Accueil du site > Ni patrie ni frontières > 33-34-35 : Les pièges de l’identité nationale - France- Pays-Bas- (...) > Radio libertaire ou « Radio Français d’abord » ?

Radio libertaire ou « Radio Français d’abord » ?

publié par Yves, le jeudi 3 décembre 2009

Enregistrer au format PDF

PRECISION UTILE : Cet arti­cle a été repris - sans mon auto­ri­sa­tion - sur plu­sieurs sites en en FALSIFIANT LE TITRE et en ajou­tant entre paren­thèses un juge­ment - "Ca pue le facho à la FA" - sur la Fédération anar­chiste, juge­ment qui n’est pas le mien. Futur Rouge vient de rec­ti­fier le tir, pas sûr que tous les sites l’imi­te­ront... (Y.C.)

Hier, mer­credi 2 déc­embre 2009, j’ai failli m’éto­uffer d’indi­gna­tion en écoutant l’émission "Femmes libres" sur les ondes de Radio liber­taire aux alen­tours de 19 heures. J’ai déc­ouvert de nou­veaux par­ti­sans de l’iden­tité natio­nale en la per­sonne de l’ani­ma­trice (ou d’une des ani­ma­tri­ces, j’ai pris l’émission en route) et d’une chan­teuse de jazz "d’ori­gine algéri­enne" (sic) mais "citoyenne franç­aise" (resic).

Toutes deux ont har­celé pen­dant plu­sieurs minu­tes et cher­ché systé­ma­tiq­uement à coin­cer deux jeunes ados, parce que la pre­mière s’était présentée à l’antenne comme "Tunisienne" (alors que selon l’ani­ma­trice et la chan­teuse elle devrait se dire "Française d’ori­gine tuni­sienne") et un "Egypto Marocain" (même réflexion ridi­cule à son propos).

Les deux ados étaient venus parler d’un spec­ta­cle qu’ils doi­vent prés­enter pro­chai­ne­ment, parler de leurs rêves de deve­nir comi­que, acteur, foot­bal­leuse ou actrice, dire tout le bien qu’ils pen­sent de ceux (leurs profs du collège) qui les ont poussés à faire du théâtre. Nos deux ados ne savaient pas qu’ils allaient passer devant le Grand Tribunal liber­taire de l’iden­tité natio­nale. En effet ces deux jeunes se sont fait rap­pe­ler à l’ordre par la chan­teuse et par l’ani­ma­trice parce qu’ils ne se disaient pas français.

Pour les coin­cer elles leur ont posé des ques­tions à deux balles du genre "Où sont tes amis, où joues-tu au foot", etc., dignes d’un ques­tion­naire bes­so­nien. Ils ont subir des réflexions du type "Un mois de vacan­ces au pays cela compte moins que 11 mois en France". Et cerise sur le gâteau "Vous croyez que dans vos pays d’ori­gine vous pour­riez dire ce que vous dites" ? De Villiers a dû se frot­ter les mains...

Nos "liber­tai­res" et "fémin­istes" n’ont même pas pris la peine d’écouter ce que disaient mala­droi­te­ment ces deux jeunes, à savoir que les autres (les Franco-Français et appa­rem­ment aussi les liber­tai­res de l’émission) leur ren­voyaient tel­le­ment à la gueule leurs ori­gi­nes qu’ils avaient décidé de les reven­di­quer fiè­rement sans se pré­oc­cuper de savoir s’ils avaient ou non la carté d’iden­tité ou le pas­se­port du pays dont ils se réc­lamaient les res­sor­tis­sants.

Le plus cho­quant dans cette émission, en dehors de l’abus de pou­voir caractérisé commis par ces adul­tes prét­en­dument liber­tai­res vis-à-vis d’ados invités sans doute pour la pre­mière fois dans une radio, ce fut la phrase de la chan­teuse "Si je n’accepte pas ma natio­na­lité (sous entendu franç­aise, Y.C.) com­ment pour­rais-je reven­di­quer mes droits" ? Ainsi, en plein débat sur l’iden­tité natio­nale, des "liber­tai­res" peu­vent tran­quille­ment expli­quer que en tant que "citoyens" d’un pays (en clair, en tant que per­son­nes reconnais­sant l’auto­rité d’un Etat ! Bakounine a dû se retour­ner dans sa tombe... s’il écoute Radio liber­taire) il est normal qu’ils aient des droits (ce qui est juste) sans ajou­ter aus­sitôt que tout indi­vidu vivant dans ce pays, ou même y pas­sant quel­ques jours, devrait avoir LES MEMES DROITS qu’eux, ces braves citoyens et citoyen­nes français et liber­tai­res ?

Ne pas dén­oncer clai­re­ment le mythe de l’iden­tité natio­nale, lier la jouis­sance de droits démoc­ra­tiques comme la liberté d’expres­sion à LA SEULE CITOYENNETE (de sur­croît franç­aise), culpa­bi­li­ser ces jeunes, c’est reconnaître impli­ci­te­ment qu’il est normal qu’un prét­endu "étr­anger" ait moins de droits qu’un prét­endu "citoyen" d’un pays, ici la France.

Ce qu’il y a de mar­rant (en fait de sinis­tre) c’est qu’à un moment la même chan­teuse (ou l’ani­ma­trice je ne sais plus) a déclaré "Vous nous appor­tez ce qu’il y a chez vous", sans se rendre compte qu’ainsi elle don­nait raison à ces jeunes qui ne veu­lent pas se dire Français, même s’ils ont tou­jours leur carte d’iden­tité en poche pour éviter le pro­chain contrôle poli­cier au faciès. Preuve qu’effec­ti­ve­ment les Franco-quel­que chose sont plus "quel­que chose" que "franco" pour ces citoyen­nis­tes liber­tai­res.

Cette émission montre que les liber­tai­res (tout comme la gauche ou l’extrême gauche) feraient bien de réfléchir un peu à ce que signi­fient des termes comme "iden­tité", "natio­nale", "citoyen" ou "français" avant de ser­mon­ner des ados dont les parents vien­nent d’autres pays et qui se sen­tent rejetés par la « patrie des droits de l’homme ».

Et l’allu­sion des par­ti­ci­pan­tes au "retour à la reli­gion" (en clair à l’islam) a bien montré que les adul­tes liber­tai­res présents n’ont rien com­pris aux mécan­ismes de l’exclu­sion raciste qui fonc­tion­naient en France bien avant la cons­truc­tion de quel­ques mos­quées, l’ouver­ture de cen­tai­nes de salles de prière pour les musul­mans ou la pro­gres­sion du port du voile dans les quar­tiers popu­lai­res.

Avec des adver­sai­res aussi confus, Besson, Hortefeux et Sarko n’ont pas grand-chose à crain­dre. Leur pro­pa­gande sur l’iden­tité natio­nale a un bou­le­vard devant elle....

Y.C. 3/12/2009

PS. : L’une des par­ti­ci­pan­tes à ce débat fai­sandé cha­pi­tra aussi les ados parce qu’ils confon­daient les raci­nes et la citoyen­neté. Les raci­nes (sous-entendu les fameu­ses ori­gi­nes) sont jus­te­ment ce qui pose pro­blème à toute per­sonne vic­time du racisme en France : que ce soit le nom ou l’appa­rence phy­si­que sup­posée non franç­aise (ceux que les cons appel­lent les basanés, les noirs, les jaunes ou les gris...), c’est jus­te­ment cela qui fait que l’on est un demi-Français ou un quart de Français aux yeux de ceux qui se jugent Français "de souche".

Il est donc normal que par réaction, ou pour d’autres rai­sons, qu’il serait trop long d’expli­ci­ter des jeunes "d’ori­gine X" pré­fèrent se dire "X" que français.

Il est cons­ter­nant d’avoir à expli­quer de telles évid­ences à des liber­tai­res qui sont tra­di­tion­nel­le­ment plus sen­si­bles aux diver­ses formes d’oppres­sion que leurs concur­rents marxis­tes....

Nouveautés sur le Web

Diffusion

 

  • Suivre la vie du site RSS 2.0
  • Informations

    mondialisme.org | publié sous licence Creative Commons by-nc-nd 2.0 fr | généré dynamiquement par SPIP & Blog'n Glop