Accueil du site > Ni patrie, ni frontières > 27-28-29 Gauchisme post moderne – Sans-papiers – Venezuela, (...) > Anarchisme, insurrections et insurrectionnisme

Anarchisme, insurrections et insurrectionnisme

publié par Yves, le samedi 3 octobre 2009

Enregistrer au format PDF

L’insur­rec­tion – le soulè­vement armé du peuple – a tou­jours été proche du cœur de l’anar­chisme. Les pre­miers docu­ments pro­gram­ma­ti­ques du mou­ve­ment anar­chiste ont été rédigés par Bakounine et un groupe d’insur­rec­tion­nis­tes répub­licains de gauche européens lorsqu’ils se rap­pro­chèrent de l’anar­chisme en Italie dans les années 1860. Cette dém­arche ne marqua pas une rup­ture avec l’insur­rec­tion­nisme mais avec le répub­li­can­isme de gauche, peu après que Bakounine eut par­ti­cipé à une insur­rec­tion à Lyon, en 1870.

La poli­ti­que révo­luti­onn­aire europé­enne des cent années pré­céd­entes avait été dominée par des insur­rec­tions depuis que le succès de la révo­lution franç­aise en 1789 avait décl­enché le pro­ces­sus qui abou­tit au ren­ver­se­ment de l’ordre féodal dans tous les pays. La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, avait montré le pou­voir du peuple en armes, et ce moment insur­rec­tion­nel a changé l’his­toire de l’Europe alors qu’il mobi­lisa sans doute seu­le­ment quel­ques mil­liers de per­son­nes.

Insurrection et poli­ti­que de classe

1789 a aussi inau­guré un modèle poli­ti­que selon lequel, même si les tra­vailleurs représ­entaient la masse des insurgés, c’était la bour­geoi­sie qui en recueillait les fruits et rép­rimait ensuite les masses lorsqu’elle met­tait en place sa domi­na­tion de classe. Cette leçon ne fut pas perdue pour ceux qui considéraient que la libé­ration devait entraîner la libé­ration éco­no­mique et sociale de tous, et ne pou­vait être réd­uite au droit d’une nou­velle classe à exploi­ter « démoc­ra­tiq­uement » les masses.

Au cours des insur­rec­tions répub­lic­aines qui éclatèrent en Europe durant le siècle qui suivit, et en par­ti­cu­lier en 1848, le conflit entre les capi­ta­lis­tes répub­licains et la petite et moyenne bour­geoi­sie, d’un côté, les masses répub­lic­aines de l’autre, devint de plus en plus aigu. Vers les années 1860, ce conflit abou­tit à l’émerg­ence d’un mou­ve­ment spé­ci­fiq­uement socia­liste ; celui-ci com­prit que la bour­geoi­sie répub­lic­aine n’allait plus com­bat­tre pour la liberté en faveur de tous, mais contre elle, y com­pris aux côtés des par­ti­sans de l’ordre ancien, si néc­ess­aire. C’est l’expéri­ence de l’insur­rec­tion polo­naise de 1863, à la suite de laquelle il devint clair que les bour­geois répub­licains crai­gnaient davan­tage une insur­rec­tion pay­sanne que la domi­na­tion tsa­riste, c’est cette expéri­ence donc qui convain­quit Bakounine. Désormais le combat pour la liberté allait devoir être mené sous un nou­veau dra­peau – un dra­peau qui cher­che­rait à orga­ni­ser les masses tra­vailleu­ses uni­que­ment pour leurs intérêts pro­pres.

Les pre­miers anar­chis­tes adoptèrent les nou­vel­les formes d’orga­ni­sa­tion ouvrière qui étaient en train de naître, et en par­ti­cu­lier l’Association inter­na­tio­nale des tra­vailleurs, autre­ment dit la Première Internationale. Mais même s’ils reconnais­saient le pou­voir de la classe ouvrière orga­nisée en syn­di­cats, contrai­re­ment à la majo­rité des marxis­tes ils ne considéraient pas que cela signi­fiait que le capi­ta­lisme pou­vait être réformé. Les anar­chis­tes insis­taient sur le fait qu’il fau­drait encore des insur­rec­tions pour ren­ver­ser la vieille classe domi­nante.

Les pre­mières insur­rec­tions anar­chis­tes

Les ten­ta­ti­ves anar­chis­tes de décl­encher des insur­rec­tions s’éten­dirent en même temps que le mou­ve­ment gran­dis­sait. En fait, avant même l’insur­rec­tion lyon­naise, un anar­chiste (Chávez López) fut impli­qué dans un mou­ve­ment insur­rec­tion­nel indigène au Mexique. En avril 1869, il publia un mani­feste appe­lant « le prin­cipe révéré des gou­ver­ne­ments auto­no­mes de vil­lage à rem­pla­cer la sou­ve­rai­neté d’un gou­ver­ne­ment natio­nal qui n’est que le col­la­bo­ra­teur cor­rompu des grands pro­priét­aires fon­ciers (1) ». En Espagne, dans les années 1870, durant les­quel­les les ten­ta­ti­ves des ouvriers de former des syn­di­cats furent vio­lem­ment réprimées, les anar­chis­tes par­ti­cipèrent à de nom­breu­ses insur­rec­tions, et dans le cas des peti­tes villes indus­triel­les, ces soulè­vements réus­sirent à l’éch­elle locale durant la grande rév­olte de 1873.

À Alcoy, par exem­ple, après que les ouvriers des usines de papier eurent été réprimés parce qu’ils lut­taient pour la journée de 8 heures, ils « s’emparèrent des usines et y mirent le feu, ils tuèrent le maire et défilèrent dans les rues en bran­dis­sant les têtes des poli­ciers qu’ils avaient tués (2) ». En Espagne, on assista à de nom­breu­ses insur­rec­tions dirigées par des anar­chis­tes avant celle qui rem­porta le plus grand succès, rép­ondit au coup d’Etat de juillet 1936 et faillit écraser les fas­cis­tes.

En Italie, en 1877, Malatesta, Costa et Cafiero se dirigèrent avec un groupe d’hommes armés vers deux vil­la­ges de Campanie. Une fois arrivés, ils mirent le feu aux regis­tres des impôts et pro­clamèrent la fin du règne du roi Victor Emmanuel ; mal­heu­reu­se­ment leur espoir de décl­encher une insur­rec­tion s’écr­oula et l’armée inter­vint rapi­de­ment. Bakounine avait déjà été impli­qué dans une ten­ta­tive de décl­encher une insur­rec­tion à Bologne en 1874.

Les limi­tes des insur­rec­tions

Parmi ces pre­mières ten­ta­ti­ves d’insur­rec­tion beau­coup subi­rent une sévère répr­ession éta­tique. En Espagne, le mou­ve­ment anar­chiste fut obligé de plon­ger dans la clan­des­ti­nité vers le milieu des années 1870. Cela condui­sit au dével­op­pement de la « pro­pa­gande par le fait » : cer­tains anar­chis­tes réa­girent à cette répr­ession en assas­si­nant des mem­bres de la classe diri­geante, y com­pris plu­sieurs rois et pré­sidents. À son tour, l’Etat inten­si­fia sa répr­ession. Après qu’un atten­tat à la bombe eut été commis, 400 per­son­nes furent arrêtées et condui­tes dans une tour à Barcelone en 1892 où elles furent tor­turées. On leur arra­cha les ongles ; on pendit les hommes par les pieds ; on leur écrasa et brûla les tes­ti­cu­les. Plusieurs décédèrent à la suite de ces tor­tu­res avant d’être jugés, et cinq furent exécutés au terme du procès.

Sur le plan théo­rique, l’erreur com­mise par les anar­chis­tes durant cette pér­iode fut de croire que les tra­vailleurs vou­laient par­tout se sou­le­ver et que tout ce que les grou­pes anar­chis­tes avaient à faire, c’était d’allu­mer la mèche qui allait décl­encher l’insur­rec­tion. Cette fai­blesse ne caracté­risait pas seu­le­ment l’anar­chisme – comme nous l’avons vu, elle tou­chait aussi le répub­li­can­isme radi­cal. Ce qui expli­que pour­quoi, par­fois, comme en Espagne et à Cuba, les anar­chis­tes et les répub­licains com­bat­ti­rent ensem­ble contre les forces de l’Etat. Dans d’autres pays, la gauche adopta aussi cette atti­tude ; ainsi, durant l’Insurrection de Pâques 1916, en Irlande, les syn­di­ca­lis­tes révo­luti­onn­aires et les natio­na­lis­tes conclu­rent une alliance.

Cependant l’appro­che orga­ni­sa­tion­nelle ori­gi­nelle des anar­chis­tes ras­sem­blés autour de Bakounine ne se limi­tait pas à tenter d’orga­ni­ser des insur­rec­tions, elle impli­quait aussi leur par­ti­ci­pa­tion aux luttes de masse des tra­vailleurs. Si cer­tains anar­chis­tes réa­girent, dans ces cir­cons­tan­ces, en dével­oppant l’idéo­logie de l’« illé­gal­isme », la majo­rité d’entre eux com­mencèrent à se tour­ner vers ces luttes de masse. En par­ti­cu­lier, ils entrèrent dans des syn­di­cats de masse ou contri­buèrent à les cons­truire sur une posi­tion syn­di­ca­liste révo­luti­onn­aire. Au début du XXe siècle, les anar­chis­tes par­ti­cipèrent à la cons­truc­tion – quand ils ne les cons­trui­si­rent pas eux-mêmes – de la plu­part des orga­ni­sa­tions syn­di­ca­lis­tes révo­luti­onn­aires qui allaient domi­ner la poli­ti­que révo­luti­onn­aire jusqu’à Octobre 1917. Très sou­vent, ces syn­di­cats furent eux-mêmes impli­qués dans des insur­rec­tions, comme en 1919, en Argentine et au Chili. Dans ce der­nier pays, les ouvriers chi­liens « s’emparèrent de la ville de Puerto Natales, en Patagonie, et la dirigèrent sous le dra­peau rouge et selon les prin­ci­pes anar­cho­syn­di­ca­lis­tes (3) ». Un peu plus tôt, en 1911, les anar­chis­tes mexi­cains du Partido Liberal Magonista, avec l’aide de mili­tants amé­ricains des Industrial Workers of the World « orga­nisèrent des bataillons (…) en Basse-Californie, et s’emparèrent de la ville de Mexicali et des envi­rons ».

Les insur­rec­tions et les anar­chis­tes com­mu­nis­tes

La tra­di­tion orga­ni­sa­tion­nelle anar­cho-com­mu­niste remonte à Bakounine et aux pre­miers docu­ments pro­gram­ma­ti­ques rédigés par le mou­ve­ment anar­chiste à ses débuts dans les années 1860. Mais ces idées en matière d’orga­ni­sa­tion ne furent pas développées de façon col­lec­tive avant les années 1920. Encore à cette époque, il y avait des indi­vi­dus et des grou­pes qui déf­endaient les prin­ci­pes de base de l’anar­cho-com­mu­nisme – l’enga­ge­ment dans la lutte de masse des tra­vailleurs et le besoin d’une orga­ni­sa­tion et d’une pro­pa­gande anar­chis­tes spé­ci­fiques.

En 1926, l’anar­chisme com­mu­niste cla­ri­fia ses posi­tions quand un groupe d’exilés révo­luti­onn­aires ana­lysèrent pour­quoi leurs efforts avaient échoué jusqu’ici. Cela abou­tit à la réd­action de la « Plateforme orga­ni­sa­tion­nelle des com­mu­nis­tes liber­tai­res » que nous avons déjà ana­lysée dans d’autres arti­cles.

Il convient de noter ici que, comme leurs pré­déc­esseurs des années 1860, ces grou­pes d’anar­chis­tes com­mu­nis­tes essayèrent de tirer les leçons de la par­ti­ci­pa­tion anar­chiste à différ­entes insur­rec­tions ainsi qu’à la révo­lution durant la pér­iode 1917-1921. Parmi eux figu­raient Nestor Makhno, figure clé d’une insur­rec­tion de masse dirigée par les anar­chis­tes en Ukraine occi­den­tale. L’Armée révo­luti­onn­aire insur­rec­tion­nelle d’Ukraine com­bat­tit les Austro-Hongrois, les pogro­mis­tes antisé­mites, différ­entes armées blan­ches et l’Armée rouge contrôlée par les bol­che­viks, durant ces années.

Ces « pla­te­for­mis­tes » (comme on allait les appe­ler plus tard) écri­virent : « Le prin­cipe d’asser­vis­se­ment des masses par la vio­lence cons­ti­tue la base de la société moderne. Toutes les mani­fes­ta­tions de son exis­tence – l’éco­nomie, la poli­ti­que, les rela­tions socia­les – repo­sent sur la vio­lence de classe dont les orga­nes de ser­vice sont, l’auto­rité, la police, l’armée, le tri­bu­nal. Tout dans cette société, chaque entre­prise prise isolément, de même que tout le système d’Etat, n’est que le rem­part du capi­ta­lisme où l’on a cons­tam­ment l’œil sur les tra­vailleurs, où l’on tient tou­jours prêtes les forces des­tinées à rép­rimer les tra­vailleurs menaçant les fon­de­ments ou même la tran­quillité de la société actuelle. En même temps, le système de cette société main­tient déli­bérément les masses labo­rieu­ses dans un état d’igno­rance et de sta­gna­tion men­tale : il empêche par la force le relè­vement de leur niveau moral et intel­lec­tuel, afin d’en avoir plus faci­le­ment raison. Les pro­grès de la société moderne, l’évo­lution tech­ni­que du capi­tal et le per­fec­tion­ne­ment de son système poli­ti­que for­ti­fient la puis­sance des clas­ses domi­nan­tes et ren­dent de plus en plus dif­fi­cile la lutte contre elles, fai­sant ainsi recu­ler le moment décisif de l’éman­ci­pation du tra­vail. L’ana­lyse de la société moderne nous amène à la conclu­sion qu’il n’y a que la voie de la révo­lution sociale vio­lente pour trans­for­mer la société capi­ta­liste en une société de tra­vailleurs libres (4). »

L’expéri­ence espa­gnole

Le pro­chain dével­op­pement de l’anar­chisme com­mu­niste concerna une fois de plus ceux qui se trou­vaient au centre de l’insur­rec­tion, cette fois le groupe des Amis de Durruti, actif à Barcelone durant l’insur­rec­tion de Mai 1937. Les « mem­bres et les sym­pa­thi­sants des Amis de Durruti étaient des cama­ra­des éminents du front de Gelsa (5) ».

Les Amis de Durruti com­pre­naient des mem­bres de la CNT mais étaient très cri­ti­ques par rap­port au rôle joué par ce syn­di­cat en 1936. « La CNT ne savait pas com­ment gérer ce rôle. Elle ne vou­lait pas pous­ser plus avant la révo­lution, avec toutes les conséqu­ences que cela sup­po­sait. Elle avait peur [de l’inter­ven­tion] des flot­tes étrangères (…). Est-ce qu’une révo­lution a pu triom­pher sans vain­cre d’innom­bra­bles dif­fi­cultés ? Est-ce qu’une seule révo­lution au monde, d’une cer­taine dimen­sion, a pu éviter une inter­ven­tion étrangère ? (…) On ne réussit jamais rien si l’on uti­lise la peur comme un trem­plin et qu’on se laisse enva­hir par la timi­dité. Seuls des hommes cou­ra­geux, résolus, peu­vent obte­nir de gran­des vic­toi­res. Les timi­des n’ont aucun droit à diri­ger les masses (…). La CNT aurait dû s’empa­rer du siège du conduc­teur, dans le pays, infli­ger un brutal coup de grâce à tout ce qui était dépassé et archaïque. Nous aurions ainsi gagné la guerre et sauvé la révo­lution. (…) Mais elle fit le contraire (….). Elle insuf­fla une bouffée d’oxygène à une bour­geoi­sie ter­ri­fiée et ané­mique (6). »

Dans plu­sieurs pays à tra­vers le monde, l’anar­chisme fut écrasé avant, pen­dant et après la Seconde Guerre mon­diale. Des anar­chis­tes par­ti­cipèrent à des mou­ve­ments de rés­ist­ance durant la guerre mais, après 1945, ils furent réprimés par le « com­mu­nisme » orien­tal ou la « démoc­ratie » occi­den­tale. En Uruguay, l’un des rares pays où un mou­ve­ment com­mu­niste anar­chiste impor­tant avait survécu, la FAU mena une lutte armée clan­des­tine contre la dic­ta­ture mili­taire à partir des années 1950. Les anar­cho­syn­di­ca­lis­tes cubains, en par­ti­cu­lier les ouvriers des usines de tabac, jouèrent un rôle signi­fi­ca­tif dans la révo­lution cubaine, mais ils furent réprimés par le nou­veau régime [cas­triste].

L’idéo­logie de l’insur­rec­tion­nisme

Il existe une longue tra­di­tion au sein de l’anar­chisme qui consiste à cons­truire des idéo­logies à partir d’une tac­ti­que. L’impli­ca­tion longue et pro­fonde des anar­chis­tes dans des insur­rec­tions a donné nais­sance, et cela n’a rien de sur­pre­nant, à l’idéo­logie anar­chiste de l’insur­rec­tion­nisme.

On trouve une autodé­fi­nition de l’insur­rec­tion­nisme dans un texte ita­lien de 1993 : « Nous considérons que la forme de lutte plus adaptée à l’état du conflit de classe actuel dans pra­ti­que­ment toutes les situa­tions est la forme insur­rec­tion­nelle, et c’est par­ti­cu­liè­rement le cas dans la zone médit­erra­néenne. Par pra­ti­que insur­rec­tion­nelle nous enten­dons l’acti­vité révo­luti­onn­aire qui entend pren­dre l’ini­tia­tive dans la lutte et ne se limite pas à atten­dre ou à définir des rép­onses déf­en­sives aux atta­ques par les struc­tu­res du pou­voir. Les insur­rec­tion­nis­tes ne sou­tien­nent pas les pra­ti­ques quan­ti­ta­ti­ves typi­ques qui consis­tent à atten­dre, par exem­ple, des pro­jets numé­riq­uement signi­fi­ca­tifs avant d’inter­ve­nir dans les luttes, et qui durant cette pér­iode d’attente se limi­tent au prosé­lyt­isme et à la pro­pa­gande, ou à une contre-infor­ma­tion sté­rile car elle ne sert à rien (7). »

En tant qu’idéo­logie, l’insur­rec­tion­nisme a pris nais­sance dans les condi­tions par­ti­cu­lières de l’après-guerre en Italie et en Grèce. Vers la fin de la Seconde Guerre mon­diale, il exis­tait de véri­tables pos­si­bi­lités révo­luti­onn­aires dans ces deux pays. Dans beau­coup d’endroits, les fas­cis­tes furent chassés par des par­ti­sans de gauche avant l’arrivée des armées alliées. Mais, en raison des accords de Yalta, Staline ordonna à la gauche offi­cielle révo­luti­onn­aire du Parti com­mu­niste de conte­nir la lutte. Résultat, la Grèce allait subir des déc­ennies de dic­ta­ture mili­taire tandis qu’en Italie le Parti com­mu­niste conti­nua à limi­ter les luttes. L’insur­rec­tion­nisme fut l’une des nom­breu­ses idéo­logies socia­lis­tes nou­vel­les qui appa­ru­rent pour faire face à ces condi­tions par­ti­cu­lières. Cependant, le dével­op­pement de l’insur­rec­tion­nisme dans ces pays dép­asse le cadre de cet arti­cle. Nous nous intér­es­serons ici au dével­op­pement d’une idéo­logie insur­rec­tion­niste dans le monde anglo­phone.

L’insur­rec­tion­nisme et le monde anglo­phone

Un insur­rec­tion­niste a décrit la façon ces idées se sont rép­andues à partir de l’Italie : « L’anar­chisme insur­rec­tion­niste s’est développé dans le mou­ve­ment anar­chiste anglo­phone à partir des années 1980, grâce aux tra­duc­tions et aux écrits de Jean Weir dans sa maison d’éditions Elephant Editions et sa revue Insurrection. (…) À Vancouver, au Canada, des cama­ra­des locaux engagés dans la Croix Noire anar­chiste, le centre social local et dans les revues No Picnic et Endless Struggle ont été influencés par les pro­jets de Jean, et cela a contri­bué à dével­opper cons­tam­ment la pra­ti­que des anar­chis­tes insur­rec­tion­nis­tes dans cette région (…). La publi­ca­tion anar­chiste Demolition Derby à Montréal a aussi donné des infor­ma­tions sur le mou­ve­ment anar­chiste insur­rec­tion­niste jusqu’à aujourd’hui (8). »

Cet insur­rec­tion­nisme allait appa­raître comme une ten­dance spé­ci­fique dans l’anar­chisme anglo­phone à un moment précis, et ce n’est pas une sur­prise pour nous. Les contre-som­mets inter­na­tio­naux ont donné une impul­sion mas­sive à l’anar­chisme en partie grâce à la forte visi­bi­lité de la tac­ti­que des Black Blocs et assi­milés. Après le contre-sommet de Prague en 2000, l’Etat a appris à réd­uire considé­rab­lement l’effi­ca­cité de ce type de tac­ti­que. Peu après la dés­astr­euse expéri­ence de Gênes et le contrôle réussi d’un cer­tain nombre de blocs aux Etats-Unis, une dis­cus­sion s’est engagée : cer­tains prônaient un mili­tan­tisme plus grand et une orga­ni­sa­tion plus clan­des­tine, tandis que d’autres pré­co­nisaient de se déto­urner du spec­ta­cle des contre-som­mets.

En même temps, de nom­breux jeunes qui déc­ouvraient l’anar­chisme pour la pre­mière fois ont sou­vent cru, à tort, que l’image mili­tante qui avait tout d’abord attiré leur atten­tion dans les jour­naux télévisés étaient le pro­duit des acti­vités des insur­rec­tion­nis­tes. En fait, toutes sortes d’anar­chis­tes prônant la lutte des clas­ses, y com­pris des anar­chis­tes com­mu­nis­tes et des syn­di­ca­lis­tes, avaient par­ti­cipé à des acti­vités du type black blocs lors des contre-som­mets. Comme ces mili­tants pen­sent que de véri­tables insur­rec­tions joue­ront un rôle dans l’avè­nement d’une société anar­chiste, il n’est pas étonnant qu’ils s’impli­quent dans de petits com­bats de rues, quand cette tac­ti­que leur semble avoir un sens. Lors du contre-sommet de Gênes, il est apparu que l’Etat avait considé­rab­lement haussé le niveau de la répr­ession. Les anar­chis­tes-com­mu­nis­tes se mirent donc à dis­cu­ter pour savoir si une tac­ti­que avait un avenir, et ce débat se dér­oula dans les colon­nes de cette revue et d’autres publi­ca­tions.

Les idées de base de l’insur­rec­tion­nisme

Commençons par écarter quel­ques mythes à propos de l’insur­rec­tion­nisme. L’insur­rec­tion­nisme ne se limite pas à la lutte armée, même s’il peut inclure la lutte armée ; en effet, la plu­part des insur­rec­tion­nis­tes cri­ti­quent l’élit­isme des avant-gardes qui pra­ti­quent la lutte armée. Leur étiqu­ette ne signi­fie pas non plus qu’ils pas­sent leur temps à pré­parer de véri­tables insur­rec­tions : la plu­part des insur­rec­tion­nis­tes sont assez intel­li­gents pour com­pren­dre que ce pro­gramme maxi­mum n’est pas tou­jours pos­si­ble, même s’ils n’hésitent pas à condam­ner les autres anar­chis­tes parce qu’ils atten­dent [le Grand Soir].

Qu’est-ce donc que l’insur­rec­tion­nisme ?

Le groupe « Do or Die 10 » a publié une intro­duc­tion (9) utile sous le titre : « L’anar­chie insur­rec­tion­nelle : s’orga­ni­ser pour l’atta­que » (10). Je cite­rai plu­sieurs fois cet arti­cle dans les para­gra­phes qui sui­vent.

Le concept d’« atta­que » se trouve au cœur de l’idéo­logie insur­rec­tion­niste : « L’atta­que est le refus de la méd­iation, de la paci­fi­ca­tion, du sacri­fice, des accom­mo­de­ments et des com­pro­mis dans la lutte. C’est en agis­sant et en appre­nant à agir, pas en fai­sant de la pro­pa­gande, que nous ouvri­rons la voie à l’insur­rec­tion, même si bien sûr l’ana­lyse et la dis­cus­sion ont un rôle à jouer et ser­vent à cla­ri­fier les façons d’agir. Attendre apprend uni­que­ment à atten­dre : agir apprend à agir. »

Cet essai s’ins­pire d’un cer­tain nombre de textes insur­rec­tion­nis­tes antérieurs comme « At Daggers Drawn » (À cou­teaux tirés) pour qui : « La force d’une insur­rec­tion est sociale, et non mili­taire. La rév­olte géné­ralisée ne se mesure pas par l’affron­te­ment armée mais par l’étendue de la para­ly­sie de l’éco­nomie, la prise en main des lieux de pro­duc­tion et de dis­tri­bu­tion, la dis­tri­bu­tion gra­tuite de biens qui détruit tous les cal­culs (…). Aucun groupe de guér­illa, quel que soit son effi­ca­cité, ne peut pren­dre la place de ce mou­ve­ment gran­diose de des­truc­tion et de trans­for­ma­tion (11). »

La notion insur­rec­tion­niste d’atta­que ne se fonde pas sur une avant-garde qui assume la libé­ration de la classe ouvrière. Les insur­rec­tion­nis­tes savent « que le système ne craint pas les actes de sabo­tage en eux-mêmes, mais leur exten­sion sociale (12) ». Autrement dit, les actions direc­tes d’un petit groupe ne peu­vent avoir du succès que si elles sont repri­ses par la classe ouvrière. C’est une façon beau­coup plus utile de dis­cu­ter de l’action directe. Habituellement le débat oppose les par­ti­sans des « com­man­dos d’action directe » les plus spec­ta­cu­lai­res, qui ana­ly­sent leurs actions en elles-mêmes, aux orga­ni­sa­tions qui refu­sent d’aller au-delà de la pro­pa­gande pour l’action de masse ; et qui trop fréqu­emment se conten­tent de dén­oncer le caractère « élit­iste » des actions des petits grou­pes.

Emeutes et lutte de classe

Les insur­rec­tion­nis­tes reconnais­sent sou­vent la lutte de classe alors que la gauche réf­orm­iste refuse de le faire. C’est ainsi qu’au début des années 1980, Jean Weir obser­vait que « Les luttes qui se décl­enchent dans les ghet­tos des cen­tres villes sont sou­vent inter­prétées à tort comme des vio­len­ces absur­des. Les jeunes qui lut­tent contre l’exclu­sion et l’ennui sont des éléments avancés de l’affron­te­ment de classe. Les murs du ghetto doi­vent être détruits, et non entourés de nou­vel­les clôtures (13). »

L’idée que de telles actions doi­vent être repri­ses par la classe ouvrière est aussi considérée par les insur­rec­tion­nis­tes comme une rép­onse impor­tante à l’argu­ment selon lequel l’Etat peut sim­ple­ment rép­rimer de petits grou­pes. « Il est matéri­el­lement impos­si­ble à l’Etat et au Capital de poli­cer tout le ter­rain social (14). »

Comme on peut l’ima­gi­ner, les désirs indi­vi­duels sont cen­traux pour l’insur­rec­tion­nisme, mais ils n’ont rien à voir avec l’indi­vi­dua­lisme gros­sier de la « droite liber­taire ». « Le désir d’une autodét­er­mi­nation et d’une autoréa­li­sation indi­vi­duelle conduit à la néc­essité d’une ana­lyse de classe et de la lutte de classe (15). »

La théorie insur­rec­tion­niste, telle que nous l’avons exposée jusqu’ici, ne pose pas de pro­blèmes graves aux anar­chis­tes com­mu­nis­tes. Au niveau théo­rique, les pro­blèmes sur­gis­sent à propos de l’idéo­logie orga­ni­sa­tion­nelle que les insur­rec­tion­nis­tes ont cons­truite en même temps que leurs autres pro­po­si­tions. Une grande partie a été cons­truite comme une cri­ti­que idéo­lo­gique dirigée contre le reste du mou­ve­ment anar­chiste.

L’« orga­ni­sa­teur »

La cri­ti­que insur­rec­tion­niste de l’« orga­ni­sa­teur » cons­ti­tue certes une mise en garde utile contre les dan­gers d’une telle fonc­tion. Mais elle s’est trans­formée en une posi­tion idéo­lo­gique qui prés­ente de tels dan­gers comme iné­vi­tables. « La fonc­tion de l’« orga­ni­sa­teur » est de trans­for­mer la mul­ti­tude en une masse contrô­lable et de représ­enter cette masse devant les médias ou les ins­ti­tu­tions éta­tiques » ; « Pour l’orga­ni­sa­teur (…) l’action réelle passe loin der­rière l’entre­tien de l’image méd­ia­tique ».

La plu­part d’entre nous connais­sent des cam­pa­gnes de la gauche, menées par tel ou tel parti, au cours les­quel­les cette ana­lyse s’est vérifiée. Mais notre expéri­ence nous ensei­gne que cela n’a rien d’iné­vi­table. Il est tout à fait pos­si­ble que des indi­vi­dus aident à l’orga­ni­sa­tion d’une lutte sans que cela se pro­duise. Un cama­rade a plus de temps dis­po­ni­ble que tous les autres, il se charge donc d’un cer­tain nombre de tâches qui doi­vent être faites – devient-il un « orga­ni­sa­teur » ?

Le pro­blème avec cette inter­dic­tion appa­rente des « orga­ni­sa­teurs » c’est qu’il empêche d’ana­ly­ser pour­quoi ces pro­blèmes se posent et donc com­ment on pour­rait les empêcher de sur­ve­nir.

En ce qui concerne les rela­tions avec les médias, ce n’est pas com­pli­qué. Toute per­sonne qui a un contact avec les médias, au cours d’une lutte contro­versée, sera bom­bardée de ques­tions sur la pos­si­bi­lité d’actions vio­len­tes – pour les médias ce genre d’infos sont très « chau­des ». S’ils obtien­nent ce type d’infos jour après jour, semaine après semaine, alors les jour­na­lis­tes fini­ront par essayer de faç­onner la lutte de façon à ce qu’elle suive l’agenda des médias.

La solu­tion est simple. Ce pro­blème surgit parce que la gauche tend à se doter d’un « diri­geant » qui s’occupe à la fois de l’orga­ni­sa­tion d’une mani­fes­ta­tion, par exem­ple, et des contacts avec les médias pour cet évé­nement. Notre expéri­ence nous a appris que si l’on sépare les deux rôles, et que les « orga­ni­sa­teurs » de l’action en ques­tion ne sont pas les mêmes que ceux qui par­lent aux médias, le pro­blème peut être réduit voire éliminé. Les véri­tables « orga­ni­sa­teurs » sont isolés des médias mais infor­ment régul­ièrement celui ou celle qui sert de porte-parole vis-à-vis des médias. Et le porte-parole n’a pas son mot à dire sur l’orga­ni­sa­tion de la mani­fes­ta­tion.

Les médias et l’opi­nion publi­que

Voilà com­ment les insur­rec­tion­nis­tes déc­rivent les médias : « Un avis par­ti­cu­lier n’est pas quel­que chose que l’on recueille d’abord parmi des per­son­nes inter­viewées, et qui est ensuite dif­fusé dans les médias, comme la simple expres­sion de l’opi­nion publi­que. Cet avis existe d’abord dans les médias. Ensuite, les médias le repro­dui­sent un mil­lion de fois jusqu’à le rat­ta­cher à un cer­tain de per­son­nes (les conser­va­teurs pen­sent X, les libéraux ou les gens de gauche pen­sent Y). L’opi­nion publi­que est pro­duite comme une série de choix ou de solu­tions sim­ples (“Je suis favo­ra­ble à la mon­dia­li­sa­tion et au libre éch­ange” ou “Je suis pour davan­tage de pro­tec­tion­nisme et de contrôle des fron­tières”). Nous sommes tous censés choi­sir, comme nous choi­sis­sons nos diri­geants ou nos ham­bur­gers – au lieu de penser par nous-mêmes. »

Ce rai­son­ne­ment semble solide, et il contient une bonne dose de vérité. Mais cette ana­lyse glo­bale obs­cur­cit de nou­veau un débat sur la façon dont ces pro­blèmes peu­vent être sur­montés. Tant que nous ne dis­po­sons pas de nos pro­pres médias alter­na­tifs – et, dans ce cas, cer­tains des pro­blèmes ci-dessus décrits se mani­fes­te­ront aussi – nous serions fous de ne pas uti­li­ser les médias à tra­vers les­quels nous pour­rions tou­cher les mil­lions de per­son­nes dont nous sommes coupés par notre manque de res­sour­ces.

Et s’il est vrai que les médias aiment à sim­pli­fier l’his­toire en la réd­uisant à des choix binai­res, cela ne signi­fie pas que toute per­sonne qui reçoit des infor­ma­tions des médias accepte cette divi­sion. Beaucoup de gens, sinon la quasi-tota­lité, com­pren­nent que les médias déf­orment la réalité et ils ont ten­dance à ne pas accep­ter ces divi­sions binai­res.

En atten­dant la révo­lution ?

Les insur­rec­tion­nis­tes nous disent que la gauche en général et le reste du mou­ve­ment anar­chiste en par­ti­cu­lier prônent « une cri­ti­que de la sépa­ration et de la représ­en­tation qui jus­ti­fie d’atten­dre et accepte le rôle du cri­ti­que. Sous prét­exte de ne pas se séparer du “mou­ve­ment social”, on finit par dén­oncer toute pra­ti­que de l’atta­que comme une “fuite en avant” ou une simple “pro­pa­gande parlée”. Une fois de plus, les révo­luti­onn­aires sont appelés à “dém­asquer” les condi­tions réelles des exploités, cette fois, par leur inac­tion même. Aucune rév­olte n’est donc pos­si­ble en dehors d’un mou­ve­ment social visi­ble. Donc, celui qui agit doit néc­ess­ai­rement vou­loir pren­dre la place du prolé­tariat. Le seul patri­moine à déf­endre devient la “cri­ti­que radi­cale”, la “luci­dité révo­luti­onn­aire”. La vie est misé­rable, donc on ne peut rien faire d’autre que de théo­riser la misère (16). »

Nous décelons ici la prin­ci­pale fai­blesse de l’insur­rec­tion­nisme – son manque de débat sérieux avec d’autres ten­dan­ces anar­chis­tes. Les insur­rec­tion­nis­tes veu­lent nous faire croire que tous les autres cou­rants révo­luti­onn­aires, y com­pris les autres ten­dan­ces anar­chis­tes, seraient par­ti­sans d’atten­dre et de prêcher à propos des méfaits du capi­ta­lisme plutôt que d’agir. Il existe quel­ques grou­pes aux­quels s’appli­que cette cri­ti­que, mais en réalité, même parmi les orga­ni­sa­tions non anar­chis­tes du mou­ve­ment révo­luti­onn­aire, la plu­part des mili­tants s’enga­gent éga­lement dans des formes d’action directe, quand ils pen­sent que cela a un sens du point de vue tac­ti­que. En réalité, c’est aussi ce que pen­sent les insur­rec­tion­nis­tes eux-mêmes ; comme tout le monde, ils reconnais­sent la néc­essité d’atten­dre jusqu’à ce qu’ils pen­sent que le moment est venu. Ils reconnais­sent que ce n’est pas demain que l’on pren­dra d’assaut la Maison Blanche.

La cri­ti­que de l’orga­ni­sa­tion

L’idéo­logie de l’insur­rec­tion­nisme est aussi ban­cale en ce qui concerne la ques­tion de l’orga­ni­sa­tion. Elle se déc­lare opposée à l’« orga­ni­sa­tion for­melle » et à l’« orga­ni­sa­tion infor­melle ». Souvent, leurs expli­ca­tions ne sont pas clai­res, car il semble que l’expres­sion « orga­ni­sa­tion for­melle » désigne tout ce qui marche mal dans une orga­ni­sa­tion.

Les insur­rec­tion­nis­tes ten­tent de définir l’orga­ni­sa­tion for­melle comme « des orga­ni­sa­tions per­ma­nen­tes [qui] font la syn­thèse de toutes les luttes au sein d’une seule orga­ni­sa­tion, et qui ser­vent de méd­iateurs des luttes avec les ins­ti­tu­tions de la domi­na­tion. Les orga­ni­sa­tions per­ma­nen­tes ten­dent à se trans­for­mer en ins­ti­tu­tions qui se dres­sent au-dessus de la mul­ti­tude. Elles ten­dent à créer une hiér­archie, for­melle ou infor­melle, et à priver de pou­voir la mul­ti­tude (…). La cons­ti­tu­tion hiér­arc­hique de rela­tions de pou­voir sup­prime la pos­si­bi­lité de décider au moment où cette mesure est néc­ess­aire et attri­buée à un comité quel­conque au sein de l’orga­ni­sa­tion (...). Les orga­ni­sa­tions per­ma­nen­tes ont ten­dance à pren­dre des décisions qui ne sont pas fondés sur une action ou un but précis, mais sur les besoins de cette orga­ni­sa­tion, en par­ti­cu­lier sa prés­er­vation. L’orga­ni­sa­tion devient une fin en soi. »

Bien que ce soit une assez bonne cri­ti­que des formes d’orga­ni­sa­tion lénin­istes ou social-démoc­rates, cela ne s’appli­que pas vrai­ment aux formes d’orga­ni­sa­tion anar­chis­tes – en par­ti­cu­lier aux orga­ni­sa­tions anar­cho-com­mu­nis­tes. Ces der­nières ne cher­chent pas, par exem­ple, à « établir une syn­thèse de toutes les luttes au sein d’une seule orga­ni­sa­tion ». Au contraire nous pen­sons que l’orga­ni­sa­tion spé­ci­fique anar­chiste doit inter­ve­nir dans les luttes de la classe ouvrière, et que ces luttes doi­vent être autogérées par la classe – et non gérées par une orga­ni­sa­tion, qu’elle soit anar­chiste ou pas.

Solutions aux pro­blèmes de l’orga­ni­sa­tion

Loin de dével­opper une hiér­archie, non seu­le­ment nos règles inter­nes inter­di­sent la hiér­archie for­melle, mais elles contien­nent des dis­po­si­tions visant éga­lement à empêcher le dével­op­pement d’une hiér­archie infor­melle. Par exem­ple, un pou­voir infor­mel considé­rable peut échoir à quelqu’un qui est le seul capa­ble d’effec­tuer une tâche par­ti­cu­lière et qui par­vient à tenir ce rôle depuis de nom­breu­ses années. Ainsi, le règ­lement interne du Workers Socialist Movement affirme qu’aucun membre ne peut occu­per un poste, quel qu’il soit, plus de trois ans. Passé ce délai, il doit dém­issi­onner.

Ces types de mécan­ismes for­mels pour pré­venir le dével­op­pement d’une hiér­archie infor­melle sont fréquents dans les orga­ni­sa­tions anar­chis­tes-com­mu­nis­tes. En fait, il s’agit d’un exem­ple où l’orga­ni­sa­tion for­melle offre une plus grande pro­tec­tion contre la hiér­archie ; notre mét­hode for­melle d’orga­ni­sa­tion nous permet éga­lement d’accep­ter des règles pour pré­venir le dével­op­pement d’une hiér­archie infor­melle. L’insur­rec­tion­nisme n’a pas su éla­borer une cri­ti­que séri­euse de la hiér­archie infor­melle, mais, comme toute per­sonne active dans le mou­ve­ment anar­chiste dans le monde anglo­saxon le sait, puisqu’il n’existe pas d’orga­ni­sa­tion for­melle de taille impor­tante, les pro­blèmes de hiér­archie au sein du mou­ve­ment sont le plus sou­vent des pro­blèmes de hiér­archie infor­melle.

Si vous écartez tout ce qui peut mal fonc­tion­ner dans une orga­ni­sa­tion, alors le concept d’orga­ni­sa­tion « for­melle » se résume à la prés­ence conti­nue d’un groupe qui per­dure entre les luttes et se nour­rit des luttes. Bien que, ici aussi, la dis­tinc­tion soit brouillée parce que les insur­rec­tion­nis­tes considèrent que, par­fois, une orga­ni­sa­tion infor­melle peut être impli­quée dans plus d’une lutte ou passer d’une lutte à l’autre.

D’un point de vue anar­chiste com­mu­niste, la prin­ci­pale fonc­tion d’une orga­ni­sa­tion est d’aider à créer une com­mu­ni­ca­tion, un objec­tif commun et une unité à tra­vers et entre les luttes. Cela ne signi­fie pas que toutes les luttes doi­vent être for­mel­le­ment enfermées dans le cadre d’un seul pro­gramme et mises sous la coupe d’un groupe de diri­geants. Mais, dans un sens infor­mel, l’orga­ni­sa­tion anar­chiste com­mu­niste agit comme un canal de com­mu­ni­ca­tion, de cir­cu­la­tion et de débat entre les luttes, canal qui permet d’accroître la com­mu­ni­ca­tion et aug­mente les chan­ces de vic­toire.

La pro­po­si­tion insur­rec­tion­niste – l’orga­ni­sa­tion infor­melle

Le mode d’orga­ni­sa­tion déf­endu par les insur­rec­tion­nis­tes est guidé par le prin­cipe selon « L’orga­ni­sa­tion la plus mini­male pos­si­ble néc­ess­aire pour attein­dre nos buts est tou­jours la meilleure solu­tion pour maxi­mi­ser nos efforts. » Ce qui signi­fie créer des petits grou­pes de cama­ra­des qui se connais­sent bien et dis­po­sent de beau­coup de temps à passer les uns avec les autres afin de dis­cu­ter des pro­blèmes et décider d’actions – en clair, des grou­pes d’affi­nités.

On nous dit que « avoir une affi­nité avec des cama­ra­des signi­fie les connaître, avoir appro­fondi la connais­sance que l’on a d’eux. Au fur et à mesure que cette connais­sance se dével­oppe, l’affi­nité peut aug­men­ter au point de rendre pos­si­ble une action com­mune (17) ».

Bien sûr, les insur­rec­tion­nis­tes savent que les petits grou­pes sont sou­vent trop petits pour attein­dre un objec­tif tout seuls, dans ce cas, ils affir­ment que ces grou­pes peu­vent se fédérer tem­po­rai­re­ment pour cet objec­tif spé­ci­fique.

Il y a même eu des ten­ta­ti­ves d’étendre cette appro­che à l’éch­elle inter­na­tio­nale.

« L’Internationale insur­rec­tion­niste anti-auto­ri­taire est des­tinée à être une orga­ni­sa­tion infor­melle (...). [Elle] est donc fondée sur un appro­fon­dis­se­ment pro­gres­sif de la connais­sance récip­roque entre tous ses adhérents (...). À cette fin, tous ceux qui y adhèrent doi­vent lui faire par­ve­nir la docu­men­ta­tion qu’ils esti­ment néc­ess­aires pour faire connaître leur acti­vité... au groupe à l’ori­gine de cette ini­tia­tive (18) ».

Les noyaux auto­no­mes de base

Il est évident que le succès d’une révo­lution liber­taire exige que la masse de la popu­la­tion soit orga­nisée. Les insur­rec­tion­nis­tes le reconnais­sent et ils ont tenté de cons­truire des modèles d’orga­ni­sa­tion de masse en har­mo­nie avec leurs prin­ci­pes idéo­lo­giques. Les noyaux auto­no­mes de base, comme ils les appel­lent, s’ins­pi­raient à l’ori­gine du Mouvement auto­nome des che­mi­nots de Turin et des ligues autogérées qui lut­taient contre l’ins­tal­la­tion d’une base de mis­si­les de croi­sière à Comiso.

Dans La Tension anar­chiste Alfredo Bonanno décrit ainsi l’expéri­ence de Comiso : « Un modèle théo­rique de ce type a été uti­lisé dans une ten­ta­tive d’empêcher la cons­truc­tion d’une base de mis­si­les amé­ricains à Comiso au début des années 80. Les anar­chis­tes qui sont inter­ve­nus pen­dant deux ans ont cons­truit des “ligues auto-gérées” (19) ». « Ces grou­pes ne doi­vent pas être com­posés seu­le­ment d’anar­chis­tes. Toute per­sonne qui entend se battre pour des objec­tifs donnés, même limités, peut par­ti­ci­per pour autant qu’elle tient compte d’un cer­tain nombre de condi­tions essen­tiel­les. Tout d’abord qu’un « conflit per­ma­nent » caracté­rise les grou­pes qui s’atta­quent à la réalité dans laquelle ils se trou­vent, sans atten­dre les ordres de qui que ce soit. Ensuite, ils sont « auto­no­mes », c’est-à-dire qu’il ne dép­endent pas des partis poli­ti­ques ou des orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les, et n’entre­tien­nent pas de rela­tions avec eux. Enfin, ils affron­tent les pro­blèmes un par un et ne pro­po­sent pas de plates-formes glo­ba­les de reven­di­ca­tions qui iné­vi­tab­lement abou­tis­sent à la création d’une admi­nis­tra­tion qu’il s’agisse d’un mini-parti ou d’un petit syn­di­cat alter­na­tif (20) ».

Bien qu’elles se disent « autogérées » ces ligues res­sem­blent fort aux orga­ni­sa­tions de façade uti­lisées par de nom­breu­ses orga­ni­sa­tions lénin­istes pour relier et contrôler les luttes socia­les. Pourquoi ? Eh bien, parce que la défi­nition ci-dessus cor­res­pond à celle d’une orga­ni­sa­tion qui, tout en cher­chant à orga­ni­ser les masses, le fait selon une ligne définie par les grou­pes infor­mels d’anar­chis­tes. Si elles étaient vrai­ment autogérées, ces ligues ne défi­niraient-elles pas elles-mêmes leur mode de fonc­tion­ne­ment et les ques­tions sur les­quel­les elles veu­lent lutter ? Et, com­ment se fait-il que, dès le début, ces ligues autogérées excluent non seu­le­ment toutes les autres orga­ni­sa­tions concur­ren­tes, mais se refu­sent même à entre­te­nir des rela­tions avec les partis poli­ti­ques ou les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les ? Encore une fois, toute véri­table lutte autogérée doit décider elle-ême avec qui elle doit avoir, ou ne pas avoir, des rela­tions et pas sim­ple­ment suivre le diktat d’une mino­rité idéo­lo­gique orga­nisée.

Un autre insur­rec­tion­niste, O.V., a défini les ligues comme « l’élément reliant l’orga­ni­sa­tion anar­chiste infor­melle spé­ci­fique aux luttes socia­les » et considère que « Ces atta­ques sont orga­nisées par les noyaux en col­la­bo­ra­tion avec des struc­tu­res anar­chis­tes spé­ci­fiques qui four­nis­sent un sou­tien théo­rique et pra­ti­que, recher­chent des moyens néc­ess­aires pour l’action en iden­ti­fiant les struc­tu­res et les per­son­nes res­pon­sa­bles de la répr­ession, et en offrant un mini­mum de déf­ense contre les ten­ta­ti­ves de récu­pération poli­ti­que ou idéo­lo­gique par le pou­voir ou contre la répr­ession pure et simple (21). »

Cette posi­tion est encore pire – les struc­tu­res anar­chis­tes spé­ci­fiques se voient ici accor­der le rôle de pren­dre pres­que chaque décision impor­tante à la place de la ligue. Toute prét­ention à l’auto­ges­tion devient alors absurde et une telle « ligue autogérée » ne peut que se trans­for­mer en une créa­ture mani­pulée par des cadres révo­luti­onn­aires auto-sél­ectionnés censés être capa­ble com­pren­dre des pro­blèmes que les autres mem­bres ne peu­vent pas maît­riser. Cela semble tel­le­ment contra­dic­toire avec ce qu’écrivent par ailleurs les insur­rec­tion­nis­tes que nous allons arrêter là notre polé­mique et pren­dre le temps de nous deman­der pour­quoi ils se retrou­vent avec une telle posi­tion.

La ques­tion des accords

La raison tient dans le fait qu’une action com­mune exige évid­emment un cer­tain niveau d’accord commun. L’appro­che insur­rec­tion­niste de ce pro­blème est assez dif­fi­cile à saisir et c’est la raison pour laquelle ces étr­anges contra­dic­tions se mani­fes­tent dans les ligues autogérées qu’ils pré­co­nisent. Le pro­blème est que la conclu­sion d’un accord requiert la prise de décisions et que, si ces décisions sont l’objet d’une dis­cus­sion, il est pos­si­ble qu’une décision prise par la majo­rité soit considérée comme erronée par le groupe infor­mel.

L’arti­cle de Do or Die tente d’écarter ce pro­blème évident de la façon sui­vante : « L’auto­no­mie permet de pren­dre des décisions quand elles sont néc­ess­aires, au lieu qu’elles soient pré-dét­erminées ou retardées par la décision d’un comité ou d’une réunion. Cela ne veut pas dire tou­te­fois que nous ne devrions pas réfléchir à l’avenir de manière straté­gique et conclure des accords ou éla­borer des plans. Au contraire, les plans et les accords sont utiles et impor­tants. Mais il faut sou­li­gner l’impor­tance de la sou­plesse qui permet aux gens de reje­ter les plans lorsqu’ils devien­nent inu­ti­les. Les plans devraient s’adap­ter aux évé­nements au cours de leur dér­ou­lement. »

Ce rai­son­ne­ment pose plus de ques­tions qu’il n’apporte de rép­onses – com­ment peut-on éla­borer un plan, sans pré­dét­er­miner quel­que chose ? Si un groupe de per­son­nes « pen­sent à l’avenir de manière straté­gique » ce groupe n’est-il pas de fait un « comité ou une réunion », même s’il choi­sit de ne pas uti­li­ser ce nom ? Et qui défend des plans qui ne peu­vent pas « s’adap­ter aux évé­nements au cours de leur dér­ou­lement » ?

D’un point de vue anar­chiste-com­mu­niste, la réflexion straté­gique sur l’avenir consiste à uti­li­ser cette réflexion pour dres­ser des plans pour l’avenir. Elaborer des plans sup­pose de pren­dre des décisions à l’avance ; de les pré­dét­er­miner au moins en partie. Et les plans devraient être faits et adoptés suite à une dis­cus­sion for­melle, ce qui sup­pose des réunions voire la cons­ti­tu­tion d’un comité qui se réu­nira. Pourquoi nier tout cela ?

Négociation

À l’instar des anar­cho-syn­di­ca­lis­tes les plus idéo­lo­giques, les insur­rec­tion­nis­tes déf­endent une posi­tion idéo­lo­gique hos­tile aux négoc­iations. « Les com­pro­mis ne font que ren­for­cer l’État et le Capital », nous dit-on. Mais ceci est un slogan qui ne fonc­tionne que si vous êtes un petit groupe sans influence sur la lutte. En dehors d’une révo­lution, il est rare de gagner un combat sur toute la ligne ; si nos idées sont enten­dues, nous serons sans cesse confrontés à un choix : négocier une vic­toire limitée ou subir une déf­aite sévère parce que nous aurons conseillé de lutter pour un objec­tif dont nous savons qu’il ne peut être gagné. Notre objec­tif est quand même de gagner tout ce qui est pos­si­ble, pas de lutter jusqu’à une déf­aite glo­rieuse, non ?

Apparemment ce n’est pas le cas de cer­tains insur­rec­tion­nis­tes puis­que l’un d’eux décrit de façon favo­ra­ble la situa­tion sui­vante : « Les tra­vailleurs qui, au cours d’une grève sau­vage, bran­dis­saient une ban­nière disant : “Nous ne deman­dons rien ” com­pre­naient que la déf­aite est dans la reven­di­ca­tion elle-même » (22). Une telle réflexion n’a de sens que lors­que les tra­vailleurs concernés sont déjà révo­luti­onn­aires. S’il s’agit d’une lutte sociale pour, disons, une réd­uction de loyer ou une aug­men­ta­tion des salai­res, une telle ban­de­role est une insulte pour les besoins de ceux qui lut­tent.

En dehors d’une révo­lution, la ques­tion ne devrait pas être de savoir s’il faut ou non négocier, mais plutôt qui négocie, avec quel mandat et quel­les sont les procé­dures néc­ess­aires avant qu’un accord puisse être conclu. Mais bien sûr, si l’on évite d’abor­der ces ques­tions, alors le vide sera rempli par des auto­ri­tai­res qui seront contents de négocier selon leur concep­tion et d’une manière qui mini­mise leurs res­pon­sa­bi­lités.

La répr­ession et le débat

Sans entrer dans les détails de chaque contro­verse, l’un des pro­blèmes majeurs qui se posent dans les pays où les insur­rec­tion­nis­tes met­tent leurs paro­les en pra­ti­que est sou­vent que leurs actions n’ont que peu de rés­ultats, à part de four­nir une excuse pour la répr­ession éta­tique et d’isoler du mou­ve­ment social tous les anar­chis­tes, et pas seu­le­ment ceux qui ont par­ti­ci­pent à ces actions.

Les insur­rec­tion­nis­tes affir­ment être prêts à déb­attre de ques­tions tac­ti­ques, mais la réalité de la répr­ession éta­tique, en pra­ti­que, signi­fie que toute cri­ti­que de leurs actions est présentée comme pre­nant le parti de l’État. Il y a 30 ans, Bonanno affir­mait déjà que tous ceux qui pen­saient que de telles actions étaient pré­maturées ou contre-pro­duc­ti­ves pre­naient le parti de l’Etat. Ainsi il écrit dans La Joie armée : « Lorsque cer­tains disent que le moment n’est pas mûr pour une atta­que armée contre l’État, ils ouvrent les portes de l’asile psy­chia­tri­que pour les cama­ra­des qui mènent ces atta­ques ; quand ils affir­ment que le temps de la révo­lution n’est pas encore venu, ils ser­rent les cor­dons de cami­sole de force ; lorsqu’ils prét­endent que ces actions sont objec­ti­ve­ment une pro­vo­ca­tion, ils endos­sent la blouse blan­che des tor­tion­nai­res (23). »

En réalité, de nom­breu­ses actions reven­di­quées par des insur­rec­tion­nis­tes sont cri­ti­qua­bles ; et si les tra­vailleurs ne sont pas auto­risés à cri­ti­quer ces actions, ne sont-ils pas sim­ple­ment réduits à un rôle de spec­ta­teurs dans une lutte entre l’État et la mino­rité révo­luti­onn­aire ? Si, comme semble l’impli­quer Bonanno, il est impos­si­ble de cri­ti­quer même les actions les plus folles, alors aucune véri­table dis­cus­sion tac­ti­que n’est pos­si­ble.

Vers une théorie com­mu­niste anar­chiste

Les anar­chis­tes com­mu­nis­tes ont adopté un critère différent de celui de la raison quand il s’agit de l’action mili­tante. Si vous prét­endez agir au nom d’un groupe par­ti­cu­lier, alors vous devez d’abord dém­ontrer que le groupe est d’accord avec le genre de tac­ti­que que vous pro­po­sez d’uti­li­ser. Cette ques­tion est bien plus impor­tante pour la pra­ti­que anar­chiste que la ques­tion de savoir quelle tac­ti­que pour­rait adop­ter tel ou tel groupe d’anar­chis­tes.

Comme nous l’avons vu, les anar­chis­tes com­mu­nis­tes n’ont pas d’objec­tion de prin­cipe contre les insur­rec­tions, notre mou­ve­ment a été cons­truit sur la tra­di­tion de la par­ti­ci­pa­tion des anar­chis­tes à des insur­rec­tions et nous nous ins­pi­rons de nom­breu­ses per­son­nes impli­quées dans ces insur­rec­tions. À l’époque actuelle, nous conti­nuons, chaque fois que cela peut faire avan­cer la lutte, à défier les limi­tes que l’Etat cher­che à impo­ser aux mani­fes­ta­tions de pro­tes­ta­tion. Là encore, il ne s’agit pas seu­le­ment pour nous d’émettre un juge­ment ; dans les cas où nous affir­mons agir en soli­da­rité avec un groupe (par exem­ple, des tra­vailleurs en grève), alors c’est le groupe concerné qui dét­er­mine les limi­tes de la tac­ti­que qui peut être uti­lisé dans sa lutte.

L’insur­rec­tion­nisme nous prés­ente une cri­ti­que utile de beau­coup de pra­ti­ques rép­andues dans la gauche. Mais il tente d’étendre à tort cette cri­ti­que à toutes les formes d’orga­ni­sa­tion anar­chiste. Et dans cer­tains cas, les solu­tions qu’il pré­co­nise pour rés­oudre les pro­blèmes réels de l’orga­ni­sa­tion sont pires que les pro­blèmes qu’il veut rés­oudre. Les anar­chis­tes com­mu­nis­tes peu­vent cer­tai­ne­ment appren­dre des écrits insur­rec­tion­nis­tes, mais ils n’y trou­ve­ront pas de solu­tions aux pro­blèmes de l’orga­ni­sa­tion révo­luti­onn­aire.

Joe Black

(Traduit par Ni patrie ni fron­tières)

1. John M. Hart, « Anarchism and the Mexican Working Class ».

2. James Joll, The Anarchists, p. 229.

3. Merci à Pepe pour ses infor­ma­tions sur l’Argentine et le Chili.

4. Plateforme d’orga­ni­sa­tion des com­mu­nis­tes liber­tai­res, en ligne : http: //www. nes­tor­ma­khno. info/french/plat­form/org_plat. Htm

5 Jaime Balius (secrét­aire des Amis de Durruti), “Towards a Fresh Revolution”, cf. http: //strug­gle. ws/fod/toward­sin­tro. Htm

6 “Towards a Fresh Revolution”.

7 “For an Anti-autho­ri­ta­rian Insurrectionist International-Proposal for a Debate, Anti-autho­ri­ta­rian Insurrectionnist International, (Promoting Group)”, Elephant Editions 1993 en ligne sur le site http: //www. geo­ci­ties. com/cor­do­ba­kaf/inter. html

8 “Réponse d’Andy à une ver­sion antéri­eure de cet arti­cle”, cf. http: //www. anti-poli­tics. net/forum/view­to­pic. php ?t=1052

9 Il contient cepen­dant au moins une erreur élém­ent­aire, puis­que, bizar­re­ment, il décrit la Fédération anar­chiste ita­lienne (qui pra­ti­que la syn­thèse) comme une orga­ni­sa­tion pla­te­for­miste, ce qui suggère que les auteurs n’ont guère essayé de com­pren­dre ce qu’est le pla­te­for­misme avant de le reje­ter.

10 Do or Die n° 10, 2003, en ligne sur http: //www. eco-action. org/dod/no10/anar­chy. htm

11 Anonyme, “At Daggers Drawn with the Existent, its Defenders and its False Critics”, Elephant Editions en ligne : http: //www. geo­ci­ties. com/kk_abacus/ioaa/dagger. html

12 Do or Die n° 10, "Insurrectionary Anarchism and the Organization of Attack".

13 Jean Weir, « Insurrection », en ligne : http: //www. geo­ci­ties. com/kk_abacus/insurr5. html

14 Do or Die n° 10, "Insurrectionary Anarchism and the Organization of Attack".

15 Do or Die n° 10, "Insurrectionary Anarchism and the Organization of Attack".

16 Anonyme, “At Daggers Drawn with the Existent, its Defenders and its False Critics”, Elephant Editions. En ligne : http: //www. geo­ci­ties. com/kk_abacus/ioaa/dagger. html

17 O. V., “Insurrection”, en ligne : http: //www. geo­ci­ties. com/kk_abacus/insurr3. html

18 “For An Anti-autho­ri­ta­rian Insurrectionalist” International, Elephant Editions 1993 en ligne http: //www. geo­ci­ties. com/kk_abacus/ioaa/insu­rint. html

19 Alfredo Bonanno, La Tensione anar­chica, tra­duit en anglais par Jean Weir, 1996, en ligne : http: //www. geo­ci­ties. com/kk_abacus/ioaa/ten­sion. html

20 Alfredo Bonanno, La Tensione anar­chica (The Anarchist Tension), ibid.

21 O. V.,”Insurrection”, online at http: //www. geo­ci­ties. com/kk_abacus/insurr2. html

22 Anonyme, “At Daggers Drawn with the Existent, its Defenders and its False Critics”, Elephant Editions. En ligne : http: //www. geo­ci­ties. com/kk_abacus/ioaa/dagger. html

23 Alfredo Bonanno, La gioia armata, 1977 Edizioni Anarchismo, Catania, 1998. En français, « La joie armée » se trouve sur http://www.non-fides.fr/spip.php?ar...

Cet arti­cle est extrait de Red and Black Revolution n° 11, octo­bre 2006

Nouveautés sur le Web

Diffusion

 

  • Suivre la vie du site RSS 2.0
  • Informations

    mondialisme.org | publié sous licence Creative Commons by-nc-nd 2.0 fr | généré dynamiquement par SPIP & Blog'n Glop