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Dans le monde, une classe en lutte septembre 2009

publié par François, le mardi 22 septembre 2009

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Septembre 2009 ECHANGES ET MOUVEMENT,BP 241,75866 PARIS CEDEX 18,France

La guerre de classe : le cave se rebiffe

Dans la lutte de classe, qui est tou­jours déf­en­sive au départ, tout est ques­tion de degré dans les mét­hodes d’action. Même aux degrés les plus élém­ent­aires et appa­rem­ment les moins radi­caux, une mét­hode d’action, depuis la simple grève limitée dans le temps ou la mani­fes­ta­tion bien orches­trée jusqu’à l’atta­que sur les diri­geants, la des­truc­tion des biens et l’émeute, met en cause les bases mêmes du système capi­ta­liste. Cela à l’insu des tra­vailleurs ou des acteurs concernés pour les­quels ce n’est qu’une mét­hode, entre autres, pour avoir satis­fac­tion sur une reven­di­ca­tion pré­cise ; par­fois, la seule répr­ession leur montre qu’ils ont enfreint un ou plu­sieurs des prin­ci­pes de base du fonc­tion­ne­ment du capi­ta­lisme.

Une de ces bases du système capi­ta­liste est la pro­priété. Pas la pro­priété de son loge­ment ou d’un lopin de jar­di­nage, mais celle des moyens de pro­duc­tion (ter­rains agri­co­les, bâtiments, usines, bureaux, machi­nes, tous moyens de trans­port et de com­mu­ni­ca­tion, y com­pris ce qui se passe sur Internet, etc.) et de tout ce qui en est tiré par l’exploi­ta­tion du tra­vail, les mar­chan­di­ses.

Occuper une usine, blo­quer son acti­vité par des piquets de grève, empêcher le trans­fert de machi­nes ou de mar­chan­di­ses, squat­ter un immeu­ble vide, c’est, même si ce n’est pas pensé comme tel mais sim­ple­ment vu comme un moyen, s’atta­quer à ce sacro-saint droit de pro­priété. Cette atta­que sur la pro­priété est mas­quée sou­vent par la répr­ession de son uti­li­sa­tion capi­ta­liste au nom de la liberté du tra­vail, c’est-à-dire de la liberté de l’uti­li­sa­tion de ces biens par le pro­priét­aire pour l’exploi­ta­tion du tra­vail. À ce titre, n’importe quel juge peut ordon­ner que cela cesse et l’auto­rité publi­que envoyer ses flics pour exé­cution : tout devient alors une ques­tion de rap­port de forces entre ceux qui lut­tent et le pou­voir déf­enseur de la pro­priété.

Détruire des machi­nes, brûler une usine ou, à l’opposé, tenter de se servir de cet appa­reil de pro­duc­tion pour sur­vi­vre, procèdent de cette même atta­que sur la pro­priété. Il en est de même de ce qui concerne ou la des­truc­tion ou l’appro­pria­tion de la mar­chan­dise déjà pro­duite (que ce soit par les tra­vailleurs eux-mêmes ou par les consom­ma­teurs). C’est seu­le­ment une ques­tion de cir­cons­tance et de degré dans la vio­lence de la lutte de classe rép­ondant à la vio­lence du capi­tal.

Le capi­ta­lisme n’est pas seu­le­ment ou une abs­trac­tion, ou une ques­tion de biens matériels (moyens de pro­duc­tion ou mar­chan­di­ses). La ges­tion du capi­tal est assurée par des hommes dét­enteurs de l’auto­rité, capi­ta­lis­tes ou lar­bins du capi­tal ano­nyme, flics de tous ordres aux différents échelons de l’appa­reil d’auto­rité assu­rant l’appli­ca­tion des règles de domi­na­tion du capi­tal sur le tra­vail, c’est-à-dire sur l’ensem­ble de la société. Il est donc natu­rel qu’en cher­chant à faire valoir des reven­di­ca­tions avec des attein­tes plus ou moins direc­tes au droit de pro­priété, ceux qui lut­tent se heur­tent, à un échelon ou à un autre, à tous ceux, indi­vi­dus ou orga­ni­sa­tions, qui déti­ennent une par­celle de cet appa­reil d’auto­rité. Là aussi, tout est une ques­tion de degré.

Entre l’évac­uation sans heurt d’une usine occupée après un juge­ment sur mot d’ordre syn­di­cal, même sans inter­ven­tion mus­clée des flics, et l’assaut en règle mené en style mili­taire contre les occu­pants d’une usine d’auto­mo­bile en Corée du Sud, des chan­tiers navals de Gijón en Espagne, etc., ce n’est qu’une ques­tion d’éch­elle dans l’affron­te­ment social. Entre des diri­geants séqu­estrés quel­ques heures ou plu­sieurs jours, copieu­se­ment insultés, bom­bardés avec des œufs ou des cailloux, frappés à l’occa­sion, et ces diri­geants indiens ou chi­nois défen­estrés ou lyn­chés, ce n’est aussi qu’une ques­tion de degré dans l’affron­te­ment avec les forces d’enca­dre­ment et d’auto­rité du capi­tal.

Le para­vent du « pou­voir légi­time » (quelle que soit la manière dont il s’affirme, démoc­ratie ou dic­ta­ture avec toutes les nuan­ces pos­si­bles) n’admet les mani­fes­ta­tions de masse que lorsqu’elles ne contes­tent pas cette « auto­rité légi­time » et que si elles ne s’atta­quent pas direc­te­ment et même tem­po­rai­re­ment aux droits fon­da­men­taux qui assu­rent le fonc­tion­ne­ment du système, c’est-à-dire uni­que­ment si elles res­tent dans le cadre pres­crit par leur auto­ri­sa­tion, sous l’auto­rité des forces d’enca­dre­ment d’orga­ni­sa­tions (partis, syn­di­cats) ou des forces poli­cières.

Mais même ainsi, si ces mani­fes­ta­tions regrou­pent un nombre impo­sant de par­ti­ci­pants et pren­nent des caractères qui, pour n’être pas forcément vio­lents, tém­oignent d’un foi­son­ne­ment d’ini­tia­ti­ves qui les éloignent de la fina­lité imposée, on peut y voir le pre­mier degré d’autres mani­fes­ta­tions qui, par des caractères divers, bous­cu­lent toutes les digues prévues pour les conte­nir.

Certains de ces regrou­pe­ments de masse dans des buts plus ou moins bien définis peu­vent avoir des orien­ta­tions diver­ses, faire l’objet de mani­pu­la­tions poli­ti­ques ou être des contes­ta­tions direc­tes de l’ordre social en général ou de dis­po­si­tions légales des­tinées à pré­venir leur éclosion et leur dével­op­pement.

Entre la contes­ta­tion dans une usine s’étendant à tout un sec­teur et l’affron­te­ment vio­lent avec les forces répr­es­sives, comme on peut le voir au Bangladesh ou en Égypte par exem­ple, et l’expan­sion rapide du mou­ve­ment dans les cen­tra­les et raf­fi­ne­ries en Grande-Bretagne, il y a une simple différ­ence de degré déc­oulant du rap­port des forces en prés­ence.

On pour­rait mul­ti­plier ainsi toutes les facet­tes prés­entes de la lutte de classe. Le présent bul­le­tin en contient quel­ques-unes mais il y en a tant qu’il est impos­si­ble de tout connaître, de tout citer. Mais, si elles tém­oignent d’une unité dans leur signi­fi­ca­tion réelle quant aux fon­de­ments du système capi­ta­liste, on ne peut que cons­ta­ter qu’elles res­tent limitées, loca­lisées, et que même à l’intérieur d’un seul pays, elles ne par­vien­nent pas à se glo­ba­li­ser.

Dans tous ces conflits à l’éch­elle du monde, avec leurs caractères spé­ci­fiques, on doit voir la per­sis­tance du pou­voir du capi­tal et de tous ses ins­tru­ments de domi­na­tion, idéo­lo­giques, matériels, d’intég­ration, et répr­ess­ifs.

Seule l’évo­lution du rap­port de force entre le capi­tal et l’ensem­ble des forces contes­ta­tai­res peut com­man­der l’évo­lution vers une situa­tion dép­assant ces limi­tes et ces par­ti­cu­la­ris­mes et posant à tous la ques­tion d’un chan­ge­ment de société.

Cela dépend, pour une bonne part, de la manière dont évol­uera la crise pro­fonde du système et des réactions à ce que dans le monde entier, les agents du système essaie­ront d’impo­ser à l’ensem­ble des exploités pour tenter de sur­mon­ter cette crise et sauver du même coup leur posi­tion menacée de pro­fi­teurs.

LES DIFFERENTES FORMES D’IRRUPTION DE LA VIOLENCE DE CLASSE DANS LE MONDE

Une partie seu­le­ment de ce que l’on a pu voir ces der­niers mois dans le monde

La grève, sans plus Canada ’*13/7/2009 ’24 000 employés muni­ci­paux de Toronto en grève contre une ten­ta­tive d’accroître la charge de tra­vail, de réd­uire les salai­res, et de sup­pri­mer différ­entes primes. Les ordu­res non col­lectées s’entas­sent dans les parcs, les cen­tres de soins et les cen­tres spor­tifs ou cultu­rels sont fermés. 600 grév­istes ont été requis pour faire fonc­tion­ner les ambu­lan­ces, le ser­vice des eaux et celui des égouts.

*23/7/2009 ’450 tra­vailleurs de Vale Inco (trust du nickel) à Voisey’s Bay (Terre-Neuve) rejoi­gnent 3 200 grév­istes à Sudbury (Ontario) qui, depuis 2 semai­nes, s’oppo­sent à un projet de baisse des salai­res, à la sup­pres­sion d’avan­ta­ges, à la réd­uction des pen­sions et à l’uti­li­sa­tion de tra­vailleurs tem­po­rai­res.

*23/7/2009 ’Depuis 2 semai­nes, 300 tra­vailleurs de Zellers (dis­tri­bu­tion) sont en grève contre la réd­uction des salai­res et l’emploi de tra­vailleurs tem­po­rai­res. Des cen­tai­nes mani­fes­tent devant les entrepôts du groupe.

Indonésie ’*11/7/2009 ’700 tra­vailleurs de PT Toshiba Consumer Products Indonesia en grève depuis le 16 avril pour l’appli­ca­tion d’un accord antérieur et la réint­égration de 15 délégués syn­di­caux licen­ciés dans le cadre d’un lock-out patro­nal.

Chili ’4/8/2009 ’Après 24 jours de grève, les 300 mineurs de la mine d’or La Coipa (du trust cana­dien Kinross) repren­nent le tra­vail avec une aug­men­ta­tion de 3 % et une prime de 9 000 dol­lars US. Un tri­bu­nal avait rejeté une demande du trust de licen­cier les grév­istes et d’embau­cher des jaunes.

Afrique du Sud ’*Série de grèves pour les salai­res en juillet et en août sur fond d’agi­ta­tion et d’émeutes pour une bonne part dues au chômage qui attein­drait 40 % de la force de tra­vail (taux offi­ciel de 23 %) dans les town­ships : le 9/7, 10 000 tra­vailleurs en grève sur les sites de cons­truc­tion des­tinés au mon­dial de foot obtien­nent le 16/7 12 % d’aug­men­ta­tion. En juillet, les médecins en grève dans l’État de Natal main­tien­nent leur grève malgré les injonc­tions judi­ciai­res ; au même moment se dér­oule une grève géné­rale des employés muni­ci­paux. Le 3/8, 2 jours de grève de 3 000 employés des téléc­oms, le 19/8 de 2 500 employés de Metrorail, réseau de trans­port des prin­ci­pa­les villes. Dans les mines de pla­tine notam­ment 20 000 mineurs à Impala, la grève com­mencée le 29 août se ter­mine le 5 sep­tem­bre sur inter­ven­tion des syn­di­cats bien que les mineurs aient rejeté une pro­po­si­tion d’aug­men­ta­tion de 10%

Grande-Bretagne –* Juillet-Août 2009 ’Série de grèves loca­lisées dans des sec­teurs aussi divers que les col­lec­ti­vités loca­les (autour d’une har­mo­ni­sa­tion natio­nale des sta­tuts avec sou­vent pertes de salai­res), les com­pa­gnies loca­les de bus, le métro de Londres, les ser­vi­ces pos­taux autour de ratio­na­li­sa­tions et de la pri­va­ti­sa­tion, les ser­vi­ces d’aéroports, etc. Dans les postes, dans l’attente d’un vote natio­nal sur la grève en sep­tem­bre, des grèves sau­va­ges ou pas éclatent dans de nom­breux cen­tres (3 jours de grève de11 000 employés à Londres le 8/7). À Edimbourg, en Écosse, les employés muni­ci­paux mènent en août toute une série de grèves plus ou moins sau­va­ges dans la santé, les ser­vi­ces d’urgence et dans l’ensei­gne­ment.

Mexique ’*23/8/2009 ’ Malgré une baisse de pro­duc­tion de 37 % en 2009, les 9 000 tra­vailleurs de l’usine Volkswagen obtien­nent après une grève 3 % d’aug­men­ta­tion et une prime de 150 US$.

*7/8/2009 ’Les 3 500 tra­vailleurs de l’aciérie ArcelorMittal à Lázero Cárdenas sont en grève pour leurs salai­res après le rejet d’une pro­po­si­tion d’aug­men­ta­tion de 7 % contre 750 licen­cie­ments.

Brésil -*5/9/2009—5 000 ouvriers de Renault—Nissan à Curitiva en grève illi­mitée, rejoi­gnent les 3 000 ouvriers de Volkswagen en grève pour les salai­res. 7 200 autres de l’auto­mo­bile (GM, Ford) en grève deux jours pour appuyer de pour­par­lers sur les salai­res.

République domi­ni­caine ’*7/8/2009 ’16 000 doc­teurs et infir­mières des hôpitaux publics, en grève depuis trois semai­nes pour les salai­res, sont menacés de licen­cie­ment et de leur rem­pla­ce­ment par des doc­teurs, des infir­miers mili­tai­res et des géné­ral­istes volon­tai­res comme bri­seurs de grève.

Argentine -* 1/9/2009—fin d’une grève de trois semai­nes des tra­vailleurs du pét­role de Patagonie au cours de laquelle il y aurait eu des sabo­ta­ges pour les­quels les sociétés pét­rolières deman­dent au syn­di­cat des indem­ni­sa­tions.

France ’*16/6/2009 ’Michelin pneu­ma­ti­ques restruc­ture : 1 093 sup­pres­sions de postes sans licen­cie­ment, 1 800 départs volon­tai­res, fer­me­ture des usines de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire, 340 tra­vailleurs), Noyelles (Nord, 276 tra­vailleurs) et Montceau-les-Mines (477 tra­vailleurs. Là, le 22 juillet, 50 tra­vailleurs pren­nent en otage quatre diri­geants toute une nuit). Après une pre­mière réunion pour la dis­cus­sion d’un plan social, l’usine de Noyelles est en grève le pre­mier sep­tem­bre.

*11/8/2009 ’Saint-Brieuc (Bretagne) : À Chaffoteaux et Maury (filiale du groupe Merloni Thermo Sanitari, chau­dières à gaz), grève contre un plan de licen­cie­ment de 207 tra­vailleurs. Le tra­vail reprend avec une tac­ti­que de grèves tour­nan­tes.

Irlande –* 6/7/2009 ’Grève des 10 500 élect­riciens de chan­tiers et d’entre­tien pour 11 % d’aug­men­ta­tion, les piquets de grève blo­quent 24 sites divers. Reprise du tra­vail le 12 juillet après un arbi­trage accor­dant 5 % d’aug­men­ta­tion alors qu’ini­tia­le­ment, les deux syn­di­cats patro­naux vou­laient obte­nir une réd­uction des salai­res de 10 %. Mais un des syn­di­cats patro­naux refuse d’appli­quer l’accord. Ce conflit se dér­oule sur fond de grèves limitées contre les licen­cie­ments ou pour les salai­res (piquets de grève de net­toyeurs tout le mois de juillet, du siège d’une menui­se­rie pour l’indem­ni­sa­tion de 48 licen­ciés, grève le 22 juillet des 500 employés de la sec­tion assu­rance de la Banque d’Irlande pour les salai­res.

* 28/8/2009—30 dockers de Marine Terminal Ltd en grève depuis huit semai­nes contre des pro­jets de licen­cie­ments, de baisse des salai­res et d’accrois­se­ment de la charge de tra­vail. Comme la firme veut embau­cher des jaunes, les autres tra­vailleurs du port orga­ni­sent des grèves de soli­da­rité.

Chine –* En 2008, on aurait compté dans tout le pays 237 000 conflits du tra­vail, en aug­men­ta­tion de 98 % par rap­port à l’année pré­céd­ente. De sep­tem­bre 2008 à mars 2009, leur nombre s’élè­verait à 546 000 rien que dans les pro­vin­ces cen­trale et du sud-est, Guangzhou, Fujian et Jiangsu, où ils auraient été mul­ti­pliés par 10.

Corée du Sud—25/8/2009—4 000 tra­vailleurs des trois usines de pneu­ma­ti­ques Kumho Tyres qui orga­ni­sent des grèves tour­nan­tes depuis le 23/8 sont lock outés. Leur mou­ve­ment s’élève contre un plan de restruc­tu­ra­tion impli­quant le gel des salai­res, le licen­cie­ment de 18% de la force de tra­vail ;

La grève sauvage et les grèves de solidarité

Grande-Bretagne –* 25/6/2009 ’Raffinerie Total de Lindsey (Lincolnshire) (voir pré­cédent bul­le­tin). L’exten­sion sau­vage et en toute illé­galité de la grève à 26 sites de cons­truc­tion (raf­fi­ne­ries, cen­tra­les élect­riques) a rapi­de­ment fait céder les patrons, tant de Total que des sous-trai­tants. Les 647 qui avaient été licen­ciés lors de leur grève de soli­da­rité avec les 51 d’un autre sous-trai­tant, mis à pied pour fin de contrat mais non réemb­auchés sur le site comme promis, ont tous été réintégrés sans condi­tions. Les 51 seront rép­artis sur le site ou transférés. Aucune sanc­tion n’est prise : la grève, sous tous ses aspects, grève sau­vage spon­tanée, grève de soli­da­rité, exten­sion natio­nale sau­vage, met tota­le­ment à plat la lég­is­lation très stricte d’enca­dre­ment des grèves des­tinée précisément à empêcher des conflits de ce genre.

Les dirigeants séquestrés, injuriés, malmenés, exécutés

Chine ’ *Juillet 2009 ’Les tra­vailleurs de l’aciérie de Tonghua (pro­vince de Jilin, Mandchourie, au nord-est de la Chine), entre­prise publi­que, connais­sent, comme dans bien d’autres restruc­tu­ra­tions, beau­coup de vicis­si­tu­des. En 2005, une entre­prise privée, Jialong Heavy Industry (pro­priété d’un cer­tain Zhang Zhixiang œuvrant dans la mét­all­urgie, 10e for­tune chi­noise) achète 49 % des parts, le reste étant aux mains du gou­ver­ne­ment de la pro­vince. Pour la rendre pro­fi­ta­ble, la restruc­tu­ra­tion prend la forme de mises à la retraite, de licen­cie­ments, de sup­pres­sions d’avan­ta­ges, dont le chauf­fage des loge­ments de l’unité de tra­vail l’hiver der­nier. En mars, une grève fait échouer une ten­ta­tive de réd­uction de salai­res et devant ces rés­ist­ances, Jialong recède ses parts à la pro­vince. Mais en juin, la conjonc­ture nou­velle avec les inves­tis­se­ments de relance de l’éco­nomie fait que l’aciérie rede­vient ren­ta­ble et Jialong s’y intér­esse de nou­veau : le gou­ver­ne­ment de la pro­vince lui cède alors, le mer­credi 22 juillet, 65 % des parts. Les sidér­urg­istes savent ce qui les attend. Le ven­dredi 24 juillet, des mil­liers d’entre eux, rejoints par des pré­retraités et les licen­ciés de la restruc­tu­ra­tion pré­céd­ente, blo­quent les axes rou­tiers et fer­ro­viai­res atte­nant à l’usine, ce qui stoppe la pro­duc­tion des sept hauts four­neaux. Ils sont près de 30 000 à s’affron­ter avec plus de 1 000 flics et para­mi­li­tai­res : voi­tu­res de police incen­diées, plus de 100 blessés. Le soir arrive, le nou­veau direc­teur désigné par Jialong ordonne la reprise du tra­vail et annonce que la force de tra­vail va être réd­uite de 30 000 à 5 000 hommes dans les jours à venir. On ne sait trop ce qui se passe alors dans l’usine enva­hie par les tra­vailleurs en colère. Toujours est-il que le direc­teur passe par une fenêtre et que plus de 10 000 employés blo­quent les secours – police, ambu­lan­ces ’ lais­sant celui-ci mourir sur place. À 22 heures, un représ­entant du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial annonce à la télé rég­io­nale que la pri­va­ti­sa­tion est « reportée ». Le patron capi­ta­liste est sain et sauf.

Dans les deux pre­miers mois de 2009, 500 diri­geants d’entre­pri­ses auraient été exécutés dans des conflits tou­chant des salai­res impayés, réduits, ou lors d’un dur­cis­se­ment des condi­tions d’exploi­ta­tion.

France ’*Août 2009 ’ Le sort des 283 tra­vailleurs de l’usine Molex à Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne), mise en faillite, parais­sant réglé avec l’amorce d’un plan social et des pro­mes­ses de reprise (voir pré­cédent bul­le­tin), de mul­ti­ples rebon­dis­se­ments font tour­ner le tout en un imbro­glio juri­dico-poli­ti­que ; les tra­vailleurs en font, pour le présent, les frais. D’une obs­cure bagarre avec des vigi­les et les propos d’un cadre prét­endant avoir été inju­rié et molesté, la direc­tion amé­ric­aine décide de fermer l’usine jusqu’à nouvel ordre, ce qui entraîne d’un côté des rodo­mon­ta­des poli­ti­ques du gou­ver­ne­ment et de l’autre, des procès pas encore tran­chés.

*22/7/2009 ’Malaucène (Vaucluse) Papeterie (papier à ciga­ret­tes, pro­priété d’un trust amé­ricain) annonce le 17/4/2009 la fer­me­ture de l’usine avec 210 licen­cie­ments. Depuis, grève et séqu­est­rations de diri­geants, la der­nière de quel­ques heures à la mairie de Malaucène. Projet de reprise décidé pour le 15/9.

*25/7/2009 - Servisair Cargo (fret aérien) mis en redres­se­ment judi­ciaire : les tra­vailleurs menacés de licen­cie­ment séqu­estrent les diri­geants 24 heures et sor­tent des bon­bon­nes de gaz.

Blocages d’usines, de dépôts, d’axes routiers ou ferroviaires par des piquets de grève ou des manifestations

Nouvelle-Calédonie ’*14/6/2009 ’Suite au licen­cie­ment d’une hôtesse de l’air, par la com­pa­gnie Aircal, l’aéroport est occupé pen­dant une semaine., le syn­di­cat calé­donien USTKE orga­nise l’occu­pa­tion de l’aéroport, occu­pant même les appa­reils et blo­quant tout trafic. L’inter­ven­tion poli­cière vio­lente pour faire évacuer les lieux et l’arres­ta­tion de 28 mili­tants syn­di­caux ( six seront pour­sui­vis et condamnés) dont le pré­sident du syn­di­cal décl­enche grève et rév­olte dans toute l’île avec des bar­ra­ges rou­tiers et le blo­cage d’entre­pri­ses.. Des affron­te­ments vio­lents se dér­oulent les 3 et 5 août alors que les gen­dar­mes ten­tent de briser les bar­ra­ges. Une ving­taine de flics sont blessés dont un par balles. L’exten­sion de la rév­olte aux jeunes ( avec pillage de maga­sins et incen­dies) fai­sant crain­dre un dével­op­pement du conflit un accord est fina­le­ment conclu avec la com­pa­gnie Aircal qui aban­donne cer­tai­nes pour­sui­tes. Mais quel­ques mili­tants res­tent condamnés dont le pré­sident du syn­di­cat qui, en appel, écope de 9 mois de prison ferme

Panama ’*23/7/2009 ’Suite à la pri­va­ti­sa­tion du port de Balboa, le licen­cie­ment de 70 dockers et la ten­ta­tive par deux repre­neurs de créer un syn­di­cat maison, 18 dockers blo­quent le port.

Côte d’Ivoire ’*12/6/2009 ’ 6 000 dockers blo­quent le port d’Abidjan pour leurs salai­res, inter­di­sant pra­ti­que­ment les expor­ta­tions du cacao, un des pou­mons du pays.

Russie ’*En juillet dans bien des régions du pays, les bar­ra­ges des voies de com­mu­ni­ca­tions notam­ment rou­tières se mul­ti­plient contre le chômage. L’un d’eux, le 13 juillet avec 200 chômeurs sur le Chui Sky Highway entre Novossibirsk et la Mongolie, est dis­persé par la police. Un autre le 10/7 au sud de Gorno-Altaisk en Sibérie. Un autre encore à Pikeo près de Saint-Pétersbourg est si effi­cace qu’il entraîne l’inter­ven­tion per­son­nelle de Poutine.

Chine ’*20/8/2009 ’Wenping, sud du Hunan. Une fon­de­rie de man­ganèse dév­ersait sur le pay­sage une telle quan­tité de nuages toxi­ques que 1 354 enfants sont séri­eu­sement empoi­sonnés au plomb. Leurs plain­tes res­tant sans effet, plus de 100 vil­la­geois blo­quent les routes et se bat­tent avec la police. L’usine est fina­le­ment fermée et deux de ses diri­geants arrêtés. Des actions simi­lai­res se sont déroulées à Dangling dans le Shaanxi dans une fon­de­rie de zinc qui a empoi­sonné 800 enfants (174 ont dû être hos­pi­ta­lisés). Les mani­fes­tants ont envahi l’usine, encou­ragés par les ouvriers, et se sont battus avec les flics.

France ’*18/8/2009 ’Série de blo­ca­ges d’usines lai­tières par les pay­sans pro­duc­teurs de lait contre la baisse du prix du lait (dans le seul dép­ar­tement de la Loire, 100 pro­duc­teurs sur 2 000 seraient en dif­fi­cultés finan­cières). D’autres mou­ve­ment tou­chant les gran­des chaînes de dis­tri­bu­tion sont le fait des pro­duc­teurs de fruits et légumes qui pro­tes­tent, pres­que un rituel annuel à cette pér­iode, contre l’arrivée de pays européens de main d’œuvre à bas coût.

*Juillet 2009 ’La liste des usines menacées ou de fer­me­ture ou de réd­uction d’effec­tifs s’allonge tel­le­ment qu’il est impos­si­ble de les recen­ser. La grève s’accom­pa­gne sou­vent du blo­cage des mou­ve­ments de machi­nes et de mar­chan­di­ses par des piquets de grève : ATB Selni (machi­nes à laver) à Nevers (Nièvre), Legré-Mante (acide tar­tri­que) à Marseille, SKF (rou­le­ments à billes à Saint-Cyr sur-Loire, Indre-et-Loire), Rohm et Haas (adhés­ifs) à Semoy (Loiret)… La liste est longue et on en oublie forcément. Cela ne réussit pas tou­jours : LPFH Tassos (groupe Amaris, ali­men­ta­tion, trois usines en France) est mise en redres­se­ment judi­ciaire et veut licen­cier 41 tra­vailleurs dans son usine de Noisy-le-Sec ( ban­lieue est de Paris), la moitié de ses effec­tifs .Des piquets de grève blo­quent toute acti­vité mais sont dis­persés par les flics le 6/6/2009. La grève se ter­mine le 20 juillet après 133 jours de lutte par la mise en liqui­da­tion judi­ciaire de l’entre­prise.

Les occupations de tous bâtiments (usines, bureaux, lieux publics, etc.)

Grande-Bretagne –* Le 28 avril, l’entre­prise Vestas ( fabri­que d’éoli­ennes) pro­jette de fermer ses usines dont celle de Newport (île de Wight), licen­ciant 600 tra­vailleurs, et celle de Southampton (100 tra­vailleurs), la pro­duc­tion étant transférée aux USA. Le 12 juillet, une assem­blée de 100 tra­vailleurs de ce der­nier site décide de s’oppo­ser à la fer­me­ture et d’occu­per l’usine, mêlant au main­tien de leur tra­vail la néc­essité d’une pro­duc­tion d’énergie renou­ve­la­ble. Bien que sou­te­nue (et peut-être ini­tiée) par des grou­pes gau­chis­tes, et lar­ge­ment popu­la­risée, l’occu­pa­tion se réduit à 25 puis lors d’un juge­ment d’expul­sion le 6 août à 6. Seul, alors, un piquet de grève est main­tenu.

Irlande ’*4/8/2009 ’Les flics pren­nent d’assaut un grand maga­sin Thomas Cook occupé par 40 tra­vailleurs depuis le 31 juillet après qu’on leur a annoncé la fer­me­ture de l’établ­is­sement. 28 des occu­pants sont arrêtés, relâchés plus tard, alors que 300 habi­tants du quar­tier qui les ont sou­te­nus et appro­vi­sionnés ten­tent de s’oppo­ser au raid poli­cier.

France –* 25/5/2009 ’RKW Rémy à Saultain (Nord, films plas­ti­ques d’embal­lage), 96 tra­vailleurs en grève contre 9 licen­cie­ments, suite à la chute de l’acti­vité.

*21/7/2009 ’Fin de la grève avec occu­pa­tion des usines du groupe amé­ricain PPG (pein­ture auto­mo­bile) contre la fer­me­ture des sites de Saultain (400) et de Maly (40), sur un total de 690 tra­vailleurs. Les licen­ciés rece­vront une indem­nité de 25 000 euros majorée de 1 200 euros par année d’ancien­neté.

Russie ’*25/6/2009 –Dans la région de Rostov, 34 mineurs occu­pent la mine de char­bon Chikh en res­tant au fond pour le paie­ment des arriérés de salai­res.

Canada ’*L’usine BBI Entreprises à Ajax (Toronto) devant fermer le 18 juin, les 22 tra­vailleurs licen­ciés blo­quent pen­dant 11 jours machi­nes et matériel et ces­sent leur occu­pa­tion sur des pro­mes­ses d’indem­ni­sa­tion.

Corée du Sud –*Usine d’auto­mo­bile Ssangyong Motor à Pyongtaek, à 70 km de Séoul, la capi­tale, reprise à 51 % par une com­pa­gnie auto­mo­bile chi­noise en 2006 (alors 8 700 tra­vailleurs, 7 000 le 22 mai au début de la grève). Après de brèves actions de pro­tes­ta­tion depuis déc­embre 2008 contre les trans­ferts de tech­no­lo­gie et les pro­jets de mise en faillite, un plan de licen­cie­ment de 2 646 tra­vailleurs (un tiers des effec­tifs dont 1 700 mises à la retraite et 300 deve­nant tra­vailleurs tem­po­rai­res) est annoncé. La grève com­mence imméd­ia­tement le 22 mai, sou­te­nue par le syn­di­cat KMWU qui pose comme reven­di­ca­tions : pas de licen­cie­ments, pas de tra­vail tem­po­raire, pas de sous-trai­tance. 1 700 tra­vailleurs occu­pent l’usine tota­le­ment blo­quée alors que 1 000 cadres et jaunes conti­nuent d’en assu­rer l’entre­tien. Le 31 mai, l’entre­prise décide le lock-out et fait appel à la police pour évacuer l’usine, pro­po­sant en même temps un plan social pour les licen­ciés. 1 400 des tra­vailleurs accep­tent de quit­ter l’usine moyen­nant indem­nité. L’usine conti­nue néanmoins à être occupée par 4 000 tra­vailleurs ravi­taillés par les famil­les et sou­te­nus par des mani­fes­tants extérieurs blo­qués par la police. Le 22 juin, des pour­sui­tes sont engagées contre 190 grév­istes. Les 25 et 27 juin, toute une armée de flics, de mer­ce­nai­res et de jaunes atta­que et après une bataille de deux jours, réussit à conquérir une partie de l’usine. Près de 900 grév­istes se replient dans l’ate­lier de pein­ture, ce qui avait été préparé, le lieu conte­nant des stocks de pro­duits inflam­ma­bles se prêtant à la déf­ense et limi­tant les pos­si­bi­lités d’atta­que ; l’orga­ni­sa­tion de lutte repose sur des grou­pes de base de 10 ouvriers chacun. Tout appro­vi­sion­ne­ment est bloqué par la direc­tion et la police dont l’eau ; seule l’élect­ricité est main­te­nue pour per­met­tre aux stocks de pein­ture d’être préservés. De nom­breu­ses mani­fes­ta­tions devant l’usine et des cam­pa­gnes ou grèves ponc­tuel­les de soli­da­rité ne réuss­issent pas à déb­loquer le siège et la lutte reste rela­ti­ve­ment isolée. Ce qui auto­rise l’atta­que finale du 3 au 5 août : l’élect­ricité est coupée et plus de 2 000 flics avec hélicoptères, un déluge de gaz et des grou­pes héliportés réuss­issent à conquérir le der­nier bas­tion fina­le­ment évacué par les 90 der­niers com­bat­tants. Le pré­sident du syn­di­cat de Ssangyong accepte alors les condi­tions patro­na­les légè­rement aménagées : retraite anti­cipée, sans indem­nités pour 52 % des licen­ciés, congé sans solde avec pro­messe de réemb­auche dans une année si la situa­tion éco­no­mique le jus­ti­fie. 20 grév­istes seraient tou­jours détenus, les pour­sui­tes judi­ciai­res conti­nuent et le syn­di­cat est assi­gné en jus­tice pour indem­ni­ser les dom­ma­ges causés par la grève. Une des expli­ca­tions sur la dimen­sion réd­uite de la soli­da­rité ouvrière est l’exten­sion du tra­vail tem­po­raire, le tiers de la force de tra­vail coré­enne, 300 de ces tra­vailleurs étant licen­ciés chaque jour. L’usine modèle Hyundai-Kia de Donghee est « appro­vi­sionnée » en esclave par 16 agen­ces de tra­vail tem­po­raire, la moin­dre sus­pi­cion d’acti­vité syn­di­cale signi­fie un renvoi et l’ins­crip­tion sur une liste rouge. Un projet de loi est actuel­le­ment en dis­cus­sion devant le Parlement pour faci­li­ter encore plus les licen­cie­ments du per­son­nel per­ma­nent.

Manifestations sociales ou sous couvert politique. Émeutes conséquentes

Algérie –* 30/7/2009 ’L’Algérie est régul­ièrement secouée par des émeutes loca­lisées tou­chant les caren­ces dans la vie quo­ti­dienne dues au sous-équi­pement, entre autres des « émeutes de l’eau », et concer­nant l’attri­bu­tion de loge­ments sociaux (Ouargla), accom­pa­gnées de blo­ca­ges rou­tiers et d’atta­ques de bâtiments admi­nis­tra­tifs.

Afrique du Sud –* 27/7/2009 ’Sur fond d’agi­ta­tion sociale avec des grèves dans de nom­breux sec­teurs, émeutes depuis le début de l’année dans les town­ships où vivent plus d’un mil­lion de parias. Plus de 25 mani­fes­ta­tions vio­len­tes contre les condi­tions de vie (pas d’eau pota­ble, pas d’élect­ricité, pas de sani­taire). À Thokoza, à 40 km de Johannesburg, le 28 juillet, bar­ra­ges de pneus enflammés, incen­die d’une cli­ni­que, de biblio­thèque. À 300 km de Johannesburg dans un autre town­ship, la police est lapidée et répond vio­lem­ment, des blessés. À Balfour (80 km de Johannesburg), les pilla­ges, l’incen­die de maga­sins et de voi­tu­res sont aussi vio­lem­ment réprimés (des dizai­nes de blessés, des cen­tai­nes d’arres­ta­tions). À Durban (port du nord), un mou­ve­ment des chômeurs sud-afri­cains (SAUPM) oga­nise le pillage des super­mar­chés : 94 arres­ta­tions. La liste peut être allongée pres­que à l’infini.

Écosse –* 21/7/2009 ’20 000 mani­fes­tants à Kilmarnock contre la fer­me­ture de l’usine de whisky Johnny Walker (qui a été reprise par le trust inter­na­tio­nal Diago).

Inde –*2/6/2009 ’30 blessés après que des vil­la­geois ont atta­qué et incen­dié deux trains pour pro­tes­ter contre la fer­me­ture de sta­tions pro­ches.

France ’*10/8/2009 ’Un jeune de 18 ans coursé par la police se tue en moto à Bagnolet (ban­lieue de Paris). Classique. Quels qu’en soient les motifs et le jeu du chat et de la souris, la mort d’un jeune dans ce type de drame reste l’expres­sion et le pro­duit des ten­sions socia­les dans les cités ghet­tos, sociaux autant qu’eth­ni­ques, dans les­quel­les la répr­ession crois­sante n’a d’égale que l’aggra­va­tion des condi­tions de vie due à la crise. Tout aussi clas­si­que, une même cause entraîne l’explo­sion de colère dans les nuits sui­van­tes avec son cortège d’atta­ques sur les sym­bo­les de l’auto­rité et de la société de consom­ma­tion. Pas moins d’une cen­taine de poli­ciers, nantis de tout leur arse­nal répr­essif, y com­pris d’hélicoptères, ten­tent de conte­nir l’explo­sion.

Un com­men­taire d’édu­cateur : « Vu la manière dont les poli­ciers appréh­endent les jeunes en moto ou en scoo­ter depuis deux semai­nes, on sen­tait la bavure. »

Egypte ’*18/8/2009 ’40 % de la popu­la­tion (sur 78 mil­lions d’habi­tants) vit sous le seuil de pau­vreté ; avec un taux de chômage élevé (offi­ciel­le­ment plus de 10 %de la force de tra­vail), chaque année 650 000 jeunes sont mis sur « le marché du tra­vail ». Grèves, mani­fes­ta­tions, émeutes sont réc­urr­entes depuis plu­sieurs années (voir pré­cédents bul­le­tins). Une partie des conflits qui se ter­mi­nent inva­ria­ble­ment par des affron­te­ments avec la police tou­chent le sec­teur tex­tile d’usines réc­emment pri­va­tisées, pour des ques­tions de non-paie­ment de salai­res et de primes et contre le non-res­pect d’enga­ge­ments antérieurs pris par les nou­veaux pro­priét­aires. C’est ainsi que l’usine Tanta Flax en est à son 98e jour de grève, que des licen­ciés recou­rent à la grève de la faim, et que dans le sec­teur de Mahalla, grèves et émeutes se succèdent pra­ti­que­ment en dis­continu depuis plu­sieurs années. Mais ce n’est pas limité à ce seul sec­teur :trans­ports publics, che­mins de fer sont tou­chés, et les fonc­tion­nai­res mani­fes­tent (le 11/8 au Caire des fonc­tion­nai­res des impôts). Le 16/7, suite à une aug­men­ta­tion de l’impôt sur les car­rières, le patro­nat licen­cie à Al Minyo (210 km au sud du Caire). Les ouvriers mani­fes­tent et blo­quent un pont sur le Nil. La lute avec la police fait 20 blessés. Un flic est tué et 53 ouvriers sont arrêtés sous l’inculpa­tion d’émeutes et de meur­tre. En 2008, des émeutes pay­san­nes s’étaient opposées à l’expul­sion de leurs terres (voir pré­cédents bul­le­tins) : 11 morts et de nom­breu­ses arres­ta­tions. Le 13 juin 2009, 24 pay­sans ont été condamnés à mort (dans les 6 pre­miers mois de 2009, les tri­bu­naux ont pro­noncé 230 condam­na­tions à mort).. Le 20 août 80% des tra­vailleurs des trans­ports publics du Caire sont en grève 48 heures ; ils obtien­nent partie de leurs reven­di­ca­tions tou­chant les condi­tions de tra­vail

Allemagne ’*10/6/2009 ’240 000 étudiants mani­fes­tent dans 70 villes lors d’une semaine de pro­tes­ta­tion contre une réf­orme de l’ensei­gne­ment, l’aug­men­ta­tion des droits uni­ver­si­tai­res, et l’orien­ta­tion géné­rale des réf­ormes vers la « ren­ta­bi­lité éco­no­mique ».

Yémen ’*11/6/2009 ’Les dif­fi­cultés socia­les sont cana­lisées sur des affron­te­ments entre le nord pauvre et le sud riche depuis leur fusion en 1990, ce qui n’a jamais ren­contré l’adhésion d’une partie de la popu­la­tion prise dans un déséq­ui­libre éco­no­mique et démog­rap­hique. Des mani­fes­ta­tions ras­sem­blant jusqu’à 500 000 pro­tes­ta­tai­res se dér­oulent depuis le début de l’année, dure­ment réprimées dans le sang.

Bangladesh ’(*Voir pré­cédents bul­le­tins) D’après les ser­vi­ces d’ins­pec­tion du tra­vail du pays, 1/3 des usines sont en infrac­tions avec une lég­is­lation pour­tant bien timide, un patron sur 7 ne paie pas les salai­res au taux légal ou les paie en différé, et un sur 3 est jugé « mau­vais patron ». Une bonne partie « orga­nise les contrôles par des fal­si­fi­ca­tions de comp­ta­bi­lité » ou par de sim­ples « visi­tes orga­nisées » d’une partie « cor­recte » de leur usine. Beaucoup uti­li­sent la crise pour accroître les pres­sions sur les tra­vailleurs (80 à 90 % sont des femmes dans la confec­tion) avec des chan­ta­ges divers, bien que les com­man­des n’aient pas sen­si­ble­ment baissé. L’infla­tion ne fait qu’ajou­ter à la baisse d’un niveau de vie parmi les plus bas du monde.

Pour d’obs­cu­res rai­sons, un groupe tex­tile d’Ashulia, dans la zone éco­no­mique spéc­iale de Dhaka, vend en février ses cinq usines de la zone à un autre capi­ta­liste, Peggy Group, après avoir licen­cié la quasi-tota­lité de ses 2 000 tra­vailleurs. Le nouvel exploi­teur ne rouvre qu’une des usines alors que plus de 1 000 ex-tra­vailleurs atten­dent la réouv­er­ture des autres. À la mi-juin, 1 800 sont en grève ou présents sur le site pour avoir le paie­ment de salai­res et d’arriérés. Un accord inter­vient le jeudi 25 juin ; le len­de­main 26 juin à l’embau­che, trois « lea­ders » du mou­ve­ment sont licen­ciés. Immédiatement, tout le com­plexe tex­tile se met en grève pour deman­der leur réint­égration. Comme cela se passe habi­tuel­le­ment, les grév­istes blo­quent l’auto­route proche. La police et la milice spéc­iale de volon­tai­res para­mi­li­tai­res (Ansars) tirent à balles alors que des mani­fes­tants ten­tent de pren­dre des armes : un mort, de nom­breux blessés.

Les mani­fes­ta­tions se pour­sui­vent le samedi, deman­dant la puni­tion des meur­triers et l’indem­ni­sa­tion des famil­les. Le diman­che 28, alors que toutes les usines du sec­teur sont fermées par préc­aution, de nou­veau l’axe rou­tier est bloqué et devient un véri­table champ de bataille : les bou­ti­ques qui la bor­dent sont pillées et incen­diées. L’ampleur de l’affron­te­ment peut se mesu­rer au chif­fre des vic­ti­mes : 150 blessés, dont 6 par balles, un tué et 20 flics blessés. La nou­velle de l’assas­si­nat d’un tra­vailleur pro­vo­que une nou­velle flambée de colère. Les usines sont atta­quées, cer­tai­nes incen­diées.

L’agi­ta­tion reprend le lundi 29 : dès le matin, des mil­liers de mani­fes­tants se ras­sem­blent près de la zone éco­no­mique spéc­iale et les com­bats font déjà plus de 100 blessés. Ils sont rejoints par d’autres tra­vailleurs des usines voi­si­nes, des chômeurs et des habi­tants des bidon­vil­les voi­sins. Ils appren­nent que les usines d’un autre com­plexe proche, Hamin Group, sont ouver­tes et tra­vaillent. Les quel­que 20 000 mani­fes­tants s’y diri­gent, deve­nant plus de 50 000, sub­mer­geant les 400 poli­ciers sup­plém­ent­aires amenés de toute urgence, enva­his­sant le com­plexe, arro­sant le tout d’essence : l’incen­die réd­uira en cen­dres 7 usines, 8 000 machi­nes, tout le matériel et les mar­chan­di­ses, des voi­tu­res-camions et des cars. Pendant qu’il se pro­page, le gros des mani­fes­tants retourne blo­quer les axes rou­tiers pour empêcher les secours d’arri­ver sur les lieux. Dans la foulée, plus de 50 autres usines sont van­da­lisées.

Des ren­forts de police sont ache­minés sur le prin­ci­pal port du pays, Chittagong, de crainte que l’émeute ne se pro­page dans les 700 usines tex­ti­les de cette autre zone indus­trielle.L’émeute est stoppée le jour sui­vant avec le déplo­iement de plus de 2 000 poli­ciers et de l’armée dans le sec­teur de Dhaka .

Pour endi­guer d’autres émeutes, le gou­ver­ne­ment lance tout une vague répr­es­sive en accu­sant un « pays concur­rent » de finan­cer les émeutes, et mêlant dans les accu­sa­tions tra­vailleurs et partis d’oppo­si­tion. Après l’arres­ta­tion de 15 tra­vailleurs accusés de van­da­lisme et d’incen­die, des pour­sui­tes sont engagées contre 5 000 à 6 000 tra­vailleurs et contre 38 res­pon­sa­bles syn­di­caux et poli­ti­ques.

Le 16/8/2009 les tra­vailleurs de l’usine Envoy Garment à Ashulia en grève sont atta­qués par la police. 50 blessés. Les ouvriers des usines voi­si­nes débraient pour les protéger contre ces atta­ques

*25/8/2009— 100 blessés lors­que la police et Ansars atta­quent les tra­vailleurs de Auto Textile qui mani­fes­tent et blo­quent la voie de chemin de fer proche de l’usine pour avoir le paie­ment de trois mois de salai­res arriérés. Le même jour , la police fait évacuer les 800 tra­vailleurs de l’usine Washing and Design BD à Savar qui occu­pent pour l’amél­io­ration des condi­tions de ravail

Trouver d’autres formes de lutte

France ’De l’uti­li­sa­tion des bon­bon­nes de gaz (que l’on peut ache­ter par­tout)

On n’a pas tou­jours sous la main des pro­duits toxi­ques à dév­erser dans la rivière, des pneus à faire brûler ou des pro­duits inflam­ma­bles pour servir à incen­dier l’usine (il y a des pré­cédents : Cellatex en 2000, Daewoo en 2003, Metal Europe en 2003, Lenoir et Mernier en 2008, Helveticast en 2008). Les bon­bon­nes de gaz devien­nent un ins­tru­ment de lutte C’est à la portée de la main.Faire sauter l’usine devient une réalité dont on peut bran­dir la menace. Et sou­vent, c’est payant.

*13/7/2009 ’New Fabris à Chatellerault (Vienne) mise en liqui­da­tion le 16/6. Occupation et menace de faire sauter l’usine. Fin de conflit le 3/8 avec indem­nité spéc­iale de 12 000 euros et un contrat de tran­si­tion de 12 mois payés à 95 % du salaire.

*14/7/2009 ’Nortel (infor­ma­ti­que) à Chateaufort (Yvelines, ban­lieue de Paris). Mise en liqui­da­tion judi­ciaire fin mai, entre 460 et 680 emplois sup­primés. Menace de faire sauter l’usine. Même un minis­tre se dép­lace. Fin de conflit le 21 juillet avec une indem­nité spéc­iale com­prise entre 30 000 et 50 000 euros.

*17/7/2009 ’JLG à Tonneins (Lot-et-Garonne). Après trois semai­nes de grève et l’ins­tal­la­tion de bon­bon­nes de gaz, les 53 tra­vailleurs obtien­nent une indem­nité spéc­iale de 30 000 euros.

Une autre forme de lutte

*13/6/2009 ’EDF (voir pré­cédent bul­le­tin). Le conflit se pro­longe depuis plus de 10 semai­nes. 7 sites nuclé­aires sont blo­qués par des grèves tour­nan­tes de cen­tai­nes de tra­vailleurs de 19 cen­tra­les, ce qui entraîne des mena­ces par­fois passées à l’acte : som­ma­tions inter­pel­la­ti­ves, réq­ui­sitions. La grève vise les opé­rations de main­te­nance et de rechar­ge­ment qui sont retardées Le conflit sur­vient après un accord signé par tous les syn­di­cats (1,1 % d’aug­men­ta­tion plus des reva­lo­ri­sa­tions indi­vi­duel­les) mais les grév­istes veu­lent poser des ques­tions autres qu’une reven­di­ca­tion de salai­res de 5 % : pas de pri­va­ti­sa­tion, arrêt de la sous-trai­tance. On ne connaît pas la suite.

La récu­pération de la mar­chan­dise

France ’*6/8/2009 ’Dans le cadre d’une mani­fes­ta­tion contre l’ins­tal­la­tion d’un nouvel aéroport près de Nantes (Loire-Atlantique), une partie des mani­fes­tants récupère la mar­chan­dise dans un super U proche pour un pique-nique bien­venu.

Quand les militaires s’en mêlent

Afrique du Sud ’*28/8/2009 ’L’armée comp­te­rait plus de 2 000 dés­erteurs. Contre leurs condi­tions, 1 000 mili­tai­res mani­fes­tent pour 30 % d’aug­men­ta­tion de leur solde. De tels actes d’insou­mis­sion se sont rép­andus au cours des mois écoulés.

Russie –* 26/5/2009 ’Il est bien connu que le moral et les condi­tions de tra­vail dans l’armée russe ne sont pas à la hau­teur des ambi­tions passées. Le gou­ver­ne­ment a engagé une réf­orme visant à éli­miner toutes ces tares et à adap­ter l’outil guer­rier aux tech­ni­ques moder­nes de combat. Le nombre des offi­ciers serait réduit de près d’un tiers, pas­sant de 355 000 à 150 000. Officiers et trou­pes mani­fes­tent dans tout le pays contre ces réf­ormes qui visent non seu­le­ment les arme­ments mais aussi tout l’appa­reil auto­nome de l’armée : caser­nes, hôpitaux, écoles, ins­ti­tuts de recher­che, usines d’arme­ment. Jusqu’à présent conte­nue, cette rév­olte peut s’ampli­fier avec les ten­sions socia­les dues à la crise

Quand on a tout épuisé

Hollande ’*1/5/2009 ’Un agent de sécurité au chômage fonce en voi­ture dans la foule, visant la reine : il la manque mais tue 7 spec­ta­teurs et se sui­cide dans le même temps.

Inde ’*Juillet 2009 ’1 500 fer­miers endettés suite à l’achat de semen­ces OGM, acculés par Monsanto à la der­nière extrémité, se sui­ci­dent col­lec­ti­ve­ment à Chhattisgarh. Conséquence de la libé­ra­li­sation du marché dans le cadre de la « révo­lution verte », on compte ainsi dans les quin­zes der­nières années plus de 1 000 sui­ci­des de pay­sans se trou­vant dans les mêmes condi­tions extrêmes.

Grèce ’*Comme une suite des luttes de déc­embre der­nier (voir pré­cédents bul­le­tins), des atten­tats à la bombe, des incen­dies volon­tai­res de bâtiments admi­nis­tra­tifs, de ban­ques, de per­ma­nen­ces poli­ti­ques, de domi­ci­les de magis­trats, sont le lot quasi quo­ti­dien des rés­ist­ances. Ils émanent de différents grou­pes révo­luti­onn­aires clan­des­tins et la police semble impuis­sante à les pré­venir ou à les rép­rimer. .

La répression devient générale et s’étend à tous les domaines

Corée du Sud ’*3/7/2009 ’50 poli­ciers enva­his­sent le siège du syn­di­cat Korean Teachers Education Workers Union pour saisir des docu­ments et les ordi­na­teurs et trou­ver les noms de 17 000 ensei­gnants ayant signé une pétition contre le gou­ver­ne­ment, et enfreint ainsi l’obli­ga­tion de rés­erve faite aux fonc­tion­nai­res. Plus de 80 res­pon­sa­bles de ce syn­di­cat font déjà l’objet d’une enquête.

France * Depuis début 2009, des corps de « citoyens volon­tai­res de la police » sont mis en place, des volon­tai­res chargés des basses beso­gnes du tra­vail admi­nis­tra­tif : accueil, prév­ention, méd­iation, per­met­tant aux vrais flics d’être plus opé­rati­onnels sur le ter­rain.

Arabie Saoudite ’*2/7/2009 ’Un mur de 9 000 km va être cons­truit le long des fron­tières avec l’Irak et le Yémen, sous la forme d’une bar­rière de sécurité rem­plie de gad­gets élect­ro­niques équipés par le trust européen EADS, et contrôlée par une force de sécurité de 35 000 hommes ; l’édi­fi­cation pren­dra cinq années.

Iran ’*19/8/2009 ’La plu­part de ceux qui ont été arrêtés lors des mani­fes­ta­tions hos­ti­les à l’actuel gou­ver­ne­ment (mani­fes­ta­tions réprimées dans le sang), suite à des frau­des élec­to­rales (un conflit en partie social mais ins­tru­menté au sein des diri­geants de ce régime thé­oc­ra­tique), sont sou­vent transférés des pri­sons offi­ciel­les (où ils sont, bien que mal­traités et par­fois tor­turés, connus car enre­gis­trés) vers des pri­sons semi-offi­ciel­les, éch­appant à tout contrôle, et d’où l’on peut faci­le­ment dis­pa­raître. Impossible de connaître non seu­le­ment le nombre des vic­ti­mes de la répr­ession vio­lente dans la rue (des dizai­nes à des cen­tai­nes) mais le nombre de ceux qui sont morts sous la tor­ture (60 ou 100) dans ces cen­tres clan­des­tins, dont le nom et la situa­tion cir­cu­lent sous le man­teau.

Monde ’*12/6/2009 ’« On n’a jamais autant gagné d’argent. C’est l’âge d’or. Plus la situa­tion se détér­iore, mieux c’est. » C’est le propos d’un des mer­ce­nai­res qui, sous le cou­vert des croi­sa­des anti-ter­ro­ris­tes du capi­tal, ouvrent dans les guer­res loca­les actuel­les. En Irak, ils sont aussi nom­breux que l’armée régulière et ils opèrent aussi en Afghanistan. La firme Paravant, filiale de la firme mon­diale Blackwater rebap­tisée Xe pour effa­cer ses méfaits antérieurs — est la prin­ci­pale béné­fici­aire de la pri­va­ti­sa­tion de la guerre et est impli­quée dans les prin­ci­paux exac­tions et assas­si­nats commis sous le dra­peau US. Depuis 2000, les dép­enses mili­tai­res US ont crû de 71 % et ont encore aug­menté sous Obama. La guerre « contre le ter­ro­risme » à elle seule a coûté 800 mil­lions de dol­lars.

Faire payer la crise aux travailleurs

Grande-Bretagne ’*1/7/2009 ’British Airways met 7 000 tra­vailleurs sur 40 000 en congés non payés. La banque BBVA (31 000 employés) pousse des béné­voles à pren­dre des congés payés au tiers du salaire. Des pres­sions iden­ti­ques sont relevées pour réd­uire les coûts sous menace de licen­cie­ments, ce qui permet de garder dis­po­ni­ble le per­son­nel qua­li­fié dans l’évent­ualité d’une reprise, par exem­ple chez Cartier (luxe), chez KPMG (ser­vi­ces), British Airways (avia­tion), ArcelorMittal (sidér­urgie) ou au Financial Times (presse). Ailleurs, comme chez Honda à Swindon, l’usine est fermée quatre mois et la reprise se fait avec réd­uction de salai­res de 3 %, trans­ferts à la sous-trai­tance et réd­uctions d’horai­res. KLM (avia­tion) ins­taure la flexi­bi­lité pour ses pilo­tes en les conver­tis­sant en baga­gis­tes.

Les batailles autour de l’immigration

Italie ’*Août 2009 ’Une nou­velle loi sur la « sécurité » a porté de 2 à 6 mois la durée de l’inter­ne­ment dans un centre de rét­ention. Dans les 7 cen­tres de la pén­in­sule, sur­peu­plés, des mou­ve­ments divers de rés­ist­ance (refus de réint­égration, grèves de la faim, incen­dies, mani­fes­ta­tions inter­nes et exter­nes…) à Rome (4 et 7/8), Turin (13 et 14/8), Gradisca d’Isonzo (8/8), Turin (13, 14 et 18/8), Bari (16/8), Modène (18/8), Bologne (18/8), Milan (21/8), Monza (22/8)…

Algérie * 4/8/2009 ’L’uti­li­sa­tion de tra­vailleurs chi­nois pour l’exé­cution de tra­vaux d’infra­struc­tu­res a généré des ten­sions avec les tra­vailleurs algériens, vu le fort taux de chômage. Ces ten­sions se sont accrues, d’un côté parce que les tra­vailleurs ont osé mani­fes­ter pour leurs condi­tions de tra­vail, d’un autre côté parce que d’autres Chinois immi­grants (30 000 ?) se sont établis dans le petit com­merce, fai­sant concur­rence au com­merce algérien. Ces ten­sions ont dégénéré début août en affron­te­ments entre les deux com­mu­nautés autour de dév­iations racis­tes, avec sac­ca­ges des maga­sins chi­nois et peut être des morts.

Antilles* Juillet 2009 ’15 morts, 67 dis­pa­rus dans le nau­frage d’un bateau trans­por­tant 200 immi­grés clan­des­tins. Sud-Est asia­ti­que *’La crise frappe dure­ment les pays en dével­op­pement dont on van­tait les avan­ta­ges pour le capi­tal et dont cer­tains pôles atti­raient les immi­grants de tous pays, pro­ches ou loin­tains. C’est ainsi qu’en 2008, l’acti­vité de Singapour a baissé de 35 %, celle de Thaïlande de 26 %, celle d‘Indonésie de 36 %. À Singapour, pivot de tout le trafic mari­time, les navi­res inac­tifs s’ali­gnent sur des kilomètres. Tous les tra­vailleurs immi­grés, depuis les hauts cadres jusqu’à l’ouvrier d’usine, rega­gnent leur pays d’ori­gine, plus de 200 000 (un sur 15). D’après la Banque mon­diale, 53 mil­lions de tra­vailleurs sont à la rue dans tous ces pays dont la misère s’accroît encore du fait de la chute des envois finan­ciers des immi­grants, qui sont les pre­miers mis à la porte dans la crise.

États-Unis ’*Août 2009 ’On assiste non seu­le­ment à une chute de l’immi­gra­tion mais aussi au retour vers leur pays d’ori­gine d’immi­grants qua­li­fiés vers l’Afrique, l’Inde ou la Chine, où ils arri­vent prés­en­tement à mieux vivre avec les trans­ferts monét­aires et leur qua­li­fi­ca­tion.

France ’*24/6/2009 ’Occupation d’une annexe de la Bourse du tra­vail à Paris par des immi­grants ten­tant d’obte­nir leur régu­la­ri­sation (voir pré­cédents bul­le­tins). Un com­mando de 590 hommes mas­qués émanant du ser­vice d’ordre de la CGT expulse les occu­pants manu mili­tari, coups de matra­ques et gaz lacry­mos, en accord avec les flics qui, à l’écart, n’inter­vien­nent pas. Les expulsés sont divisés. Une partie des sans-papiers accep­tent la méd­iation syn­di­cale, occu­pent un immeu­ble dés­affecté de la Sécurité sociale dans le 18e arron­dis­se­ment. Une autre partie, refu­sant cette méd­iation, reste à camper sur le trot­toir devant la Bourse du tra­vail. La Cfdt locale, qui par ailleurs pour­suit deux inter­mit­tents du spec­ta­cle pour une occu­pa­tion antéri­eure de ses locaux, se féli­cite de la « libé­ration » de la Bourse du tra­vail. Par contre, la CGT limoge son res­pon­sa­ble confé­déral de la sécurité, fai­sant retom­ber sur une tête la res­pon­sa­bi­lité de l’opé­ration et éludant ainsi son dis­crédit.

*3/7/2009 ’D’après la Cour des comp­tes, les cen­tres de rét­ention où tran­si­tent annuel­le­ment plus de 35 000 sans-papiers ont coûté en 2008 près de 200 mil­lions d’euros.

République démoc­ra­tique du Congo * Le camp de Kibati dans le Nord-Kivu prévu pour 6 000 per­son­nes déplacées en héb­erge 40 000, alors que les com­bats ont repris dans la région.

Chine ’*Juillet-Août 2009 ’Dans le but prét­endu d’élever leur niveau de vie, les auto­rités chi­noi­ses du Xinjiang orga­ni­sent l’émig­ration des Ouïgours vers les pro­vin­ces côtières avec des quotas pour les auto­rités. Ces quasi-dép­or­tations de tra­vailleurs que non seu­le­ment l’ethnie mais aussi la reli­gion, les cou­tu­mes et la langue, différ­encient for­te­ment de la majo­rité Han, cau­sent iné­vi­tab­lement des ten­sions et le dével­op­pement d’un racisme. Il est dif­fi­cile de savoir com­ment s’est développé le conflit entre tra­vailleurs hans et ouïgours fin juin 2009 dans la fabri­que de jouets Early Light (20 000 tra­vailleurs dont 800 Ouïgours), à Shaoguan (Guangdong), mais sur la base d’accu­sa­tion de viols, des affron­te­ments entre les deux com­mu­nautés ont laissé deux morts ouïgours sur le car­reau. Ces meur­tres ont eu des rép­erc­ussions dans leur pro­vince d’ori­gine, le Xinjiang (extrême ouest de la Chine) : notam­ment à Ouroumtsi, la capi­tale de la pro­vince, les raids meur­triers des deux com­mu­nautés dif­fi­ci­le­ment conte­nues par la police auraient fait « offi­ciel­le­ment » 156 morts. Depuis, les ten­sions ne sont pas retombées. Et début août, de nou­veaux affron­te­ments à Ouroumtsi, à la fois entre com­mu­nautés et cha­cune d’elles avec la police.

Irlande du Nord –* 19/6/2009 ’Depuis une semaine, atta­ques de jeunes venus des milieux pro­tes­tants (liés aux ex-para­mi­li­tai­res) contre les Roumains. En 2008, plus de 100 atta­ques ont été relevées contre 41 en 1990.

Grande-Bretagne ’*12/6/2009 ’Un juge­ment ordonne l’évac­uation par les étudiants d’un bâtiment de l’Université de Londres occupé en pro­tes­ta­tion contre l’arres­ta­tion et la dép­or­tation, après un raid poli­cier dans l’enceinte uni­ver­si­taire, d’immi­grants sans papiers tra­vaillant pour une entre­prise de net­toyage.

Les ravages du capital

Sri Lanka ’*Juillet 2009 ’300 000 Tamouls res­tent internés dans des camps à Vavuniya et à Jaffna Peninsula der­rière des bar­belés, gardés par l’armée, avec inter­dic­tion de sortir et avec même des limi­tes inter­nes de cir­cu­la­tion. La guerre aurait fait — offi­ciel­le­ment — 8 000 vic­ti­mes civi­les et 13 000 blessés. Dans l’un des camps, un hôpital de 400 lits doit trai­ter 1 900 patients et au camp de Monk Farm, qui « héb­erge » 22 000 pri­son­niers, le seul hôpital sous tente com­porte 100 lits.

Monde –* 23/8/2009 ’Selon le BIT, on trou­ve­rait 12 mil­lions de véri­tables escla­ves dans le monde entier, sans comp­ter l’ensem­ble des tra­vailleurs qui ne sont for­mel­le­ment escla­ves que dans le temps de la vente de leur force de tra­vail.

Bangladesh ’*3/6/2009 ’Près de 5 mil­lions d’enfants âgés de 5 à 15 ans sont exploités dans les usines du pays. Ils seraient 150 mil­lions dans le monde à être soumis à toutes formes d’exploi­ta­tion, tout en vivant dans la misère.

Afrique du Sud ’*3/6/2009 ’61 tués dans l’incen­die d’une mine illé­gale aban­donnée par Harmony Gold Mining.

Russie –* 18/8/2009 ’Plus de 70 tra­vailleurs tués ou dis­pa­rus dans l’explo­sion de la plus grande usine hydro-élect­rique de Russie, en Sibérie, explo­sion due au manque d’entre­tien et à la vétusté des infra­struc­tu­res.

*Juillet 2009 ’« Les super­mar­chés sont un rêve impos­si­ble pour beau­coup de retraités. » Tout un marché quasi-clan­des­tin s’est développé dans la ban­lieue de Moscou où l’on ne trouve que des denrées ava­riées. Si le prix est si bas, seu­le­ment quel­que menue mon­naie, les gens achètent même avec le risque de s’empoi­son­ner. La crise place beau­coup de gens, chômeurs ou retraités, dans une telle situa­tion qu’ils n’ont abso­lu­ment rien pour sur­vi­vre. Le taux des sui­ci­des croît cons­tam­ment (deux fois plus impor­tant qu’en France), tou­chant notam­ment les vieux dont le mon­tant des pen­sions a dimi­nué de moitié depuis la chute du régime sovié­tique.

MANIPULATIONS

Monde ’*19/5/2009 ’167 pays ont adopté une conven­tion visant à amél­iorer les condi­tions de tra­vail des ouvriers des chan­tiers de démo­lition de navi­res mis à la casse, rem­plis de pro­duits toxi­ques divers. Ce déman­tèlement, effec­tué notam­ment en Inde, au Bangladesh, au Pakistan et main­te­nant en Chine, est effec­tué par des tra­vailleurs surex­ploités sans aucune préc­aution de sécurité, et pour des salai­res plus que de misère. Si la conven­tion en ques­tion prévoit une série de mesu­res pour iden­ti­fier les ris­ques, des plans de déman­tèlement et des cer­ti­fi­ca­tions, elle léga­lise en fait l’expor­ta­tion des navi­res toxi­ques vers les pays en dével­op­pement sans dép­ol­lution préa­lable. De plus, com­por­tant un tas de condi­tions préa­lables à son appli­ca­tion, elle ne sera effec­tive que dans plu­sieurs années et elle sup­pose une rati­fi­ca­tion par chaque pays. Il y a de beaux jours pour l’exten­sion de la situa­tion prés­ente car avec la chute du trafic mari­time due à la crise, le nombre de navi­res promus à la casse a doublé depuis le début 2009.

Les mala­dies du tra­vail. Une société pro­pose aux entre­pri­ses des psy pour tra­vailleurs stressés. Elle four­nit des « chèques-psy » iden­ti­ques aux chèques-res­tau­rant ou aux chèques-vacan­ces, qui don­nent droit gra­tui­te­ment à 5 ou 10 séances. Le but, bien sûr, est d’assu­rer une pro­duc­ti­vité sans heurts des exploités.

Grande-Bretagne ’*Elle était présentée il y a peu comme cham­pionne du libé­ral­isme, alors que l’État entre­tient un tra­vailleur sur 5, 572 000 dans les entre­pri­ses publi­ques, trois mil­lions pour les col­lec­ti­vités loca­les et 2,5 mil­lions pour le gou­ver­ne­ment cen­tral. Les dép­enses de l’État représ­entent la moitié de l’éco­nomie. La seule pér­iode com­pa­ra­ble est celle de l’éco­nomie de guerre. On ne compte pas dans ces chif­fres ceux qui, indi­rec­te­ment, seraient plus d’un mil­lion. Le National Health Service (le système natio­nal de santé) est le troi­sième plus grand employeur du monde avec 1,56 mil­lion de tra­vailleurs (seuls l’armée chi­noise et l’amé­ricain de la dis­tri­bu­tion Wal-Mart le dép­assent en effec­tif. Avec la crise, cette place de l’État s’est encore accrue, depuis le ren­floue­ment des ban­ques et réc­emment la natio­na­li­sa­tion de la ligne Londres-Édi­mbourg, alors que 16 autres lignes sont sub­ven­tionnées et trois seu­le­ment ren­ta­bles.

Suites de luttes

Quand une lutte débute et tant qu’elle se dér­oule, tous les médias en par­lent plus ou moins, sur­tout quand elle prend un tour hors des sen­tiers battus. Mais sou­vent, on ne sait pas com­ment et dans quel­les condi­tions elle se ter­mine et encore moins ce qui arrive à ceux qui ont pu se mettre en avant dans le conflit. Ce qui suit est une timide ten­ta­tive d’y remédier.

Guadeloupe et Martinique ’*Les mou­ve­ments de grande ampleur de la fin du prin­temps se sont ter­minés par des accords locaux qui don­naient satis­fac­tion à l’ensem­ble des reven­di­ca­tions. Sur le papier. Des actions loca­les se sont déroulées depuis pour contrain­dre notam­ment les patrons à appli­quer les accords sur les salai­res. Le 17 août, 1 000 tra­vailleurs du sec­teur pét­rolier de la Guadeloupe ont dû se remet­tre en grève pra­ti­que­ment dans les 98 sta­tions ser­vi­ces de l’île et blo­quer le trafic pour obte­nir le « res­pect des enga­ge­ments », ce qu’ils ont fina­le­ment obtenu.

États-Unis ’*18/7/2009 ’Les 500 tra­vailleurs de la Pennsylvania Electric Company met­tent fin à 2 mois de grève après avoir accepté un nou­veau contrat de 3 ans enté­rinant le blo­cage des salai­res pen­dant une année et limi­tant les aug­men­ta­tions à 2,50 % pen­dant les 2 années sui­van­tes.

*28/7/2009 ’Les 2 500 tra­vailleurs de Bell Helicopter à Dallas Fort Worth (Texas) repren­nent le tra­vail après 6 semai­nes de grève, avec un contrat de 4 ans : les salai­res seront blo­qués la pre­mière année et aug­mentés de 3 % cha­cune des 3 années sui­van­tes ; mise en sous-trai­tance de l’entre­tien ( 44 tra­vailleurs).

Colombie ’*17/7/2009 ’Fin de la grève de 2 semai­nes des ouvriers du pét­role, qui ont bloqué la pro­duc­tion de 110 puits, après ouver­ture de négoc­iations pour régler la ques­tion de l’embau­che des tra­vailleurs locaux.

Canada ’*10 /7/2009 ’40 inté­rim­aires de Multiserve tra­vaillant à l’usine ArcelorMittal d’Hamilton (Ontario) expulsés mani muli­tari après qu’ils eurent voté pour la grève sur le tas contre le projet de réd­uire leurs salai­res de 15 % et de dimi­nuer l’ensem­ble des avan­ta­ges sociaux.

Pérou * 24/7/2009 ’1 000 mineurs de Shougang Hierro Peru, pro­priété d’une firme chi­noise, met­tent fin à leur grève débutée le 13/7/2009 sur injonc­tion du ministère du Travail, qui a arbi­tré une aug­men­ta­tion de salaire de 1,10 US$ ( reven­di­ca­tion de 3 US$) et une prime de 433 US$.

Pour rép­ondre aux obli­ga­tions légales

Le res­pon­sa­ble de publi­ca­tion, H. Simon L’abon­dance des matières nous a contraint de lais­ser de côté toute une série de textes sur l’auto­mo­bile dans le monde (les trois »grands » amé­ricains aux USA, Ford et Avtovaz en Russie), sur les luttes en Grande Bretagne ( notam­ment dans les postes), sur les crimes du capi­tal. On les retrou­vera dans le pro­chain bul­le­tin

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