Accueil du site > Echanges et mouvements > Résistance au travail/Refus du travail > « Résistances au travail » (note de lecture)

« Résistances au travail » (note de lecture)

publié le jeudi 4 février 2010

Enregistrer au format PDF

Résistances au tra­vail

Ouvrage col­lec­tif

coor­donné par Stephen Bouquin

éd. Syllepse, 2008

La richesse de cet ouvrage ne vient pas tant de la mul­ti­pli­cité de contri­bu­tions iné­gales et de la diver­sité des champs explorés que – au-delà des contrain­tes uni­ver­si­tai­res et de son jargon obligé – de la mise en valeur de faits de la lutte de classe (sou­vent ignorés, sou­vent méprisés, par­fois fus­tigés) et des orien­ta­tions inha­bi­tuel­les de recher­che dans la socio­lo­gie du tra­vail.

Ces orien­ta­tions nous invi­tent à considérer et à relier un ensem­ble de faits, par­fois éloignés appa­rem­ment les uns des autres, qui vont bien au-delà de la mul­ti­pli­cité d’atti­tu­des indi­vi­duel­les pas­sant pour sub­jec­ti­ves mais dont l’accu­mu­la­tion révèle, plus que leur effet immédiat sur le pro­ces­sus de pro­duc­tion, une atti­tude fon­da­men­tale face au tra­vail tel qu’il est sous le capi­ta­lisme.

L’intro­duc­tion situe ce pro­blème en mon­trant que les trans­for­ma­tions pro­fon­des qui ont marqué l’évo­lution du for­disme et ce qui pou­vait passer comme la dis­pa­ri­tion des rés­ist­ances d’alors à cette forme d’exploi­ta­tion du tra­vail, n’ont en fait pas éliminé ces rés­ist­ances au tra­vail. Elles n’ont fait que les trans­for­mer, et l’ame­nui­se­ment des rés­ist­ances col­lec­ti­ves et du rôle des syn­di­cats a pu entre­te­nir l’illu­sion que ces rés­ist­ances avaient plus ou moins dis­paru. Elles exis­tent pour­tant bel et bien, sous des « formes infor­mel­les mais non moins réelles ».

Plusieurs cha­pi­tres ten­tent une appro­che théo­rique : « Les rés­ist­ances au tra­vail entre domi­na­tion et consen­te­ment », « La montée de l’indi­vi­dua­lisme et la mort du tra­vailleur col­lec­tif dans la socio­lo­gie du tra­vail bri­tan­ni­que, le mythe de la fin du col­lec­ti­visme ». D’autres ten­tent un rappel his­to­ri­que : « Les subli­mes, figu­res de l’auto­no­mie ouvrière » ou « Les rés­ist­ances dans l’indus­trie tex­tile dans la pre­mière moitié du xxe siècle » ou encore, plus proche de nous : « L’atti­tude des ouvriers pro­fes­sion­nels de l’usine Chausson de Creil de 1950 à 1996 autour du dua­lisme impli­ca­tion-rés­ist­ance ».

Les textes qui sui­vent rela­tent des situa­tions très différ­entes mais dans les­quel­les on trouve ce point commun de rés­ist­ance à des ten­ta­ti­ves soit d’impo­ser un cadre étroit de tra­vail soit d’affir­mer un pou­voir hiér­arc­hique sur des ten­dan­ces à l’auto­no­mie. Ils concer­nent l’indus­trie nuclé­aire, les col­lec­tifs d’ate­lier, les inté­rim­aires, les femmes de cham­bre et les veilleurs de nuit d’hôtels. Chaque situa­tion a bien sûr son par­ti­cu­la­risme auquel s’adap­tent les formes de rés­ist­ance.

Un cha­pi­tre spécial consa­cré au sabo­tage est par­ti­cu­liè­rement bien­venu. Mais, malgré de nom­breux exem­ples révélés par leurs conséqu­ences, l’étude du sabo­tage est par­ti­cu­liè­rement malaisée, puis­que cette pra­ti­que n’est jamais reven­di­quée (et pour cause), est rejetée, offi­ciel­le­ment tout au moins, par les syn­di­cats (et pour cause), mini­misée par les entre­pri­ses (et pour cause, bien que le Medef l’étudie spéc­ia­lement). Cet objet et son ana­lyse dér­outent quel­que peu les socio­lo­gues. L’auteur de ce cha­pi­tre conclut jus­te­ment que le sabo­tage doit être vu comme « une mani­fes­ta­tion de rejet de l’ordre social », et il pro­nos­ti­que qu’il pour­rait pren­dre une place de choix dans la lutte de classe, en raison précisément de l’enfer­me­ment des tra­vailleurs dans l’indi­vi­dua­lisme des contrain­tes de l’exploi­ta­tion. La conclu­sion sou­li­gne que, non seu­le­ment le sabo­tage, mais « la ques­tion des rés­ist­ances et des condui­tes infor­mel­les a sou­vent embar­rassé le mou­ve­ment syn­di­cal » (pas seu­le­ment d’ailleurs mais aussi une partie du mou­ve­ment « révo­luti­onn­aire » qui n’y voit que de l’indi­vi­dua­lisme excluant toute cons­cience de classe). Pourtant, ces formes de rés­ist­ance exis­tent à la fois « sur le lieu de tra­vail », « au tra­vail » et « dans l’acte de tra­vail ». Après avoir ana­lysé avec per­ti­nence les vicis­si­tu­des de la « valeur tra­vail », Stephen Bouquin sou­li­gne dans cette conclu­sion que cette crise contem­po­raine du tra­vail com­porte des formes posi­ti­ves et tra­dui­sent « la volonté de mettre à dis­tance l’étau de la subor­di­na­tion et de l’exploi­ta­tion ». En clair, d’y éch­apper par tous moyens, quels qu’ils soient, dans et hors du tra­vail, légaux et illégaux, indi­vi­duels ou col­lec­tifs.

H. S.

Nouveautés sur le Web

Diffusion

 

  • Suivre la vie du site RSS 2.0
  • Informations

    mondialisme.org | publié sous licence Creative Commons by-nc-nd 2.0 fr | généré dynamiquement par SPIP & Blog'n Glop