Accueil > Ni patrie ni frontières > 33-34-35 : Les pièges de l’identité nationale - France- Pays-Bas- (...) > Sur les microsectes et la nécessité d’un bilan préalable

Sur les microsectes et la nécessité d’un bilan préalable

mercredi 28 octobre 2009, par Yves

Le problème avec les microsectes trotskystes ou léninistes (*) c’est que, à ma connaissance, aucune d’entre elles n’a jamais fait un bilan sérieux de son passé. Certes ses membres critiquent les gens méchants qui les ont exclus, mais tous ont l’impression que, pendant une période, leur organisation suivait la bonne voie, et qu’à telle ou telle date elle aurait dégénéré. Cette incapacité à rompre politiquement avec son passé a évidemment de lourdes conséquences :
- leurs méthodes d’organisation ne sont pas fondamentalement différentes du passé
- le style de leur propagande écrite, leurs mots d’ordre (la croyance en leur efficacité magique), leurs objectifs, leur vision du monde ne sont pas fondamentalement différents de ceux des organisations qui les ont exclus.
Il n’est certes pas impossible que des militants, individuellement ou collectivement, rompent avec leur passé, mais il s’agit d’un processus lent et douloureux pour la majorité d’entre eux.
Pourquoi ?

a) parce que si ce sont des « activistes » (des gens qui aiment se coltiner avec les patrons, les chefs, les réformards, etc.) ils n’ont pas envie de « perdre » trop de temps à faire un bilan théorique et politique de leur passé. Ils veulent rapidement un programme et une idéologie tous faits pour se lancer dans la bagarre. Leurs qualités (leur volonté d’en découdre avec le système, leur impatience, leur enthousiasme) ont aussi un revers : elles les poussent à faire preuve de peu d’esprit critique.

b) parce que, en général, les microsectes reposent sur le pouvoir « charismatique » et les capacités (réelles ou supposées) d’un ou deux chefs. Le chef en question, qui parle bien et longuement, qui sait écrire mieux que les autres, est débordé : il doit à la fois veiller au moindre détail (un peu comme Castro qui à une époque allait dans la moindre usine ou la moindre coopérative agricole pour voir si les machines fonctionnaient bien ; ou Tony Cliff le dirigeant du SWP britannique qui faisait la tournée des sections pour constamment tâter la température de la base) ; définir la ligne politique de l’organisation, avancer des idées neuves, faire face aux critiques de l’intérieur comme de l’extérieur, gérer les conflits personnels, faire le VRP avec les autres groupes, notamment étrangers, animer des stages de formation, écrire ou réécrire des articles, etc.

c) Parce que les militants de formation léniniste ou troskyste ne sont pas habitués à réfléchir aux moyens de lutter contre la délégation de pouvoir, la division du travail entre ouvriers et intellectuels, dirigeants et dirigés, hommes et femmes, etc, au sein de leurs groupes. Ces réflexions (cf. le texte de Philippe Coutant que l’on trouve sur Internet ou le livre d’Yvon Bourdet « Qu’est-ce qui fait courir les militants » publié chez Stock) sont en général menées par des ex-militants, par des libertaires ou par des intellos désabusés. Bref, pas vraiment ce qui attire les militants des microsectes trotskystes ou maoistes.

d) parce que le fait même de construire un petit groupe à contre le courant, en dehors de toute situation politique favorable, crée une énorme pression en faveur de l’unanimisme et de l’absence d’esprit critique : ce que l’on construit semble (et est) tellement fragile que l’on tend à vouloir préserver sa boutique à tout prix.

e) Parce que tout groupe est un cocon (ou plutôt est fantasmé par beaucoup de gens comme un cocon) : un lieu où l’on profite des connaissances des autres, où l’on bénéficie de la solidarité, voire de l’amitié, de ses camarades, où l’on peut parler de plein de sujets que l’on ne peut aborder ailleurs (combien de militants vivent avec des compagnes que la politique indiffère ? combien de militantes et de militants sont dans un milieu familial ou professionnel qui ne s’intéresse absolument pas à leurs idées ?)
Un minigroupe qui ne se pose pas ce type de questions est une microsecte, même s’il défend des positions sympathiques ou justes.

Y.C.

* Je ne pousserai pas la cruauté jusqu’à citer leur nom, mais je pense que chacun saura reconnaître… celles dont il ne fait pas partie ou n’a jamais fait partie !