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L’Intifada du XXIe siècle

La domination américaine au Proche-Orient

publié le samedi 6 mars 2004

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La domination américaine

La pre­mière guerre mon­diale, de 1914 à 1918, a dém­ontré la valeur mili­taire du pét­role. Dans son sillage, l’influence de l’Allemagne au Moyen-Orient se trouva considé­rab­lement réd­uite, et il devint évident pour toutes les gran­des puis­san­ces que l’Empire otto­man ne pou­vait plus se main­te­nir seul (en partie à cause de la rév­olte arabe de 1917, favo­risée par les Britanniques). La Grande-Bretagne et la France s’enten­di­rent pour divi­ser le Moyen-Orient en sphères d’influence, la Grande-Bretagne contrôlant la Palestine. Alors que le but affi­ché était d’empêcher la Russie de pénétrer dans cette région, la Grande-Bretagne avait aussi l’inten­tion de conte­nir les ambi­tions franç­aises en Syrie et au Liban, de garan­tir l’accès au canal de Suez et de sécu­riser l’écou­lement du pét­role depuis l’Irak. Dès 1947, la posi­tion bri­tan­ni­que en Palestine n’était plus tena­ble, en raison du déclin de la Grande-Bretagne comme puis­sance impér­iale. Epuisé par la seconde guerre mon­diale, atta­qué par les colons mili­tants juifs, et de plus en plus dimi­nué en poli­ti­que étrangère par les Etats-Unis, le Royaume-Uni main­tint une posi­tion chan­ce­lante jusqu’à ce que son « retrait » soit mani­gancé en 1948 lors de la création de l’Etat d’Israël.

Cette année-là vit l’expan­sion et la conso­li­da­tion de l’Etat israélien par la guerre contre ses voi­sins arabes, et la domi­na­tion des Etats-Unis en tant que puis­sance étrangère domi­nante dans la région. Les intérêts straté­giques des Etats-Unis étaient tri­ples : stop­per l’expan­sion de l’URSS en Méditerranée, protéger les gise­ments de pét­role de la pén­in­sule ara­bi­que iden­ti­fiés à l’époque, et enfin entra­ver toute pour­suite de l’influence bri­tan­ni­que ou franç­aise au Moyen-Orient. Pendant les pre­mières années de l’après-guerre, les Etats-Unis considéraient les vieilles puis­san­ces europé­ennes, et non l’URSS, comme leurs prin­ci­pa­les riva­les au Moyen-Orient. En 1953, en Iran, le coup d’Etat de Reza Pahlavi sou­tenu par la CIA - en réaction à la natio­na­li­sa­tion par l’Iran des gise­ments de pét­role appar­te­nant aux Britanniques* - eut pour effet le trans­fert de 40 % du pét­role bri­tan­ni­que vers les Etats-Unis. Le coup d’Etat trans­forma l’Iran en Etat-client des Etats-Unis dans le " ventre mou " de la fron­tière sud de l’URSS, en bas­tion de la " culture occi­den­tale " au Moyen-Orient. De même, pen­dant la crise de Suez de 1956, les Etats-Unis empêchèrent la Grande-Bretagne et la France de réaff­irmer leurs intérêts natio­naux en Egypte, obli­geant ces vieilles puis­san­ces impér­iales à jouer les seconds vio­lons de l’Amérique au Moyen-Orient.

Cependant, une fois l’Egypte dans l’orbite sovié­tique, à la suite du coup d’Etat des Officiers libres en 1952, et de la signa­ture d’une vente d’armes avec la Tchécoslovaquie en 1955, les Etats-Unis com­pri­rent que l’Union sovié­tique ten­tait de jouer les gros bras dans la région. L’endi­gue­ment de l’URSS devint alors le mot d’ordre offi­ciel de la poli­ti­que étrangère amé­ric­aine, ce qui signi­fiait placer des obs­ta­cles sur la route de l’influence sovié­tique au Moyen-Orient. La poli­ti­que sous-jacente était la pro­tec­tion à tout prix des intérêts éco­no­miques amé­ricains.

Les intérêts éco­no­miques de l’Amérique au Moyen-Orient

L’intérêt prin­ci­pal de l’Amérique dans la région est bien entendu le pét­role. En même temps qu’elle plaça les Etats-Unis au sommet de la hiér­archie impér­ial­iste, la seconde guerre mon­diale confirma la posi­tion cen­trale du Moyen-Orient comme prin­ci­pale source de pét­role. Un rap­port du Département d’Etat de 1945 qua­li­fiait l’Arabie Saoudite de « source pro­di­gieuse de puis­sance straté­gique, et l’une des pos­ses­sions les plus impor­tan­tes de l’his­toire du monde ». Peu de choses ont changé depuis, sinon que le pét­role acquit une valeur encore supéri­eure lors­que l’Amérique entra dans sa phase dyna­mi­que d’expan­sion for­diste, au cours des deux déc­ennies qui sui­vi­rent la seconde guerre mon­diale.

Lorsque la pro­duc­tion auto­mo­bile et l’indus­trie pét­roc­hi­mique rem­placèrent la cons­truc­tion de voies ferrées comme lieux clés de l’expan­sion, le capi­tal alla du char­bon au pét­role, qui devint la matière pre­mière essen­tielle. Les sour­ces d’appro­vi­sion­ne­ment en pét­role, sur­tout le Moyen-Orient avec ses énormes rés­erves, acqui­rent une impor­tance cru­ciale. La valeur du pét­role ayant été sou­li­gnée par la crise éner­gétique des années 1970, les Etats-Unis ont uti­lisé tous les moyens pos­si­bles pour se pro­cu­rer le pét­role de cette région avant et par-dessus tout le monde. Pour les Etats-Unis, une source de pro­fits secondai­res, mais non nég­lig­eables, est cons­ti­tuée par l’écou­lement des pét­rod­ollars arabes vers l’Amérique du Nord sous forme d’achats de matériel mili­taire, de pro­jets de cons­truc­tion, de dépôts ban­cai­res et autres inves­tis­se­ments, phénomène qui date des années 1970.

Le natio­na­lisme pana­rabe et le prolé­tariat de la pro­duc­tion pét­rolière

Au début, l’Etat d’Israël nou­veau-né tenait très peu de place dans les pré­oc­cu­pations amé­ric­aines. En fait, pen­dant la crise de Suez, l’Amérique s’était alliée à l’Egypte contre l’expan­sion­nisme d’Israël. Ce ne fut que dans les années 1950, lors de l’émerg­ence d’un natio­na­lisme arabe plus affirmé, que les Etats-Unis com­mencèrent à saisir le poten­tiel d’un par­te­na­riat straté­gique cons­truit avec l’« entité sio­niste ». La crois­sance de la pro­duc­tion pét­rolière au Moyen-Orient avait amené des société autre­fois tra­di­tion­nel­les à se moder­ni­ser rapi­de­ment. Une nou­velle bour­geoi­sie émergea de la classe mili­taire et bureau­cra­ti­que, au ser­vice de l’accu­mu­la­tion natio­nale, favo­ra­ble au modèle de dével­op­pement capi­ta­liste de l’URSS et hos­tile à l’« impér­ial­isme ».

La forme d’anti-impér­ial­isme la plus cohér­ente était le natio­na­lisme « pana­rabe ». Les ori­gi­nes du pana­ra­bisme se trou­vent dans l’Empire otto­man, qui avait unifié les Arabes sous la férule turque, mais qui s’était écroulé à la suite de la pre­mière guerre mon­diale. Les puis­san­ces impér­ial­istes découpèrent alors le Moyen-Orient dans le but de conquérir et de contrôler de nou­veaux mar­chés et des matières pre­mières d’impor­tance straté­gique. Pourtant, ces nou­vel­les fron­tières allaient à l’encontre « du lan­gage commun, des cou­tu­mes et des tra­di­tions » conservés par les habi­tants de l’ancien Empire otto­man. Dans l’idéo­logie pana­rabe, une « com­mu­nauté natu­relle », basée sur l’idéa­li­sation des rela­tions socia­les pré­ca­pi­tal­istes, sert à neu­tra­li­ser les anta­go­nis­mes de classe. Au moyen d’un mou­ve­ment poli­ti­que moder­niste, le pana­ra­bisme a pu uti­li­ser cette « com­mu­nauté natu­relle » ima­gi­naire pour faire avan­cer son projet de moder­ni­sa­tion et pour récupérer la lutte de classe. En tant que mou­ve­ment natio­na­liste, le pana­ra­bisme servit à divi­ser et à coop­ter la classe ouvrière de la région, favo­ri­sant ainsi la pro­mo­tion du dével­op­pement capi­ta­liste. Malgré cela, son pen­chant pour l’URSS et ses ten­dan­ces au capi­ta­lisme d’Etat menaçaient les intérêts du capi­tal occi­den­tal (3). Bien que ces intérêts n’aient en aucun cas été sem­bla­bles pour les différ­entes capi­ta­les occi­den­ta­les, à long terme, les ten­dan­ces au capi­ta­lisme d’Etat du natio­na­lisme arabe ris­quaient d’empêcher le capi­tal occi­den­tal d’accéder libre­ment aux gise­ments pét­roliers du Moyen-Orient.

Mais le natio­na­lisme arabe, pen­dant les brèves pér­iodes où il s’est incarné dans un pana­ra­bisme com­ba­tif, a été réduit en pous­sière par Israël. Et sur le plan éco­no­mique, les bour­geoi­sies des différents pays arabes ont, tôt ou tard, déc­ouvert qu’il était dif­fi­cile de rés­ister à l’énorme sou­tien éco­no­mique qu’appor­te­rait un réa­lig­nement avec l’Amérique (4). Pour la bour­geoi­sie arabe (et l’OLP ne fait pas excep­tion), qu’elle soit ou non ouver­te­ment pana­rabe, la dif­fi­culté, si elle ne vou­lait pas affron­ter des défis intérieurs, était de s’allier avec l’Amérique de façon cré­dible tout en parais­sant main­te­nir en vie le rêve de l’indép­end­ance arabe et la des­truc­tion d’Israël. En 1973, cette ten­sion se tra­dui­sit par la hausse du prix du pét­role décidée par l’Organisation des pays expor­ta­teurs de pét­role (Opep), res­sen­tie comme une réaction à la guerre d’octo­bre entre Israël et les Etats arabes. Cependant, les exi­gen­ces du prolé­tariat de la pro­duc­tion pét­rolière signi­fiaient que, dans cer­tains pays, on dép­ensait une part dis­pro­por­tionnée des aug­men­ta­tions du prix du pét­role imposées par l’Opep pour rép­ondre aux besoins de la classe ouvrière, plutôt que pour attein­dre les niveaux tech­no­lo­gi­ques supérieurs néc­ess­aires au dével­op­pement indus­triel (5).

Les impé­rat­ifs straté­giques de l’Amérique se dur­ci­rent autour de deux objec­tifs : d’abord conte­nir la menace que représ­entait l’Union sovié­tique et, deuxiè­mement, écraser ou, là où c’était pos­si­ble, coop­ter les expres­sions variées du natio­na­lisme arabe qui déf­erlaient sur la région.

En plus de sa mét­hode habi­tuelle d’inter­ven­tion à l’étr­anger - c’est-à-dire sou­te­nir avec enthou­siasme la fac­tion de la bour­geoi­sie pro-occi­den­tale la plus cré­dible, coop­ter autant que pos­si­ble tout mou­ve­ment popu­laire, et faire éli­miner les pro­vo­ca­teurs impé­nitents - les Etats-Unis inventèrent un moyen raf­finé de représ­enter le Moyen-Orient comme la partie du monde en crise per­ma­nente et, de toute façon, impos­si­ble à com­pren­dre. La poli­ti­que amé­ric­aine devint donc " ges­tion de crise " et " apport de paix à l’endroit le plus trou­blé du monde ". Qu’importe la crise, le pét­role et les pét­rod­ollars conti­nuaient à s’écouler d’est en ouest, et les Etats-Unis n’ont pas eu à lutter beau­coup pour faire durer la paix bour­geoise dans la région (6).


Introduction : natio­na­lisme et émerg­ence d’un prolé­tariat pét­rolier

La domi­na­tion amé­ric­aine au Proche-Orient

Histoire de deux mou­ve­ments de libé­ration natio­nale : le sio­nisme tra­vailliste et le mou­ve­ment natio­nal pales­ti­nien

L’Intifada (1987-1993)

Le “pro­ces­sus de paix” d’Oslo (1993-2000)

L’Intifada du XXIe siècle

Conclusion. De la rév­olte à la guerre ?

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