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ROUMANIE

Plus audible, plus consciente, plus audacieuse, la grève chez Dacia-Renault marque un tournant ( Echange N°125/2008)

publié le lundi 5 janvier 2009

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Des membres du groupe allemand Wildcat se sont rendus à Pitesti, dans le sud de la Roumanie, où les ouvriers de Dacia-Renault ont mené une longue grève au début de l’année. Voici la traduction de « Lauter, selbstbewusster, unverschämter. Der Streik bei Dacia-Renault Rumänien markiert einen Wendepunkt » paru dans le n° 81 (mai 2008) de leur revue (voir http://www.wildcat-www.de/wildcat/8...).

Le 24 mars 2008, 8 000 employés envi­ron de l’entre­prise Dacia en Roumanie, sur un total de 13 000, se met­tent en grève illi­mitée. Ils réc­lament, entre autres, une aug­men­ta­tion de 50 % à 70 % de leurs salai­res. Pour la pre­mière fois, les grév­istes ne pren­nent pas pour base de leurs reven­di­ca­tions les salai­res usuels dans le pays, mais les com­pa­rent à ceux des ouvriers de Renault en Turquie ou en France qui, pour le même tra­vail, sont payés entre 900 et 2 000 euros tandis qu’eux ne tou­chent au maxi­mum que 300 euros. La grève chez Dacia est la lutte la plus impor­tante dans le sec­teur privé depuis 1989 et pour­rait pré­luder à une vague de grèves pour de meilleu­res condi­tions de vie.

Trois jours sur place

Pendant plu­sieurs jours, nous obte­nons nos infor­ma­tions sur la grève uni­que­ment par Internet. Nous lisons, dans un arti­cle très étendu du Tagesspiegel (1) que les ouvriers de l’usine Dacia ont été sti­mulés par la grève des conduc­teurs de loco­mo­tive alle­mands. Nous décidons alors brus­que­ment d’aller là-bas nous-mêmes afin de cons­ta­ter ce qui s’y passe. Nous arri­vons à Pitesti vers une heure du matin, après deux jours d’un voyage de 1 700 kilomètres, par­cou­rus après la fron­tière rou­maine sur de sim­ples routes natio­na­les encom­brées par la cir­cu­la­tion de nom­breux camions. Nous sommes restés pen­dant tout ce temps dans un vide infor­ma­tion­nel, avec des jour­naux de la veille (2) et aucun mot sur la grève à la radio. Il se peut que la grève soit ter­minée. En soirée, fina­le­ment une nou­velle : la direc­tion de l’usine Dacia a refait une offre. Les diri­geants syn­di­caux devraient en dis­cu­ter avec les grév­istes le len­de­main, avant de la sou­met­tre à un vote général. Nous ne vou­lons pas perdre de temps et par­tons la nuit même pour Mioveni, une ban­lieue de Pitesti, où l’usine Dacia s’étend sur une col­line. Il n’y a sur le par­king que quel­ques voi­tu­res isolées ; sinon tout est calme. Des gardes de sécurité font leur ronde. Aucun signe de piquets de grève.

Le len­de­main matin, mer­credi et dix-sep­tième jour de grève, nous mon­tons en direc­tion de l’usine. Le par­king est rempli de voi­tu­res indi­vi­duel­les et de bus de l’entre­prise. Seulement, on ne tra­vaille pas ; les chaînes sont à l’arrêt. Des tra­vailleurs sor­tent un par un par l’entrée prin­ci­pale. Le pre­mier à qui nous adres­sons la parole nous dit : « On nous pro­pose une misère. Tout le monde est contre. On pour­suit la grève. » A l’intérieur, on est déjà en train de voter à ce sujet. Par écrit !

« Il s’est passé quel­que chose dans nos têtes »

La prin­ci­pale reven­di­ca­tion des grév­istes est une aug­men­ta­tion men­suelle de salaire de 550 lei (148 euros). Ils exi­gent, en outre, une par­ti­ci­pa­tion aux béné­fices de 5 % à 10 %, une aug­men­ta­tion des primes de Noël et de Pâques (res­pec­ti­ve­ment un demi-salaire men­suel), ainsi que des allo­ca­tions vacan­ces (un mois de salaire), une aug­men­ta­tion de la com­pen­sa­tion finan­cière pour tra­vail pénible de 200 lei par an et 15 % de remise sur l’achat d’une Renault.

Il res­sort clai­re­ment des dis­cus­sions avec les ouvriers, hommes et femmes, qu’ils sont à la limite de ce qu’ils peu­vent sup­por­ter et ne veu­lent en aucun cas reve­nir en deçà de ce qu’ils deman­dent. Ils sont exaspérés par le tra­vail stres­sant, la chaîne qui ne s’arrête jamais, les contre­maîtres conti­nuel­le­ment dans le dos à sur­veiller ce que vous faites et vous pous­ser à faire plus.

La direc­tion veut intro­duire une équipe de fin de semaine, ce qu’on appelle le système en quatre équipes, avec un seul week-end libre par mois.

Nous dis­cu­tons plus tard avec un groupe de tra­vailleurs plus âgés qui sont ins­tallés sur une place de sta­tion­ne­ment, buvant du vin fait maison dans des verres en plas­ti­que, et par­lant fort. Ils se mon­trent tout de suite prêts à nous donner quel­ques écla­irc­is­sements sur leur tra­vail et l’état de la grève : « On se fait encu­ler depuis assez long­temps. Il s’est passé quel­que chose dans nos têtes ! Nous avons com­pris que nous fai­sons ici le même tra­vail que les ouvriers de chez Renault en France et que nos salai­res sont déris­oires. Nous ne sommes plus dans le deuxième ou le tiers monde (3). »

« Plus le deuxième ou le tiers monde »

Les ate­liers de la col­line de Mioveni pro­dui­saient prin­ci­pa­le­ment des Dacia 1300, sous licence Renault, depuis 1968, et fai­saient la fierté du dic­ta­teur Ceausescu. Renault a repris l’usine en 1999 et licen­cié la moitié des 27 000 employés d’alors. Depuis 2004, on y fabri­que la voi­ture à bas prix Dacia Logan. A l’ori­gine, cette voi­ture était conçue pour le marché de l’Europe de l’Est et aménagée de telle manière que dans sa ver­sion four­gon­nette un cochon pou­vait tenir dans le coffre arrière. Par la suite, la Logan a aussi pris la tête des ventes en Europe de l’Ouest à cause de la baisse des reve­nus. On peut en avoir une en Allemagne pour 7 200 euros.

Aujourd’hui, l’usine, unique lieu de pro­duc­tion de la Logan, com­prend des unités de méca­nique (cons­truc­tions de moteurs et de mécan­ismes de trans­mis­sion) et de caros­se­rie-assem­blage (ate­liers de pres­sage, gros œuvre, pein­ture, mon­tage). Sur envi­ron 13 000 employés, 9 000 sont ouvriers, hommes et femmes, le reste tra­vaillant dans les bureaux. En outre, Dacia-Renault possède son propre centre de dével­op­pement sur le site qui occupe 300 ingénieurs. Des ouvriers nous ont dit que l’on était d’ores et déjà en train de tra­vailler à de nou­vel­les machi­nes, moder­nes, à com­man­des numé­riques pour la cons­truc­tion des moteurs et des mécan­ismes de trans­mis­sion. Dans le gros œuvre, la pein­ture et l’assem­blage, la fini­tion se fait à la main et le niveau d’auto­ma­ti­sa­tion y est bas.

Ajoutons que des sous-trai­tants occu­pent pour leur part quel­ques mil­liers de tra­vailleurs dans les envi­rons. Par exem­ple, Johnson Controls fabri­que des sièges pour la Logan, Valeo le câblage. Pendant la grève, nous avons eu des nou­vel­les d’autres sous-trai­tants par les jour­naux : l’entre­prise Elba de Timisoara, qui pro­duit des phares, a annoncé qu’elle avait dû fermer à cause de la grève ; le sous-trai­tant Borla Romcat, situé près de Pitesti, aurait été contraint de mettre 60 % de ses employés en chômage tech­ni­que en raison de la durée de la grève, son unique don­neur d’ordres lui fai­sant défaut. Borla Romcat fabri­que des tuyaux d’éch­ap­pement pour la Logan.

La cen­trale des expor­ta­tions est situé au pied de la col­line, face à la prison de Mioveni. Les Logan déjà assem­blées y sont redémontées (CKD, Completely Knocked Down), empa­quetées et envoyées à d’autres chaînes d’assem­blage en Russie, en Inde ou au Maroc. On évite de cette façon d’avoir à payer les fortes taxes doua­nières frap­pant les impor­ta­tions de véhi­cules finis.

Anciens et jeunes Muncitori

Le len­de­main, dans une mani­fes­ta­tion à Pitesti, nous fai­sons la connais­sance de Rodica. Elle est là avec une de ses collègues plus âgée qu’elle, une voi­sine de Mioveni. Après que je leur ai demandé com­bien de femmes tra­vaillaient dans l’usine, elles me rép­ondent que la moitié du per­son­nel est féminin. Elles font le même tra­vail que les hommes et tou­chent aussi le même salaire. La plu­part sont entrées à l’usine à leur sortie de l’école. Un grand nombre de mun­ci­tori (tra­vailleurs, en rou­main) chez Dacia, hommes et femmes, ont der­rière eux entre vingt, trente années et plus de tra­vail à la chaîne.

Après trente et un ans de prés­ence, Rodica perçoit 253 euros brut, et il lui reste 157 euros net une fois toutes les rete­nues faites. Son mari était aussi autre­fois ouvrier chez Dacia, mais en 2002 il a accepté une indem­nité de départ. Il tra­vaille main­te­nant dans la cons­truc­tion et gagne un peu moins que sa femme. Leurs enfants sont déjà grands et ont dû, eux aussi, com­men­cer à tra­vailler juste après avoir fini leur sco­la­rité. La fille, de 28 ans, vit chez ses parents dans le loge­ment dont ils sont pro­priét­aires, dans un bâtiment des années 1960 situé à Mioveni. Rodica et son mari se sont privés de vacan­ces au bord de la mer Noire pen­dant des années et se sont acheté une nou­velle Logan. Comme elle était ouvrière chez Dacia, elle a dû consa­crer pen­dant sept ans la moitié de son salaire à payer les trai­tes. Seuls 30 % de ses collègues ont leur propre voi­ture.

Les « anciens » de Dacia cons­ti­tuent envi­ron les deux-tiers de ceux qui tra­vaillent à la pro­duc­tion, mais plus de 3 500 jeunes ont été embau­chés ces der­nières années. La qua­li­fi­ca­tion est sans impor­tance. On prend n’importe qui. Sur les bus dans les­quels la majo­rité des ouvriers vien­nent à l’usine, on peut lire en let­tres géantes : « On embau­che ! » Les nou­veaux contrats ont une vali­dité de trois ou six mois. Licenciements et réemb­auche à durée dét­erminée font partie du quo­ti­dien. Et les jeunes tra­vailleurs par­tent aussi quand cela leur convient. « Celui qui reste chez Dacia a soit une famille, soit des dettes ou bien encore n’a rien trouvé de mieux à l’étr­anger », nous dit Radu qui tra­vaille sur une chaîne de mon­tage. Les « jeunes » tou­chent juste le salaire mini­mum légal, d’envi­ron 200 euros brut. Bien qu’il n’y ait pas long­temps qu’il soit chez Dacia, Constantin tra­vaille sous contrat à durée indét­erminée : « En 2006, nous avons été licen­ciés parce qu’ils n’avaient pas besoin de nous. On était à peu près 500, tous très énervés. Quelques voi­tu­res ont été rayées dans la cour. Il était évident que la sec­tion du per­son­nel allait sous peu nous deman­der à nou­veau si nous vou­lions retra­vailler. Nous nous sommes mis d’accord et, lors­que quel­ques mois plus tard, ils nous ont rap­pelés, nous leur avons rép­ondu fer­me­ment : A la seule condi­tion que nous obte­nions un contrat à durée indét­erminée. Ça a marché. »

La grève dans la légalité

L’usine Dacia a connu une grève sau­vage en 2003, qui fut tou­te­fois inter­rom­pue après quel­ques jours. Ensuite de quoi, les plus remuants ont été licen­ciés. Nous n’avons trouvé per­sonne capa­ble de nous donner des ren­sei­gne­ments précis à ce propos. Seul un ouvrier de l’ate­lier de moto­ri­sa­tion nous dit qu’à son avis la grève avait échoué à cette époque parce qu’ils ne s’étaient pas suf­fi­sam­ment bien orga­nisés entre eux. Il ajoute par rap­port à la lutte actuelle : « Ici, on ne sait rien les uns des autres. Va savoir ce qu’ils décident au gros œuvre ou à l’assem­blage ! »

Le syn­di­cat (4) doit veiller à ce que les grév­istes res­pec­tent cer­tai­nes règles afin que la grève ne puisse pas être contestée devant un tri­bu­nal et être déclarée illé­gale. C’est ainsi qu’il est inter­dit aux grév­istes d’aller d’une sec­tion à l’autre à l’intérieur de l’usine. Chacun doit demeu­rer à son poste ; avec cette différ­ence que per­sonne ne tra­vaille. Les actions à l’extérieur des han­gars ou devant les maga­sins sont aussi inter­di­tes. Constantin nous expli­que qu’au début ils ont eu l’idée de blo­quer la sortie des camions avec des piquets de grève de façon à ce qu’aucune Logan ne quitte plus l’entrepôt. Mais une majo­rité s’est cons­ti­tuée pour déc­larer que la grève devait se dér­ouler dans un cadre légal.

Cette grève a ses limi­tes, bien que nous ayons ren­contré beau­coup de dét­er­mi­nation parmi les grév­istes. Il manque une véri­table coopé­ration des uns avec les autres et une com­mu­nauté d’action qui leur per­met­traient d’exer­cer une pres­sion plus forte. Les décisions sont prises par la struc­ture hiér­arc­hique du syn­di­cat et les grév­istes accep­tent de dép­endre de ses canaux d’infor­ma­tion. Les grév­istes évoquent plu­sieurs fois devant nous que, dans des luttes simi­lai­res, en France il y aurait de la casse et des actes de sabo­tage ; et nous deman­dent com­ment ce serait chez nous. L’idée en a bien trotté dans bon nombre de têtes, mais les actions sont restées modérées.

Mettre des bâtons dans les roues aux week-ends ?

Le jeudi, dix-hui­tième jour de grève, on enten­dait encore les diri­geants syn­di­caux à la tri­bune et le chœur des grév­istes, venus avec des sif­flets et des tam­bours à la deuxième grande mani­fes­ta­tion depuis le début de la grève, dire una­ni­me­ment : « Nous ne céderons pas ! »

Le len­de­main, ven­dredi 11 avril et dix-neu­vième jour de grève, la confu­sion règne. Il y a une nou­velle offre de faite, à peine meilleure que la pré­céd­ente, même pire sur bien des points, et loin de satis­faire aux exi­gen­ces des grév­istes : 300 lei d’aug­men­ta­tion sala­riale avec effet rétro­actif au 1er jan­vier 2008 et 60 lei sup­plém­ent­aires à partir du 1er sep­tem­bre, aux­quels il faut ajou­ter une prime unique de par­ti­ci­pa­tion aux béné­fices de l’année 2007 à hau­teur d’un mois de salaire, d’au mini­mum 900 lei. En bref, c’est entre 30 % et 40 % d’aug­men­ta­tion de salaire. Les tra­vailleurs non qua­li­fiés (les équipes de net­toyage), hommes et femmes, et le per­son­nel de TESA, ces sec­teurs n’ayant pas par­ti­cipé à la grève (5), obtien­nent une aug­men­ta­tion de 15 %.

Vers 13 heures, le syn­di­cat signe l’accord, met­tant par-là même fin à la grève. On peut lire dans la presse que 70 % des grév­istes auraient voté en faveur de la nou­velle offre. Personne ne sait d’où pro­vient ce chif­fre. Ce qui est sûr, c’est que, cette fois-ci, il n’y a eu aucun vote par écrit et qu’en outre les grév­istes n’ont pas tous par­ti­cipé à la décision finale. Pour la relève de l’après-midi, on ne voit arri­ver qu’un grand nombre de bus ame­nant les ouvriers des vil­la­ges envi­ron­nants dont c’est le seul moyen de trans­port pour venir à l’usine. Les tra­vailleurs sont mis devant le fait accom­pli. Selon le jour­nal local Societatea du len­de­main : « De nom­breux ouvriers grév­istes ont mani­festé leur méc­ont­en­tement devant la décision d’arrêter la grève. Il y a eu des moments extrê­mement tendus. (...) Une partie impor­tante des grév­istes a com­mencé à sif­fler les diri­geants syn­di­caux. »

L’ambiance est pesante lors du chan­ge­ment d’équipe ; per­sonne ne donne l’impres­sion d’avoir gagné une bataille. Plusieurs émettent l’opi­nion que les négoc­iateurs du syn­di­cat ont été achetés et qu’ils ont trahi. Une femme de l’équipe du matin nous demande s’ils peu­vent porter plainte contre leurs per­ma­nents syn­di­caux. Nous dis­cu­tons des moyens de pour­sui­vre le combat. Rodica se rit de nous lors­que nous évoquons la pos­si­bi­lité de se porter malade col­lec­ti­ve­ment. « Je com­prends bien ce que vous voulez dire. Mais il est évident que nous avons encore trop peur pour le faire. Pour ça, on doit d’abord chan­ger dans nos men­ta­lités. »

Peu après la fin du mou­ve­ment, lors d’une assem­blée d’entre­prise, on annonce aux ouvriers, hommes et femmes, qu’ils vont devoir tra­vailler les week-ends pour rat­tra­per le temps perdu à cause de la grève. Il reste à voir si la direc­tion pourra l’impo­ser, et com­ment. Le projet d’intro­duire un système de quatre équipes avec pro­duc­tion en continu avait été retiré pen­dant la grève. Rien que l’idée de n’avoir à l’avenir qu’un week-end de libre par mois avait sou­levé l’indi­gna­tion des grév­istes.


Encore une grève !

La grève est à peine ter­minée chez Dacia, que l’on apprend le lundi sui­vant, 14 avril 2008, que 3 000 sidér­urg­istes sont en grève depuis 6 h 30 à Galati, dans la suc­cur­sale rou­maine d’Arcelor Mittal, le plus gros pro­duc­teur mon­dial d’acier. Environ 700 grév­istes ten­tent d’entrer par la porte prin­ci­pale dans l’usine où tra­vaillent 13 000 employés mais en sont empêchés par les gardes de sécurité. Quelques mem­bres de la sécurité ont des caméras et fil­ment ce qui se passe. On en vient aux mains, et pier­res et bou­teilles volent. Un poste de garde est ravagé. Solidaritate, un des quatre syn­di­cats représentés dans l’aciérie Arcelor Mittal de Galati, a refusé de signer l’accord sala­rial. Les grév­istes réc­lament un dou­ble­ment des sa

laires ou, au mini­mum, une aug­men­ta­tion de 25 %. Le patro­nat ne pro­pose que 9,5 %. En raison de la grève, les postes ne peu­vent plus être pour­vus ; selon la direc­tion de l’usine, elle ne sera bientôt plus en mesure de rép­ondre de la sécurité des hauts four­neaux à cause d’un risque d’explo­sion.

Afin de ne pas être obligée d’éte­indre les fours et afin d’éviter l’arrêt de la pro­duc­tion, elle demande en référé une inter­dic­tion de la grève. Le mardi 15 avril, la jus­tice se pro­nonce en sa faveur : la grève est déclarée illé­gale et doit être inter­rom­pue imméd­ia­tement à cause du danger qu’elle fait peser à l’intérieur et autour de l’usine. Solidaritate met fin à la grève. On attend l’ouver­ture de nou­vel­les négoc­iations...


Notes

(1) Philipp Lichterbeck dans le Tagesspiegel du 5 avril 2008.

(2) On dit dans le quo­ti­dien Adevarul du 5 avril 2008 que la direc­tion de l’usine a cher­ché à divi­ser la grève en fai­sant pres­sion sur les jeunes ouvriers et ouvrières sous contrats tem­po­rai­res. Voir http://www.labour­net.de/bran­chen/au...

(3) Selon une ter­mi­no­lo­gie tombée main­te­nant en dés­uétude, les nations indus­tria­lisées cons­ti­tuaient le pre­mier monde, les pays socia­lis­tes le deuxième, et les autres le tiers monde. (NdT).

(4) Le SAD (Sindicat Autoturisme Dacia) exis­tait déjà avant 1989. A la suite de son entrée dans l’Union europé­enne, la Roumanie a été contrainte d’auto­ri­ser aussi les syn­di­cats dans le sec­teur privé et de pour­voir à la démoc­ra­ti­sation des struc­tu­res syn­di­ca­les dans le sec­teur (autre­fois) d’Etat. Actuellement, 80 % des effec­tifs de Dacia sont syn­di­qués. La coti­sa­tion syn­di­cale est direc­te­ment prélevée tous les mois sur le salaire.

(5) A l’excep­tion de quel­ques indi­vi­dus isolés, des équipes de net­toyage et de 60 ingénieurs qui ont rejoint le mou­ve­ment au 18e jour de grève.

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