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Radio libertaire ou "Radio Français d’abord" ?

jeudi 3 décembre 2009, par Yves

PRECISION UTILE : Cet article a été repris - sans mon autorisation - sur plusieurs sites en en FALSIFIANT LE TITRE et en ajoutant entre parenthèses un jugement - "Ca pue le facho à la FA" - sur la Fédération anarchiste, jugement qui n’est pas le mien. Futur Rouge vient de rectifier le tir, pas sûr que tous les sites l’imiteront... (Y.C.)

Hier, mercredi 2 décembre 2009, j’ai failli m’étouffer d’indignation en écoutant l’émission "Femmes libres" sur les ondes de Radio libertaire aux alentours de 19 heures.
J’ai découvert de nouveaux partisans de l’identité nationale en la personne de l’animatrice (ou d’une des animatrices, j’ai pris l’émission en route) et d’une chanteuse de jazz "d’origine algérienne" (sic) mais "citoyenne française" (resic).

Toutes deux ont harcelé pendant plusieurs minutes et cherché systématiquement à coincer deux jeunes ados, parce que la première s’était présentée à l’antenne comme "Tunisienne" (alors que selon l’animatrice et la chanteuse elle devrait se dire "Française d’origine tunisienne") et un "Egypto Marocain" (même réflexion ridicule à son propos).

Les deux ados étaient venus parler d’un spectacle qu’ils doivent présenter prochainement, parler de leurs rêves de devenir comique, acteur, footballeuse ou actrice, dire tout le bien qu’ils pensent de ceux (leurs profs du collège) qui les ont poussés à faire du théâtre.
Nos deux ados ne savaient pas qu’ils allaient passer devant le Grand Tribunal libertaire de l’identité nationale. En effet ces deux jeunes se sont fait rappeler à l’ordre par la chanteuse et par l’animatrice parce qu’ils ne se disaient pas français.

Pour les coincer elles leur ont posé des questions à deux balles du genre "Où sont tes amis, où joues-tu au foot", etc., dignes d’un questionnaire bessonien. Ils ont subir des réflexions du type "Un mois de vacances au pays cela compte moins que 11 mois en France". Et cerise sur le gâteau "Vous croyez que dans vos pays d’origine vous pourriez dire ce que vous dites" ? De Villiers a dû se frotter les mains...

Nos "libertaires" et "féministes" n’ont même pas pris la peine d’écouter ce que disaient maladroitement ces deux jeunes, à savoir que les autres (les Franco-Français et apparemment aussi les libertaires de l’émission) leur renvoyaient tellement à la gueule leurs origines qu’ils avaient décidé de les revendiquer fièrement sans se préoccuper de savoir s’ils avaient ou non la carté d’identité ou le passeport du pays dont ils se réclamaient les ressortissants.

Le plus choquant dans cette émission, en dehors de l’abus de pouvoir caractérisé commis par ces adultes prétendument libertaires vis-à-vis d’ados invités sans doute pour la première fois dans une radio, ce fut la phrase de la chanteuse "Si je n’accepte pas ma nationalité (sous entendu française, Y.C.) comment pourrais-je revendiquer mes droits" ?
Ainsi, en plein débat sur l’identité nationale, des "libertaires" peuvent tranquillement expliquer que en tant que "citoyens" d’un pays (en clair, en tant que personnes reconnaissant l’autorité d’un Etat ! Bakounine a dû se retourner dans sa tombe... s’il écoute Radio libertaire) il est normal qu’ils aient des droits (ce qui est juste) sans ajouter aussitôt que tout individu vivant dans ce pays, ou même y passant quelques jours, devrait avoir LES MEMES DROITS qu’eux, ces braves citoyens et citoyennes français et libertaires ?

Ne pas dénoncer clairement le mythe de l’identité nationale, lier la jouissance de droits démocratiques comme la liberté d’expression à LA SEULE CITOYENNETE (de surcroît française), culpabiliser ces jeunes, c’est reconnaître implicitement qu’il est normal qu’un prétendu "étranger" ait moins de droits qu’un prétendu "citoyen" d’un pays, ici la France.

Ce qu’il y a de marrant (en fait de sinistre) c’est qu’à un moment la même chanteuse (ou l’animatrice je ne sais plus) a déclaré "Vous nous apportez ce qu’il y a chez vous", sans se rendre compte qu’ainsi elle donnait raison à ces jeunes qui ne veulent pas se dire Français, même s’ils ont toujours leur carte d’identité en poche pour éviter le prochain contrôle policier au faciès.
Preuve qu’effectivement les Franco-quelque chose sont plus "quelque chose" que "franco" pour ces citoyennistes libertaires.

Cette émission montre que les libertaires (tout comme la gauche ou l’extrême gauche) feraient bien de réfléchir un peu à ce que signifient des termes comme "identité", "nationale", "citoyen" ou "français" avant de sermonner des ados dont les parents viennent d’autres pays et qui se sentent rejetés par la « patrie des droits de l’homme ».

Et l’allusion des participantes au "retour à la religion" (en clair à l’islam) a bien montré que les adultes libertaires présents n’ont rien compris aux mécanismes de l’exclusion raciste qui fonctionnaient en France bien avant la construction de quelques mosquées, l’ouverture de centaines de salles de prière pour les musulmans ou la progression du port du voile dans les quartiers populaires.

Avec des adversaires aussi confus, Besson, Hortefeux et Sarko n’ont pas grand-chose à craindre. Leur propagande sur l’identité nationale a un boulevard devant elle....

Y.C. 3/12/2009

PS. : L’une des participantes à ce débat faisandé chapitra aussi les ados parce qu’ils confondaient les racines et la citoyenneté. Les racines (sous-entendu les fameuses origines) sont justement ce qui pose problème à toute personne victime du racisme en France : que ce soit le nom ou l’apparence physique supposée non française (ceux que les cons appellent les basanés, les noirs, les jaunes ou les gris...), c’est justement cela qui fait que l’on est un demi-Français ou un quart de Français aux yeux de ceux qui se jugent Français "de souche".

Il est donc normal que par réaction, ou pour d’autres raisons, qu’il serait trop long d’expliciter des jeunes "d’origine X" préfèrent se dire "X" que français.

Il est consternant d’avoir à expliquer de telles évidences à des libertaires qui sont traditionnellement plus sensibles aux diverses formes d’oppression que leurs concurrents marxistes....