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La situation des classes laborieuses au Japon (11.2 : Kawakami Hajime [1879-1946])

publié le samedi 6 février 2010

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Kawakami Hajime (1879-1946)

Kawakami Hajime est né dans une famille de nota­bles locaux à Iwakuni, dans l’actuelle préf­ec­ture de Yamaguchi qui recou­vre l’ancien fief de Chôshû, un des quatre clans pro­mo­teurs de la res­tau­ra­tion impér­iale. Le fait qu’il soit né peu de temps après la chute de l’ancien régime des Tokugawa et ses ori­gi­nes fami­lia­les et géog­rap­hiques expli­quent qu’il per­son­ni­fie les contra­dic­tions du Japon, à la fois contraint de s’indus­tria­li­ser pour ne pas subir la domi­na­tion des gran­des puis­san­ces et désireux de conser­ver ses tra­di­tions.

Il fut éduqué dans les meilleu­res écoles aux clas­si­ques chi­nois et japo­nais, mais aussi aux scien­ces et aux lan­gues étrangères telles qu’elles pou­vaient être ensei­gnées à l’époque. Son appar­te­nance au fief de Chôshû lui ouvrait les portes du pou­voir, mais refu­sant tout rôle poli­ti­que, il entame une car­rière uni­ver­si­taire à Tôkyô dès 1903.

Convaincu que la richesse des nations indus­triel­les était le rés­ultat des idées déf­endues par leurs élites intel­lec­tuel­les, il cher­che à se former aux doc­tri­nes phi­lo­so­phi­ques et éco­no­miques europé­ennes, puis, par­ti­cu­liè­rement, aux doc­tri­nes socia­lis­tes. Entre 1905 et 1913, année où il part étudier en Europe, il rédige alter­na­ti­ve­ment manuels sur le socia­lisme ou l’éco­nomie et écrits mora­li­sants. A son retour, en 1915, il est nommé pro­fes­seur de droit à l’uni­ver­sité impér­iale de Kyôto, où il ensei­gne aussi l’éco­nomie.

De sep­tem­bre à déc­embre 1916, il publie une série d’arti­cles inti­tulée « Binbô mono­ga­tari » (Récits de Pauvreté) dans le quo­ti­dien Ôsaka asahi shin­bun ; ces arti­cles, ras­sem­blés en recueil en 1917, mar­quent le début de son évo­lution vers l’étude des œuvres de Karl Marx et le mili­tan­tisme poli­ti­que. Auparavant, ses connais­san­ces du marxisme se limi­taient à ses inter­prètes. Il com­mence à tra­duire Das Kapital en 1919.

Cette même année 1919, il est nommé pro­fes­seur du nou­veau dép­ar­tement d’éco­nomie de l’uni­ver­sité impér­iale de Kyôto, en mai, et devient, en sep­tem­bre, conseiller auprès de la Dai Nihon rôdô sôdômei Yûaikai (Confédération géné­rale du tra­vail du Grand Japon – Société fra­ter­nelle), fondée le 1er août. En 1921, il tra­duit deux autres ouvra­ges de Karl Marx, Lohnarbeit und Kapital (1849) et Value, Price and Profit (1865).

Alors que Kawakami passe au Japon pour un expert en éco­nomie et le meilleur connais­seur de l’œuvre de Marx, un de ses anciens étudiants de l’uni­ver­sité de Kyôto, Kushida Tamizô (1885-1934), atta­que sa concep­tion mora­liste du marxisme dans un arti­cle paru en 1924 ; il est suivi, en 1925, par Fukumoto Kazuo (1894-1984), de retour d’un voyage de pres­que trois années aux Etats-Unis et en Europe. Ces cri­ti­ques inci­tent Kawakami à appro­fon­dir sa connais­sance du marxisme et du lénin­isme.

Elles l’inci­tent aussi à se lancer dans l’action ; en avril 1928, il dém­issi­onne de son poste de pro­fes­seur de l’uni­ver­sité impér­iale de Kyôto et, en déc­embre, par­ti­cipe à la confér­ence de fon­da­tion du Nouveau Parti ouvrier et paysan (Shin rônôtô), où il sera arrêté pour la pre­mière fois par la police aux côtés des autres par­ti­ci­pants. A partir de cette année-là, il mêle mili­tan­tisme et acti­vité édi­tor­iale, et publie en feuille­ton dans la revue Kaizô (Reconstruction), en 1929, des Seconds Récits de Pauvreté (« Dai ni binbô mono­ga­tari »), qui seront ras­sem­blés en recueil l’année sui­vante. En 1930, il s’éloigne du Nouveau Parti ouvrier et paysan et du mili­tan­tisme poli­ti­que.

Il renoue avec l’acti­vité poli­ti­que en 1932 en adhérant au Parti com­mu­niste japo­nais et entre dans la clan­des­ti­nité. Il est arrêté en jan­vier 1933 et condamné à cinq ans de prison. En 1937, il béné­ficie d’une remise de peine à l’occa­sion de la nais­sance du prince héritier et est libéré en juin. Après sa libé­ration, il déla­isse tota­le­ment l’acti­visme poli­ti­que et se consa­cre essen­tiel­le­ment à l’écri­ture de poèmes et de textes divers, non poli­ti­ques. Son auto­bio­gra­phie (Jijoden), encore beau­coup lue par les Japonais jusqu’à il y a quel­ques années, a été publiée après sa mort le 30 jan­vier 1946.

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