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Deux poids, deux mesures : les malheurs de l’internationalisme. Tamouls et Palestiniens

jeudi 4 février 2010

Pendant les vingt-deux jours qu’a duré la campagne militaire israélienne contre Gaza [celle de 2010, NDLR], la gauche, les gauchistes, l’ultra-gauche et au-delà n’ont pas cessé de fustiger cette attaque, dont nous tentons d’analyser dans ce numéro (Echanges n° 129, plus particulièrement Une guerre classique : l’opération « Plomb durci » contre Gaza) une réalité dont bien peu ont parlé. Les uns pris dans les versions humanitaires, les autres dans leur tiers-mondisme, d’autres enfin dans leurs positions propalestiniennes ou proarabes ou anti-américaines.

L’attaque finale du gouvernement srilankais contre le mouvement séparatiste Liberation Tigers of Tamoul Eelam (LTTE) n’a guère envahi les médias et guère soulevé d’émoi dans les milieux qui s’étaient mobilisés contre l’intervention israélienne sur Gaza.

Pourtant, tout comme les Palestiniens, le LTTE visait à faire reconnaître un Etat tamoul et on pouvait même y voir une dimension religieuse, bouddhistes du gouvernement contre hindouistes du LTTE.

Comme au Moyen-Orient, cette guerre intestine dans l’île de Sri Lanka s’insérait dans l’ensemble des rapports de forces des grandes puissances, et sa fin sanglante signifie qu’il apparaissait nécessaire pour celles-ci d’y mettre un terme.

Placés sous l’angle humanitaire des crimes du capital, les chiffres « objectifs » sont pour l’île martyre autrement plus éloquents que ceux de la bande de Gaza (1 300 tués en vingt-deux jours, des milliers de blessés et 400 000 personnes privées de logement) : à Sri Lanka, outre les combattants dont on ne livre pas le nombre des tués ou exécutés, plus de 20 000 civils ont été tués, des dizaines de milliers d’autres blessés ; on n’évalue pas le nombre de villages et de villes totalement détruits par les bombardements indiscriminés, celui des sans-logis. Le seul chiffre qui semble avoir une réalité, ce sont les 300 000 tamouls internés dans des camps ressemblant étrangement à des camps de concentration.

De telles différences dans la médiatisation d’événements que l’on peut apparenter donne à réfléchir sur l’influence que les structures du système capitaliste exercent sur nos centres d’intérêt et sur la réflexion, voire l’action, qui en découle.

Un autre exemple récent illustre aussi ce même constat. Les catastrophes minières en Chine avec des dizaines de morts méritent des titres stigmatisant l’exploitation extrême des travailleurs Chinois. Qui a parlé des 61 mineurs sud-africains morts le 2 juin 2009 dans l’incendie d’une mine d’or ? Leur mort valait-elle moins que celle d’un mineur chinois ?

Encore un autre exemple. La révolte des banlieusards argentins contre l’impéritie dans les transports ferroviaires et l’incendie d’un train et de gares qui a valu maintes discussions dans le « milieu » vaut-elle plus que celle de villageois indiens qui, le 1er juin, ont fait flamber deux trains et une gare pour protester contre une décision de fermeture de « leur »gare, ce qui a causé plus de 30 blessés ( répression ou panique, on ne sait) et dont on n’a guère parlé ?

La liste pourrait s’allonger de ces conditionnements médiatiques qui peuvent orienter information, réflexion et éventuellement action.

H. S.

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