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Dans le monde, une classe en lutte janvier 2009

publié le mardi 10 février 2009

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1- EXERGUE 2- LA CRISE L’AUTRE FACE DU CAPÎTALISME 3 - LES PYROMANES POMPIERS LES RECETTES DE BONNES FEMMES 4 – LE PROLÉTARIAT EN PREMIÈRE LIGNE 5- LES DIVERSES FORMES DE RÉSISTANCE

1-EXERGUE

« L’alter­nance de dépr­ession et de prospérité dans l’indus­trie n’est pas un simple mou­ve­ment de balan­cier. Chaque nou­veau mou­ve­ment a tou­jours été accom­pa­gné d’une expan­sion. Après chaque effon­dre­ment, chaque crise, le capi­ta­lisme a été capa­ble de remon­ter la pente en étendant son domaine, ses mar­chés, le nombre de ses pro­duits et l’impor­tance de sa pro­duc­tion. Tant que le capi­ta­lisme peut étendre tou­jours plus sa domi­na­tion sur le monde et accroître ses dimen­sions, il peut offrir des emplois à la masse de la popu­la­tion. Et tant qu’il pourra faire face à la pre­mière exi­gence de tout système de pro­duc­tion : pro­cu­rer le néc­ess­aire vital à ses mem­bres, il sera capa­ble de se main­te­nir, parce qu’aucune néc­essité inexo­ra­ble n’obli­gera les tra­vailleurs à en finir avec lui. S’il pou­vait prospérer en s’étendant tou­jours plus, la révo­lution serait alors impos­si­ble autant que super­flue. (...) Les capi­ta­lis­tes d’Europe, puis d’Amérique ont pu accroître leur pro­duc­tion avec une telle régu­larité et une telle rapi­dité parce qu’ils étaient envi­ronnés d’un vaste monde non capi­ta­liste, n’ayant qu’une pro­duc­tion très réd­uite, et étant, à la fois, source de matières pre­mières et marché pour leurs pro­duits. (...) Le capi­ta­lisme lui-même, l’exploi­ta­tion indus­trielle s’intro­dui­sent dans ces pays et, bientôt, les anciens clients devien­nent des concur­rents.(...) Mais la Terre n’est qu’une sphère dont la sur­face est limitée. La déc­ouv­erte des dimen­sions finies du globe a accom­pa­gné la montée du capi­ta­lisme, il y a quatre siècles ; la prise en considé­ration des limi­tes de ces dimen­sions montre que le capi­ta­lisme a une fin. La popu­la­tion à asser­vir est limitée. Une fois qu’il aura fait entrer dans son domaine les cen­tai­nes de mil­lions de per­son­nes qui s’entas­sent dans les plai­nes fer­ti­les de Chine et d’Inde, le tra­vail essen­tiel du capi­ta­lisme sera accom­pli. (...) Aussi l’expan­sion du Capital se trou­vera-t-elle en échec. Non pas comme si un obs­ta­cle se dres­sait sou­dai­ne­ment devant elle, mais, peu à peu, par la dif­fi­culté de vendre des pro­duits et d’inves­tir du capi­tal. Alors le rythme de dével­op­pement se ralen­tira, la pro­duc­tion dimi­nuera. Le chômage devien­dra une mala­die insi­dieuse. Alors la lutte entre capi­ta­lis­tes pour la domi­na­tion du monde devien­dra plus acharnée, avec en pers­pec­tive de nou­vel­les guer­res mon­dia­les.(...) Alors ils [les tra­vailleurs] devront assu­mer la tâche de créer un monde meilleur à partit du chaos engen­dré par le capi­ta­lisme en pleine déc­ré­pitude. » (Les Conseils ouvriers, Anton Pannekoek, Spartacus, tome I, p. 146-147.)

Dans ce qui suit, nous essayons de mon­trer le déf­er­lement de la crise, d’une part ses conséqu­ences sur les condi­tions d’exploi­ta­tion et la vie quo­ti­dienne, d’autre part les réactions ouvrières dans le monde entier contre toutes ses conséqu­ences. Ce n’est nul­le­ment exhaus­tif : bien des choses ont été omises et chacun peut ajou­ter à chacun des cha­pi­tres ce qu’il connaît par sa propre expéri­ence ou en pro­ve­nance de l’ensem­ble des médias.

2 - LA CRISE L’AUTRE FACE DU CAPÎTALISME

Le Capital ne peut sur­vi­vre que s’il peut se repro­duire et s’accroître. C’est-à-dire s’il peut affi­cher un taux de crois­sance mon­dial lar­ge­ment posi­tif. Fin jan­vier, selon le FMI, ce taux de crois­sance mon­dial ne serait que de 0,50 %. Compte tenu du taux encore posi­tif de crois­sance des pays en dével­op­pement (notam­ment Chine et Inde), les pays indus­tria­lisés connais­sent des taux de décro­iss­ance incontrôlés. La seule pro­duc­tion indus­trielle mon­diale a décru de 6 % en novem­bre 2008 et cela conti­nue depuis. Aucun État n’est épargné : moins 7,6 % aux USA, moins 2 % dans l’Union europé­enne, moins 2,6 % au Japon, moins 2,8 % en Grande-Bretagne. 1,4 mil­liard de prolét­aires vit avec moins de 2 $ par jour ( 1,60 euro), soit la moitié du total mon­dial exploité ou en rés­erve. États-Unis – Un seul exem­ple : la semaine finis­sant le 10 jan­vier, les deman­des d’allo­ca­tion chômage ont aug­menté de 54 000. Les licen­cie­ments pleu­vent : Circuit City (chaîne de vente de matériel élect­rique) 30 000, GE Capital (banque) 11 000, Herz (loca­tion de voi­tu­res) 4 000, Well Point (santé privée) 1 500, Advance Micro (chips) 1 100, Pfizer (phar­ma­cie) 2 400, Marchall (banque) 830, Delta Airlines (Cie aéri­enne) 2 000 ; dans l’auto­mo­bile, Toyota, Nissan et Chrysler annon­cent des fer­me­tu­res d’usines et pour le reste, le pas­sage aux 4 jours tra­vaillés. Les usines en général tour­nent à 75 % de leur capa­cité et la pro­duc­tion indus­trielle a chuté en déc­embre de 2 %. Russie – La pro­duc­tion indus­trielle a plongé de 10,8 % en novem­bre 2008 par rap­port à octo­bre et de 8,7 % en une année. 200 000 licen­cie­ments sont effec­tifs ou en projet. Le nombre de tra­vailleurs ayant des arriérés de salai­res a doublé. Chaque jour annonce des licen­cie­ments par dizai­nes de mil­liers dans le monde entier ; rien qu’aux USA, 604 000 emplois sup­primés en 2008, l’aug­men­ta­tion, selon les bran­ches indus­triel­les, se situant par rap­port aux mêmes chif­fres en 2007 de 50 % à près de 300 %. 520 000 licen­cie­ments sont enre­gis­trés depuis novem­bre 2008 ; réc­emment, un seul lundi a enre­gis­tré l’annonce de 74 000 licen­cie­ments. Conséquence de la crise des sub­pri­mes, la dégr­in­go­lade dans le bâtiment où, depuis sep­tem­bre 2006, 780 000 emplois ont dis­paru. En établir la liste serait fas­ti­dieux et chacun peut s’en rendre compte depuis son envi­ron­ne­ment local, jusqu’à ce qu’en disent les médias natio­naux et inter­na­tio­naux. Pour l’avenir, les pro­nos­tics sont tout aussi flous que les éval­uations éco­no­miques des « experts » : 20, 30 ou 50 mil­lions de chômeurs en plus en 2009. Les paris sont ouverts pour savoir ce qui créera le plus d’angoisse pour le len­de­main. Une dimen­sion du chômage peut être donnée par ce seul exem­ple : dans le petit État de Rhodes Island, une firme de l’élect­ro­nique pro­pose l’embau­che de 80 tra­vailleurs qua­li­fiés : 500 can­di­dats se prés­entent. Europe – 3/11/2008 – En 2008, le nombre de failli­tes s’est accru de 17 %. Sur 220 mil­lions de tra­vailleurs européens, 108 mil­lions sont en situa­tion de pré­carité. En France, comme ailleurs, la liste des licen­cie­ments ou de réd­uction d’acti­vité s’allonge cons­tam­ment dans toutes les bran­ches d’indus­trie. Capitalisme et fraude – La seule loi que connaît le Capital est celle du profit qui vient essen­tiel­le­ment de l’exploi­ta­tion du tra­vail mais qui peut acces­soi­re­ment, dans la jungle de la concur­rence, venir de mal­façons et frau­des diver­ses. De telles frau­des et uti­li­sa­tions de pro­duits dan­ge­reux ont permis aux médias de stig­ma­ti­ser la Chine (le futur ennemi héré­dit­aire). Mais aucun pays ne peut se glo­ri­fier d’en être exempt : au même moment res­sor­tent de « gros­ses his­toi­res », celles du porc irlan­dais à la dioxine, aux hor­mo­nes de crois­sance, sans comp­ter les frau­des de moin­dre impor­tance impos­si­bles à recen­ser et sans qu’il soit néc­ess­aire de remon­ter dans le passé. Une enquête réc­ente rien qu’en France a révélé que sur 300 four­nis­seurs de 12 mul­ti­na­tio­na­les franç­aises, 44,50 % étaient des frau­deurs.

3 - LES PYROMANES POMPIERS LES RECETTES DE BONNES FEMMES

« Demandez aux experts ce qu’il faut faire ? La rép­onse est “Je ne sais pas” » (Tony Blair, ancien Premier minis­tre tra­vailliste – socia­liste – du gou­ver­ne­ment bri­tan­ni­que). D’où vien­nent les mil­liards déversés depuis des mois dans le monde entier sur les ban­ques, les indus­tries, par les États, par les ban­ques cen­tra­les, par le FMI ? D’après ce que l’on nous dit, de fonds pro­pres, d’emprunts. Quelles seront les conséqu­ences de ce qui ne seraient pas des sub­ven­tions mais des prêts qui devront être rem­boursés par les béné­fici­aires ? Cela com­mence par la faillite des plus petits États : l’Islande, l’Irlande, les pays Baltes, l’Ukraine. Mais ces ren­floue­ments sont assor­tis de condi­tions : des mesu­res d’austérité qui concer­nent l’ensem­ble des tra­vailleurs et ne réuss­issent guère, comme nous le dével­op­peront, à endi­guer des pro­tes­ta­tions de toutes sortes, sous la forme de crises poli­ti­ques qui mas­quent mal une crise sociale pro­fonde et géné­rale.

Monde – La guerre uni­laté­ra­lement « propre ». En 1947, un his­to­rien mili­taire amé­ricain a publié un livre bien docu­menté, Les sol­dats contre les armes, dével­oppant la différ­ence fon­da­men­tale entre un soldat réel et un soldat ima­gi­naire par­fait. La plu­part des sol­dats réels ne tire­raient pas sur l’ennemi. Une bonne partie ne feraient même pas feu et le reste arro­se­raient leur tir devant eux sans l’ajus­ter. Ses affir­ma­tions furent contro­versées mais l’expéri­ence ira­kienne a montré que les dizai­nes de mil­liers de balles recensées par ennemi tué l’ont été « inu­ti­le­ment ». Une faible pro­por­tion de la troupe engagée dans l’armée de terre (peut-être seu­le­ment 1 %) dirige réel­lement son tir vers un ennemi iden­ti­fié. Des robots seraient tous des sni­pers, des tueurs de sang-froid, visant avec une pré­cision inhu­maine et sans les hési­tations et les cas de cons­cience des humains. Pour les enrôler, pas besoin de leur accor­der des avan­ta­ges, à eux et à leur famille, de les entraîner ou de leur garan­tir une retraite. Sur le champ de bataille, leur enga­ge­ment signi­fie­rait la mort cer­taine de l’ennemi ren­contré. Cette robo­ti­sa­tion fonc­tionne déjà avec les drones. L’armée amé­ric­aine met en œuvre un pro­gramme, Future Combat System, impli­quant des véhi­cules blindés auto­ma­ti­ques et des robots armés. L’armée amé­ric­aine ainsi équipée serait soi-disant « irrés­is­tible » sur un champ de bataille. Étant donné l’uti­li­sa­tion des drones, y com­pris pour la sur­veillance des ban­lieues franç­aises, on peut ima­gi­ner le rôle de cette robo­ti­sa­tion dans la guerre sociale.

Monde – Toutes les col­lec­ti­vités vivant sur l’acti­vité éco­no­mique avec les impôts divers, c’est-à-dire sur ce qui est pompé sur la plus-value dégagée dans l’exploi­ta­tion du tra­vail, se trou­vent, à des degrés divers, devoir faire face à la dimi­nu­tion de leurs recet­tes alors qu’aug­men­tent leurs char­ges, notam­ment celles d’assis­tance aux plus démunis. La situa­tion peut être dra­ma­ti­que dans une ville où la fer­me­ture d’une seule usine tarit com­plè­tement les res­sour­ces, tout en créant d’énormes besoins d’assis­tance (voir ci-des­sous le cas de DHL aux USA). Ce sont encore les vieilles recet­tes qui pré­valent… En Grande-Bretagne, c’est le pays tout entier qui est touché avec une chute de la pro­duc­tion indus­trielle (de 2 % en 2008) et celle du prix du pét­role et du gaz, au moment où les licen­cie­ments tou­chent autant l’auto­mo­bile (40 000) que le sec­teur finan­cier (50 000) et où l’État doit dév­erser des mil­liards pour sauver un sec­teur finan­cier exor­bi­tant. La ville de Londres, prospère grâce à ce sec­teur finan­cier main­te­nant à la dérive, doit réd­uire considé­rab­lement toutes les sub­ven­tions au sec­teur public, depuis les biblio­thèques jusqu’aux trans­ports, tout en aug­men­tant les impôts locaux ; bien des muni­ci­pa­lités bri­tan­ni­ques sont dans une situa­tion sem­bla­ble, notam­ment celles qui ont fait affaire avec les ban­ques islan­dai­ses tota­le­ment en dér­oute.

Aux États-Unis, les villes et les États réd­uisent leur budget, donc leurs ser­vi­ces, par manque de recet­tes. Rhodes Island sup­prime la cou­ver­ture sociale à 1 000 béné­fici­aires. La Floride gèle la sub­ven­tion aux crèches. Des États n’ont plus de rés­erve pour le paie­ment des indem­nités du chômage, cinq États seu­le­ment pour 3 mois, huit autres pour 4 à 6 mois. En Californie ou à New York, les réd­uctions concer­nent la santé, l’édu­cation, l’aide sociale et les salai­res des employés qui doi­vent aussi aban­don­ner des jours fériés payés. L’Association natio­nale des gou­ver­neurs des États, dans une lettre à la représ­en­tation par­le­men­taire, déc­lare : « Nous réd­uisons tout ce que nous pou­vons et réd­uirons tout ce qui res­tera du domaine du pos­si­ble, mais iné­vi­tab­lement le déficit est trop grand pour que nous puis­sions y faire face. »
- 8/12/2008 – Les syn­di­cats au sau­ve­tage des patrons. Le vice-pré­sident du syn­di­cat de l’auto­mo­bile UAW, Holiefield, représ­entant les 150 000 syn­di­qués des trois « grands » General Motors, Ford et Chrysler, a déclaré : « Nous avons fait tout ce que nous pou­vions faire dans ce syn­di­cat ; alors je me tourne main­te­nant vers Dieu », lors d’un ser­vice reli­gieux dans la plus grande église de Detroit, en priant pour que le gou­ver­ne­ment ren­floue l’auto­mo­bile. Devant l’autel étaient exhibés trois modèles de voi­tu­res hybri­des de cha­cune des firmes et, pen­dant le ser­vice, les fidèles patrons et tra­vailleurs furent conviés par le prêtre à venir s’incli­ner devant les idoles pour rece­voir son onc­tion.
- 15/1/2009 – Trois ans après les rava­ges de l’oura­gan Katrina, la moitié des 500 000 habi­tants de La Nouvelle-Orléans n’ont pas réintégré leur ville car ils n’ont ni argent pour un voyage de retour, ni maison, ni tra­vail. Cette situa­tion est pro­grammée pour réd­uire la popu­la­tion noire de la ville. La crise éco­no­mique ne fait qu’aggra­ver cette poli­ti­que d’aban­don : la ville est deve­nue l’une des plus meur­trières des USA et les visi­teurs s’offrent le spec­ta­cle d’une cité réc­emment bom­bardée.

Chine – 8/1/2009 – L’an passé, avant la crise, le syn­di­cat offi­ciel ACFTU était encou­ragé par le gou­ver­ne­ment cen­tral à cons­ti­tuer des sec­tions dans nombre d’entre­pri­ses et de conclure des conven­tions d’entre­pri­ses garan­tis­sant un mini­mum de droits aux exploités. Mais depuis lors, d’autres recom­man­da­tions ont conseillé de mettre tout cela en sour­dine, de remet­tre à plus tard toute conces­sion, quand la situa­tion éco­no­mique serait meilleure pour les patrons.

Monde – Une firme LEHIDM (Low Education with High Income Don’t Mix) vient d’être créée à Monaco : 3 bou­le­vards de rêves (sic) à Monte-Carlo est une ONG aux buts bien définis : trou­ver et iden­ti­fier les mana­gers finan­ciers et autres qui, dans la débâcle, ont perdu leur yacht, leur jet, leurs maîtr­esses, leur villa sur la Riviera, leur chalet suisse et tout leur envi­ron­ne­ment. Des experts leur « appren­nent », en trois semai­nes, les gestes de la vie de chacun : appe­ler un taxi, vivre avec peu d’argent, atten­dre son tour dans une queue, parler en société, faire les cour­ses et même conduire.

17/1/2009 – Le Zimbabwe est l’image même de la dég­ra­dation et du chaos qu’entraîne le capi­ta­lisme dans une totale impuis­sance à y appor­ter des remèdes, le tout noyé dans des séqu­elles de la déco­lo­ni­sation et des conflits d’intérêts… Non seu­le­ment la misère ne fait que croître depuis des années, avec un effon­dre­ment total de l’éco­nomie dans une dic­ta­ture ubues­que, mais une épidémie de choléra touche main­te­nant 90 % du ter­ri­toire et s’étend aux pays voi­sins. Il est impos­si­ble d’en connaître l’étendue au-delà des chif­fres « offi­ciels » de 42 000 cas déclarés et de 2 200 morts. Chaque jour, on recen­se­rait plus de 100 nou­veaux cas.

4 – LE PROLÉTARIAT EN PREMIÈRE LIGNE

Le ren­for­ce­ment des contrôles sociaux Grande-Bretagne – 17/12/2008 – L’ampleur de la crise condui­sant à de plus en plus de deman­des aux ser­vi­ces divers d’indem­ni­sa­tion du chômage entraîne ces ser­vi­ces à tenter d’éli­miner le plus pos­si­ble de ces deman­deurs. Un dét­ecteur de men­songe fonc­tion­nant par télép­hone a été mis en ser­vice dans la ban­lieue de Londres. Il tente d’ana­ly­ser le ton des rép­onses à des ques­tions posées par le flic admi­nis­tra­tif. La préso­mption de fraude détectée par la machine décl­enche un enquête sur place. Il paraît que vu les rés­ultats, le système serait étendu à tout le pays.

États-Unis – À partir du 1/10/2008 – Le gou­ver­ne­ment amé­ricain rapa­trie d’Irak des unités spéc­iales de l’armée entraînées spéc­ia­lement au combat contre la guér­illa urbaine, The rai­ders. Ce type d’opé­ration était attri­bué nor­ma­le­ment à la Garde natio­nale, formée de volon­tai­res locaux appar­te­nant à la classe moyenne. Celle-ci, tou­chée par la crise, appa­raît moins fiable que l’armée de métier formée à la répr­ession de trou­bles sociaux domes­ti­ques.
- 3/1/2009 – En 2008, offi­ciel­le­ment 725 mexi­cains sont morts en essayant de tra­ver­ser la fron­tière mais 700 000 auraient réussi à entrer sur le ter­ri­toire amé­ricain, la grande majo­rité étant âgée de 14 à 35 ans.
- 2/11/2008 – Le gou­ver­ne­ment inter­dit toute adhésion syn­di­cale aux fonc­tion­nai­res tra­vaillant dans les sec­teurs de l’énergie, de la santé, de la jus­tice, des trans­ports et du Trésor parce qu’ils œuvre­raient dans des sec­teurs « impli­quant la sécurité natio­nale ». France – 19/12/2008 – Les pri­sons sont plus que rem­plies, avec une sur­po­pu­la­tion de 124 %. Sur les pen­sion­nai­res, 50 % n’ont aucun diplôme et 15 % d’entre eux sont illet­trés ; 38 % se dro­guent et 40 % ont des trou­bles psy­chia­tri­ques. L’inter­ne­ment peut signi­fier une condam­na­tion à mort : les internés, sou­vent en prév­en­tive ou enfermés pour des peines légères, se sui­ci­dent au rythme à peu près cons­tant de 100 par année (115 en 2008).
- Décembre 2008 – Sans trop savoir qui incri­mi­ner pour des sabo­ta­ges sur des lignes de la Sncf, le gou­ver­ne­ment arrête une dizaine de mem­bres d’un noyau poli­ti­que d’avant-garde ins­tallé dans le centre de la France. Qualifiés d’ « anar­cho-auto­no­mes », les par­ti­ci­pants à cette « mou­vance » sont peu à peu relâchés, le présumé « chef » étant main­tenu depuis des semai­nes en prison sans aucune preuve. Le 24/1/2009, une pre­mière mani­fes­ta­tion de soli­da­rité de tous ceux qui se sen­tent menacés par cette répr­ession est dure­ment réprimée ; une seconde le 31/1/2009 réunit plu­sieurs mil­liers d’oppo­sants à la dérive sécu­rit­aire du pou­voir.

- 3/1/2009 – 35 000 flics mobi­lisés le 31 déc­embre pour limi­ter les incen­dies de voi­ture dans la der­nière nuit de l’année. Résultat, 30 % de voi­tu­res brûlées en plus par rap­port à la der­nière nuit 2007, dû à de mau­vais citoyens incen­diant leur voi­ture pour tou­cher l’assu­rance.
- 4/1/2009 – Des entre­pri­ses prospèrent en ces temps de crise, les « sociétés de conseils en opti­mi­sa­tion des coûts » qui pro­po­sent de rogner le plus pos­si­ble sur les coûts du tra­vail, notam­ment tout ce qui concerne le salaire différé. Un de leurs champs préférés est le taux des coti­sa­tions pour les mala­dies pro­fes­sion­nel­les et les acci­dents du tra­vail qui varie selon la dan­ge­ro­sité pour les tra­vailleurs. Aux USA, fin 2008, 2 000 sociétés prospèrent pour ensei­gner com­ment éviter toute syn­di­ca­li­sa­tion qui signi­fie­rait obli­ga­toi­re­ment une conven­tion d’entre­prise don­nant aux tra­vailleurs un mini­mum de droits. Parallèlement, dans ce pays et depuis 1977, le nombre des ins­pec­teurs du tra­vail a décru de 21 % alors que la force de tra­vail s’est accrue de 61 %.

Israël – Gaza – 6/1/2009 – Toutes les guer­res loca­les ser­vent de champ d’expé­rim­en­tation à des armes nou­vel­les in vivo (bombes au phos­phore, bombes à par­ti­cu­les). Des armes qui, vu leur expé­rim­en­tation dans un ter­ri­toire à haute den­sité de popu­la­tion, pour­raient éventu­el­lement servir dans des émeutes de grande dimen­sion. Certaines de ces nou­vel­les armes n’ont été iden­ti­fiées que par leurs effets dév­as­tateurs : « De peti­tes boules de car­bone conte­nant un alliage de tungs­tène, de cobalt, ne tuent pas mais cau­sent des lésions inconnues. Elles ne lais­sent aucune trace de métal dans le corps mais entraînent d’étr­anges hém­or­ragies inter­nes. Une matière inconnue brûle les vais­seaux et pro­vo­que la mort. Nous ne pou­vons rien faire » ajoute un médecin. Brésil – 23/1/2009 – Un mur d’un mètre de haut sur­monté d’une clôture grillagée d’un mètre soixante encer­cle sur 900 mètres la favela Dona Marta , un des bidon­vil­les de Rio de Janeiro, pour l’isoler des quar­tiers huppés pro­ches et empêcher son exten­sion. Raisons invo­quées : la sécurité et l’éco­logie. Les 218 fave­las qui ont surgi et qui prospèrent depuis des années autour de Rio sont menacées de tels encer­cle­ments qui seraient conçus aussi comme un moyen de lutte contre les gangs de la drogue. Le dur­cis­se­ment des condi­tions d’exploi­ta­tion

Chine– Dans le Guangdong, les firmes Tiny Toys et Youngleda Toys fabri­quent tous les per­son­na­ges et pro­duits dérivés de Disney Production. Journée de tra­vail de 12 à 15 heures dans des ate­liers sur­chauffés sans ven­ti­la­tion pour évacuer des sol­vants nocifs, pas de repos heb­do­ma­daire… La fini­tion d’une pelu­che est payée 1 cen­time d’euro pièce pour un salaire com­pris entre 48 et 50 euros men­suels sur les­quels sont prélevés 12,6 euros pour un loge­ment mina­ble en dor­toirs de 8 à 16 lits, infestés de cafards et de rats, et pour de la nour­ri­ture infecte. Disney se targue pour­tant de com­merce équi­table.

Turquie – 28/2/2009 – Prada est l’une des mar­ques de luxe mon­dia­les de l’habille­ment et l’héritière à la tête de la firme est, d’après le Wall Street Journal, l’une des femmes les plus riches et les plus puis­san­tes du monde. Toute une partie de la pro­duc­tion est assurée en Turquie par l’entre­prise Desa où les journées de tra­vail peu­vent attein­dre 40 heures d’affilée. Pas de paie­ment d’heures sup­plém­ent­aires, des salai­res qui ne per­met­tent de cou­vrir que la moitié des besoins de base, pas de sécurité, notam­ment dans la mani­pu­la­tion de pro­duits toxi­ques. Prada, sou­cieuse de son image, prétend avoir enquêté sur ces condi­tions mais les tra­vailleurs turcs n’en ont jamais entendu parler. En avril 2008, plu­sieurs cen­tai­nes d’ouvriers de Desa ont tenté de former un syn­di­cat. Quelques jours plus tard, 5 « meneurs » ont été contraints à la dém­ission. Une contre-offen­sive patro­nale a entraîné 44 licen­cie­ments et a contraint 55 ouvriers à quit­ter le syn­di­cat. France – 3/12/2008 – Une agence de voyage Safar à Tours (Indre-et-Loire) licen­cie à 17 heures par un fax sur leur lieu de tra­vail ses 29 tra­vailleurs, sans aucune indem­nité et alors qu’une moitié de leur salaire men­suel reste due.
- 9/1/2009 – Une enquête publiée dans la revue Science et Travail a révélé – ce dont on se dou­tait – l’impor­tance des « symptômes dépr­ess­ifs et anxieux », la souf­france men­tale dans le tra­vail, dans les sec­teurs les plus divers, tou­chant davan­tage les femmes que les hommes. Ce ne sont pas les sec­teurs aux­quels on pense habi­tuel­le­ment quant à l’inten­si­fi­ca­tion du tra­vail (res­tau­ra­tion, BTP ou indus­tries manu­fac­tu­rières) qui sont les plus tou­chés. Le stress n’est pas lié à la dureté phy­si­que des condi­tions d’exploi­ta­tion mais à l’orga­ni­sa­tion du tra­vail et au mode de mana­ge­ment. Allemagne – 170 000 tra­vailleurs de l’auto­mo­bile voient leurs salai­res de plus en plus réduits avec les mesu­res de chômage tech­ni­que ; cer­tains depuis dix-huit mois n’ont perçu que 60 à 70 % de leur salaire. Les tra­vailleurs des sous-trai­tants sont encore plus mal­traités. L’ensem­ble de ces mesu­res est mis en œuvre dans une col­la­bo­ra­tion étr­oite entre les employeurs, le syn­di­cat IG Metall et les conseils d’entre­prise.

États-Unis – 8/1/2009 – Le syn­di­cat UAW cède aux ulti­ma­tums poli­ti­ques pour le sou­tien finan­cier du gou­ver­ne­ment à deux des trois grands de l’auto­mo­bile. Suppression de 31 500 emplois, fer­me­ture de 9 usines, salai­res horai­res dimi­nués de moitié, éli­mi­nation de la job bank, indem­ni­sa­tion du chômage tech­ni­que.

L’exclu­sion des plus fai­bles et les conséqu­ences et réactions indi­vi­duel­les : la misère sociale, les femmes et les enfants en pre­mière ligne États-Unis – Multiplication des acci­dents causés par l’uti­li­sa­tion de sub­sti­tuts bon marché, due à l’impos­si­bi­lité de sub­ve­nir aux dép­enses cou­ran­tes (beau­coup de famil­les se voient couper le gaz et l’élect­ricité dont les fac­tu­res ne peu­vent être payées). Cela concerne notam­ment le chauf­fage, les chauf­fa­ges d’appoint non contrôlés entraînant des dés­astres. Quelques exem­ples : 26/12/2008, 7 morts dans un incen­die et de nou­veau 6 dans un autre sinis­tre causé par des chauf­fa­ges au fuel, à Washington DC. 30/12/2008 – L’accrois­se­ment des vio­len­ces domes­ti­ques et notam­ment des abus sur les enfants (due au stress causé par la chute dans la pré­carité) entraîne un embou­teillage mons­tre des hot lines – lignes télép­ho­niques d’appels au secours – des cen­tres de soins, de tous les ser­vi­ces sociaux et des abris (rien que pour le Texas, leur fréqu­en­tation en 2008 a grimpé de 240 %). Les actes de dés­espoir se mul­ti­plient : un diri­geant licen­cié tue toute sa famille et se sui­cide ; dans l’Ohio, une femme de 90 ans se tue alors qu’on vient de l’expul­ser de la modeste maison qu’elle occu­pait depuis trente-huit ans ; dans l’Ohio encore, une femme de 36 ans enflamme un mate­las dans le garage de sa maison « repossédée » qu’elle avait acquise en 2006, s’assied en face dans la rue et la regarde brûler ; dans le Massachusetts, une femme menacée d’expul­sion se sui­cide ; dans le même État, une femme de 52 ans tue ses trois chats avant de se sui­ci­der avec le fusil de son mari, lais­sant une note pour son enter­re­ment et les papiers de son assu­rance ; à Los Angeles, un diri­geant licen­cié tue sa femme, ses trois fils et sa belle-mère, et se sui­cide en lais­sant un écrit sou­li­gnant que c’était plus hono­ra­ble de finir comme cela ; en Floride, un expulsé tue sa femme, son chien, met le feu à sa maison et aux mai­sons voi­si­nes « repossédées » et se sui­cide. Ce ne sont pas des cas isolés. Rien qu’en Californie, on dén­omb­rerait 2 000 cas sus­pects d’incen­die de mai­sons récupérées par les ban­ques cré­ancières. Depuis 1982, le coût des études supéri­eures a grimpé de 439 %, celui de la santé de 251 % alors que le revenu moyen des famil­les n’a aug­menté que de 147 % pour une infla­tion de 106 %. Une étude cons­tate que les USA sont « un des rares pays du monde où la popu­la­tion âgée est plus ins­truite que la popu­la­tion jeune ».

Dans le monde – 20/1/2009 – Plus d’un mil­lion de femmes meu­rent chaque année de com­pli­ca­tions suite à un accou­che­ment (10 mil­lions depuis 1990). 80 % de ces décès auraient pu être évités par des soins très élém­ent­aires. Pour des rai­sons simi­lai­res, depuis 1990, 4 mil­lions de bébés sont morts dans les 20 pre­miers jours, 14 fois plus que la moyenne des pays indus­tria­lisés.

Les immi­grés

Dubai – Autour de la ville de Dubai, des « camps de tra­vail » regrou­pent plus de 100 000 migrants qui, dans les récents mois, ont mani­festé contre leurs condi­tions de tra­vail et en vue obte­nir le paie­ment des salai­res. Ils sont main­te­nant menacés par la crise éco­no­mique mon­diale. Les pro­jets méga­lo­manes poussés avec l’envol du prix du pét­role et basés en partie sur le crédit ont été annulés ou reportés avec le chute du prix du brut et les res­tric­tions des crédits ban­cai­res. Par crainte d’émeutes, de plus en plus de ces migrants sont ren­voyés dans leur pays avec des inci­ta­tions sous la forme d’une surex­ploi­ta­tion, comme par exem­ple une réd­uction de 40 % des salai­res. Trois mil­lions d’entre eux (Indiens, Bangladais, Pakistanais) ont ainsi quitté les Émirats arabes. Un cer­tain nombre d’entre eux ne peu­vent même pas se payer le voyage de retour et sont laissés à l’aban­don sans aucune res­source. Koweït City – Une société de ser­vi­ces exploite pour l’entre­tien des immeu­bles 5 000 immi­grés attirés par des pro­mes­ses de salai­res de 50 dinars, mais seu­le­ment payés 18 dinars pour un tra­vail de 16 heures par jour, sans jour de repos. Lors d’une grève illi­mitée, le 21/7/2008, plus de 500 mani­fes­tent et sont atta­qués par la police : 15 blessés et 60 arres­ta­tions. Le tra­vail reprend sur des pro­mes­ses d’amél­io­ration. Mais plus de 1 000 sont arrêtés ultéri­eu­rement pour être déportés ; 100 d’entre eux ont été ainsi ren­voyés dans leurs foyers.

Irak – 12/5/2008 – Venant du Bangladesh, du Sri Lanka, d’Ouganda, d’Inde et du Népal, plus de 600 tra­vailleurs sont par­qués dans un entrepôt en ruines à l’aéroport de Bagdad depuis des mois. Ils ont été recrutés pour un sous-trai­tant de l’armée amé­ric­aine, KBR, par l’intermédi­aire d’une firme de ser­vi­ces koweïti­enne. Ils ont dû payer entre 3 et 5 000 dol­lars, sou­vent en liqui­dant tous leurs biens. Ceux qui les ont conduits là ont dis­paru avec l’argent, les pas­se­ports et autres docu­ments. Harassés par les poli­ces, sans argent, sans tra­vail, ils ne sur­vi­vent que par la soli­da­rité des tra­vailleurs ira­kiens. États-Unis – La vente des billets pour le voyage annuel des immi­grants au pays natal a chuté de 40 % en 2008 et une bonne partie des billets vendus ne sont que des allers sans retours. D’autre part, aux USA comme dans nombre de pays connais­sant des migra­tions intéri­eures ou extéri­eures, une partie des migrants n’ont même pas suf­fi­sam­ment pour payer ce voyage sans retour.

Afrique du Sud – L’effon­dre­ment du marché auto­mo­bile a réduit l’uti­li­sa­tion du pla­tine indus­triel. Une seule firme, Lomain, licen­cie 5 500 tra­vailleurs dans 32 de ses mines. Misère en cas­cade car immi­grés ou pas, on cal­cule que pour 30 % d’entre eux, un seul tra­vailleur fait vivre 8 per­son­nes. L’indus­trie tex­tile connaît les mêmes pro­blèmes qu’en Chine avec le refou­le­ment des migrants intérieurs et immi­grants des pays voi­sins. Russie – 26/12/2008 – Des mil­liers de migrants tad­jiks, ouz­beks ou kir­ghizs licen­ciés à cause de la crise, sou­vent avec des salai­res impayés, sont contraints d’errer dans la région de Moscou. Les préc­aires (CDD, inté­rim­aires, inter­mit­tents)

Chine – 22/12/2008 – Sur les 10 mil­lions de migrants qui ont été jetés à la rue, la moitié ont rega­gné leurs cam­pa­gnes. Au cours du mois écoulé, les émeutes, sur­tout pour le paie­ment des salai­res, sont mon­naie cou­rante. Le pou­voir cen­tral a demandé aux gou­ver­ne­ments locaux de créer des emplois pour les migrants de retour. Un offi­ciel a déclaré qu’en 2008, un mil­lion et demi d’étudiants n’a pas trouvé d’emploi alors qu’en 2009, six mil­lions et demi d’autres étudiants seront déversés sur le marché.

5 – LES DIVERSES FORMES DE RÉSISTANCE

Actions col­lec­ti­ves contre le pou­voir cen­tral

Manifestations et émeutes (sou­vent ne dép­assant pas le caractère poli­ti­que d’une reven­di­ca­tion d’un chan­ge­ment de gou­ver­ne­ment et l’annu­la­tion de mesu­res poli­ti­ques).

Grèce – Décembre 2008 – Se gref­fant sur des mou­ve­ments de tout le milieu uni­ver­si­taire contre des pro­jets de réf­orme du système édu­catif et sur un méc­ont­en­tement général consé­cutif aux res­tric­tions imposées par la crise éco­no­mique, le meur­tre d’un jeune par un poli­cier décl­enche une vague de mani­fes­ta­tions et d’émeutes de la part de toute une mar­gi­na­lité étudi­ante et poli­ti­que. La vio­lence des affron­te­ments avec la police, la récu­pération des mar­chan­di­ses dans le pillage de maga­sins, l’occu­pa­tion de bâtiments uni­ver­si­tai­res, de muni­ci­pa­lités et du siège du prin­ci­pal syn­di­cat ouvrier ne réuss­issent pour­tant pas à entraîner un mou­ve­ment plus vaste impli­quant l’ensem­ble des tra­vailleurs. Le mou­ve­ment s’éteint de lui-même à la fin de l’année. Fin jan­vier 2009, un autre mou­ve­ment conduit des mil­liers de pay­sans à blo­quer avec leurs trac­teurs les prin­ci­pa­les voies de com­mu­ni­ca­tion du pays et les postes fron­tières avec les pays voi­sins. Cette pro­tes­ta­tion plus spé­ci­fique vise les conséqu­ences de l’intég­ration europé­enne qui a entraîné une chute des prix agri­co­les, notam­ment des jeunes agri­culteurs aux prises avec des dif­fi­cultés finan­cières. Un ulti­ma­tum du gou­ver­ne­ment met fin au blo­cage.

Lettonie – 13/1/2009 – 10 000 mani­fes­tants devant le Parlement à Riga contre un plan d’austérité imposé par la FMI (réd­uction de 15 % des salai­res de tout le sec­teur public pour­tant parmi les plus bas d’Europe, gel des retrai­tes, aug­men­ta­tion de la TVA). Les mani­fes­tants atta­quent les bâtiments offi­ciels avec des cock­tails Molotov. Durement réprimés : 28 blessés, 126 arres­ta­tions.

Lituanie – 5/1/2009 – Vilnius : 20 000 mani­fes­tants contre des mesu­res d’austérité atta­quent le Parlement.

Bulgarie – 21/1/2009 – Dans la capi­tale Sofia, une mani­fes­ta­tion de plu­sieurs mil­liers de per­son­nes contre la poli­ti­que du gou­ver­ne­ment tourne à l’émeute. Une tren­taine de blessés.

Islande – 22/1/2009 – Suite à l’effon­dre­ment finan­cier et à la crise éco­no­mique, des ras­sem­ble­ments spon­tanés de mil­liers d’Islandais s’atta­quent au Parlement et au siège du Premier minis­tre. Ce der­nier, agressé dans la rue, doit être dégagé par les flics.

Nigeria – 3/1/2008 – Des cen­tai­nes de morts dans des affron­te­ments causés par la situa­tion éco­no­mique mais pre­nant la forme de conflits eth­ni­ques et reli­gieux entre catho­li­ques et musul­mans autour d’élections loca­les. Algérie – 4/12/2008 – Depuis plus d’un an, chaque jour connaît trois émeutes ou autres formes de pro­tes­ta­tions (par exem­ple, blo­ca­ges rou­tiers). Certaines de ces émeutes durent plu­sieurs jours : Timimoun en février, Ghardaïa en mars, Gdyel (Oran) et Tiaret en avril, Ksar el Boukhari, Berriane et Oran en mai, Berriane en juillet, Annabaet M’silam en août, Tizi Ouzou et Tissemlit en sep­tem­bre, Annaba en octo­bre, Meftahen en novem­bre. Le moin­dre fait local est l’étinc­elle qui pro­vo­que une explo­sion qui reste loca­lisée : atta­que des sièges sociaux d’entre­pri­ses, des bâtiments publics, avec par­fois pilla­ges de maga­sins et blo­ca­ges rou­tiers. La police débordée ne peut « rétablir l’ordre » qu’avec des ren­forts de l’armée. Les arres­ta­tions se comp­tent par cen­tai­nes. Un seul exem­ple : à Chlef (180 000 habi­tants à 200 kilomètres à l’ouest d’Alger), un différend autour de la recons­truc­tion des dégâts causés par le trem­ble­ment de terre de 1980 dégénère en deux jours d’affron­te­ments avec atta­ques de bâtiments publics, de ban­ques, pilla­ges et incen­dies de voi­tu­res. L’armée doit inter­ve­nir. 87 arres­ta­tions.

France – Décembre 2008 – Une agi­ta­tion crois­sante dans les lycées contre une réf­orme des pro­gram­mes et des sup­pres­sions de postes avec occu­pa­tions, mani­fes­ta­tions et affron­te­ments avec la police, entraîne une recu­lade du gou­ver­ne­ment qui sus­pend pour un an l’ensem­ble des mesu­res envi­sagées. Le mou­ve­ment ne reprend pas après les vacan­ces de fin d’année.
- 29/1/2009 – Une seule journée de grèves et de mani­fes­ta­tions orga­nisée par l’ensem­ble des syn­di­cats contre la poli­ti­que du gou­ver­ne­ment avec un sau­pou­drage de reven­di­ca­tions regroupe entre 1 et 2 mil­lions de par­ti­ci­pants dans toute la France ; une sorte de contre-feu dans une una­ni­mité syn­di­cale de façade. Des affron­te­ments avec la police, des blessés et des arres­ta­tions. À Saint-Nazaire (Loire-Atlantique, ville indus­trielle, site notam­ment de chan­tiers navals), cette journée voit s’affron­ter dure­ment les ouvriers et la police dans une sorte de guér­illa urbaine impli­quant plus de 1 000 par­ti­ci­pants, suite à une mani­fes­ta­tion ayant regroupé 25 000 tra­vailleurs.

Actions collectives syndicales des travailleurs d’une entreprise

Roumanie – 26/1/2009 – L’usine Renault-Dacia, qui a connu quatre grèves en novem­bre 2008, est fermée de mi-déc­embre au 12 jan­vier. Une menace de 3 à 4 000 licen­cie­ments entraîne actions et mani­fes­ta­tions. Le chômage tou­che­rait plus ample­ment les sous-trai­tants. Parallèlement, des blo­ca­ges rou­tiers contre la hausse du prix des car­bu­rants.

Grande-Bretagne – Novembre et déc­embre 2008 – Toute une série de grèves tém­oignant d’un méc­ont­en­tement général qui n’arrive pour­tant pas à se concré­tiser dans un mou­ve­ment global : – contre le trans­fert de ser­vi­ces pos­taux au privé : trois jours de grève de cen­tai­nes de pos­tiers après deux journées antéri­eures comp­tant plus de 100 employés dans les piquets de grève ; – contre les res­tric­tions de crédit imposées aux muni­ci­pa­lités et toutes col­lec­ti­vités qui entraînent des réd­uctions d’effec­tifs, des blo­ca­ges de salai­res, ce qui décl­enche de mul­ti­ples conflits locaux.
- Une journée de grève des 700 chauf­feurs de la société Stagecoach Bluebird à Aberdeen (Ecosse), pour les salai­res.
- Une journée de grève de 3 500 tra­vailleurs de la société des eaux en Ecosse.
- Usine Ford de Southampton : débra­yages et mani­fes­ta­tions contre les licen­cie­ments.
- 5/1/2009 – Série de grèves des conduc­teurs de bus lon­do­niens pour les salai­res.
- 17/1/2009 – Wembley, ban­lieue nord-ouest de Londres, 120 tra­vailleurs, la plu­part des femmes asia­ti­ques d’une firme de condi­tion­ne­ment de pro­duits phar­ma­ceu­ti­ques, Chimelines, sont engagés dans une série de grèves pour les salai­res et pour la réemb­auche de 20 d’entre elles mises à pied pour une pér­iode indé­finie.

États-Unis – 27/1/2009 – 100 infir­mières d’un hôpital privé de la chaîne Innova dans le New Jersey en grève contre une ten­ta­tive de réd­uire les salai­res d’un tiers et d’aug­men­ter les pré­lè­vements pour les garan­ties retraite et santé.
- 19/12/2008 – Les tra­vailleurs d’une usine de condi­tion­ne­ment de volaille Case Farm à Winesbourg dans l’Ohio sont en grève depuis juillet 2007 pour les salai­res. Le piquet de grève est atta­qué par des fer­miers des envi­rons.
- 3/1/2009 – Vought Aircraft Industry à Nashville (Tennessee) fabri­que des ailes d’avion pour Airbus, Gulfstream et des appa­reils mili­tai­res. 900 mét­allos sont en grève contre le projet de sup­pri­mer la retraite maison pour la rever­ser dans le régime général. L’ulti­ma­tum patro­nal de pren­dre des tra­vailleurs de rem­pla­ce­ment (pou­vant deve­nir léga­lement des sala­riés à plein temps, les grév­istes étant licen­ciés, 500 rem­plaçants ont déjà été embau­chés) met fin à la grève, la retraite étant main­te­nue pour les anciens, pas pour les nou­veaux ; de légères aug­men­ta­tions de salaire et un plan de départs volon­tai­res indem­nisé de 20 à 25 000 $ sont mis en place.
- Janvier 2009 – 30 000 sur 40 000 rou­tiers de la com­pa­gnie de trans­ports YRC Worldwide accep­tent le plan de restruc­tu­ra­tion pro­posé avec l’accord du syn­di­cat des Teamsters com­por­tant 3 750 licen­cie­ments et une réd­uction des salai­res de 10 %. La firme est sur le point de fusion­ner avec Roadway and Yellow Freight ce qui, pense-t-on, entraî­nera le licen­cie­ment de 15 à 20 % des effec­tifs com­muns.

- 2/12/2008 – Chicago : une entre­prise de matériaux pour le bâtiment, Republic Windows and Doors, tou­chée par la crise du bâtiment consé­cu­tive à la dér­oute des sub­pri­mes, se voit refu­ser par la Bank of America le crédit qui lui per­met­trait de payer à ses 240 tra­vailleurs les indem­nités qui leur sont dues en cas de licen­cie­ment (deux mois de salai­res et les congés payés). La fer­me­ture de l’usine, préparée à l’avance dans le secret, leur est annoncée le 2 déc­embre au soir : ils seront à la rue le 5 ; ce jour-là, on leur annonce aussi la vérité, ils ne tou­che­ront rien. Ils décident sur le champ d’occu­per l’usine et d’y rester jusqu’à ce qu’ils obtien­nent ce qui leur est dû. Devant l’écho que ren­contre cette grève, avec pre­mière occu­pa­tion aux USA depuis 1937, devant la soli­da­rité qui s’affirme imméd­ia­tement des tra­vailleurs des usines voi­si­nes et la crainte de l’exem­ple que cela peut four­nir pour les mil­liers de licen­ciés, toutes les auto­rités se mobi­li­sent pour que ce paie­ment soit effec­tué. Grève et occu­pa­tion ces­sent quatre jours plus tard. Mais cela reste un aperçu de ce qui peut se passer aux USA prés­en­tement et qui peut surgir à partir de ce qui, autre­ment, ne serait qu’un fait divers.

France – 26/1/2009 – Grève des ensei­gnants-cher­cheurs contre une réf­orme uni­ver­si­taire à l’appel d’une coor­di­na­tion natio­nale de 45 uni­ver­sités.
- 22/1/2009 – Usine Renault de Sandouville (Seine-Maritime). Une grève syn­di­cale de 2 heures contre le chômage par­tiel et les mena­ces de licen­cie­ment ne réunit que 400 tra­vailleurs sur les 3 500 du site. Martinique – 1/2/2009 – À l’appel d’un col­lec­tif depuis plus de deux semai­nes, une grève géné­rale bloque toute l’éco­nomie de l’île contre la hausse des prix et les condi­tions éco­no­miques. L’obs­ti­na­tion de l’ensem­ble des habi­tants contraint un minis­tre à venir tenter de rép­ondre à un cata­lo­gue impres­sion­nant de reven­di­ca­tions loca­les.

Turquie – 7/1/2009 – Sinter Metal, 450 mét­allos en grève à Istanbul depuis le 22/12/2008 contre le licen­cie­ment de 37 d’entre eux. Les ouvriers se mas­sent devant les portes fermées de l’usine alors que la direc­tion annonce 400 licen­cie­ments. Les portes enfoncées, l’usine est occupée pen­dant deux jours, puis évacuée sous menace d’inter­ven­tion poli­cière mais des piquets blo­quent l’entrée. La grève concerne les condi­tions de tra­vail (7 jours sur 7, 10 heures par jour avec une seule pause de 15 minu­tes), les salai­res (462 euros par mois, heures sup­plém­ent­aires com­pri­ses) et le res­pect des règles d’hygiène (mani­pu­la­tion de pou­dres mét­al­liques, absence de dou­ches). Égypte – 13/1/2009 – 950 tra­vailleurs de l’usine tex­tile Nile Cotton Co à Minya repren­nent leur grève pour des salai­res impayés, inter­rom­pue en déc­embre der­nier avec des pro­mes­ses non tenues. Ils séqu­estrent la direc­tion de l’usine avant d’être contraints à l’évacuer.
- 15/1/2009 – 22 tra­vailleurs de l’usine tex­tile de Ghaz el-Mahalla (voir pré­cédents bul­le­tins) occu­pent les locaux du syn­di­cat offi­ciel de la ville après l’échec de négoc­iations concer­nant le trans­fert de cinq d’entre eux, suite à une grève en octo­bre der­nier.
- 20/1/2009 – Grève des trans­ports urbains du Caire pour que soient tenues des pro­mes­ses d’aug­men­ta­tion de salaire obte­nues en novem­bre, la direc­tion offrant d’en payer seu­le­ment la moitié en juillet 2009, et le reste en jan­vier 2010. Inde – 4/12/2008 – Andhra Pradesh, dis­trict de Nalgonda. Des cen­tai­nes d’employées des crèches mani­fes­tent pour les salai­res. Elles sont atta­quées par la police. 6 blessées.
- 6/12/2008 – 2 700 tra­vailleurs d’Apollo Tyres à Kalamassery dans l’État de Kerala sont en grève pour les salai­res et sont licen­ciés. Action directe

France – Depuis plus d’un an, les habi­tants de deux villes du Lot, Gourdon et Souillac, blo­quent chaque jour des trains, dont l’arrêt a été sup­primé par la Sncf, pour pou­voir rejoin­dre leur tra­vail. La récu­pération de la mar­chan­dise, pro­duit de l’exploi­ta­tion du tra­vail, s’est tou­jours faite sous toutes ses formes, indi­vi­duel­les sur le lieu d’exploi­ta­tion ou dans le cir­cuit de dis­tri­bu­tion, ou col­lec­ti­ves dans les mêmes lieux. Plus réc­emment, cette récu­pération a pris un autre nom avec une colo­ra­tion idéo­lo­gique qu’elle n’avait pas autre­fois : l’« auto-réd­uction » est fina­le­ment une adap­ta­tion des pra­ti­ques ances­tra­les de cette récu­pération face à la concen­tra­tion du com­merce dans les super­mar­chés. La crise a redonné vigueur à de telles pra­ti­ques : le 20/12/2008 au rayon ali­men­ta­tion des Galeries Lafayette de Rennes, le 27/12/2008 au Monoprix de Grenoble, le 31/12/2008 dans un Monoprix de Paris, rue du fau­bourg Saint-Antoine (reprise dis­tri­buée aux squat­ters sans-papiers de l’annexe de la Bourse du tra­vail). Mais après quel­ques succès, les diri­geants de super­mar­chés s’orga­ni­sent. Les der­nières ten­ta­ti­ves, chez Leader Price à Rennes le 29 jan­vier et ailleurs, ont échoué avec enfer­me­ment des récu­pérateurs et inter­ven­tion de la police. La Coordination des inter­mit­tents et des préc­aires de Paris pra­ti­que les auto-réd­uctions pour les entrées de cinéma.

En Espagne, Yomango récupère pour les SDF. Partout dans le monde, une autre pra­ti­que moins ris­quée se dével­oppe, voir le site re-code.com qui met sur le Net de faux codes-barres per­met­tant de « faire ses prix ».
- Janvier 2009 – Un mou­ve­ment de déso­béi­ssance civile se dével­oppe chez les ensei­gnants du pri­maire qui refu­sent d’appli­quer dans leur classe une réf­orme du contenu et des modes d’ensei­gne­ment, malgré les mena­ces de sanc­tions déjà effec­ti­ves dans cer­tains cas (rete­nues sur salai­res).
- 13/1/2009 – Paris, gare Saint-Lazare – La quasi-tota­lité des conduc­teurs de trains en ser­vice se met­tent en grève sau­vage suite à une agres­sion contre l’un d’eux, uti­li­sant le droit de retrait. Cette grève s’insère dans une lutte du syn­di­cat SUD consis­tant en des débra­yages répétés limités à 59 minu­tes (pour limi­ter les rete­nues sur salai­res) contre une réor­ga­ni­sation du trafic modi­fiant les condi­tions de tra­vail. Par crainte de rév­olte des voya­geurs, la direc­tion décide la fer­me­ture totale de la gare pour une journée mais en même temps, ouvre des dis­cus­sions refusées jusqu’alors.
- 13/1/2009 – À l’appel d’un col­lec­tif de sans-papiers, une annexe de la Bourse du tra­vail est occupée à Paris depuis plus de six mois et est deve­nue une sorte de squat. Sur 700 dos­siers de régu­la­ri­sation déposés, seuls 20 ont été satis­faits. Certaines orga­ni­sa­tions sou­tien­nent du bout des lèvres, et les syn­di­cats sont carrément hos­ti­les.

Belgique – 21/1/2009 – Les trans­ports publics de la région de Bruxelles connais­sent un type de grève sau­vage inédit qui éch­appe tota­le­ment au contrôle des syn­di­cats, s’expri­mant dans des mou­ve­ment loca­lisés, spon­tanés et dis­persés, pour des reven­di­ca­tions spé­ci­fiques concer­nant les salai­res mais plus encore les condi­tions de tra­vail. La direc­tion elle-même, sans ses inter­lo­cu­teurs habi­tuels, avoue « ne pas voir clair » et parle d’un conflit « dif­fi­cile à gérer ».

Canada – 17/1/2009 – Depuis le 23/12/2008, les 140 ouvriers de la sec­tion locale 1285 du syn­di­cat Canadian Automobile Workers blo­quent dans une action sau­vage le trans­fert des machi­nes-outils de l’usine SKD Automotive, sous-trai­tante de l’auto­mo­bile. De même, 2 000 ouvriers, prin­ci­pa­le­ment des tra­vailleurs immi­grés, blo­quent à Toronto l’usine Progressiv Moulded Products, déclarée en faillite, pour empêcher le trans­fert de matériel. Ils rés­istent à une ordon­nance du tri­bu­nal, refu­sant de lever l’occu­pa­tion de l’usine dont ils sont fina­le­ment évacués par la police.

Chine – Tout mou­ve­ment de lutte est iné­vi­tab­lement une action directe (grève sau­vage ou autre) car toute grève ou mani­fes­ta­tion est illé­gale. Ces actions pren­nent forcément un caractère poli­ti­que, tout étant dicté par les gou­ver­ne­ments locaux exé­cutant les ordres des auto­rités cen­tra­les, le Parti com­mu­niste chi­nois. Alors que les mou­ve­ments concer­nent le plus sou­vent les tra­vailleurs surex­ploités des indus­tries de main-d’œuvre, prin­ci­pa­le­ment les migrants, la crise atteint ceux qua­li­fiés de « clas­ses moyen­nes », qui avaient une posi­tion moins préc­aire.
- 1/11/2008 – Le patron taï­wanais de l’usine de chaus­su­res de Chang’an fait le mur et s’enfuit de Chine lais­sant les 2 000 ouvriers sur le sable, salai­res impayés. Devant les mani­fes­ta­tions, le gou­ver­ne­ment local dis­tri­bue l’équi­valent de 1 mil­lion de dol­lars.
- 7/11/2008 – Shenzhen : des mil­liers de mani­fes­tants se heur­tent à la police suite à la mort d’un moto­cy­cliste tué alors qu’il cher­chait à éch­apper à un contrôle.
- 10/11/2008 – 160 chauf­feurs de taxi en grève dans le Gansu à Yongdeng.
- 21/11/2008 –Dans le Gansu à Longuan, 10 000 pay­sans ten­tent de s’oppo­ser à l’expro­pria­tion de ter­rains en vue de la cons­truc­tion d’un centre admi­nis­tra­tif. Les affron­te­ments durent plu­sieurs jours. 74 flics sont blessés. Plus de 100 arres­ta­tions.
- 26/11/2008 – Shenzhen – Une fabri­que de jouets exploi­tant 6 500 tra­vailleurs pour une firme amé­ric­aine en licen­cie 216. 80 d’entre eux reven­di­quent une prime de départ ; ils sont rejoints par 500 tra­vailleurs qui se bat­tent avec la sécurité de l’usine et les flics. Ils finis­sent par ren­trer dans l’usine qu’ils sac­ca­gent.
- 2/12/2008 – Dans le Hunan, 100 auxi­liai­res de police occu­pent le siège local du Parti à Layang pen­dant trois heures, pour le paie­ment d’une prime.
- 2/12/2008 – Toujours dans le Hunan, à Longhui, 1 000 ensei­gnants sont en grève pour le paie­ment d’allo­ca­tions sup­primées par le gou­ver­ne­ment local. Au même moment, dans le Shaanxi, à Liaoning, des ensei­gnants sont en grève pour obte­nir le même salaire que les employés du gou­ver­ne­ment local.
- 17/12/2008 – Chongqing : 9 000 chauf­feurs de taxi, après une grève de deux jours, enta­ment des dis­cus­sions dif­fi­ci­les avec la com­pa­gnie qui les emploie sur les ques­tions de prix des car­bu­rants, des salai­res, de la retraite et de la cou­ver­ture santé. La grève semble avoir été orga­nisée avec des piquets de grève, des atta­ques sur les jaunes. Mais tout est clan­des­tin et per­sonne ne s’étant présenté pour dis­cu­ter avec la firme, celle-ci a désigné ceux censés parler pour les chauf­feurs. Des tracts et des affi­ches dis­tri­bués dans la ville pro­cla­ment : « Debout. Unissons-nous et fai­sons grève ensem­ble. »
- 19/12/2008 – Dongguan – Jianrong Suitcase Factory – Après trois jours de pro­tes­ta­tions dans les artères pro­ches de l’usine, les 300 tra­vailleurs en grève sont enfermés dans l’entre­prise par la police. Proposition du gou­ver­ne­ment local : payer 60 % des salai­res dus suite à la faillite de la firme. Refus des tra­vailleurs qui conti­nuent leur grève.
- 20/12/2008 – Foxcom (com­po­sants élect­ro­niques) exploite 450 000 tra­vailleurs chi­nois. 400 tra­vailleurs du bâtiment œuvrant à la cons­truc­tion d’une nou­velle usine à Langfang par­cou­rent 50 kilomètres pour mani­fes­ter devant le siège de Foxcom à Pékin en vue de se faire payer leurs arriérés de salai­res. Ils sont dis­persés par la police.
- 27/12/2008 – HongKong : contre la sup­pres­sion d’une prime, le per­son­nel au sol (1000 tra­vailleurs) se met en grève trois heures. Ce sont pour­tant les migrants des zones indus­triel­les (estimés offi­ciel­le­ment à 130 mil­lions) qui sont les plus tou­chés et dont les actions diver­ses sont davan­tage la pré­oc­cu­pation des auto­rités. Alors que l’éco­nomie n’était pas tou­chée par le crise en 2005, les auto­rités avouaient avoir recensé 87 000 cas de « trou­bles sociaux ».
- 3/11/2008 – Dongguan – Licenciés sans paie­ment des salai­res, 10 000 tra­vailleurs mani­fes­tent et sont atta­qués par la police.
- 10/12/2008 – Plusieurs cen­tai­nes de tra­vailleurs occu­pent une usine d’élect­ro­nique à Shanghai pour le paie­ment des salai­res et des heures sup­plém­ent­aires.
- 14/11/2008 – C’est une action directe indi­vi­duelle mais qui, dans la situa­tion prés­ente de la Chine, a pris une dimen­sion col­lec­tive illus­trant la ten­sion sociale latente. Un cou­teau à la main, un masque sur le visage, une bombe lacry­mogène dans la poche, un mar­teau et des canet­tes de bière rem­plies d’essence, un jeune de 28 ans, employé de super­mar­ché, s’intro­duit dans le com­mis­sa­riat cen­tral de Zhabei près de Shanghai par l’entrée de ser­vice et, avant d’être maîtrisé, des­soude 4 flics au pre­mier étage, un à chaque étage de 4 à 11 avant d’être maîtrisé au 21e étage. Banal peut-être. La suite l’est moins. Lors de son inter­ro­ga­toire par un tri­bu­nal popu­laire, des cen­tai­nes de mani­fes­tants se ras­sem­blent devant le siège du tri­bu­nal avec les slo­gans « Vive le tueur », « À bas les fas­cis­tes », « À bas le Parti com­mu­niste ». Une pétition lancée sur Internet deman­dant la clém­ence recueille 400 signa­tu­res avant d’être éliminée par la cen­sure. Le jeune « héros popu­laire » avait subi, dans les mois pré­cédents, sous des prét­extes fal­la­cieux, les exac­tions de la police et n’avait pu faire reconnaître ni son inno­cence, ni les mau­vais trai­te­ments. Son his­toire est celle de nom­breux prolos chi­nois et il a fait ce que beau­coup rêvent de faire, d’où l’écho que peut ren­contrer un tel acte indi­vi­duel.

Argentine – 13/1/2009 – 400 habi­tants de La Quinca (pro­vince de Jujuy) en grève de la faim contre la pau­vreté de la région.

Égypte – 2/1/2009 – Al Awatka : 150 fer­miers enta­ment une occu­pa­tion de 500 acres de terre (200 hec­ta­res envi­ron) confis­qués par l’État et qui font vivre près de 100 famil­les. Ils en sont chassés par la police, 3 arres­ta­tions. Vietnam – Là où la grève est inter­dite, avec un syn­di­cat d’État, les grèves sau­va­ges pour les salai­res se sont mul­ti­pliées ces der­niers mois (infla­tion en 2008 de 23 %), impli­quant plu­sieurs mil­liers de tra­vailleurs dans les sec­teurs variés de la sous-trai­tance de firmes ali­men­tant les mul­ti­na­tio­na­les. Dans les six der­niers mois, 330 grèves illé­gales.

États-Unis – 7/12/2008 – Squat orga­nisé. En 2008, 2,2 mil­lions de pro­priét­aires défaillants ont été expulsés et 10 % de ceux qui ne le sont pas encore ont des dif­fi­cultés finan­cières… La Floride est l’un des États les plus tou­chés par la crise immo­bi­lière et a connu, depuis sep­tem­bre 2008, le taux le plus élevé d’expul­sions et de « repos­ses­sions » sur des débiteurs affai­blis. Un groupe clan­des­tin s’est cons­ti­tué qui recense, d’une part, les loge­ments vides suite à des expul­sions, et d’autre part, les expulsés qui sont ainsi « relogés » avec, si néc­ess­aire, des tra­vaux soli­dai­res d’amél­io­ration de l’habi­tat. Jusqu’à présent, il n’y a pas de réactions offi­ciel­les. Par préc­aution, un réseau d’avo­cats a été cons­ti­tué pour faire face à d’éventu­elles pour­sui­tes. Des orga­ni­sa­tions simi­lai­res exis­tent dans d’autres États.

Inde – Une rév­olte des pay­sans à Singur, près de Calcutta, tout au long de l’année 2008, contraint la mul­ti­na­tio­nale de l’auto­mo­bile Tata à aban­don­ner un projet d’implan­ta­tion d’un com­plexe indus­triel devant fabri­quer la voi­ture à bas prix.

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