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Chez PSA à Aulnay : des questions pour une grève (2007)

publié le jeudi 12 novembre 2009

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Quelque 500 ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) ont fait grève pendant six semaines. Mais ils sont restés isolés, et leur mouvement n’a connu aucune extension

Ce texte est paru dans Echanges n° n120 (prin­temps 2007), avec une revue des publi­ca­tions sur la situa­tion dans l’indus­trie auto­mo­bile

Le 28 février, les ouvriers de Magnetto, le sec­teur Presses-Emboutissage devenu depuis 2004 un sous-trai­tant de l’usine Peugeot-PSA d’Aulnay-sous-Bois (ban­lieue nord-est de Paris, autre­fois très indus­trielle) tra­vaillant comme sou­vent aujourd’hui sur le site même de l’usine mère, obtien­nent après cinq jours de grève – sous la pres­sion de PSA qui craint aussi la para­ly­sie de son site espa­gnol dép­endant de pièces embou­ties à Aulnay – une aug­men­ta­tion men­suelle de 100 euros net. Le même jour, cer­tains syn­di­cats de PSA signent un accord avec la direc­tion de PSA pour une aug­men­ta­tion de 1,6 % soit 26 euros men­suels.

Cette coïn­cid­ence décl­enche une grève qui ne touche pas la tota­lité de l’usine (près de 5 000 tra­vailleurs) : 400 à 500 ouvriers débraient, à l’appel de cer­tains syn­di­cats (CGT, dont la sec­tion de l’usine est aux mains de Lutte ouvrière, et Solidaires [Sud]) en reven­di­quant pour 300 euros (1 525 euros net men­suels à l’embau­che), le départ en pré­retr­aite à 55 ans (600 tra­vailleurs) et l’embau­che ferme des inté­rim­aires (700 ouvriers). Un comité de grève est cons­ti­tué avec la par­ti­ci­pa­tion de l’ensem­ble des syn­di­cats ouvriers. C’est lui qui orga­nise diver­ses mani­fes­ta­tions tra­di­tion­nel­les (regrou­pe­ment devant le siège social de PSA ou défilé, samedi 24 mars, à Paris, rendez-vous avec le préfet de Seine-Saint-Denis...) et la soli­da­rité (1). Les ten­ta­ti­ves d’étendre la grève dans les autres usines PSA, si elles mon­trent les formes habi­tuel­les de soli­da­rité en paro­les et finan­cières, n’entraînent pas une soli­da­rité active par la grève. Un seul sous-trai­tant d’Aulnay se met en grève pour obte­nir les mêmes conces­sions que Magnetto (Lear, assem­bleur de sièges pour les Citroën C2 et C3).

Mardi 10 avril, les grév­istes ont voté en assem­blée géné­rale la fin de leur mou­ve­ment, en signant un accord de fin de conflit, La grève n’était pas une grève bou­chon : les chaînes de mon­tage ont conti­nué de tour­ner, mais avec une pro­duc­tion réd­uite ; pour briser la grève, PSA embau­che des inté­rim­aires (ce qui lui a été inter­dit par un juge­ment [2]) et a fait venir des ouvriers sûrs des autres usines franç­aises moyen­nant une prime de 750 euros par semaine. En fait, après plus d’un mois de grève, la direc­tion, refu­sant toute conces­sion impor­tante, semble comp­ter sur le pour­ris­se­ment du conflit.

En mars 2005, après douze jours d’une grève motivée par la réd­uction de la paie qu’entraînait la mul­ti­pli­ca­tion des jours de chômage tech­ni­que, la direc­tion de la même usine avait accepté de payer à 100 % ces jours « chômés » et, de plus, le paie­ment des jours de grève. Pourtant, la grève n’avait guère plus mobi­lisé que le même noyau de tra­vailleurs et ne s’était pas plus étendue aux autres usines du groupe.

Si la grève actuelle avait dû s’étendre, dans l’usine d’Aulnay et dans les autres usines du groupe (notam­ment Rennes en Bretagne et Sochaux dans l’Est) où les tra­vailleurs connais­sent des pro­blèmes iden­ti­ques, ce ne sont pas les manœuvres de la direc­tion qui auraient pu pré­venir une exten­sion qui n’aurait pas été alors seu­le­ment un mou­ve­ment de soli­da­rité, mais une grève pour les mêmes reven­di­ca­tions.

On peut dès lors se poser quel­ques ques­tions :

– la situa­tion du marché auto­mo­bile est-elle en France si morose que PSA pou­vait lais­ser courir, puis­que la réd­uction de pro­duc­tion n’est pas un drame (3) et que de plus, comme toute mul­ti­na­tio­nale possédant des usines par­tout dans le monde, le groupe a pu com­pen­ser sur le marché cette réd­uction de pro­duc­tion sans que cela per­turbe ses pro­fits (ce qui n’aurait pas été le cas en 2005) ?

– la grève n’a-t-elle pas été décl­enchée trop vite, sous la pres­sion du succès de Magnetto, mais avec un noyau au départ certes impor­tant de 500 grév­istes mais qui n’a jamais évolué en cinq semai­nes de conflit ? Grévistes et non-grév­istes enca­drés mili­tai­re­ment sur le ter­rain occupé par une direc­tion omni­prés­ente, qui a bien senti tout l’intérêt de pous­ser les grév­istes hors du site dès les pre­miers jours du conflit ; grév­istes tout occupés ensuite à tenter en vain de géné­ra­liser la grève à d’autres usines ?

– la pér­iode élec­to­rale peut-elle expli­quer, en partie tout au moins, le lan­ce­ment syn­di­cal de la grève ? De toute façon, même si cela n’a pas joué ce rôle dans le décl­enc­hement du conflit, elle a servi de « vitrine sociale » à tous les can­di­dats de gauche et d’extrême gauche qui sont venus, à grand ren­fort de méd­ia­ti­sation, appor­ter un « sou­tien » de bonnes paro­les savam­ment orches­tré.

Etant donné les pro­mes­ses lar­ge­ment et gra­tui­te­ment dis­tri­buées par pra­ti­que­ment tous les can­di­dats pour un relè­vement sub­stan­tiel du salaire mini­mum, les rés­ist­ances patro­na­les ne sont-elles pas com­mandées par l’intérêt général du capi­tal en France : des conces­sions rela­ti­ve­ment impor­tan­tes sur les seuls salai­res, précisément dans une telle pér­iode de suren­chères, ne ris­quaient-elles pas de décl­encher un mou­ve­ment de plus grande ampleur ?

Selon les propos d’un délégué CGT rap­porté par Libération du 11 avril, « on a glané cinq jours de grève payés, aucune sanc­tion, 50 % de prime trans­port et un salaire aux inté­rim­aires le 1er du mois au lieu du 15... Mais on a cons­truit un truc unique, six semai­nes de grève dans une boîte privée pour des salai­res, c’est du jamais-vu depuis près de vingt ans. » Nous revien­drons sur ce mou­ve­ment et ses ambi­guïtés dans le pro­chain bul­le­tin.

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