Accueil du site > Ni patrie, ni frontières > 27-28-29 Gauchisme post moderne – Sans-papiers – Venezuela, (...) > Sur « L’insurrection qui vient » et « Les mouvements sont faits pour (...)

Sur « L’insurrection qui vient » et « Les mouvements sont faits pour mourir »

publié par Yves, le mardi 18 novembre 2008

Enregistrer au format PDF

La dis­cus­sion que nous repro­dui­sons ci-après a eu lieu par écrit et ora­le­ment entre un membre de la revue "Ni patrie ni fron­tières" et plu­sieurs étudiants et ex-étudiants entre déc­embre et février 2008. Elle est donc un peu hétérogène au niveau du style des inter­ven­tions mais, à l’heure où le gou­ver­ne­ment Sarkozy tente de cri­mi­na­li­ser cer­tains éléments dits "ultra­gau­ches" ou "anar­cho-auto­no­mes" (termes passe-par­tout, déli­bérément choi­sis pour s’appli­quer à peu près à n’importe quel par­ti­san de l’action directe) en obli­geant l’extrême gauche élec­to­ral­iste à choi­sir le camp de l’Etat et à se dém­arquer de toute action vio­lente, il peut être utile de s’inter­ro­ger de façon cri­ti­que sur le contenu de cer­tains dis­cours poli­ti­ques "radi­caux", tels qu’on les retrouve dans des tracts, sur des sites Internet ou dans deux livres assez représ­en­tat­ifs de ces ten­dan­ces confu­ses, et aussi sur leur réc­eption chez les jeunes et plus spé­ci­fiq­uement chez les étudiants. Le débat est ouvert.

P.S. Il est évident pour nous, mais il vaut mieux le pré­ciser de façon expli­cite, que la cri­ti­que viru­lente de cer­tai­nes idées néf­astes voire mor­tel­les pour le mou­ve­ment social dans son ensem­ble, et pour les indi­vi­dus qui s’enga­gent sur une voie sui­ci­daire, n’empêche nul­le­ment, en même temps, d’expri­mer notre soli­da­rité contre la répr­ession de l’Etat français et qu’il faut deman­der la libé­ration imméd­iate des per­son­nes arrêtées. Pour résumer, donc, ni omerta vis-à-vis des idées et des actes des grou­pes dits "révo­luti­onn­aires" (quels qu’ils soient), ni soli­da­rité avec l’Etat bour­geois !

PPS. A ce propos on lira aussi http://www.mon­dia­lisme.org/ecrire/?exec=arti­cles&id_arti­cle=1232 "Dissociés ita­liens et radi­caux chics hexa­go­naux"

(Ni patrie ni fron­tières)

Introduction à la dis­cus­sion

Yves : Les « émeutes » de 2005, le mou­ve­ment contre le CPE en 2006 et celui contre la LRU en 2007, d’un côté, le style de gou­ver­ne­ment brutal et ouver­te­ment répr­essif développé par Sarkozy d’abord au ministère de l’Intérieur puis à la pré­sid­ence de la République, de l’autre, ont créé un contexte favo­ra­ble à la rés­urg­ence de cer­tains dis­cours fai­sant l’apo­lo­gie de l’« action directe » vio­lente, de la cas­ta­gne avec les flics, voire du sabo­tage (comme celles de quel­ques ins­tal­la­tions de la SNCF en novem­bre 2007) et du « tir au poulet » (comme à Villiers-le-Bel). Le tout dans un contexte :

-  où les jeunes des clas­ses popu­lai­res savent que, pour la plu­part, ils vivront moins bien que leurs parents,
- 
-  où ils galèrent pen­dant des années avant de trou­ver un boulot « fixe » et mal payé,
- 
-  où, à partir d’envi­ron 50-55 ans, on leur prédit qu’ils galè­reront à nou­veau et dans des condi­tions encore plus défa­vo­rables que pen­dant leur jeu­nesse.
-  On peut considérer que l’on a dés­ormais en Europe occi­den­tale un noyau dur de tra­vailleurs qui ont un emploi sala­rié à peu près stable entre 25-30 ans et 50-55 ans, mais que, avant et après ces deux étapes de leur vie, la pré­carité fait et fera des rava­ges pen­dant une pér­iode dont on ignore abso­lu­ment quand – et si – elle se ter­mi­nera un jour. Bref une géné­ration no future.

C’est dans une telle situa­tion que l’on assiste à la dif­fu­sion de tracts et de bro­chu­res au ton incen­diaire voire apo­ca­lyp­ti­que ; à la repu­bli­ca­tion de textes des auto­no­mes ita­liens ou français des années 70 ; à la remise en cir­cu­la­tion de films ou de livres sur les Weathermen, le MIL, la Fraction Armée rouge ou les Black Panthers ; et à l’édition de livres comme L’insur­rec­tion qui vient ou Les mou­ve­ments sont faits pour mourir.

On pour­rait aussi évoquer le contenu très ambigu de la cam­pa­gne en faveur de la libé­ration imméd­iate des pri­son­niers d’Action Directe. Cette cam­pa­gne est abso­lu­ment jus­ti­fiée dans la mesure où elle dév­oile et dén­once la bar­ba­rie du système pénit­enti­aire actuel qui cher­che à ce que les mili­tants d’Action Directe crèvent de mort lente en prison. Donc, pour des rai­sons à la fois poli­ti­ques et huma­ni­tai­res, il est indis­pen­sa­ble que les mili­tants d’AD soient libérés tout de suite. Mais cette cam­pa­gne inter­dit, de fait, toute dis­cus­sion sur les « théories » poli­ti­ques qui ont abouti aux meur­tres de George Besse et du général Audran. Elle va même jusqu’à prés­enter Action Directe comme le pro­lon­ge­ment pur et simple de la lutte armée contre le fran­quisme, lutte jugée, elle aussi, intou­cha­ble car « anti­fas­ciste ». Ce qui ver­rouille et délé­gi­time dou­ble­ment toute remise en cause des posi­tions mili­taro-sta­li­nien­nes encore déf­endues par les mili­tants d’Action Directe dans des livres comme Le prolé­tariat préc­aire, par exem­ple.

Mais la dif­fu­sion de ces idées a d’autres conséqu­ences graves : cer­tains de ceux qui croient à ces dis­cours favo­ra­bles à la lutte armée ou au sabo­tage dans la situa­tion franç­aise actuelle, ou qui en par­ta­gent les rai­son­ne­ments même s’ils n’ont jamais lu ces bou­quins ou ces bro­chu­res, pas­sent à l’acte. Et ces actions « illé­gales » leur valent de lour­des condam­na­tions, comme cela a été le cas pour ceux qui ont été arrêtés lors de sac­ca­ges de per­ma­nen­ces de l’UMP, de bris de vitri­nes au cours de mani­fes­ta­tions étudi­antes, d’occu­pa­tions de facultés en 2006 et 2007, de pro­tes­ta­tions contre l’élection de Sarkozy aux pré­sid­enti­elles, etc.

Dans un tel contexte, les jour­na­lis­tes recher­chent évid­emment des boucs émiss­aires (les « jeunes de ban­lieue » qui « glan­douillent », comme dit l’inén­ar­rable Fadela Amara), mais cela ne leur suffit pas pour noir­cir du papier et intoxi­quer les tél­ésp­ec­tateurs. Ils aime­raient bien trou­ver un Etat-Major Insurrectionnel Secret (un « Comité invi­si­ble » jus­te­ment) – et les « auto­no­mes » (sur­nommés les « totos ») font donc une cible de choix.

Notre objec­tif ici n’est pas de cher­cher à iden­ti­fier un chef d’orches­tre clan­des­tin (de toute façon inexis­tant) mais de nous deman­der pour­quoi des textes comme Les mou­ve­ments sont faits pour mourir ou L’insur­rec­tion qui vient ont surgi à l’occa­sion des « émeutes » de 2005 et des récents mou­ve­ments étudiants et pour­quoi leur lan­gage est repris dans un cer­tain nombre de tracts, dans des dis­cus­sions sur Internet, et par une petite mino­rité de jeunes révoltés qui ne se reconnais­sent dans aucune des orga­ni­sa­tions offi­ciel­les de l’extrême gauche ou du mou­ve­ment liber­taire.

Il doit bien y avoir une raison en dehors du mimét­isme « pro-situs » (pro-situa­tion­nis­tes) ou « pro-totos » (pro-auto­no­mes) pour que ces textes cir­cu­lent et soient édités. Cela cor­res­pond forcément à quel­que chose dans la situa­tion poli­ti­que actuelle. Et c’est sur ce « quel­que chose » qu’il serait utile de s’inter­ro­ger.

On pour­rait aussi se deman­der :

- pour­quoi les mou­ve­ments étudiants et lycéens sont-ils qua­si­ment annuels en France depuis 40 ans ? Sont-ils une expéri­ence sociale réservée grosso modo aux 15-25 ans, un « rite de pas­sage » typi­que­ment français et qui n’a aucune conséqu­ence poli­ti­que signi­fi­ca­tive ? Ou ont-ils un sens par­ti­cu­lier et lequel ?

-  pour­quoi le dis­cours que les marxis­tes appel­lent « anti-orga­ni­sa­tion » ou « spon­tané­iste » a-t-il un cer­tain succès à la fois dans les milieux lycéens et étudiants, mais aussi dans les milieux alter­mon­dia­lis­tes ?
- 
-  ce dis­cours appa­raît-il plus radi­cal (ou plus authen­ti­que) que celui de l’extrême gauche ou des liber­tai­res ? Plus anti­bu­reau­cra­ti­que ? Sur quel genre de pra­ti­ques déb­ouche-t-il ?
- 
-  Quel genre de gens (étudiants ou pas) se reconnais­sent-ils dans ce dis­cours dit « toto » ou « pro-situ » ?
-  J’ai l’impres­sion que les idéo­logies radi­ca­les (je ne parle pas de l’extrême gauche qui s’adresse fon­da­men­ta­le­ment aux employés, aux fonc­tion­nai­res, aux profs et aux clas­ses moyen­nes inféri­eures syn­di­quées) ont un public poten­tiel dans la jeu­nesse assez impor­tant. Cela ne concerne plus sim­ple­ment ceux qui veu­lent se la jouer bohême ou ont des velléités artis­ti­ques comme les situa­tion­nis­tes des années 60, mais tous ceux qui galèrent, et ils sont aujourd’hui des mil­lions. Cela m’a frappé en dis­cu­tant avec deux jeunes Américains qui par­ti­ci­pent à un réseau infor­mel dans des bou­ti­ques, des res­tau­rants et des bars dans leur pays : ils filent de la mar­chan­dise gra­tui­te­ment à cer­tains clients, ne font pas de tickets de caisse, offrent par­fois le café à toute la salle, bref, ils font des trucs illégaux et dan­ge­reux pour eux s’ils se fai­saient piquer par leurs patrons et sur­tout si les flics pou­vaient établir l’exis­tence d’un réseau de fraude et de redis­tri­bu­tion gra­tuite géné­ralisée. Ce sont des étudiants, des ex-étudiants, des préc­aires qui ont l’impres­sion que les textes des situs ont été écrits pour eux aujourd’hui, que la des­crip­tion de la société qui est faite dans leurs textes cor­res­pond exac­te­ment à celle de leur réalité quo­ti­dienne actuelle aux Etats-Unis, etc.

-  En quoi le dis­cours des « post-auto­no­mes » ou « post-situa­tion­nis­tes » se différ­encie-t-il du dis­cours anar­chiste clas­si­que ?
- 
- Généralement ces textes ne met­tent pas au centre de la trans­for­ma­tion sociale « le prolé­tariat », la « classe ouvrière » ou les « tra­vailleurs » , mais plutôt les « préc­aires », ou tout sim­ple­ment les « indi­vi­dus ». Est-ce parce que la société capi­ta­liste a radi­ca­le­ment changé ? Parce que les gran­des concen­tra­tions indus­triel­les n’exis­tent plus ? Que la classe ouvrière tra­di­tion­nelle aurait dis­paru ? Ou parce que ce dis­cours est porté par des étudiants – peu ou pas insérés dans le moule du tra­vail ? Et de quel tra­vail ?

Je ne me sens pas capa­ble de rép­ondre à toutes ces ques­tions. Je ne peux qu’avan­cer quel­ques hypo­thèses pour lancer la dis­cus­sion :

* L’uni­ver­sité et le milieu étudiant en général sont deve­nus le lieu d’expéri­ence d’une caté­gorie sociale (la jeu­nesse), en tout cas d’une frac­tion impor­tante de celle-ci. Dans ce sens, d’ailleurs, l’idéo­logie « post-situa­tion­niste » ou « post-auto­nome » séduit peut-être autant des jeunes « petits bour­geois » que des jeunes révoltés (d’ori­gine plus popu­laire), tant il est vrai que l’on se rév­olte plus faci­le­ment quand on est bour­sier, que l’on est obligé de bosser pour payer ses études et que l’on est fils ou fille de petits sala­riés.

* Le fait qu’une frac­tion impor­tante de la jeu­nesse n’arrive pas à s’« intégrer » socia­le­ment (donc à accep­ter, de gré ou de force, la dis­ci­pline capi­ta­liste) avant 25-30 ans fait qu’effec­ti­ve­ment les rap­ports avec la famille sont beau­coup plus longs et tendus qu’aupa­ra­vant. Pour une partie des jeunes, cela se ter­mine par­fois par l’exclu­sion du foyer fami­lial, des séjours à la rue ou dans des squats extrê­mement préc­aires, la manche, la consom­ma­tion d’alcool ou de came pour tenir le choc, etc. ; pour d’autres, cela se tra­duit par des allers-retours chao­ti­ques et vécus comme humi­liants dans la maison fami­liale en fonc­tion des aléas pro­fes­sion­nels jusqu’à un âge beau­coup plus avancé qu’il y a trente ans.

Dans un tel contexte, la frus­tra­tion, l’exaspé­ration, le ras-le-bol contre toutes les formes d’oppres­sion (y com­pris fami­liale), contre la consom­ma­tion effrénée promue par le système mais hors de portée pour ces jeunes (à moins qu’ils ne fau­chent – avec tous les ris­ques que cela com­porte), ne peu­vent que s’exa­cer­ber. Toutes choses qu’expri­ment assez bien (même si c’est dans un style ver­beux) des livres L’insur­rec­tion qui vient et Les mou­ve­ments sont faits pour mourir.

* Le rap­port des étudiants les plus radi­caux à leur milieu (milieu qui les fait « gerber », dixit Cédric) est jus­te­ment le signe que le statut social de l’étudiant a changé. On est passé d’une mino­rité élit­iste, réacti­onn­aire et pri­vilégiée (disons jusqu’à la fin des années 50) à une couche sociale beau­coup plus large et socia­le­ment hétérogène. La montée du chômage et les chan­ge­ments inter­ve­nus dans la place et le statut du tra­vail intel­lec­tuel et même des connais­san­ces acqui­ses à l’uni­ver­sité ont fait que les étudiants ont beau­coup moins d’illu­sions sur leur savoir ainsi que sur la fac­ti­bi­lité et le réal­isme de leurs aspi­ra­tions socia­les. En clair, ils ne croient plus pou­voir grim­per aussi faci­le­ment dans la société. (Une prof de lycée du SNES qui mani­fes­tait réc­emment contre la venue de Sarkozy à Lille racontait qu’elle tou­chait pro­por­tion­nel­le­ment en fin de car­rière – 2000 euros – ce que tou­chait un prof en début de car­rière il y a 20 ans.)

* Il y a une spé­ci­ficité du milieu étudiant qui tient à ce qu’est deve­nue l’uni­ver­sité dans les pays capi­ta­lis­tes avancés : un sas pour passer de la vie sco­laire à la vie pro­fes­sion­nelle ; un lieu où s’établit une sél­ection sociale féroce ; une ins­ti­tu­tion où les reje­tons des clas­ses moyen­nes appren­nent à pren­dre au sérieux leur future iden­tité pro­fes­sion­nelle et à acquérir une haute idée de leur statut social poten­tiel ; mais aussi un milieu où il y a des contre-ten­dan­ces : une dis­tri­bu­tion de savoirs sou­vent tota­le­ment inu­ti­les – sur le plan social, intel­lec­tuel ou pro­fes­sion­nel - pour ceux qui vont jusqu’au bout de leurs études ; mais aussi la rév­olte de tous ceux qui sont rejetés pour leurs mau­vais rés­ultats, et celle de ceux qui per­dent leurs illu­sions sur le savoir, les pro­fes­seurs, l’esprit cri­ti­que, voire tout sim­ple­ment l’intérêt du métier qu’ils pen­saient appren­dre et exer­cer. Là encore, on com­prend pour­quoi des livres comme L’insur­rec­tion qui vient peu­vent trou­ver un écho dans un tel public.

Pétunia : La ques­tion de savoir pour­quoi des textes comme L’insur­rec­tion qui vient ou Les mou­ve­ments sont faits pour mourir ont un petit impact sur le milieu étudiant est vaste et sub­jec­tive. Elle répond à mon avis à plu­sieurs causes. Je vais en citer cer­tai­nes qui sont par­fois un peu anec­do­ti­ques et que je vous livre en vrac.

- D’abord, comme tu le sou­li­gnes, Yves, la repro­duc­tion sociale des clas­ses moyen­nes n’est plus assurée, et les pos­si­bi­lités d’ascen­sion sociale se réd­uisent depuis les années 80 (je dis ça à la louche, mais c’est l’impres­sion que j’en ai). L’appa­ri­tion d’ « intel­lec­tuels préc­aires » l’illus­tre bien. Il y avait, par exem­ple, dans le mou­ve­ment contre la LRU (ou loi Pécresse) en 2007 une prof ATER, qui affir­mait venir d’un milieu ouvrier – mais à la pro­non­cia­tion bour­geoise mar­quée–-, qui vit avec 1 200 euros par mois dans une cham­bre de bonne. Elle était plutôt modérée dans ses inter­ven­tions en assem­blée géné­rale, mais elle s’y impli­quait d’abord pour des rai­sons indi­vi­duel­les, socia­les et éco­no­miques. Elle ne rentre donc pas dans le cas des jeunes séduits par les dis­cours « totos ».

- Ce chan­ge­ment pour les clas­ses moyen­nes semble créer du malaise (et de la mau­vaise cons­cience) chez ces caté­gories et dans la société en général – on peut tou­jours être dans une situa­tion sociale pire. Je ne pense pas spéc­ia­lement que c’est parce qu’on est un « galérien » qu’on va se rév­olter ; ces dis­cours ont l’air de fonc­tion­ner chez des indi­vi­dus assez hété­roc­lites.

Cela dit, le mou­ve­ment contre la LRU (ou contre le CPE ??) a plus touché les étudiants des facultés d’art, de philo, et de scien­ces humai­nes... et pas ceux d’éco­nomie-ges­tion ou de droit – dans les facs popu­lai­res aussi hétérogènes socia­le­ment, on trouve davan­tage de fils de prolos dans ces filières. Les per­son­nes les plus sen­si­bles aux dis­cours « totos » vien­nent même par­fois carrément de la bour­geoi­sie (fils de pro­fes­sions libé­rales, chi­rur­giens, etc., et qui ont leur appart’ dans Paris), mais ne col­lent pas aux envies de leurs parents.

– Les gens impli­qués ont aussi sou­vent une tra­di­tion fami­liale poli­ti­que, une culture poli­ti­que, sont par­fois les enfants d’ex-soixante-hui­tards. J’ai ainsi déc­ouvert que les parents d’une rebelle plutôt « toto » qui par­tait en vacan­ces de ski étaient trost­kys­tes. – Je pense donc que l’intérêt de ces textes vient du fait qu’ils for­mu­lent de manière confuse des ques­tion­ne­ments pro­fonds, diffus et par­tagés dans la jeu­nesse, c’est-à-dire chez ceux qui ont le plus le loisir de se poser des ques­tions, raison de plus chez les étudiants.

Il y a dans le dis­cours « toto » un fourre-tout de référ­ences his­to­ri­ques (recy­clage de mai 68 à toutes les sauces…) qui ont une sorte d’aura magi­que, qui permet de se reconnaître sans trop savoir de quoi il s’agit exac­te­ment, et ce à un âge où l’on est indécis et inquiet par rap­port à l’avenir.

Dans ce type de dis­cours, on trouve toute une série de pro­jec­tions (poli­ti­ques, socié­tales, et per­son­nel­les) qui s’édifient dans le verbe tout-puis­sant. C’est sou­vent un bric-à-brac d’idéo­logies (situs, anar­chis­tes…, avec par­fois cer­tains relents maoïstes), on reste la plu­part du temps dans l’absence d’autodé­fi­nition et davan­tage dans l’auto-affir­ma­tion.

- Je crois aussi que les « désirs » de l’indi­vidu s’oppo­sent irré­méd­iab­lement à un monde ter­ri­ble­ment com­pli­qué, que l’on n’arrive pas à saisir. L’impuis­sance à chan­ger quoi que ce soit se trans­forme en un dis­cours magi­que, pro­phé­tique, mys­ti­fi­ca­teur, et en une toute-puis­sance fan­tasmée (celle que pro­cure l’illé­galité...). Et de là, la radi­ca­lité devient une fin en soi, car elle donne une iden­tité, un sens à ce qu’on fait, et ce qu’on dit. Bref, c’est la seule fuite pos­si­ble dans le dis­cours mili­tant radi­cal.

Cédric : Je ne crois pas que la « capa­cité » de rév­olte soit liée direc­te­ment à (et donc dét­erminée par) la condi­tion éco­no­mique de la per­sonne, disons de l’étudiant vis-à-vis d’un mou­ve­ment social qui se pro­file sur son lieu d’étude. Dans le der­nier mou­ve­ment, j’ai vu aussi bien des bour­siers en galère, des ex-galériens qui avaient passé une ou plu­sieurs années à la rue à faire la manche, que des bobos, ou des per­son­nes comme moi, c’est-à-dire dont les parents ont les moyens de me donner 50 euros d’argent de poche par mois. Bref, je pense que c’est assez com­plexe. Surtout qu’en face, dans ma fac, les seules per­son­nes qui se sont mon­trées vio­len­tes avec les grév­istes, ce sont trois mecs qui galéraient vrai­ment pour trou­ver à bouf­fer et à rame­ner un peu de thune chez leur parents. Au pre­mier abord, ils nous pre­naient vrai­ment pour des enne­mis, des bour­ges qui fou­taient la merde pour délirer et s’amuser un peu. Après dis­cus­sion, on a pu s’expli­quer, et ils ont pas mal revu leur point de vue, mais il a fallu beau­coup de temps, de patience et de calme pour y arri­ver. Au final, ça a juste permis qu’ils ne revien­nent pas nous balan­cer de la gazeuse sur la tron­che, mais pas qu’ils rejoi­gnent le mou­ve­ment.

Théodule Je ne reviens pas sur l’inter­ven­tion de Pétunia avec laquelle je suis d’accord, mais je pense qu’elle a sou­levé un point vrai­ment fon­da­men­tal pour com­pren­dre l’influence que ce genre de textes peut avoir sur cer­tai­nes per­son­nes. Cela rejoint, je pense, ce que disait Yves à propos des jeunes aux Etats-Unis qui se reconnais­sent dans les dis­cours situa­tion­nis­tes. Et c’est aussi, mais de manière bien plus dis­tan­ciée peut-être, ce qui m’intér­esse et m’inter­pelle dans ce genre de textes (je parle des textes situa­tion­nis­tes en général là, pas précisément de ceux dont nous dis­cu­tons aujourd’hui). L’impres­sion de vivre dans un monde tota­le­ment arti­fi­ciel, où les rela­tions socia­les n’ont plus de véri­table sens.

Je pense au pas­sage de L’insur­rec­tion qui vient sur les réunions de famil­les ou d’amis, ou de réseaux de rela­tions où chacun feint d’avoir du plai­sir à être ensem­ble. Ces rela­tions socia­les n’exis­tent le plus sou­vent que par l’intermédi­aire de moyens tech­no­lo­gi­ques. Les gens sont com­plè­tement dro­gués à leur por­ta­ble et tota­le­ment dép­endants de leur rép­ert­oire ; ils finis­sent par n’avoir l’air d’exis­ter que par cela ; le dével­op­pement des « rela­tions » sur Internet abou­tit à ce que l’on passe des heures à dis­cu­ter avec plein de monde sur des forums, ou sur MSN, plutôt que d’aller boire un verre et avoir des liens « réels » et directs avec les per­son­nes. Ca aussi, ça crée une addic­tion. Ces rela­tions socia­les ne sont par­fois pensées qu’en termes de réseau d’influence, de cercle de rela­tion, etc., je ne sais pas exac­te­ment com­ment le for­mu­ler. Cela ren­voie à l’auto-mar­ke­ting que nous sommes censés appren­dre à maît­riser pour être en per­ma­nence en train de nous vendre pour pou­voir accéder à telle école de for­ma­tion ou à tel emploi, même peu qua­li­fié. La néc­essité d’une telle auto­pro­mo­tion nous conduit à penser l’ensem­ble de nos rela­tions socia­les de cette manière. Cela rejoint un pas­sage du bou­quin de Christophe Dejours (Travail et souf­france) ou sa vidéo sur Dailymotion, je ne me sou­viens plus : on ne considère plus autrui que comme un moyen pour par­ve­nir à une fin, dit Dejours.

Dans pas mal de foyers pau­vres, tu trou­ve­ras tout juste de quoi bouf­fer des merdes achetées dans les maga­sins Lidl, mais tu auras plu­sieurs télé­visions, lec­teurs DVD et tout un tas de gad­gets... Le monde de la télé­vision et de l’image écrase tout. (J’ai entendu l’autre jour dans une bande annonce pour une émission de télé, une nana qui demande à son mec pas­sionné de « tuning » de passer plus de temps avec elle et le gars lui répond : « Je com­prends pas, t’as tout ce qu’il te faut : la télé, la chaine hifi, donc t’es pas seule », ou un truc dans ce style. Ce n’est qu’un exem­ple, mais c’est révé­lateur d’une cer­taine men­ta­lité, à mon avis pas mal dif­fusée aujourd’hui.) Le système pro­meut une vie per­ma­nente par pro­cu­ra­tion, de la réus­site sociale (machins people) au cul (por­no­gra­phie)...

Avec en plus, bien sûr la spec­ta­cu­la­ri­sa­tion de la poli­ti­que, où le fond n’a plus aucune espèce d’impor­tance, et son corol­laire dans le milieu mili­tant : la joie de se faire invi­ter par les médias et la quête de ces appa­ri­tions méd­ia­tiques comme une reconnais­sance, à défaut d’être « reconnus » par les gens qui pour­raient se sentir concernés par le combat mené. J’oublie cer­tai­ne­ment des tonnes de choses, mais en tout cas, voilà pour­quoi, sans avoir lu une seule ligne du bou­quin de Guy Debord, le terme « société du spec­ta­cle » me semble tout à fait juste, et pour­quoi j’ai une ten­dance natu­relle à apprécier les textes situa­tion­nis­tes (même si c’est moins vrai depuis que j’ai lu le texte de Guy Fargette – « Principes du ver­ba­lisme radi­cal » – qui m’a fait réfléchir sur le sujet). Je n’ai pas relu l’Avertissement aux lycéens de Raoul Vaneigem depuis long­temps, mais je me rap­pelle que, lors­que j’étais en ter­mi­nale, cela m’avait éga­lement pro­fondément touché, comme De la misère en milieu étudiant quel­ques années plus tard.

À propos de L’insur­rec­tion qui vient

Yves : Je trouve que L’insur­rec­tion qui vient a huit défauts réd­hi­bit­oires.

1) Son catas­tro­phisme, qui est annoncé dès le titre et se tra­duit par toute une série de cli­chés : l’auteur dén­once un « présent sans issue », l’« impasse du présent », l’ « état patho­lo­gi­que » de la société, la « décad­ence de l’ins­ti­tu­tion sco­laire », des « rap­ports sociaux » qui « ago­ni­sent », un « qua­drillage poli­cier », un « mur invi­si­ble » et la prés­ence de drones – allu­sion à la Palestine et parallèle impli­cite et gro­tes­que entre les opé­rations de la BAC et des CRS en ban­lieue et l’occu­pa­tion de l’armée israéli­enne. Face à une telle situa­tion, « tout ne peut aller que de mal en pis », car « dans la mar­mite sociale… la pres­sion ne cesse de monter », que « les mili­ces se mul­ti­plie­ront », qu’une « coexis­tence ces­sera bientôt », et que, bien sûr, « une décision est proche ». L’auteur fait par ailleurs l’apo­lo­gie d’une « envie de des­truc­tion sal­va­trice », sans pré­ciser ce qu’il sou­haite voir détr­uire ni com­ment ni par qui.

2) Une surin­ter­pré­tation de faits isolés, sans lien les uns avec les autres, et l’absence de données concrètes, chif­frées, sur la société franç­aise.

C’est ainsi que l’auteur affirme pére­mpt­oi­rement : « c’est en fait contre le vote lui-même que l’on conti­nue de voter » (on retrouve la même idée ban­cale dans Les mou­ve­ments sont faits pour mourir), alors que les chif­fres de par­ti­ci­pa­tion record aux der­nières pré­sid­enti­elles et ensuite la grogne des jeunes dans les manif contre l’élection de Sarkozy mon­trent, au contraire, que beau­coup de gens croient encore aux élections, y com­pris parmi les jeunes des ban­lieues popu­lai­res – sinon on se demande bien pour­quoi ils auraient voté en masse pour Ségolène Royal !

L’auteur fait une référ­ence chic et choc à l’Argentine : « Que se vayan todos » (Qu’ils s’en aillent tous) « com­mence à séri­eu­sement hanter les têtes diri­gean­tes ».

Un, la crise éco­no­mique de la société franç­aise n’a rien à voir avec celle de l’Argentine en 1999 ; et deux, l’Argentinazo s’est ter­miné en eau de boudin, et le retour de Menem au pou­voir n’a vrai­ment pas de quoi inquiéter les bour­geois ni argen­tins ou…français !

Autre exem­ple de taras­co­nade : des « rues entières de Barcelone ont brûlé en soli­da­rité » avec les émeutes pari­sien­nes. La for­mule est suf­fi­sam­ment vague pour être inat­ta­qua­ble (si deux rues ont « brûlé », cela suffit pour être exact), mais elle ne nous apprend rien ni sur l’Espagne, ni sur ce qui serait advenu de mer­veilleux après cet « incen­die » contes­ta­taire….

3) Un opti­misme qui n’a besoin de four­nir aucune preuve

C’est ainsi que, d’après l’auteur, nous serions dans une « déc­ennie pleine de pro­mes­ses », mar­quée par des « frap­pes noc­tur­nes, des atta­ques ano­ny­mes, des des­truc­tions sans phra­ses » (sans plus de pré­cisions). Les émeutes de 2005 seraient un « quasi-soulè­vement » (on admi­rera l’usage du mot « quasi » qui permet d’affir­mer… qua­si­ment n’importe quoi). Et l’auteur voit « naître de trou­blan­tes formes d’affec­ti­vité col­lec­tive » dont il se garde bien de pré­ciser la nature, la durée et l’étendue.

4) La volonté d’expri­mer la rév­olte d’un public très res­treint : les djeuns.

L’auteur fait exclu­si­ve­ment référ­ence aux « mou­ve­ments auto­no­mes de la jeu­nesse depuis 30 ans » et au « refus du tra­vail d’une frac­tion de la jeu­nesse ». J’avais plutôt l’impres­sion qu’en fait de « refus du tra­vail », c’est plutôt un refus des capi­ta­lis­tes de leur donner du boulot qui caracté­risait la pér­iode actuelle….

5) Une cri­ti­que ambi­guë des effets de la mon­dia­li­sa­tion : « nous avons été expro­priés de notre langue par l’ensei­gne­ment, de nos chan­sons par la variété, de nos chairs par la por­no­gra­phie de masse ». L’auteur tombe dans la nos­tal­gie d’un mythi­que para­dis perdu : « tout ce qui a si évid­emment déserté les rap­ports sociaux contem­po­rains : la cha­leur, la sim­pli­cité, la vérité, une vie sans théâtre ni spec­ta­teur ». Comme si dans les sociétés d’exploi­ta­tion antéri­eures, féo­dale ou escla­va­giste, il fai­sait bon vivre !

6) La cita­tion de faits divers mis bout à bout sans offrir la moin­dre ana­lyse « Deux enfants de 10 ans [ont été »] inculpés pour l’incen­die d’une ludo­thèque », s’indi­gne l’auteur sans nous indi­quer ce qu’il pense de l’acte lui-même et ce qu’il fau­drait faire face à un tel évé­nement. On sup­pose qu’il approuve tout sim­ple­ment cette action imbé­cile puisqu’en par­lant d’une école qui a brûlé, il écrit « nous nous sou­ve­nons com­bien, enfants, nous en avions rêvé ». Ce n’est plus « Prolétaires de tous les pays unis­sez-vous », mais « Enfants de tous les pays brûlez les livres et les écoles ! » Il dén­once, sans le nommer, « un intel­lec­tuel de gauche » qui éructe « sur la bar­ba­rie des bandes de jeunes qui hèlent les pas­sants dans la rue, volent à l’éta­lage, incen­dient des voi­tu­res, et jouent au chat et à la souris avec les CRS ». Comme si ces différents actes étaient commis par les mêmes per­son­nes, avaient les mêmes signi­fi­ca­tions et la même portée sociale et poli­ti­que. On dirait du Finkielkraut en verlan…

Le comble du ridi­cule est atteint lors­que l’auteur se plaint de vivre dans un « pays où un enfant que l’on prend à chan­ter à son gré se fait iné­vi­tab­lement rabrouer d’un Arrête tu vas faire pleu­voir » !

7) Un pro­gramme très limité, voire poli­ti­que­ment indi­gent : « se battre dans la rue, s’acca­pa­rer des mai­sons vides, ne pas tra­vailler, s’aimer fol­le­ment et voler dans les maga­sins ». Un vrai inven­taire à la Prévert :: il aurait pu ajou­ter jouer du banjo et faire du del­ta­plane !

8) Un usage immodéré et sus­pect de l’expres­sion « le Français ». Retourner le dis­cours natio­na­liste contre lui-même n’abou­tit qu’à une « haine de soi » sus­pecte. « Le Français » n’existe que dans la tête du Front natio­nal ou des chau­vins de droite et de gauche.

L’insur­rec­tion qui vient n’offre aucune ana­lyse des clas­ses socia­les, de la réalité éco­no­mique en France ou en Europe, des rap­ports de forces, de la pér­iode dans laquelle on se situe aujourd’hui. Ce n’est qu’un long dis­cours bavard et anhis­to­ri­que. La seule référ­ence mili­taire est une allu­sion à la Résistance de Guingouin, un vieux mythe sta­lino-maoïste que l’on croyait défi­ni­ti­vement enterré. L’auteur fait preuve d’une naïveté sans bornes s’il croit que les forces de répr­ession et l’appa­reil d’Etat s’écr­ou­leront tout seuls. Son dis­cours anti­flics (pas plus radi­cal que celui des rap­peurs moyens par­ti­sans du capi­ta­lisme de la petite entre­prise), ses brèves référ­ences empha­ti­ques à la révo­lution de 1848, à la Commune de Paris ou à Octobre 1917, lui per­met­tent de faire l’éco­nomie d’une ana­lyse des forces de répr­ession et d’un tra­vail poli­ti­que éventuel à mener en leur sein ou en leur direc­tion. Après nous avoir dressé l’éloge de la Résistance bour­geoise sta­li­nienne (qui n’avait qu’une seule qua­lité, celle de ne pas être paci­fiste), voilà que l’auteur prétend qu’il fau­drait s’empa­rer des armes… pour ne pas s’en servir. Désopilant…

On retrouve la même absence de sérieux dans l’apo­lo­gie de « l’inter­rup­tion des flux » qui aurait, selon l’auteur, des vertus révo­luti­onn­aires. Dans la situa­tion actuelle, blo­quer des auto­rou­tes, des voies de che­mins de fer, des gares, ne peut que désigner des cibles mino­ri­tai­res et isolées à la répr­ession éta­tique. De plus, il s’agit dans l’esprit des « inter­rup­teurs » d’obli­ger les prolét­aires à rompre avec la dyna­mi­que métro/voi­ture-boulot-dodo. Une telle atti­tude est bien typi­que de mili­tants qui croient que les exploités ne sont pas capa­bles de pren­dre eux-mêmes la décision de refu­ser d’aller tra­vailler, d’occu­per leurs lieux de tra­vail, etc.

Si je vou­lais abso­lu­ment cher­cher à sauver ce livre, je dirais qu’il y quel­ques aspects (pas du tout ori­gi­naux mais c’est une autre ques­tion) qui m’ont plu ou dans les­quels j’ai pu me reconnaître de façon fugace : la cri­ti­que de l’indi­vi­dua­lisme, des mécan­ismes de la domi­na­tion, de la famille, de la publi­cité, du rôle des psy ; l’éloge de l’ina­dap­ta­tion, de la rév­olte ; la cri­ti­que du rôle de l’Etat, de la xénop­hobie, de l’Ecole (sél­ection, compé­tition), du couple, la cri­ti­que de l’éco­logie comme sou­tien à un capi­ta­lisme éthique. Malheureusement toutes ces ques­tions sont abordées à toute vitesse sans jamais appro­fon­dir une seule idée, un seul thème. On a vrai­ment l’impres­sion que l’auteur, dans la bonne tra­di­tion situa­tion­niste, a sur­tout cher­ché à écrire des phra­ses ron­flan­tes, sans cher­cher à argu­men­ter ni convain­cre. Bref qu’il était dans un trip nar­cis­si­que radi­cal.

Théodule : Personnellement, je trouve L’insur­rec­tion qui vient assez rigolo, parce que je n’arrive pas à le pren­dre au sérieux. Comment en effet pren­dre au sérieux une bro­chure d’une telle vio­lence et d’une telle prét­ention radi­ca­les, lorsqu’elle est vendue 7 euros à la FNAC ? Pour moi, cette bro­chure, c’est une pos­ture esthé­tique, un exer­cice de style, de la « poésie radi­cale », peut-être comme diraient les situs. C’est une sorte de mél­ange entre du pom­page de clas­si­ques de la science fic­tion, et de la litté­ra­ture pour ado­les­cent mal dans sa peau. On peut objec­ter qu’on trouve bien d’autres ouvra­ges poli­ti­ques à la FNAC, mais je regrette, quand on veut jouer les « comités invi­si­bles », que l’on parle de faire séc­ession avec notre monde, de vivre le com­mu­nisme ici et main­te­nant, d’être le plus auto­nome pos­si­ble, de culti­ver son pota­ger pour sortir si pos­si­ble du système mar­chand… et que tout cela est pro­pagé dans les prés­entoirs de la FNAC et à un tel prix (1), je trouve que cela prête à rire, et tend à confir­mer mon intui­tion sur le côté essen­tiel­le­ment littér­aire de l’ouvrage. Je trouve cela révé­lateur de l’état d’esprit des auteurs, sur­tout si l’on considère, au moins un peu, que la sépa­ration entre moyens et fins est arbi­traire. A moins qu’ils ne veuillent nous faire le coup de la société du spec­ta­cle à l’envers ?

Là où ça com­mence à m’emmer­der, c’est quand je vois que cer­tai­nes per­son­nes pren­nent ce texte au sérieux. Cela me dér­ange pour au moins 4 rai­sons :

1) le côté reli­gieux de l’ouvrage : ton pro­phé­tique, une sorte de lien mys­ti­que unit plein de monde sans que les gens le sachent et les pousse vers la même chose, la fin des temps appro­che, l’apo­ca­lypse est à nos portes, le juge­ment der­nier ne sau­rait tarder, l’insur­rec­tion vient ! C’est mar­rant comme aussi bien dans ce genre de textes que chez cer­tains mili­tants anar­cho-syn­di­ca­lis­tes, un fort côté reli­gieux domine aujourd’hui : pour les uns, c’est l’Apocalypse ; pour les autres, au contraire, il faut « y croire », « avoir la foi » , et l’ « espoir » car la révo­lution est proche... Tout cela relève à mon avis du même pro­blème, l’époque appa­raît par­ti­cu­liè­rement sombre et désespérée, donc chacun se réfugie dans ce qu’il peut pour s’illu­sion­ner sur la situa­tion, et sup­por­ter sa vie.

2) L’insur­rec­tion qui vient, cepen­dant, va encore plus loin puisqu’il se place en porte-parole de l’huma­nité, prét­endant n’être qu’une mise en mots de la réalité du monde et des pensées des gens. On trouve trace de cela à plu­sieurs repri­ses dans le livre mais la fin de l’intro­duc­tion est à ce sujet éloqu­ente : « Ce livre est signé d’un nom de col­lec­tif ima­gi­naire. Ses réd­acteurs n’en sont pas les auteurs. Il se sont contentés de mettre un peu d’ordre dans les lieux com­muns d’une époque, dans ce qui se mur­mure aux tables des bars, der­rière la porte close des cham­bres à cou­cher. Ils n’ont fait que fixer les vérités néc­ess­aires, celles dont le refou­le­ment uni­ver­sel rem­plit les hôpitaux psy­chia­tri­ques et les regards de peine. Ils se sont fait les scri­bes de la situa­tion. ». D’ailleurs cela a un côté un peu para­doxal puisqu’ils prét­endent dire ce que tout le monde sait déjà de manière dif­fuse, tout en nous expli­quant la vie : nous, Comité invi­si­ble, écrivons ici ce que les gens pen­sent mais ne met­tent pas en mots, et vous dév­oilons en avant-pre­mière les ficel­les du grand théâtre humain qui se dér­oule sous vos yeux !

3) un sim­plisme assez effrayant : la lutte d’après ce livre, c’est brûler une voi­ture de flics. Plus géné­ra­lement le Comité invi­si­ble se contente de mettre côte à côte des faits et de pla­quer dessus la signi­fi­ca­tion qu’ils veu­lent. La simple « volonté de des­truc­tion » serait suf­fi­sante pour voir une alliance et la cons­truc­tion d’un mou­ve­ment sou­ter­rain de dép­as­sement du monde actuel, pour qui le pro­blème serait avant tout, et même par­fois uni­que­ment, la police.

C’est, par ailleurs, à mon sens, pren­dre le pro­blème à l’envers : se conten­ter d’un fait pour en tirer les conclu­sions sans s’intér­esser aux moti­va­tions, aux cir­cons­tan­ces des faits observés. Tout ce qui fait la com­plexité des êtres humains et des rap­ports humains dis­pa­raît. Or, ce sont ces cir­cons­tan­ces et ces moti­va­tions qui don­nent un sens précisément à ce qui est fait. Un acte, pris pour lui-même, peut tout et rien dire à la fois, car il ne va pas avoir le même sens sui­vant le contexte.

En matière de sim­plisme, l’auteur a l’air de com­plè­tement fan­tas­mer sur un pro­to­type de « bande de ban­lieue » : « Ces bandes qui fuient le tra­vail, pren­nent le nom de leur quar­tier et affron­tent la police sont les cau­che­mars du bon citoyen indi­vi­dua­lisé à la franç­aise : ils incar­nent tout ce à quoi il a renoncé, toute la joie pos­si­ble et à laquelle il n’accé­dera jamais. »

4) Ce texte a un pro­blème concer­nant les ques­tions du genre et de la sexua­lité, la confu­sion du poli­ti­que et du per­son­nel. Je com­prends que l’on refuse la notion d’espace privé / espace public dans le sens où cela jus­ti­fie et légi­time géné­ra­lement des oppres­sions qui ont lieu dans le cercle fami­lial. Mais ici, il ne s’agit pas de cela, mais plus de la pour­suite à son terme de la logi­que affi­ni­taire pour entrer dans un délire com­mu­nau­taire. Toute l’idée de la mou­vance dans laquelle évolue ce livre (j’inclus dedans l’Appel, des textes totos de Rouen…) est qu’il faut com­mu­ni­ser, par­ta­ger tout ici et main­te­nant, « du sperme et des larmes » comme dit l’appel de Rouen du der­nier mou­ve­ment étudiant (fin 2007). L’insur­rec­tion qui vient, avec ses « s’aimer fol­le­ment » et autres « formes trou­blan­tes d’affec­ti­vité col­lec­tive » est assez ambigu, mais si l’on met cela en lien avec d’autres textes de la mou­vance, cela peut aider à se faire une idée plus pré­cise de ce que cela peut vou­loir dire. Toujours dans l’appel de Rouen, on peut lire : « Tous ceux qui savaient qu’on avait 20 mate­las pour 60 occu­pants et qui ne sont pas venus nous rejoin­dre, c’est parce qu’ils étaient dépo­urvus de toute ima­gi­na­tion sexuelle. » Je ne vois pas où est la liberté de l’indi­vidu là-dedans, encore moins le pro­grès social. Normaliser le som­meil (acte indi­vi­duel) comme quel­que chose de col­lec­tif (voire plus appa­rem­ment) frôle le tota­li­ta­risme. Par ailleurs ces com­mu­nautés censées libérer les indi­vi­dus se révèlent sou­vent des lieux où la vio­lence exercée sur l’indi­vidu est énorme. En tout cas cette confu­sion entre ce qui relève du col­lec­tif et ce qui relève de l’intime m’est insup­por­ta­ble.

Cédric : Je vous trouve tous les deux un peu sévères envers L’insur­rec­tion qui vient. Il me semble que dans sa des­crip­tion d’un capi­ta­lisme no future, sans avenir, il y a quel­ques pas­sa­ges intér­essants, notam­ment sur la des­truc­tion des concepts de ville et de cam­pa­gne, et plus géné­ra­lement sur la des­truc­tion des per­son­nes en tant qu’indi­vi­dus ori­gi­naux.

Cela dit, c’est vrai que cer­tains pas­sa­ges sont très confus, en par­ti­cu­lier, je trouve qu’il y a une incohér­ence entre l’absence de pers­pec­ti­ves posi­ti­ves que l’auteur décrit et la lueur d’espoir qui y serait liée. Il y a un petit côté pro­phète qui pense que la név­rose géné­ralisée mènera tôt ou tard à l’insur­rec­tion spon­tanée, MAGIQUE. Je suis loin de par­ta­ger ce point de vue, je suis d’une part trop pes­si­miste pour ça, et d’autre part, le mys­ti­que ne m’a jamais trop fait fan­tas­mer. En fait, sous ses côtés apo­ca­lyp­ti­ques, ce livre est étonn­amment posi­tif...

En fait, je me demande si l’auteur ou les auteurs sont forcément des étudiants, il peut s’agir de plu­sieurs per­son­nes. Elles ne représ­entent pas forcément le milieu « toto ». D’ailleurs, il peut y avoir des pas­se­rel­les dans « ce » milieu, et il n’existe pas de texte qui représ­en­terait l’ensem­ble des points du vue Dans ce texte il y a des énormités (comme cette idéa­li­sation des « bandes de ban­lieue qui ren­draient tout le monde jaloux de leur soli­da­rité ») et aussi des choses intér­ess­antes. On peut idéa­liser la soli­da­rité de ces bandes (et encore fau­drait-il en être sûr), mais il fau­drait aussi s’inter­ro­ger sur les valeurs que por­tent ces « bandes » (terme fourre-tout). Dans cette opti­que, cela impli­que de connaître ces bandes, toutes ces bandes, chaque per­sonne qui y prend part, mais ce n’est évid­emment pas l’objet d’un bou­quin qui prône l’insur­rec­tion( insur­rec­tion tout court d’ailleurs, pas « insur­rec­tion anar­chiste » ou « révo­lution sociale ou liber­taire »).

Ce qui me dér­ange avec ce terme « toto », c’est qu’il pue le mépris le plus âcre, comme s’il désignait des grou­pes dét­es­tables pour les « mili­tants » qui les qua­li­fient ainsi.

Yves : Au lieu de « totos », je veux bien dire « auto­no­mes », si tu as l’impres­sion que c’est mép­risant pour eux. Ou « post-auto­no­mes », mais cela fait un peu pédant. Le pro­blème c’est que ceux que l’on appelle « les totos » n’ont pas grand-chose à voir avec l’auto­no­mie des années 70, qu’elle soit ita­lienne, franç­aise ou alle­mande. Même si quel­ques « vieux » vien­nent, paraît-il, de l’Autonomie his­to­ri­que. Si tu vois un terme plus adéquat pour qua­li­fier la nou­velle géné­ration qui se réc­lame à la fois de l’auto­no­mie, du situa­tion­nisme et de l’anar­chisme, aucun pro­blème pour chan­ger de déno­mi­nation.

Quant à la ques­tion de savoir si ce sont des étudiants, je n’ai pas de ren­sei­gne­ments par­ti­cu­liers, mais tous les totos que je connais sont des étudiants ou des ex-étudiants. De plus, je crois que c’est le seul milieu où ce genre d’idées est sus­cep­ti­ble d’avoir un petit impact. Je ne vois pas d’autre milieu social qui pour­rait lire ce genre de prose et la pren­dre au sérieux plus d’une seconde. Et je ne crois pas que les jeunes prolos s’expri­ment ainsi s’ils n’ont jamais été à la fac, ou ne fréqu­entent pas le milieu étudiant. Leurs tracts ne sont pas dif­fusés aux portes des usines que je sache (contrai­re­ment à l’Aautonomie ita­lienne jus­te­ment, mais conformément à l’Autonomie franç­aise des années 70)....

Le fait que jus­te­ment tu ne te sentes « plus concerné » par les ques­tions étudi­antes, mais qu’en même temps tu sois retourné à la fac au moment du mou­ve­ment contre la LRU, tout comme Théodule, c’est quand même un indice de quel­que chose, et pas sim­ple­ment sur le plan per­son­nel. J’ai eu les mêmes échos dans plu­sieurs villes de pro­vince (Lyon, Tours, Angers, Montpellier) sur le retour d’ex-étudiants ayant « fait le CPE » qui sont retournés à la fac pour par­ti­ci­per au mou­ve­ment. Les facs sont donc quel­que part des lieux d’action et de réflexion, de dis­cus­sion et de cir­cu­la­tion de cer­tai­nes idées, notam­ment celles que l’on trouve exposées dans L’insur­rec­tion qui vient et Les mou­ve­ments se cachent pour mourir.

Cédric : Pour être franc, si je suis retourné à la fac pen­dant le pseudo mou­ve­ment anti-LRU, c’est parce que pas mal de mes amis, des amis pro­ches, y étaient et avaient par­ti­cipé acti­ve­ment au lan­ce­ment du mou­ve­ment. Je pen­sais qu’ils auraient besoin d’un coup de main, étant donné la masse de connards réacs qu’ils auraient en face d’eux. D’ailleurs, ça a été au-delà de ce que je pen­sais, bien plus réac, et sur­tout bien plus dét­erminé que pen­dant le CPE, où les cas­seurs de grève se réun­issaient à trente pélerins devant la fac, mais fer­maient leur gueule ensuite, parce qu’ils ne sen­taient pas en posi­tion de force. Si je suis retourné à la fac en novem­bre 2007, alors que j’avais arrêté mes études, c’est pas par plai­sir de me confron­ter de nou­veau à un milieu qui m’avait fait gerber d’hypo­cri­sie, mais pour aider des copains et copi­nes qui allaient faire face à cette hypo­cri­sie, qui cette fois, était vio­lente, et de plus, assistée par les flics. Je n’atten­dais rien de cette « mobi­li­sa­tion », si ce n’est de voir si les gens qui lut­taient encore mon­tre­raient une soli­da­rité entre eux qui seraient à la hau­teur de la conne­rie déc­omplexée d’en face. Malheureusement ça n’a pas été le cas, loin de là.

Théodule : C’est vrai qu’il y a aussi des choses intér­ess­antes dans L’insur­rec­tion qui vient. Le pro­blème, c’est que les trucs intér­essants (sur la famille, l’Ecole, les vraies-faus­ses rela­tions socia­les, le côté super­fi­ciel de tout un tas de choses) c’est pour moi de la redite de trucs qui ont déjà été exprimés mais avec en plus une louche de « plus radi­cal que moi tu meurs ». Et la logi­que poussée à son maxi­mum, ça donne la satis­fac­tion de voir tous les liens sociaux se dis­lo­quer, au niveau édu­catif une pos­ture de rejet de tout, y com­pris des parents et ce dans tous les cas, comme si un gamin pou­vait s’éduquer lui-même, une apo­lo­gie de l’illé­galité tout azi­muts sans qu’on com­prenne bien où ça mène ni quelle cohér­ence éthique se place der­rière... Donc, oui, il y a des éléments intér­essants, et peut-être suis-je trop dur parce que je ne les ai pas men­tionnés, mais très sincè­rement, à côté des autres trucs qui me sem­blent être des énormités, c’est vrai que ce n’est pas ce que je retiens le plus dans ce texte.

Ce der­nier est bourré de contra­dic­tions : il n’y aura pas d’issue sociale, mais la fin du système est proche (et l’issue sera com­ment alors ? On va tous mourir ?). Il n’y a rien à atten­dre du futur, mais l’insur­rec­tion arrive. On nous expli­que que « cons­ti­tuer un sujet « ban­lieue » qui serait l’auteur des « émeutes de novem­bre 2005 » aura été l’une des pre­mières manœuvres déf­en­sives du régime », pour­tant force est de cons­ta­ter que ce livre fan­tasme lui aussi sur une cari­ca­ture de « bande de ban­lieue ». On se réjouit de la « déc­om­po­sition de toutes les formes socia­les » pour fina­le­ment… se réjouir de la réap­pa­rition de liens sociaux tra­di­tion­nels à l’occa­sion d’une cou­pure EDF dans un immeu­ble. On s’atta­que vio­lem­ment à la struc­ture fami­liale, tout en affir­mant : « Ce qu’il y a d’incondi­tion­nel dans les liens de parenté, nous comp­tons bien en faire l’arma­ture d’une soli­da­rité poli­ti­que aussi impé­nét­rable à l’ingér­ence éta­tique qu’un cam­pe­ment de gitans ». Enfin le seul point concret qui se des­sine dans la conclu­sion rompt assez radi­ca­le­ment avec le flo­rilège d’envolées radi­ca­les des 7 cer­cles : on nous parle de sabo­tage, et même de com­mu­nes qui, ô mira­cle, pour­raient se lier entre elles et s’étendre ! L’argent devrait y être aboli (alors que, quel­ques pages avant, tous les moyens étaient bons pour s’en pro­cu­rer). En gros on nous ré-expli­que des choses assez clas­si­ques dans l’his­toire ouvrière. Alors, tout ça pour en arri­ver là ? Le moins que l’on puisse dire c’est que cette partie ne colle pas du tout avec le reste de la bro­chure qui res­sem­ble plutôt à une espèce d’idéo­logie confuse qui reprend à son compte les pro­jec­tions dis­to­pi­ques de films comme Mad Max.

Un autre endroit où l’on voit que l’auteur mél­ange tout en met­tant côte à côte et en vrac des affir­ma­tions sans grand rap­port, c’est quand il expose son modèle en pre­nant « les bandes de ban­lieues » et se réjouit, quel­ques pages plus loin, de la dis­pa­ri­tion de la viri­lité et de la féminité. Ces deux éléments sont parallèles mais ne s’interpé­nètrent cer­tai­ne­ment pas : ce phénomène concerne peut-être un pan de la société (et encore, ça se dis­cute), mais il est très loin de concer­ner la majo­rité de la popu­la­tion et par­ti­cu­liè­rement celle des quar­tiers popu­lai­res. Ce n’est pas dans ces bandes idéalisées qu’il trou­vera la dis­pa­ri­tion des rôles sexués, ces grou­pes étant plutôt empreints de machisme et de viri­lisme ! Et cela, l’auteur se garde bien de le dire. Je ne com­prends donc pas l’intérêt d’évoquer des ten­dan­ces qui n’exis­tent que dans un cer­tain milieu et qui ne tou­chent pas effec­ti­ve­ment la majo­rité des gens ; les capa­cités omni­scien­tes de l’auteur com­men­cent séri­eu­sement à lais­ser à désirer, à moins encore une fois qu’il ne s’agisse effec­ti­ve­ment que de pos­ture esthé­tico-littér­aire. En fait on se demande à qui le texte s’adresse, et ceci peut être une expli­ca­tion : il n’est nulle part ques­tion des clas­ses, et peut-être que le refus des auteurs de les voir conduit forcément à mél­anger un peu tout et n’importe quoi, comme s’il s’adres­sait à « la société » tout en prét­endant qu’elle n’existe pas.

Là où je te rejoins c’est qu’effec­ti­ve­ment ce texte ne me fait pas du tout penser à un truc étudiant. L’insur­rec­tion qui vient est du même acabit que l’Appel, ce sont des textes qui m’ont l’air tel­le­ment décalés que, même à la fac, je ne com­prends pas qui ces textes pour­raient convain­cre, qui les prend au sérieux

Je serais bien inca­pa­ble de rép­ondre aux ques­tions d’Yves d’un « point de vue » étudiant, dans la mesure où je ne le suis plus et ne l’ai pro­ba­ble­ment jamais été (pour moi la fac a tou­jours été un lieu pour être en sursis avant d’entrer dans le sala­riat et j’ai tou­jours détesté les étudiants).

Petunia : Je dois dire que j’ai des rétic­ences vis-à-vis de l’idéo­logie de la « débrouille », de la récu­pération indi­vi­duelle, du bra­quage des ban­ques ou des super­mar­chés. L’insur­rec­tion qui vient fait l’éloge de Mesrine mais, que je sache, Mesrine ce n’était pas Robin des Bois, il ne dis­tri­buait pas son pognon dans les bidon­vil­les ou aux SDF de l’époque. Il me semble que les bra­queurs ont une idéo­logie aussi consumér­iste que les riches qu’ils dépouillent. Quand je vois ces éloges de la « débrouille » , j’ai l’impres­sion que l’ima­gi­naire de ces gens-là n’est pas très loin de films comme Scarface : on peut finir par se faire l’avocat poli­ti­que de tout et n’importe quoi, pourvu que la cause semble anti-système.

Un autre truc que je vou­drais dire c’est que L’insur­rec­tion qui vient est un texte qui reste au niveau des émotions (rév­olte, malaise, mal-être des jeunes), des sen­ti­ments, et qui va rare­ment au-delà. C’est peut-être effi­cace pour un roman, mais pour un écrit poli­ti­que, cela te laisse un peu sur ta faim.

Si L’insur­rec­tion qui vient se lit rapi­de­ment (tout au long de ses 7 « cer­cles »), il s’adresse pour­tant à un public bien res­treint, tout le monde n’étant pas féru de référ­ences situa­tio­nisto-artis­ti­ques. On reste sou­vent dans le mys­ti­que et le gran­di­lo­quent. Ce que je trouve insensé, c’est de croire que l’issue du système capi­ta­liste serait pour tout un chacun de passer à l’état de par­ti­ci­pants à des squats ou des com­mu­nautés. Autant dire qu’on ne retrouve pas du tout le souci d’uni­ver­sa­li­ser leur dis­cours, bien au contraire. Il n’est pas facile d’assu­mer un dis­cours aussi vague, qui a la prét­ention de posséder un sorte de vérité. On a l’impres­sion que ces gens-là déti­ennent « la » pro­phétie, d’où un retran­che­ment quasi sec­taire de ce type de grou­pes (sous la forme d’un fameux « Comité invi­si­ble » en expan­sion si l’on en croit les auteurs), ce qui est en contra­dic­tion totale avec une quel­conque pos­si­bi­lité de chan­ge­ment de société.

Théodule : A mon avis Pétunia soulève deux points très intér­essants ici et cela rejoint aussi ce que dit Cédric plus haut. Je reviens donc d’abord sur la ques­tion de la cri­mi­na­lité. Il y a une phrase où l’auteur fait l’éloge de l’éco­nomie parallèle : « Le Français (…) ne peut s’empêcher d’envier ces quar­tiers dits de « relé­gation » où per­sis­tent encore un peu de vie com­mune, quel­ques liens entre les êtres, quel­ques soli­da­rités non éta­tiques, une éco­nomie infor­melle, une orga­ni­sa­tion qui ne s’est pas encore détachée de ceux qui s’orga­ni­sent ». On sait pour­tant très bien que cette éco­nomie n’est géné­ra­lement qu’une repro­duc­tion du modèle capi­ta­liste et hiér­archisé. Certes, elle permet à cer­tai­nes per­son­nes de sur­vi­vre, mais la prés­enter comme quel­que chose d’envia­ble, comme un modèle, entre la soli­da­rité et le main­tien d’une vie com­mune, c’est une com­plète aber­ra­tion ! Finalement ce n’est pas si étonnant car ce livre incarne d’une cer­taine manière, der­rière ses airs radi­caux, le summum de la résig­nation : en effet la quasi-tota­lité des pistes pro­posées par l’ouvrage ne sont que des moyens de débrouille, de survie, car les auteurs, fina­le­ment, ne conç­oivent plus de chan­ge­ment social pos­si­ble. Mais ces pistes de débrouille qu’ils pro­po­sent pour « se venger » du système, ce n’est ni plus ni moins que ce que font nombre de pau­vres depuis tou­jours afin de sur­vi­vre, les fameux « arran­ge­ments » du début du XIXe siècle, et cela ne trace en rien de nou­vel­les pers­pec­ti­ves !

Ensuite, sur la ques­tion des émotions : on dirait qu’il fau­drait se fier à notre ins­tinct, avoir le plai­sir de détr­uire vitri­nes et voi­tu­res… En fait, on est proche de la réb­ellion ado­les­cente, du plai­sir de la trans­gres­sion de la norme comme fin en soi. Mais cela ne suffit pas à chan­ger quoi que ce soit socia­le­ment.

À propos de "Les mou­ve­ments sont faits pour mourir"

Yves : Tout d’abord, une remar­que sur la forme. J’avoue que la fémi­ni­sation à outrance du lan­gage m’est insup­por­ta­ble, que je la trouve incom­préh­en­sible et élit­iste. De plus, elle repose sur une concep­tion tota­le­ment idéal­iste du rôle poli­ti­que du lan­gage : pour sim­pli­fier, chan­geons le nom des choses, et cela contri­buera à chan­ger la réalité. C’est par­fait pour des uni­ver­si­tai­res qui cher­chent à se faire une niche dans l’uni­ver­sité (c’est comme cela que cela a com­mencé aux Etats-Unis avant de s’étendre aux milieux liber­tai­res ou d’extrême gauche) mais je ne vois pas ce que cela à faire dans des textes mili­tants.

Passons main­te­nant au contenu. Les mou­ve­ments sont faits pour mourir est net­te­ment plus intér­essant que L’insur­rec­tion qui vient sur plu­sieurs points. Il déc­or­tique avec beau­coup plus de pré­cision les pro­blèmes du mou­ve­ment étudiant, le fonc­tion­ne­ment des AG, les phénomènes de délé­gation de pou­voir, les obs­ta­cles inter­nes au mou­ve­ments (les manœuvres de l’UNEF, des anti­blo­queurs, des profs, de l’admi­nis­tra­tion, etc.). C’est un livre beau­coup plus cons­cient des limi­tes non seu­le­ment du mili­tan­tisme clas­si­que, mais aussi de l’alter­na­ti­visme (la recher­che de solu­tions alter­na­ti­ves au sein du capi­ta­lisme) et de l’acti­visme.

Je suis néanmoins en dés­accord sur un cer­tain nombre de points. Tout d’abord, les auteurs prét­endent que le mou­ve­ment anti-CPE était bien plus large que les étudiants, que le livre est un ouvrage col­lec­tif, mais ils ne par­lent que du vécu des étudiants, de leur rou­tine, de leur peur des exa­mens, des fêtes étudi­antes, du restau U, etc. Bref il s’agit d’un tém­oig­nage rédigé de l’intérieur du milieu étudiant, sans référ­ence à un autre vécu social.

Cela n’enlève rien à la valeur de leur tém­oig­nage mais cela marque ses limi­tes.

Mais il y a plus ennuyeux. J’ai retrouvé plu­sieurs points com­muns poli­ti­ques (négat­ifs de mon point de vue) entre les deux livres :

- la dén­onc­iation du « démoc­rat­isme ». Je me méfie tou­jours des mili­tants qui dén­oncent la démoc­ratie en général, sans spé­cifier de quelle démoc­ratie ils par­lent. Je dois dire que les auteurs sont net­te­ment plus sub­tils que l’ultra­gau­che ou l’inter­naute « toto » moyen, quand ils pro­po­sent l’idée que l’assem­blée géné­rale serve à la confron­ta­tion des idées et des pro­jets entre les grou­pes actifs. Cette piste est intér­ess­ante mais on ne trouve aucune cri­ti­que détaillée du rôle des gran­des gueu­les, des hiér­archies clan­des­ti­nes, dans les AG radi­ca­les. Il me semble aussi qu’ils sont d’une extrême naïveté quand ils évoquent les tech­ni­ques pour dép­ister les indi­ca­teurs de la police et la façon dont la police infil­tre les petits grou­pes.

Pétunia : La cri­ti­que des assem­blées géné­rales dans Les mou­ve­ments sont faits pour mourir m’a sem­blée très intér­ess­ante. Je par­tage en effet ce sen­ti­ment de perte de temps, lorsqu’arrivée en AG, je m’aperçois que la tri­bune est tou­jours acca­parée par les mêmes têtes. Qu’elle semble dès le départ du vu et du revu. Qu’elle entre­tient une rou­tine : AG, tracts du matin, manif l’après midi… Qu’il n’en res­sort que du tract appris par cœur, un peu remixé selon l’orga­ni­sa­tion poli­ti­que qui cher­che à l’impo­ser. Le vote systé­ma­tique sans impli­ca­tions der­rière, les com­mis­sions infor­mel­les-bureau poli­ti­que… Ce qui me frappe le plus c’est la per­ma­nence du déca­lage qui se main­tient du début à la fin de la lutte entre la masse-pas­sive et les gens-qui-s’impli­quent... J’ai fini par aller aux AG juste pour rire à la fin. Ainsi se pas­sent les AG qui sont pen­dant quel­ques mois un petit feuille­ton à épi­sodes avec par­fois quel­ques rebon­dis­se­ments, des riva­lités entres orgas, indi­vi­dus, des fein­tes, des tac­ti­ques…

Théodule  : Je ne crois pas que l’on puisse, dans les mou­ve­ments rai­son­ner en termes de tout ou rien. Dans cer­tains cas on fait des com­pro­mis. Le plus dur est peut-être là, com­ment être réel­lement dans le mou­ve­ment tout en gar­dant sa marge de manœuvre. Quoi qu’il en soit je pense qu’il est très impor­tant de veiller en per­ma­nence à ne pas tomber dans l’avant-gar­disme, de rés­ister à la ten­ta­tion (si elle existe) de vou­loir impo­ser ses vues au mou­ve­ment (Par exem­ple s’accro­cher coûte que coûte au blo­cage quand ce n’est plus un moyen d’action pléb­iscité par la grande partie des acteurs du mou­ve­ment, et que le rap­port de force change dans le mau­vais sens.)

Yves : Ce livre reste tout le temps dans une sorte de flou artis­ti­que, il fait la pro­mo­tion des grou­pes affi­ni­tai­res tout en signa­lant briè­vement les limi­tes. En même temps, il cri­ti­que de façon assez per­ti­nente la délé­gation de pou­voir, la sépa­ration entre action et réflexion, entre tri­bune et AG, le rôle mi-posi­tif des com­mis­sions.

Théodule : Je crois qu’il faut réfléchir à la façon dont les AG se pas­sent et précisément ce livre en pro­pose une très bonne ana­lyse. En fait, je dois dire que ce qui m’a intéressé ce sont sur­tout les 35 pre­mières pages et que le reste m’est un peu passé au-dessus de la tête. Ces quel­ques pages m’ont paru en tout cas beau­coup plus intér­ess­antes que L’insur­rec­tion qui vient. Peut-être est-ce dû à la réa­li­sation col­lec­tive du bou­quin, tou­jours est-il qu’il est bien plus modéré dans la forme ; je veux dire qu’il me paraît plus posé, insis­tant régul­ièrement pour dire que les auteurs ne prét­endent pas détenir la vérité sur ce qu’il se passe mais qu’ils expo­sent leur manière de voir, assez sim­ple­ment.

Alors certes dans l’intro­duc­tion on retrouve quel­ques fan­tas­mes sur le mou­ve­ment, mais fina­le­ment pas plus que dans les autres textes « totos » ou mili­tants puisqu’en général c’est le propre des mili­tants de tous poils de cher­cher à pla­quer sur un mou­ve­ment ce qu’ils aime­raient qu’il soit.

Une fois cette limite établie, je peux dire que je me suis vrai­ment retrouvé dans les propos exprimés au sein de la pre­mière partie sur la ques­tion des AG et de la démoc­ratie dans les luttes étudi­antes. Je trouve l’ana­lyse très juste : contrai­re­ment à L’insur­rec­tion qui vient, ce bou­quin fait preuve d’un réel effort d’obser­va­tion, on sent que ce qui y est dit part d’une expéri­ence réelle et pas des fan­tas­mes radi­caux d’un pseudo Comité invi­si­ble.

1) Tout d’abord je remar­que que ce texte ne laisse pas du tout de côté la ques­tion des clas­ses, il y est fait men­tion dès le début, dans l’intro­duc­tion, qui donne une place cen­trale à la ques­tion du tra­vail. Par ailleurs on est bien dans le domaine poli­ti­que et non pas affi­ni­taire, même si cela est loin d’être per­ma­nent dans le livre et que res­sur­git rapi­de­ment le délire sur le dével­op­pement de nos désirs et autres trucs du style : « L’inté­rim­aire qui passe de mis­sion en mis­sion, mis à dis­po­si­tion de ses employeurs (…) réduit à une simple varia­ble d’ajus­te­ment de main-d’œuvre… Le cadre qui ramène sa journée de tra­vail à la maison… L’étudiant qui s’ins­crit pour une année sup­plém­ent­aire, comme on traîne des pieds, pour gagner un an sur l’inél­uc­table avenir sala­rié (…). Ce qui fait défaut ce sont les com­mu­nautés d’expéri­ence sus­cep­ti­bles de cris­tal­li­ser, de se recom­po­ser poli­ti­que­ment en com­mu­nautés de lutte (sur le mode des sociétés secrètes ouvrières, par l’orga­ni­sa­tion syn­di­cale à la base, la cons­ti­tu­tion de cais­ses de soli­da­rité ou de grou­pes de sabo­tage…) ». Plus loin dans la partie sur les AG il est relevé que celles-ci, dans l’état actuel des choses, ser­vent fina­le­ment à éto­uffer les anta­go­nis­mes de classe.

2) La pre­mière partie du livre sur les AG étudi­antes contient donc un grand nombre d’obser­va­tions cri­ti­ques tout à fait justes et intér­ess­antes, du rôle de la tri­bune, des tours de parole, des faux débats qui condui­sent à la pola­ri­sa­tion des par­ti­ci­pants en deux camps, du côté avant tout spec­ta­cu­laire des AG où on assiste à un concours d’acteurs et de sophis­tes, de la place des lea­ders non encartés, du rap­port de consom­ma­tion qui se met en place dans la lutte entre les acteurs et les pas­sifs, de la dis­pa­ri­tion des anta­go­nis­mes entre exploi­teurs et exploités, et enfin de la sou­mis­sion des lut­teurs aux règles de l’adver­saire : gages démoc­ra­tiques, impor­tance donnée à la cré­di­bilité du mou­ve­ment, et sur­tout recher­che de pro­po­si­tions alter­na­ti­ves comme si le pro­blème du gou­ver­ne­ment ne tenait pas à sa nature même mais au fait qu’il n’avait pas trouvé la bonne idée de réf­orme. Evidemment listés comme cela, ces différents éléments ne sont peut-être pas très clair mais j’invite les lec­teurs à se référer direc­te­ment au cha­pi­tre des Mouvements sont faits pour mourir.

3) J’apprécie éga­lement le fait que les auteurs ne tom­bent pas dans le délire anti-mili­tant de base : « Il est intér­essant de noter qu’on a sou­vent retrouvé (…) une défi­ance envers les partis et syn­di­cats étudiants, chez la grande majo­rité des per­son­nes engagées dans la lutte (…). Mais ce rejet s’est aussi exprimé dans la valo­ri­sa­tion du fait d’être « sans étiqu­ette », voire « apo­li­ti­que », et se prés­enter ainsi dans une AG par­ti­ci­pait d’assu­rer la sym­pa­thie de l’audi­toire. Comme si ce qui était repro­ché aux bureau­cra­tes n’était pas de confis­quer l’expres­sion et la direc­tion du mou­ve­ment mais le simple fait de s’orga­ni­ser pour faire exis­ter ses convic­tions poli­ti­ques ».

4) Ce qui ne m’a par contre pas convaincu du tout dans ce cha­pi­tre, c’est la posi­tion favo­ra­ble aux com­mis­sions qui y est exprimée. En effet, je ne pense pas qu’il soit néc­ess­aire d’établir des com­mis­sions pour que les gens puis­sent dis­cu­ter, éch­anger des points de vue et cons­truire ensem­ble des pro­po­si­tions. D’ailleurs, c’est ce que pro­pose l’ouvrage un peu plus loin lorsqu’il parle de « forces de pro­po­si­tion auto­no­mes » et cela me paraît en contra­dic­tion avec la posi­tion exprimée sur les com­mis­sions, d’autant qu’il cri­ti­que éga­lement le sau­cis­son­nage aber­rant en différents thèmes que le système de com­mis­sions induit. De ce que j’ai pu obser­ver per­son­nel­le­ment dans le mou­ve­ment anti-CPE, les com­mis­sions sont précisément des outils contrai­res à l’auto-orga­ni­sa­tion des per­son­nes en lutte, car plutôt que d’inci­ter tout le monde à se conce­voir comme force de pro­po­si­tion, elles délèguent à cer­tains le soin de s’en char­ger, et ainsi les pro­po­si­tions en AG res­sem­blent fina­le­ment plus à des pléb­is­cites qu’à une éla­bo­ration col­lec­tive de la lutte. Par ailleurs, c’est assez curieux de voir les auteurs déf­endre les com­mis­sions, car si les AG sont le théâtre des poli­ti­ciens, on sait très bien qu’on retrouve ces para­si­tes dans les com­mis­sions où ils peu­vent, plus encore que dans l’AG où les choses se font aux yeux de tous, faire leur petite tam­bouille entre eux.

Pétunia : À mon avis, le for­ma­lisme ne règle pas la ques­tion de savoir si les gens sont prêts à se mobi­li­ser séri­eu­sement.

Cédric : Il y a une différ­ence entre l’AG et la démoc­ratie par­le­men­taire. C’est une sorte d’agora qui néc­es­site l’impli­ca­tion de chaque per­sonne, pour qu’il y ait un débat pos­si­ble. Je la vois plus comme un espace de dis­cus­sion ouvert que comme un lieu où se pren­nent des décisions en rap­port avec l’éla­bo­ration du mou­ve­ment social. Ce qui me gêne dans ce genre d’AG, c’est que l’on se sent tou­jours en posi­tion où l’on veut convain­cre à tout prix les per­son­nes à qui l’on s’adresse ; je ne sais pas convain­cre les gens, et je ne res­sens pas tel­le­ment l’envie de le faire. Les fois où je pre­nais la parole en assem­blée, c’était pour inci­ter tout le monde à venir pren­dre la parole, pour qu’on écoute pas tout le temps les dix mêmes per­son­nes, et pour poser des ques­tions sous forme d’invec­ti­ves, le plus sou­vent pour inter­ro­ger sur la situa­tion sociale actuelle, et tou­jours de façon glo­bale, mais alors on se fait rabrouer : « aucun rap­port », « on s’en fout, c’est pas la ques­tion », « olala, mais il est même pas étudiant celui-là, qu’est-ce qu’il vient parler ici ?! »

Théodule : Comme j’ai pu le dire plus haut, je suis d’accord avec cer­tai­nes de tes cri­ti­ques concer­nant les AG, cepen­dant, d’une part je ne suis pas du tout opposé au vote dans les AG, d’autre part si ce n’est pas là que s’éla­bore le mou­ve­ment, si ce n’est pas là que se pren­nent les décisions, alors celles-ci se pren­nent com­ment ? Je pense qu’il faut faire atten­tion à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Je suis d’accord que le mou­ve­ment c’est ce que les gens en font au quo­ti­dien et à toute heure, et pas seu­le­ment pen­dant le temps de l’AG. Cependant le pro­blème de fond tient à mon sens au statut de l’AG qui n’est jamais défini : assem­blée de fac, ou assem­blée de lutte ? Personnellement, je pense qu’un des moyens de remédier au pro­blème serait de mixer une AG annoncée par semaine par exem­ple, qui serait effec­ti­ve­ment un lieu de dis­cus­sion, et des AG décisi­onn­elles, qui serait plus impro­visées et sur­tout pas annoncées, de sorte que seuls les acteurs réels du mou­ve­ment (c’est-à-dire ceux qui sont là au moment de l’AG pour le faire vivre) y pren­nent part et décident de ce qu’ils veu­lent faire.

Yves : J’ai apprécié, dans ce livre, la cri­ti­que du citoyen­nisme et de ses effets dans les AG, de la col­la­bo­ra­tion avec l’admi­nis­tra­tion, de la ges­ta­tion spon­tanée de bureau­cra­tes en dehors même des orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les ou poli­ti­ques.

Pétunia : Oui, mais, en posi­tif, les auteurs n’ont pas grand-chose à pro­po­ser. Du moment que cela explose et que l’on change de monde, ils sont contents. Comme si les êtres humains pou­vaient passer magi­que­ment de l’état de révolté à celui de par­ti­ci­pants à des squats ou des com­mu­nautés. Ils n’ont pas le souci d’uni­ver­sa­li­ser ce qu’ils disent.

Cédric : A la limite, ils sont fiers de leur mar­gi­na­lité. A des moments cela tombe dans le mépris de toutes les per­son­nes qui n’ont pas le cou­rage de vou­loir rompre avec le quo­ti­dien (j’entends « mépris » de façon a-cri­ti­que).

Pétunia : Ce type de dis­cours n’attire que des étudiants.

Théodule : Ce genre de texte crée des liens entre des gens, il crée un milieu pour ceux que les mili­tants poli­ti­ques énervent. La dimen­sion col­lec­tive, d’une chan­ge­ment social col­lec­tif, est men­tionnée de façon vague. L’ouvrage est sur­tout centré sur le mal-être indi­vi­duel des étudiants qui ne sen­tent pas à leur place dans les AG, et se cher­chent alors une bande de potes. Il n’y a pas de dimen­sion véri­tab­lement col­lec­tive.

Pétunia : Oui, il s’agit d’une pro­jec­tion par rap­port à un délire per­son­nel. Tu pla­ques des visions d’indi­vidu sur un col­lec­tif de copains.

Cédric : Que l’on me com­prenne bien, je ne crois pas que soit incom­pa­ti­ble de dén­oncer son mal-être indi­vi­duel et de vou­loir relier sa rév­olte à un combat col­lec­tif.

En ce qui concerne les anti­blo­queurs, je trouve très fati­gant de dis­cu­ter avec les étudiants qui veu­lent étudier. Je l’ai fait quel­ques fois. Les anti­blo­queurs pas viru­lents pen­sent qu’ils ont affaire à un bloc homogène. Il faut donc au moins tenter de dis­sua­der les étudiants de ne pas deve­nir des anti­blo­queurs mili­tants.

Théodule : Le plus impor­tant pour les grév­istes c’est d’être com­pris des non-grév­istes. Le blo­cage est seu­le­ment un moyen.

Cédric : Moi, Je ne cen­trais pas la dis­cus­sion sur le blo­cage. Ceux qui sont contre le blo­cage quand ils vien­nent aux AG sont sou­vent écœurés.

Théodule : Les AG fonc­tion­nent sur le mode huées/ applau­dis­se­ments. Elles ne représ­entent pas un espace pour dis­cu­ter, un espace où des points de vue s’éch­angent, où il y aurait un pro­ces­sus d’éla­bo­ration col­lec­tive

Pétunia : Bien que les deux bou­quins entre­tien­nent les mêmes fas­ci­na­tions pour les voi­tu­res qui brûlent, sou­vent repris en illus­tra­tion dans Les mou­ve­ments… comme le summum de l’œuvre d’art et évoquées main­tes fois dans L’insur­rec­tion…, le pre­mier livre me semble plus honnête et utile dans le sens où il part de tém­oig­nages et de visions de par­ti­ci­pants à un mou­ve­ment social (CPE), tandis que le deuxième voit et extra­pole un concen­tré en boîte de mou­ve­ments un peu par­tout, invé­rif­iables.

Yves : En ce qui concerne les anti­blo­queurs et leur par­ti­ci­pa­tion aux AG je suis d’accord : c’est absurde de vou­loir les faire voter dans le cadre d’AG de grév­istes. Mais je ne suis pas d’accord pour les qua­li­fier comme « enne­mis » au sens mili­taire. Il faut se mon­trer beau­coup plus subtil, sur­tout vis-à-vis de tous les étudiants sala­riés, fils et filles de prolét­aires, qui ne peu­vent pas se per­met­tre de louper leurs exa­mens car ils n’ont pas papa ou maman pour payer les fac­tu­res.

Je vou­drais reve­nir sur les qua­lités et les limi­tes de ce livre.

- Tout d’abord, il me semble que la ques­tion des liens des grév­istes avec le per­son­nel de l’uni­ver­sité et même d’une tac­ti­que vis-à-vis des vigi­les est évacuée. Les enjeux matériels ne sont pas les mêmes pour l’étudiant et le sala­rié de la fac. Ces ques­tions ne sont pas du tout prises en compte par les auteurs.

- Ils se moquent de la « peur du dés­ordre, de la peur de l’inconnu » que res­sen­ti­raient une partie des étudiants modérés. Ces peurs me sem­blent tout à fait nor­ma­les. Et la fuite en avant dans la confron­ta­tion vio­lente avec les vigi­les et les flics, le pillage de maga­sins ou même la vie en com­mu­nauté sont des contre-modèles très fai­blards et peu atti­rants.

- Les auteurs se mon­trent très hos­ti­les aux ser­vi­ces d’ordre mais très indul­gents pour les bandes orga­nisées. Pour moi, c’est exac­te­ment la même chose, sauf que, dans le pre­mier cas, les gens se regrou­pent sur une idéo­logie toto et dans le second sur une idéo­logie sta­li­nienne ou trots­kyste.

Théodule : Je ne suis pas du tout d’accord, un SO est un groupe séparé d’un cortège et qui préex­iste à l’appa­ri­tion d’un pro­blème, alors qu’une bande existe quoi qu’il arrive et ce que déc­rivent les auteurs du bou­quin c’est pour moi ce que devrait être un cortège de manif : un groupe de per­son­nes vigi­lan­tes et si quel­que chose se passe les gens qui le sen­tent mon­tent au carton.

Yves : Les mou­ve­ments sont faits pour mourir sou­li­gnent les aspects posi­tifs de l’occu­pa­tion des facs, et c’est vrai qu’il y en a. Mais en même temps, cette occu­pa­tion res­sem­ble furieu­se­ment à une ges­tion de la misère et à un éloge de la fru­ga­lité : cou­chage col­lec­tif obli­ga­toire (un dor­toir est-il plus un lieu d’éman­ci­pation qu’une cham­bre indi­vi­duelle ?), pota­ger planté dans un coin de la pelouse (j’en com­prends la valeur sym­bo­li­que mais l’énergie qu’il faut dép­enser pour plan­ter et sur­tout entre­te­nir un pota­ger vaut-elle la chan­delle ? Sans comp­ter que soit il sera détruit dès la fin de la grève, soit – pour­quoi pas ? – il sera récupéré par l’admi­nis­tra­tion), etc. En fait, l’occu­pa­tion d’une fac abou­tit à la cons­truc­tion d’un lieu où le temps est sus­pendu, où l’on ne dort pres­que plus, où l’on vit sur son adré­na­line Et les auteurs en sont cons­cients puisqu’ils écrivent que « l’injonc­tion à ouvrir un lieu de vie comme valeur en soi pose pro­blème ».

- Je l’ai déjà dit à propos de L’insur­rec­tion qui vient, mais pour moi le « blo­cage des flux » est une fumis­te­rie pseudo-radi­cale : puis­que les gens ne veu­lent pas faire grève, on va les empêcher d’aller au tra­vail ! « Provoquer la grève par le fait », voire même blo­quer l’éco­nomie, « sabo­ter par petits grou­pes des entre­pri­ses », tout cela n’est que du pipeau quand c’est orga­nisé par des étudiants tota­le­ment extérieurs aux entre­pri­ses.

- Le livre fait l’apo­lo­gie de la vio­lence contre le mobi­lier urbain, les agen­ces d’intérim, les flics pour « aug­men­ter la ten­sion » et pro­vo­quer le « dés­ordre géné­ralisé ». On est tou­jours dans la vision du cycle pro­vo­ca­tion-répr­ession-soli­da­rité. Cette vision poli­ti­que me semble déses­pérément sté­rile.

Théodule : Les atta­ques contre les boîtes d’intérim relèvent-elles de la vision action-répr­ession-soli­da­rité ??? Je n’en suis vrai­ment pas sûr…

Yves : Les auteurs évoquent « nos rôles d’étudiants, nos sta­tuts de sala­riés même préc­aires ». Qu’il s’agisse des étudiants ou même de la jeu­nesse préc­aire, on retrouve ici une vieille idée : celle de l’ « avant-garde tac­ti­que » qui va réveiller les exploités, les sortir de leur léth­argie sup­posée. La JCR puis la Ligue com­mu­niste déf­endaient déjà cette idée de l’ « avant-garde tac­ti­que » dans les années 1960 et 1970. On la retrouve ici avec un voca­bu­laire plus radi­cal, mais il s’agit de la même quête d’un rac­courci qui part d’un même cons­tat d’impuis­sance impli­cite.

- En ce qui concerne l’action directe, il me semble qu’on ne peut en faire l’apo­lo­gie de façon indis­cri­minée. Certaines actions direc­tes sont posi­ti­ves : la « récu­pération col­lec­tive » dans les super­mar­chés, les démé­na­gements de mobi­lier (à condi­tion de bien prévoir le coup et de ne pas se faire pren­dre) ; d’autres actions me sem­blent inu­ti­les voire dan­ge­reu­ses pour ceux qui les mènent : la casse de voi­tu­res, de maga­sins ou de vitri­nes, et même les actions anti­pub qui repo­sent sur un mora­lisme assez insup­por­ta­ble.

- Le slogan « Ni CPE ni CDI » me semble par­ti­cu­liè­rement mala­droit, et sa lisi­bi­lité pour les exploités pas évid­ente.

- Dans Les mou­ve­ments sont faits pour mourir on retrouve mal­heu­reu­se­ment les mêmes expres­sions ron­flan­tes et creu­ses que dans L’insur­rec­tion qui vient : « climat pré-insur­rec­tion­nel », « onde insur­rec­tio­nelle », « pers­pec­ti­ves insur­rec­tion­nel­les », « pers­pec­ti­ves révo­luti­onn­aires », « menace sub­ver­sive », « l’émeute est per­ma­nente », etc.

– En même temps ce livre pose de vraies et de bonnes ques­tions et qui repo­sent sur des obser­va­tions fines quand, par exem­ple, il fait la différ­ence entre :

• le mili­tant pour qui « on ne peut rien faire tout de suite » ; • • l’acti­viste pour qui « on doit abso­lu­ment faire quel­que chose », • • et l’alter­na­ti­viste qui, en se cons­trui­sant un mode de vie idéal, a ten­dance à se couper de la société. • Malheureusement, face à ces trois modèles de mili­tan­tisme, le qua­trième que nous pro­pose Les mou­ve­ments sont faits pour mourir me semble un peu court : le réseau est présenté comme la solu­tion mira­cle, sans que soit jamais posé le pro­blème cen­tral des indi­vi­dus qui font le lien entre les réseaux et devien­nent des chefs occultes.

-  On retrouve dans Les mou­ve­ments sont faits pour mourir un fan­tasme qu’il y avait aussi dans L’insur­rec­tion qui vient : contrai­re­ment à ce que croient les auteurs, la dél­inqu­ance n’est pas du tout opposée à l’enri­chis­se­ment per­son­nel bien au contraire (cf. la référ­ence posi­tive à Mesrine dans le livre pré­cédent)
- 
-  Le thème de la « guerre » et les métap­hores guer­rières sont omni­présents dans Les mou­ve­ments sont faits pour mourir. Je trouve cette dém­arche pas très convain­cante pour des non-mili­tants. Il me semble plus effi­cace et juste de parler de contrôle social que de guerre. De même parler d’un « Etat tota­li­taire et démoc­ra­tique » n’a guère de sens.
- 
-  On retrouve dans les deux livres la même apo­lo­gie des squats et des mai­sons col­lec­ti­ves, qui ne sont que des manières (par­fois sym­pa­thi­ques) de gérer la misère.
- 
-  Enfin sur la ques­tion de la vio­lence, la réflexion des auteurs est pour le moins ina­bou­tie :« la vio­lence est la façon la plus directe de mon­trer le rejet pro­fond du pou­voir », écrivent-ils. On a l’impres­sion que, pour eux, la poli­ti­que se résume à expri­mer la rage ou les désirs de com­mu­nauté des indi­vi­dus. Le texte fait men­tion des rap­ports de force, mais comme les auteurs refu­sent toute négoc­iation (perte d’énergie) et toute méd­iation juri­di­que (tout en étant cons­cient de la néc­essité d’avoir des avo­cats donc une culture juri­di­que de com­pro­mis…) on ne voit pas très bien où ils veu­lent en venir, à part à un Grand Soir apo­ca­lyp­ti­que.
-  Théodule : Ce n’est pas parce qu’une action va être dure que ce qu’il y a der­rière poli­ti­que­ment l’est, et inver­se­ment. Ces 2 ouvra­ges ont ten­dance à le croire. En fait j’ai l’impres­sion que fina­le­ment ces bou­quins posent la ques­tion de : de qui vou­lons nous nous faire (re)connaître ? en effet, ils ont beau parler de la cons­pi­ra­tion à l’abris des regards, d’être invi­si­bles, etc, au final, dans ce qu’ils pro­po­sent de faire je trouve que les auteurs de ces deux bou­quins recher­chent au fond avant tout à être RECONNUS PAR LEUR ENNEMI : j’entends par là, qu’ils pro­po­sent des actions assez spec­ta­cu­lai­res (vitri­nes et com­pa­gnie) qui visent fina­le­ment à cra­cher à la gueule des flics, de la jus­tice, comme si c’était fina­le­ment de la condam­na­tion des juges qu’ils comp­taient tirer la preuve de leur propre légi­timité. Or à l’inverse il me semble que l’impor­tant n’est pas de se faire reconnaître de son ennemi, mais de « se faire connaître » de ses poten­tiels alliés (pour moi c’est une ques­tion de classe, pour ceux qui ne reconnais­sent pas cette grille de lec­ture c’est vrai que je vois mal com­ment cela peut se gou­piller du coup).

(1) On notera que l’éditeur, Eric Hazan, a déclaré dans une inter­view sur Daily motion et Mediapart (http://www.dai­ly­mo­tion.com/rele­vanc...) que ce livre était une bonne affaire pour sa maison d’éditions, même s’il s’était "moins vendu qu’un prix Goncourt" (sic). Un prix Goncourt, je le rap­pelle, est censé se vendre en moyenne 237 000 exem­plai­res, même si cer­tains attei­gnent 700 000 exem­plai­res.

Soit, si l’on en croit les chif­fres (très pes­si­mis­tes pour les éditeurs et très opti­mis­tes pour les auteurs) four­nis par Eric Vigne, sur le prix de vente au public " 5,5 % de TVA, - 10 à 12% pour l’auteur, - 5 à 8% pour l’équipe de représ­entants (dif­fu­sion) - 10 à 12% pour la chaîne de la dis­tri­bu­tion et du sto­ckage - 35 à 40% pour le libraire, - 12 à 20% pour l’impri­meur.", il reste entre 8 et 23 % pour l’éditeur.

Donc admet­trons que "L’insur­rec­tion qui vient" se soit vendu à 135 000 exem­plai­res (la moitié de la moyenne des ventes d’un Goncourt), cela rap­porte à l’éditeur entre 8 et 23 % de pres­que un mil­lion d’euros soit entre 75 000 et 217 000 euros. Comme en général les éditeurs "de gauche" rognent au maxi­mum sur leurs marges et paient leurs auteurs (sur­tout si c’est leur pre­mier livre et s’ils sont "gau­chis­tes") et leurs tra­duc­teurs avec un élas­tique (sou­vent les auteurs reç­oivent un for­fait genre 1000 ou 2000 euros), je parie­rais plutôt sur la four­chette haute des chif­fres ci-dessus. Finalement, c’est pas mal comme opé­ration finan­cière, sur­tout si l’on cal­cule que les ventes peu­vent être "boostées" par l’actua­lité.

Les considé­rations mer­can­ti­les et finan­cières ne sont jamais bien loin quand un éditeur (de gauche ou de droite) décide de publier un auteur qui dén­once la "société du spec­ta­cle"...

C’est un des pièges dans lequel tom­bent la plu­part des "radi­caux" qui décident de donner leur prose à un éditeur. L’unique solu­tion qui leur res­te­rait, s’ils vou­laient rester fidèles à leurs prin­ci­pes, serait de vendre à prix coûtant, en auto-édition, mais évid­emment, dans ce cas-là, la voie vers la renommée est net­te­ment plus escarpée...

La FNAC (ce temple de la consom­ma­tion qu’ils dén­oncent) ne leur ouvri­rait pas aussi faci­le­ment les bras.

Cruel dilemme !

(Y.C.)

Nouveautés sur le Web

Diffusion

 

  • Suivre la vie du site RSS 2.0
  • Informations

    mondialisme.org | publié sous licence Creative Commons by-nc-nd 2.0 fr | généré dynamiquement par SPIP & Blog'n Glop