tous ces esclaves émigrés accentue encore la pauvreté du pays.

MONDE – 13/11/2009 – L’accord d’interdiction des mines antipersonnel a été signé par 156 pays mais pas par la Chine, la Russie et les USA, seuls 23 États ont ratifié l’interdiction des bombes à sous-munitions encore plus dévastatrices. Chaque année, près de 6 000 personnes sont victimes des mines dispersées de par le monde.
CHINE – 3/12/2009 – Officiellement, le régime avoue que chaque jour 9 mineurs trouvent la mort dans des accidents au fond de la mine ; en fait ils seraient cinq fois plus. Lorsque le scandale enfle au niveau national, les autorités centrales, le Parti, ne peuvent faire autrement que de sanctionner. Le 14/07/2008 dans une mine à 100 kilomètres de Pékin, dans le Hebei, la mine tue 34 mineurs et les autorités locales étouffent la tragédie ; chaque famille de victime reçoit entre 45 et 90 000 euros, les corps sont incinérés, la mine bouchée sous un sarcophage de terre et de faux rapports sont adressés aux autorités. 28 journalistes du coin reçoivent 250 000 euros pour garder le silence. L’affaire finit pourtant par franchir le mur de la corruption et 10 complices sont inculpés. Dans le Shanxi, une affaire du même genre avait entraîné des poursuites contre 28 complices.

Suites de luttes
FRANCE – 3/12/2009 – Suite au piratage du navire le Pascal Paoli le 27/09/2009 dans le cadre d’un conflit avec la SNCM, deux syndicalistes ont été condamnés respectivement à 1 an et 6 mois de prison avec sursis alors que deux autres ont été relaxés.
– 7/11/2009 – Chaffotaux et Maury (voir précédent bulletin). Après quatre mois de lutte et la saisie de matériel, les 207 licenciés sur 250 obtiennent 25 000 euros d’indemnité supplémentaire et des « congés de reclassement » payés 90 % du salaire pendant 9 à 22 mois selon l’âge et l’ancienneté.
– 18/11/2009 – Goodyear, usine d’Amiens Nord (voir précédents bulletins) depuis trois ans, les 1 400 travailleurs vivent dans l’incertitude d’un plan social certain mais qui ne se précise pas, pris dans des méandres juridiques. Signe d’un marasme qui n’arrive pas à se concrétiser dans une lutte ouverte : l’absentéisme passé de 10 à 16 %, et la fréquence des accidents du travail qui a doublé en deux ans.
– 4/02/2010 – Continental de Clairoix (voir précédents bulletins). La cour d’appel a retenu la « culpabilité des seuls six incriminés » (d’après un reportage télé de TF1) et refuse de considérer une responsabilité collective. Mais les peines ont été réduites à des amendes de 2 000 euros pour 5 d’entre eux et à 4 000 euros pour le « leader » Mathieu. Quant aux dommages et intérêts, cela reste à voir. Tous les attendus juridiques parmi bien d’autres sur le site de Chronique ouvrière : www.chronique-ouvriere.fr
– 4/2/2010 – À Dagneux (Ain), Majorette (jouets) repris par Snoby Toys, veut larguer 27 emplois alors que 73 sont maintenus. Un jugement des prud’hommes légitime des semaines de grève et condamne l’entreprise à payer non seulement les journées de grève mais aussi 5 000 euros de dommages et intérêts pour atteinte au droit de grève.

GRANDE-BRETAGNE
– En grève illimitée depuis le 7/09/2009, les 600 éboueurs de Leeds reprennent le travail, ayant pratiquement échangé le maintien de leurs salaires (que la municipalité voulait réduire jusqu’à un tiers en application d’un statut national unificateur) contre des modifications dans les équipes impliquant le travail du week-end.
– 15/12/2009 – Les luttes peuvent ne pas avoir de suites avant même d’avoir commencé. Les 12 500 employés des équipages de cabines non-pilotes de British Airways votent à 92,5 % une grève de deux semaines pour Noël contre des mesures qui ont réduit le nombre d’assistants sur la plupart des vols. BA réussit à obtenir un jugement de la Haute Cour qui invalide l’appel à la grève, soi-disant parce que parmi les votants figuraient des employés ayant accepté leur licenciement indemnisé. La grève devenait de ce fait illégale, mais elle ne s’est pas transformée en grève sauvage. Comme l’écrit un commentateur : « Dans une industrie qui a pu produire de spectaculaires conflits, c’est juste une brève suspension des hostilités. L’issue finale de cette escarmouche ne sera connue que dans des mois. »
– Février 2010 – Royal Mail – Postes britanniques (voir précédent bulletin). Le report par le syndicat CWU d’une grève illimitée votée par une grande majorité de postiers avant les fêtes (le moment propice), avec l’ouverture de discussions sur la modernisation, a bien signifié qu’aucune grève n’a repris jusqu’à aujourd’hui.

GUADELOUPE – 10/01/2010 – L’accord de mars dernier suite à la grève générale n’est toujours pas respecté, notamment en ce qui concerne le prix des carburants et l’attribution d’une prime de 200 euros aux bas salaires. Une manifestation est le prélude à une grève générale lancée par l’organisation de lutte LKP.
GRÈCE – Port du Pirée (voir précédents bulletins). La prise à bail par la firme de transport maritime chinoise Cosco, qui avait déclenché la grève des dockers craignant pour leur avenir, s’est complétée par l’octroi d’une compensation collective de 69 millions d’euros attribuée aux dockers.
AUSTRALIE – 18/12/2009 – Les 20 000 postiers du pays veulent partir dans une grève nationale sur les salaires et les conditions de travail, la première de ce genre depuis plus de vingt ans, grève votée à une écrasante majorité. Un tribunal fédéral, appliquant de nouvelles lois sociales, interdit la grève et les piquets de grève. Le syndicat obtempère, retire toutes ses consignes de grève et ordonne à ses adhérents de se conformer audit jugement.
CORÉE DU SUD – 26/11/2009 – 16 000 cheminots syndiqués au KRWU se mettent en grève pour l’annulation par la Korean Railroad Company (Korail) d’un contrat collectif impliquant une réduction des salaires, des avantages sociaux et des licenciements. Le gouvernement déclare la grève illégale en vertu de quoi des descentes de police visent le siège du syndicat. Mais 15 « leaders » réussissent à s’échapper ; des poursuites judiciaires sont engagées contre 182 syndicalistes. Au même moment, un raid policier fait fermer 59 locaux du syndicat de fonctionnaires (KGEU).