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Joe Hill. Les IWW et la création d’une contre-culture ouvrière

publié le mardi 30 décembre 2008

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Ce texte est paru dans Echanges n° 111 (hiver 2003-2004) et dans Nous vivrons la Révolution (tome I), recueil d’articles de Loren Goldner publié par Ni Patrie ni Frontières. Il peut être trouvé aussi (en anglais et en français) sur le site Break Their Haughty Power.

Joe Hill. The IWW and the Making of a Revolutionary Working Class Counterculture

Franklin Rosemont

Chicago, Charles H.Kerr, 2003. (en anglais)

En ces jours de guerre sans fin au Moyen-Orient, de Kerry contre Bush et de la poli­ti­que visi­ble aux Etats-Unis réduits appa­rem­ment à une droite et à une extrême droite, le livre Joe Hill. The IWW and the Making of a Revolutionary Working Class Counterculture donne une grande envie de pren­dre la porte et d’orga­ni­ser la lutte. Et je me sens bien pauvre pour le cri­ti­quer d’une façon quel­que peu séri­euse.

Ce livre est avant tout impor­tant pour toute une nou­velle géné­ration d’acti­vis­tes ten­tant de se situer au milieu des déc­ombres laissés par la « gauche » bureau­cra­ti­que d’Etat du xxe siècle (sociaux-démoc­rates, sta­li­niens, tiers-mon­dis­tes, trots­kis­tes) et les der­nières idéo­logies en langue de bois. C’est bien réjou­issant et réc­onf­ortant de trou­ver un tel livre qui place Joe Hill et le syn­di­cat Industrial Workers of the World (IWW) au même niveau qu’Apollinaire, Artaud, Franz von Baader, Bosch, Blake, Lester Bowie, Byron, Dürer, Victor Hugo, Philip Lamantia, Man Ray, Monk, Gérard de Nerval, Charlie Parker, Erik Sati, Shelley, Hoene-Wronski, Giambattista Vico (1) et donne ainsi un bref répit pour repren­dre haleine (et son auteur, Franklin Rosemont, réussit à le faire sans effort, comme si c’était une évid­ence).

C’était une véri­table œuvre d’amour d’assem­bler les bribes de la vie itinér­ante de Joe Hill, de les relier entre elles et aux IWW et à l’ensem­ble de la culture poli­ti­que radi­cale du xxe siècle (le livre est aussi abon­dam­ment illus­tré). Pour son ins­pi­ra­tion ini­tiale, Rosemont eut la bonne for­tune de déc­ouvrir les IWW en 1959 et de pou­voir alors ren­contrer bon nombre d’anciens qui se réun­issaient encore dans les bureaux des Wobblies (2) à Chicago ou à Seattle, quel­ques uns d’entre eux ayant connu per­son­nel­le­ment Hill.

Avant d’aller plus avant dans ma cri­ti­que, il me semble néc­ess­aire d’évoquer ce que fut le tra­vail de Rosemont. Il four­nit au préa­lable une revue de la litté­ra­ture de référ­ence aver­tis­sant qu’une his­toire appro­fon­die et totale des IWW est encore à écrire (il sou­li­gne qu’une telle tâche est rendue beau­coup plus dif­fi­cile par la scan­da­leuse des­truc­tion par le gou­ver­ne­ment amé­ricain en 1917 de toutes les archi­ves des IWW). Il parle de la force des rela­tions à Marx des IWW pra­ti­quant l’auto-édu­cation des ouvriers dans des grou­pes d’études du Capital, qui étaient une pra­ti­que cou­rante dans la vie de l’orga­ni­sa­tion. Contrairement à bien des mili­tants de gauche qui pri­rent la suite, les Wobblies « lisaient réel­lement et étudiaient Marx ». Leur his­toire et sa dimen­sion est étr­oi­tement mêlée à celle de Charles H. Kerr (3). Alors que les avant-gardes gau­chis­tes qui vin­rent plus tard pro­dui­si­rent des œuvres pour les tra­vailleurs (par­fois de bonne qua­lité, on doit l’admet­tre), les publi­ca­tions des IWW furent essen­tiel­le­ment « de et par » les tra­vailleurs autant que « pour » eux. La plu­part des Wobblies, selon Rosemont, reje­taient le label « syn­di­cal » et étaient considérés trop marxis­tes par la plu­part des syn­di­ca­lis­tes et trop anar­chis­tes pour d’autres cou­rants du marxisme. Les IWW étaient « réel­lement infor­mels, très ouverts, cons­tam­ment rajeu­nis par de nou­vel­les énergies de la base ». Par la place émin­ente qu’ils accor­daient tou­jours à la spon­tanéité, à la poésie et à l’humour, les IWW furent uni­ques dans l’his­toire du mou­ve­ment ouvrier. Ils en savaient « trop sur le tra­vail pour être ouvriér­istes ».

Rosemont évoque aussi l’espace social qui s’orga­nisa autour des salles de ren­contre IWW rép­andues dans tous les Etats-Unis. Il doit se mesu­rer au pro­blème que les matériaux bio­gra­phi­ques sur Hill sont bien mai­gres, bien qu’il ait été le hobo (4) le plus connu de l’his­toire amé­ric­aine. Sans que ce fut fausse modes­tie, Hill, d’après ses pro­pres paro­les, n’avait « pas grand chose à dire sur sa propre per­sonne ». Rosemont considère par­ti­cu­liè­rement – et jus­te­ment – scan­da­leux le por­trait tracé par Wallace Stegner (5) en 1948, mon­trant Hill comme un cri­mi­nel de droit commun. Cet auteur tire une brève bio­gra­phie d’une brassée de faits avérés, de quel­ques fortes pro­ba­bi­lités et d’une mon­ta­gne de réflexions acadé­miques vaseu­ses et de sup­po­si­tions plau­si­bles sur la vie de Hill. « Dans sa propre vie, écrit Rosemont, Hill était sur­tout connu pour sa poésie et ses chants », contri­buant à bien de ceux qui figu­rent dans le petit livre rouge des chan­sons des IWW.

Alors que la presse des IWW était rem­plie de poèmes écrits par ses mem­bres, les véri­tables « poètes Wobbly » n’ont jamais reçu aucune reconnais­sance comme poètes. Les Wobblies chan­taient aux mee­tings, pen­dant les grèves et dans leurs salles de réunions. Hill, comme tant d’autres Wobblies, partit pour le Mexique lorsqu’y éclata la révo­lution (6). Il par­ti­cipa à la grève de Fraser River au Canada en 1912 (7). Puis en jan­vier 1914, passé par Salt Lake City où il fut soupçonné du meur­tre d’un épicier local, vic­time d’un coup monté et, en dépit d’une cam­pa­gne de sou­tien inter­na­tio­nale, exécuté en déc­embre 1915. Ses funérailles à Chicago furent sui­vies par des dizai­nes de mil­liers de tra­vailleurs ; c’était la plus grande mani­fes­ta­tion depuis les funérailles des mar­tyrs de Haymarket en 1887 (8).

Hill était un artiste : poète, com­po­si­teur, chan­teur, pein­tre et cari­ca­tu­riste. Une fois de plus, le rôle de la poésie et de la chan­son dans la vie quo­ti­dienne et les luttes des IWW (anti­ci­pant sur les fes­ti­vals de grév­istes en Mai 68 en France) était aux anti­po­des de l’atmos­phère pesante des mani­fes­ta­tions poli­ti­ques de la gauche orga­nisée depuis la pre­mière guerre mon­diale : on ne le sou­li­gnera jamais assez.

Rosemont traite aussi séparément des mythes pos­thu­mes – posi­tifs ou négat­ifs –qui ont obs­curci la réalité his­to­ri­que. Hill ne fut ni un super mili­tant sacri­fiant toute sa vie, ni un petit voyou itinérant : comme Rosemont le sou­li­gne, le rôle d’orga­ni­sa­teur du modeste Hill fut nourri par le culte aliéné du « leader » dans une orga­ni­sa­tion qui s’enor­gueillis­sait du slogan anti-déma­go­gique « Nous sommes tous des lea­ders ».

Rosemont montre sur la ques­tion raciale une loua­ble nuance ; c’est une des ques­tions sur laquelle les IWW en leur temps allaient radi­ca­le­ment à contre cou­rant de la culture réacti­onn­aire domi­nante. « Même Joe Hill n’était pas abso­lu­ment sans repro­ches de ce point de vue », écrit-il, citant la chan­son de Joe Hill Scissor Bill, qui atta­quait l’ouvrier blanc pour sa haine raciale, attri­buant à Scissor Bill une série d’épithètes exces­si­ve­ment racis­tes qui « néanmoins », dans n’importe quel ras­sem­ble­ment mixte Noirs et Blancs, « pou­vaient seu­le­ment paraître être une pro­vo­ca­tion tant pour les chan­teurs que pour les audi­teurs ».

Personne ne conteste que les IWW attei­gni­rent les som­mets de leur influence dans la déc­ennie pré­cédant la pre­mière guerre mon­diale avec Jim Crow (9) ; quand le pré­sident était Woodrow Wilson (10), un « pro­gres­siste » apôtre convaincu de la supré­matie blan­che, ils allèrent beau­coup plus loin, en atta­quant le pro­blème blanc amé­ricain, que n’importe quelle orga­ni­sa­tion ouvrière aupa­ra­vant ou depuis lors. Leur conven­tion fon­da­trice fut dédiée par une pro­vo­ca­trice, Lucy Parson (11), aux ancêtres noirs et indiens à une époque où l’AFL (American Federation of Labor) (12) sou­te­nait ouver­te­ment la lég­is­lation anti-asia­ti­que et quand les sta­tuts de la plu­part des syn­di­cats affi­liés à cette confé­dé­ration com­por­taient une clause expli­cite : « les Blancs seuls admis ». Les IWW accueillaient les tra­vailleurs de toutes cou­leurs et de toutes natio­na­lités. Covington Hall, poète, orga­ni­sa­teur et agi­ta­teur qui par­ti­cipa aux batailles des IWW dans l’indus­trie du bois en Alabama, fai­sait lutter ensem­ble Blancs et Noirs en plein cœur du Jim Crow South. Les IWW étaient aussi forts parmi les dockers noirs de Philadelphie, de Baltimore et d’ailleurs.

Rosemont (qui est aussi l’auteur d’une très bonne bro­chure, Karl Marx et les Iroquois (13) que l’on trouve sur le réseau Internet) montre com­ment les IWW, dans leurs rela­tions avec les Natives amé­ricains (14) et leurs atti­tu­des envers eux, étaient plus en concor­dance avec la sen­si­bi­lité d’un Marx dans ses « Notes eth­no­lo­gi­ques » (15) (alors inconnues et encore peu connues aujourd’hui)) que le furent jamais­les sociaux-démoc­rates, sta­li­niens ou trots­kis­tes (Rosemont admet que rien n’est connu des posi­tions de Joe Hill sur ce sujet). Pourtant ce qu’on sait, c’est que Hill posséda un grand talent, en pleine pér­iode d’hystérie anti-asia­ti­que avec le « péril jaune », pour pré­parer de la cui­sine chi­noise. Rosemont cite les tém­oig­nages directs de ceux qui par­ti­cipèrent à des camps de hobos, Wobblies « par­ti­cu­liè­rement éga­lit­aires et anti-racis­tes ».

Quant à la ques­tion fémi­nine, de la même façon, les Wobblies étaient bien en avance sur leur temps. Ils comp­taient bien des femmes au pre­mier plan dans leurs rangs, même si quel­que­fois ils eurent ten­dance à déc­rire les « filles rebel­les » comme étant là pour sou­te­nir le moral des « garçons rebel­les ». Ils par­laient ouver­te­ment de la pros­ti­tu­tion comme étant le pro­duit de la misère de la classe ouvrière.

Ils com­bat­taient la reli­gion, « le para­dis dans le ciel », tout en ayant hérités quel­que peu du mil­lé­nar­isme des sectes pro­tes­tan­tes de la pér­iode pré­céd­ente. Rosemont a par­ti­cu­liè­rement des vues per­ti­nen­tes sur la manière dont les capi­ta­lis­tes uti­lisèrent les hommes de mains et les gang­sters contre les locaux des IWW, ce qui amena un dével­op­pement du gang­stér­isme aux Etats-Unis, une fois que les élites loca­les eurent auto­risé les gang­sters à se déchaîner contre les orga­ni­sa­teurs IWW dont ils ne savaient pas trop com­ment se déb­arr­asser et à pren­dre leur préb­ende dans les pilla­ges d’une manière per­ma­nente.

Dans les matériaux que livre Rosemont, on trou­vera un intérêt par­ti­cu­lier sur les rela­tions entre les IWW et le Parti com­mu­niste amé­ricain (le « Parti comi­que », comme l’appe­laient les Wobblies). Quand les IWW glo­ri­fiaient de toute évid­ence la Révolution russe en 1921, ils étaient déjà soupç­onneux pour l’état­isme gran­dis­sant en Russie. On peut citer ici le texte même de Rosemont : « Pour les IWW, le Parti com­mu­niste était devenu une des pires choses qui aient fait irrup­tion dans le mou­ve­ment ouvrier amé­ricain. Les Wobblies connais­saient la différ­ence entre les élites clan­des­ti­nes du parti et la masse des adhérents. Ce fut l’expéri­ence amère des Wobblies avec les lea­ders du parti, la prét­endue avant-garde, qui les condui­sit à conclure que le Parti com­mu­niste n’était pas du tout une véri­table orga­ni­sa­tion ouvrière, mais un parti poli­ti­que d’une classe moyenne déses­pérément auto­ri­taire, néo-byzan­tine dans ses struc­tu­res hiér­arc­hiques et bureau­cra­ti­ques, tota­le­ment dominée par une élite intel­lec­tuelle bour­geoise para­si­taire. » Rosemont four­nit aussi des matériaux sur les Wobblies qui, en tant que mem­bres de l’AFL et plus tard du CIO, pous­saient vers un syn­di­ca­lisme social révo­luti­onn­aire. Plus intér­essant encore est son récit des innom­bra­bles actes de vio­lence perpétrés par les sta­li­niens contre les éléments les plus radi­caux du mou­ve­ment ouvrier aux Etats-Unis, les­quels, Rosemont le sou­li­gne, ne « sont pres­que jamais men­tionnés dans les livres sur le radi­ca­lisme amé­ricain ».

Passé le pic de l’influence de masse des IWW dans la classe ouvrière, Rosemont montre que les Wobblies ont eu une cons­cienc pré­cise de ce qu’on appelle aujourd’hui l’éco­logie, dont on trouve le reflet dans les let­tres de Hill. Rosemont retrace de même l’influence ultéri­eure des IWW, depuis la Beat Generation (sur­tout à tra­vers Gary Snyder) (16) jusqu’à la litté­ra­ture popu­laire. Et de nou­veau la poésie : « Pour moi, à dire vrai, et pour beau­coup de mes amis aussi, la poésie était d’une impor­tance vitale lors de notre entrée sous les ban­nières des IWW. L’his­toire du syn­di­cat et l’accent cons­tant mis sur la poésie et la chan­son nous ont imméd­ia­tement impres­sionné comme une des qua­lités déci­sives qui en font un cas unique dans le mou­ve­ment ouvrier et les orga­ni­sa­tions de gauche. Et nous avons raison. Que les IWW aient ins­piré plus et de meilleure poésie que tous les autres syn­di­cats ne les dis­tin­guent pas seu­le­ment de tous les autres syn­di­cats, mais aussi nous en dit beau­coup sur le monde qu’ils essayaient de cons­truire. »

Cette dimen­sion poé­tique pro­pulse l’influence des IWW dans l’avant-garde moder­niste, comme cela appa­raît dans les livres de Big Bill Haywood (17) à Greenwich Village (18) ou les artis­tes du Village qui tra­vaillèrent en 1913 sur le Paterson Pageant (19) lors de la célèbre grève du New Jersey. Rosemont saisit aussi une autre dimen­sion des jours de gloire des IWW dans un cha­pi­tre sur l’art perdu des haran­gues dans des lieux publics, élément cen­tral de leurs cam­pa­gnes et dénommées par Vachel Lindsay « le grand vau­de­ville » (20).

*** Maintenant, quel­les sont les rés­erves, et j’insiste secondai­res, qui peu­vent appa­raître dans mes cri­ti­ques du livre de Rosemont ?

La pre­mière concerne un recours irri­tant à une sorte « d’argu­men­ta­tion spéci­euse » liant Joe Hill aux thèmes plus généraux que Rosemont (à juste titre pour­tant) essaie d’abor­der. Joe Hill fut au Mexique pen­dant quel­que temps lors de la Révolution mexi­caine. Rosemont peut écrire, parmi onze pages très intér­ess­antes sur les IWW et le Révolution mexi­caine : « Et quel rôle Joe Hill y joua-t-il ? Là, comme pres­que par­tout dans la bio­gra­phie de Joe Hill, l’absence de détails précis est patente et frus­trante ».

Joe Hill alla à Hawaï en 1911, mais Rosemont écrit, au milieu d’une dis­cus­sion fort intér­ess­ante sur l’acti­vité des IWW dans cette île : « Quoiqu’aucun docu­ment ne révèle ce que fit Joe Hill à Hawaï, il est vir­tuel­le­ment cer­tain qu’il y visita d’autres représ­entants des IWW. Considérant ce que nous savons de son acti­vité ailleurs, il me paraît vrai­sem­bla­ble de penser qu’il apporta son concours à l’agi­ta­tion syn­di­cale à Hawaï. Et il n’est pas impos­si­ble que ce concours y fut beau­coup plus impor­tant que ce qui­conque pou­vait l’avoir espéré. Après 1911, de toutes façons, Hawaï devint un des lieux d’une forte agi­ta­tion des Wobblies ».

Rosemont écrit neuf pages excel­len­tes sur les IWW et les Natives amé­ricains. C’est une fois de plus l’inter­ro­ga­tion : « Et Joe Hill ? Ici, c’est le noir total. Nous n’en savons pas plus des opi­nions de Joe Hill sur la “ques­tion indienne” que nous n’en savons de ses opi­nions sur la Neuvième de Beethoven ou Don Quichotte ou la pensée de Li Po (21) : c’est-à-dire rien du tout. »

Sur les talents de Joe Hill quant à la cui­sine chi­noise : « Dans un tel climat de haine, pro­cla­mer sa pas­sion pour la cui­sine chi­noise et son habi­leté à uti­li­ser les baguet­tes peut être qua­li­fié comme des actes de dis­si­dence et de défi. Je n’essaie pas de donner une autre dimen­sion à de tels détails. Je tente de com­pren­dre com­ment les sim­ples gestes de Hill ne peu­vent pas être considérés comme des actes de grand cou­rage ou d’une visée révo­luti­onn­aire et qu’ils ne nous disent pas grand chose sur ses pensées réelles. Néanmoins, de tels petits signes per­son­nels non poli­ti­ques de non-confor­misme ne doi­vent pas être écartés ; sûrement, ils comp­tent pour quel­que chose dans le schéma plus large de l’ensem­ble. »

Sans aucun doute. Et je pour­rais conti­nuer ainsi. Un ami indul­gent m’a suggéré que, vu le petit nombre de faits connus sur la vie de Joe Hill, Rosemont fut comme un archéo­logue recons­ti­tuant toute une pér­iode his­to­ri­que avec quel­ques mor­ceaux de pote­rie. Et dans bien des endroits du livre, cela fonc­tionne effec­ti­ve­ment. Seulement, Rosemont ne pose jamais la ques­tion fon­da­men­tale sur les IWW : qu’est ce qui fonc­tionna mal chez eux ? Non seu­le­ment maints des auteurs qu’il cite ont écrit vala­ble­ment sur des épi­sodes radi­caux oubliés ou peu connus comme C. L. R. James (dans Notes sur la dia­lec­ti­que ou dans Facing Reality) (22) ou Peter Linebaugh (23) et Marcus Rediker (co-auteurs de The Many-Headed Hydra) (24) mais Rosemont n’apporte aucune expli­ca­tion de la déf­aite des IWW. Dans notre pér­iode morose, on n’a guère besoin de s’appe­san­tir sur des déf­aites. Particulièrement après l’effon­dre­ment du soi-disant « bloc sovié­tique » (les vrais soviets n’exis­taient plus en 1921), toutes les alter­na­ti­ves vain­cues du début du xxe siècle au « socia­lisme » bureau­cra­ti­que d’Etat vin­rent au grand jour, avec, de l’anar­chisme au syn­di­ca­lisme, des figu­res comme Rosa Luxembourg ou Bordiga, mais rien aussi clai­re­ment que les IWW (et pas seu­le­ment aux Etats-Unis).

Mais si nous devions pro­je­ter dans notre temps ce que furent les IWW de 1905 à 1924, je trouve tout autant impé­ratif et urgent de com­pren­dre pour­quoi ils ont connu cette écl­ipse. Qu’est-il arrivé à ce groupe extra­or­di­naire de gens ? pour tenter de le savoir, nous devons regar­der quatre-vingt-dix ou cent ans en arrière. Le livre de Rosemont est un mét­éore brillant qui s’abîme dans un pay­sage triste et dép­rimant comme un astéroïde oublié. Mais si nous croyons que tout s’ins­crit dans un pro­ces­sus his­to­ri­que, nous sommes bien forcés d’admet­tre que, pour étr­ange que cela paraisse, il n’y a guère d’ana­lyse his­to­ri­que dans les 640 pages d’un livre choc rempli de faits et de recons­truc­tion pas­sionnée de la vie de Hill et des IWW et de bien d’autres. Par exem­ple, est-ce que les trots­kis­tes déraillent lorsqu’ils disent que les IWW furent éclipsés par le Parti com­mu­niste parce que les Wobblies n’avaient aucune pers­pec­tive poli­ti­que cohér­ente alors que le PC de Lénine et Trotsky à ses débuts en avait une ? Pourquoi cela se pro­dui­sit-il ? Pourquoi, dans les années 1930, le mou­ve­ment de masse était le PC et non les IWW ? Rosemont prés­ente des brassées de faits précis avec des aperçus sur le dével­op­pement d’une contre-culture ouvrière révo­luti­onn­aire. Il semble abusif de deman­der à un tel tra­vail de dire quel­que chose sur l’éco­nomie, les chan­ge­ments tech­no­lo­gi­ques, la vaste muta­tion de l’Etat capi­ta­liste de 1890 à 1945 ou sur le triom­phe, à partir des années 1930, des idées de Mark Hanna (26), Owen Young (27) et Gerard Swope (28) pour les grands syn­di­cats d’indus­trie parmi les grands capi­ta­lis­tes, ou, fina­le­ment, sur l’impact de la culture de masse (radio, cinéma et plus tard télé­vision) et de l’édu­cation de masse sur le chant popu­laire et la poésie – qui ont pu jouer un rôle dans la fin des IWW.

Bien des points ne sont même pas men­tionnés dans le livre. Rosemont atta­que Dibovsky (29) et autres uni­ver­si­tai­res qui prét­endent que les IWW étaient déjà sur le déclin en 1919 et leur oppo­ser que ce fut en 1924 mais il ne consa­cre pas une seule ligne pour tenter d’expli­quer ce déclin. La crise de 1920 (asso­cié avec le « péril rouge « ) a balayé les syn­di­cats dans tous les Etats-Unis. Quel impact cette vague a-t-elle eu sur les Wobblies ? Rosemont ne le men­tionne aucu­ne­ment.

Il sou­li­gne avec brio l’impor­tance du chant et de la poésie pour le mou­ve­ment des IWW ; d’accord, et alors ? Qui peut dire qu’un recueil de chan­sons et de poésie puisse aujourd’hui jouer un rôle et être le point de départ d’un mou­ve­ment ? La plu­part des gau­chis­tes ne peu­vent même pas chan­ter un cou­plet de L’Internationale.

Rosemont parle de Joe Hill comme étant encore bien vivant et connu de la classe ouvrière, mais je pense que pas un seul des étudiants d’ori­gine ouvrière que j’ai ren­contré à New York alors que j’ensei­gnais dans un cours d’adul­tes avait jamais entendu parler des IWW, encore moins de Joe Hill. Rosemont écrit au milieu de ce qui est considéré aujourd’hui comme une sous-culture et l’élève au niveau d’une culture de classe. Naturellement, étant donné la dimen­sion de ce qu’il réussit à faire, Rosemont n’est pas obligé de rép­ondre à bien des ques­tions sur ce qui arriva après la fin des IWW. (Il semble pour­tant concéder à regret dans quel­ques endroits de son livre que cela en fut ainsi.) Mais il n’a pas écrit pour la prés­en­tation des anti­quités, mais, on peut le pré­sumer, pour ins­pi­rer le présent et l’avenir.

Quand j’ai ter­miné la lec­ture de ce livre avec l’exal­ta­tion qu’il pou­vait ins­pi­rer, j’aurais voulu, une fois de plus, me pré­ci­piter dehors et me mêler à la foule des tra­vailleurs pour que cette vision devienne une réalité de notre temps ; mais je me heur­tai à un mur ou tombai dans le vide. C’est pour­quoi j’ai posé les ques­tions que je viens d’abor­der sur les limi­tes de ce voyage mystérieux et magi­que jamais posé comme un pro­blème.

Devons-nous sup­po­ser que les dizai­nes de mil­liers de ces gens subli­mes se ras­sem­blèrent de 1905 à 1924et tout autant mystéri­eu­sement se dis­persèrent ou furent dis­persés ? Bien plus de tra­vailleurs ne rejoi­gni­rent pas les IWW que ceux qui le firent : qui étaient-ils, et pour­quoi ne le firent-ils pas ? Pour tracer quel­que voie per­met­tant de saisir la spé­ci­ficité des IWW, de ses forces et de ses fai­bles­ses au regard des forces qui le reléguèrent dans l’oubli, peut-être que la seule voie serait de rendre sa poésie poten­tiel­le­ment contem­po­raine.

Loren Goldner

NOTES

(1) Parmi les auteurs et artis­tes cités, cer­tains sont bien connus (Apollinaire, Artaud, Bosh, Blake, Byron, Dürer, Hugo, Monk, Nerval, Charlie Parker, Man Ray, Satie, Shelley). Nous don­nons ci-après quel­ques référ­ences concer­nant les moins connus :

Franz X. von Baader (1765-1841), théo­sophe alle­mand inclas­sa­ble, dével­oppa des théories sur la cor­po­ra­lité et l’anta­go­nisme (R. Susini : F.von Baader et le roman­tisme mys­ti­que, Paris, 1942). Baader a aussi inventé le mot « prolé­tariat » pour les « clas­ses dan­ge­reu­ses » – Lester Browie, trom­pet­tiste de jazz de l’avant-garde de Chicago des années 1970. – Philip Lamantia : poète amé­ricain, adoubé par André Breton comme le « Rimbaud de la deuxième moitié du xxe siècle », per­son­nage de la poésie beat des années 1950. – Hoene-Wronski, mes­sia­niste et ésot­ériste roman­ti­que polo­nais qui habi­tait Paris dans les années 1830-1840, considéré comme le modèle du per­son­nage du roman de Balzac La Recherche de l’absolu. – Giambattista Vico, juriste ita­lien, « pré­rom­an­tique » du xviiie siècle, préc­urseur de Michelet, Marx et Joyce, connu pour son affir­ma­tion que l’Histoire est un « factum », c’est-à-dire faite par les hommes.

(2) Wobbly (plu­riel Wobblies) : nom donné à ceux qui se rat­ta­chaient aux IWW (Industrial Workers of the World). Il y a peu d’ouvra­ges exhaus­tifs et com­plets en français sur les IWW. Mentionnons Les IWW, le syn­di­ca­lisme révo­luti­onn­aire aux Etats-Unis, de Larry Portis (éd. Spartacus) et les pages qui leur sont consa­crées dans Une his­toire popu­laire des Etats-Unis, de Howard Zinn, (éd. Agone).

(3) Charles H. Kerr, maison d’édition du mou­ve­ment ouvrier, établie à Chicago à la fin du xixe siècle, qui édita la pre­mière aux Etats-Unis Le Capital de Marx en anglais ; après un long déclin, elle a été rénovée par Rosemont et quel­ques cama­ra­des.

(4) Hobo : nom donné aux tra­vailleurs irré­guliers aux Etats-Unis en sui­vant les chan­tiers autour de la pre­mière guerre mon­diale, tra­vailleurs non qua­li­fiés et qui se déplaçaient d’un bout à l’autre du pays par tous moyens notam­ment en « emprun­tant » les trains de mar­chan­di­ses (sou­vent au prix de leur vie, on compte près de 50 000 hobos morts dans des acci­dents fer­ro­viai­res de 1900 à 1905) tout en dével­oppant une grande soli­da­rité d’exclus. Voir l’ouvrage de Nels Anderson Le Hobo, socio­lo­gie du sans-abri, Nathan (« Essais et recher­ches »), 1993 tra­duc­tion de l’ori­gi­nal en anglais paru en 1923.

(5) Wallace Stegner : roman­cier amé­ricain méd­iocre du milieu du xxe siècle, auteur d’une étude très mal­veillante sur Hill en 1948.

(6) Révolution mexi­caine : la dic­ta­ture de Porfirio Diaz et la « moder­ni­sa­tion » du pays avec une large pénét­ration éco­no­mique des Etats-Unis se fait aux dépens des pay­sans, dont les struc­tu­res com­mu­nau­tai­res sont détr­uites au profit des grands pro­priét­aires fon­ciers ; en 1912, 80 % des pay­sans sont des « sans-terre », les peones, véri­tables escla­ves des Haciendas (voir les ouvra­ges de Traven). La révo­lution se dér­oula dans une pér­iode de grande confu­sion, de 1910 à 1914, qui vit l’affron­te­ment entre les chefs rebel­les Villa et Zapata et se ter­mina par le rétabl­is­sement de la légalité bour­geoise avec l’inter­ven­tion dét­er­min­ante des Etats-Unis.

(7) Fraser River Strike : d’après le nom du fleuve Fraser, en Colombie Britannique (Canada), près de la côte Pacifique, le long duquel était cons­truite la ligne de chemin de fer trans­ca­na­dienne pour la Canadian Northern Railroad Company, avec l’aide de sous-trai­tants qui exploi­taient les migrants dans des condi­tions ter­ri­bles pro­ches de l’escla­vage. En 1912, les IWW orga­nisèrent ces tra­vailleurs (plus de 8 000 adhé­rèrent) et la grève éclata sur les chan­tiers de Fraser River en mars 1912. Le mou­ve­ment s’étendit sur plus de 800 km tout au long de la ligne, jusqu’aux Etats-Unis, avec d’innom­bra­bles piquets pour pré­venir l’embau­che de jaunes. Elle se ter­mina par la répr­ession vio­lente habi­tuelle contre toute grève dans cette pér­iode héroïque du mou­ve­ment ouvrier amé­ricain.

(8) Dans le cadre d’actions diver­ses pour la journée de 8 heures, au prin­temps 1886, des grèves se développèrent notam­ment à Chicago. L’AFL, fondée cinq ans aupa­ra­vant, appela pour le 1er mai à une grève géné­rale. La police inter­vint, tuant et bles­sant maints tra­vailleurs. Ce qui décl­encha des actions plus dét­erminées. Lors d’un ras­sem­ble­ment à Haymarket Square à Chicago, le 4 mai, une bombe fut lancée contre les flics qui venaient dis­per­ser la mani­fes­ta­tion : la police ouvrit le feu de nou­veau tuant et bles­sant maints mani­fes­tants. Il s’ensui­vit une vague d’arres­ta­tions notam­ment dans les milieux anar­chis­tes. Sept d’entre eux furent condamnés à mort, dont quatre furent pendus sans qu’aucune preuve ait pu être rete­nue contre eux. Ensuite se dével­oppa une vague réacti­onn­aire hysté­rique dans tout le pays. Ces évé­nements tra­gi­ques devin­rent le sym­bole des luttes dans la céléb­ration mon­diale du 1er mai.

(9) Jim Crow : terme mép­risant pour désigner les Noirs amé­ricains, d’après le nom d’une chan­son basée sur un fait réel. Jim Crow South désigne tout le Sud-Est amé­ricain ex-escla­va­giste, raciste et ség­réga­tio­nniste.

(10) T. W.Wilson (1856-1924), pré­sident des Etats-Unis de 1913 à 1921, poussa et pré­sida à l’entrée des Etats-Unis dans la pre­mière guerre mon­diale. Idéaliste il tenta de lancer une col­la­bo­ra­tion mon­diale pour la paix avec la Société des Nations mais fut désavoué dans ces efforts par ses pro­pres par­ti­sans.

(11) Lucy Parsons : mili­tante excep­tion­nelle du mou­ve­ment ouvrier amé­ricain à partir des années 1870, mét­isse de parenté noire et indienne, veuve d’Albert Parsons, un des « mar­tyrs de Haymarket » (impri­meur anar­chiste membre de l’AIT), par­ti­cipa au congrès fon­da­teur des IWW en 1905.

(12) L’AFL-CIO est la « grande » fédé­ration syn­di­cale amé­ric­aine rés­ultant de la fusion en 1956 de l’AFL (American Federation of Labor) (dont le refus d’admet­tre les tra­vailleurs non qua­li­fiés fut une des causes de la for­ma­tion des IWW) et de la Fédération des syn­di­cats d’indus­trie CIO (Congress of Industrial Organisations), fondée en 1918 pour regrou­per les tra­vailleurs de tous ordres, spéc­ia­lement ceux non admis à l’AFL (en partie en rép­onse éta­tique et patro­nale au dével­op­pement des IWW).

(13) Karl Marx et les Iroquois : texte (en anglais) de F. Rosemont qui peut être trouvé sur Internet sur le site www.geo­ci­ties.com/cor­do­ba­ba­kaf/marx...

(14) Natives : nom donné par­tout aux popu­la­tions ori­gi­nai­res des ter­ri­toi­res d’un Etat, par oppo­si­tion aux immi­grants – les plus sou­vent ex-colo­ni­sa­teurs. Aux Etats-Unis, s’appli­que plus spé­ci­fiq­uement aux mem­bres des tribus indien­nes.

(15) Marx avait écrit différents textes sur l’eth­no­lo­gie qu’il pro­je­tait de publier avant sa mort. On peut trou­ver ces textes en anglais dans l’ouvrage « The Ethnological Notebook of Karl Marx (Assan 1968 et L.Kruder 1972).

(16) Beat Generation, mou­ve­ment littér­aire et de mode de vie très influent des années 1950-1960 aux Etats-Unis dont les prin­ci­paux ani­ma­teurs furent Jack Kerouac, Allen Ginsberg et William Burrough. Gary Snyder fut l’un d’eux, dont Kerouac et Ginsberg disaient qu’il était « le type le plus fou et le plus intel­li­gent que nous ayions jamais ren­contré ».

(17) Big Bill Haywood, mili­tant mineur de fond qui quitta l’AFL pour deve­nir l’un des fon­da­teurs des IWW en 1905.

(18) Greenwich Village – en plus court le Village –, quar­tier de New York à l’Ouest de Manhattan, refuge des artiste et écrivain et qui passe sou­vent pour le ghetto des intel­lec­tuels.

(19) Paterson Pageant : spec­ta­cle orga­nisé à New York en 1913 lors de la grande grève de Paterson (New Jersey) pour faire connaître la grève, col­la­bo­ra­tion exem­plaire entre l’avant-garde new-yor­kaise (l’idée en fut lancée par John Reed) et les mili­tants des IWW qui orga­ni­saient la grève.

(20) Vachel Lindsay (1879-1931) poète amé­ricain en rup­ture avec l’académ­isme et la mièv­rerie.

(21) Li Po, poète chi­nois (700-762) dont les thèmes poé­tiques tour­nent autour de l’amitié, de la nature, du vin et des femmes.

(22) C.L.R. James (alias Johnson), un des ani­ma­teurs de la « ten­dance » Johnson-Forest lors de sa sortie du Socialist Workers Party (trots­kyste) et de la publi­ca­tion Facing Reality (voir http://home.earth­link.net/~lr­goldne...).

(23) Linebaugh Peter, his­to­rien amé­ricain contem­po­rain influencé par E. Thomson et par l’ouvriér­isme ita­lien, auteur de l’excel­lent livre The London Hanged (1992) et, avec Marcus Rediker, de The Many-Headed Hydra (« L’Hydre aux mille têtes ») (2000).

(24) Marcus Rediker : his­to­rien amé­ricain contem­po­rain, auteur d’une étude sur les pira­tes du xviiie siècle, Between the Devil and the Deep-Blue Sea (Entre le diable et la grande bleue) (1987), et avec P. Linebaugh de The Many-Headed Hydra.

(26) Mark Hanna : sénateur de l’Etat d’Ohio à partir des années 1880, capi­ta­liste éclairé qui reven­di­quait la création de syn­di­cats indus­triels cin­quante ans avant la for­ma­tion du CIO, ceci pour empêcher une véri­table radi­ca­li­sa­tion du mou­ve­ment ouvrier aux Etats-Unis ; pion­nier du cor­po­ra­tisme.

(27) Owen Young : PDG de General Electric dans les années 1920, un autre pion­nier du cor­po­ra­tisme, en faveur d’un syn­di­cat indép­endant dans sa propre entre­prise. Architecte du Plan Young (1929) qui four­nis­sait des crédits pour la sta­bi­li­sa­tion de l’Allemagne.

(28) Gérard Swope : cadre de haut niveau de General Electric à l’époque de Young, il invita l’AFL à orga­ni­ser un syn­di­cat à General Electric pour pré­venir que « d’autres gens moins aima­bles ne le fas­sent » ; à l’époque du New Deal, porte-parole éminent d’une concer­ta­tion éco­no­mique entre le patro­nat et les syn­di­cats dans le style du fas­cisme mus­so­li­nien.

(29) Dibovsky Marvin, his­to­rien amé­ricain, auteur d’une méd­iocre his­toire des IWW, We Shall Be All (1973).

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