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Sarkozy et comparaisons avec Vichy : Discours creux ou analyse politique ?

publié par Yves, le samedi 20 septembre 2008

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Sarkozy et Vichy : Discours creux ou ana­lyse poli­ti­que ?

La dis­cus­sion sur la nature de la poli­ti­que du gou­ver­ne­ment Sarkozy en matière d’immi­gra­tion et d’intég­ration est essen­tielle si nous vou­lons être un mini­mum cré­dibles dans nos cri­ti­ques contre ce gou­ver­ne­ment (sur ce sujet on consul­tera les nom­breux arti­cles du n° 21-22 de Ni patrie ni fron­tières) et ses mesu­res, mais aussi contre la poli­ti­que de l’Union europé­enne.

Pour déc­rire la poli­ti­que igno­ble de l’UE, il ne faut pas regar­der 60 ans en arrière mais 20 ans en AVANT de nous. Les res­tric­tions de plus en plus fortes à l’émig­ration de tra­vailleurs (après la crise de 1974-1975), puis des deman­deurs d’asile, puis du regrou­pe­ment fami­lial, etc., ne poin­tent pas vers une EXPULSION géné­ralisée des per­son­nes “extracom­mu­nau­tai­res” mais vers une PRECARISATION accrue de leurs condi­tions de vie et de tra­vail. Ce qui n’est pas du tout la même chose.

Il faut mon­trer en quoi cette pré­ca­ri­sation des « clan­des­tins » mène à une pré­ca­ri­sation de tous les dét­enteurs de papiers en règle, citoyens de l’UE ou pas. Et ce ne sont pas les “réf­ormes” du gou­ver­ne­ment Sarkozy dans tous les domai­nes qui me contre­di­ront.

En clair, l’Europe conti­nuera à régu­la­riser offi­ciel­le­ment et offi­cieu­se­ment BEAUCOUP PLUS d’extracom­mu­nau­tai­res qu’elle n’en expul­sera, à moins d’ima­gi­ner un régime tota­li­taire européen bais­sant les salai­res de 30 à 50 %, met­tant les réc­al­citrants dans des Goulags, etc. On n’en est pas là. L’objec­tif de l’UE n’est pas d’EXPULSER tous les extracom­mu­nau­tai­res clan­des­tins (elle n’en a pas les moyens ; cela ne cor­res­pond pas aux intérêts des patrons qui ont besoin de main-d’œuvre ; la baisse de la nata­lité et le vieillis­se­ment de la popu­la­tion europé­enne posent des pro­blèmes inso­lu­bles sans un apport régulier de main-d’œuvre « étrangère »), l’objec­tif est de les pré­ca­riser, afin de conduire les différ­entes com­po­san­tes des sala­riés européens à accep­ter VOLONTAIREMENT des condi­tions de tra­vail et de vie dégradées.

L’exem­ple des Pays-Bas montre que ce pro­ces­sus est à l’œuvre depuis très long­temps, avant même la montée de l’extrême droite popu­liste dans ce pays. Les syn­di­cats néerl­andais ont accepté des bais­ses de salai­res volon­tai­res, le « dégra­is­sage » de la fonc­tion publi­que et le blo­cage des salai­res des fonc­tion­nai­res, la pri­va­ti­sa­tion par­tielle de la Sécurité sociale et des assu­ran­ces chômage, la sup­pres­sion des bour­ses d’étudiants, le dével­op­pement du temps par­tiel (400 000 per­son­nes aux Pays-Bas tra­vaillent moins de 10 heures par semaine), etc.

La réunion de Vichy au mois de novem­bre n’est pas une réunion franç­aise mais une réunion EUROPEENNE. L’argu­men­ta­tion doit se situer donc prin­ci­pa­le­ment à ce niveau-là, pour mon­trer que c’est par­tout en Europe que les gou­ver­ne­ments pré­parent la pré­ca­ri­sation, l’accen­tuent, etc. Pour cela c’est un effort d’infor­ma­tion et de contacts avec toutes les orga­ni­sa­tions europé­ennes qui se démènent pour les sans-papiers qu’il faut déployer, plutôt que de faire appel à des intel­los au regard franco-centré ou des gens (sou­vent les mêmes sous le cou­vert de leur qua­li­fi­ca­tion d’his­to­riens ou de phi­lo­so­phes) qui veu­lent déb­oul­onner par tous les moyens Sarkozy pour nous mettre à la place un poli­ti­cien ou une poli­ti­cienne de gauche qui ne mènera pas une poli­ti­que fon­ciè­rement différ­ente !

Si la réunion de Vichy peut nous amener à accroître nos connais­san­ces, non pas sur la Seconde Guerre mon­diale, mais sur la condi­tion des sans-papiers et des "extracom­mu­nau­tai­res" dans l’Union europé­enne, alors oui cela peut-être quel­que chose de très posi­tif, d’autant plus que sou­vent les sans-papiers pas­sent d’un pays à l’autre.

Donc bos­sons pour trou­ver des argu­ments concrets et per­cu­tants, plutôt que de répéter des slo­gans éculés et d’en rester au seul niveau des sen­ti­ments et des pré­visions apo­ca­lyp­ti­ques démo­bi­li­sat­rices et para­ly­san­tes.

Je remer­cie les cama­ra­des du Comité de sou­tien aux sans-papiers de Tours d’avoir pris la peine de me rép­ondre, d’autant plus qu’ils se sont appa­rem­ment sentis vic­ti­mes d’ « insul­tes » et de « mépris » de ma part. Ce n’était pas mon inten­tion de les bles­ser, mais plutôt de les bous­cu­ler vigou­reu­se­ment pour les inci­ter à pré­ciser leur posi­tion. Ce qu’ils ten­tent de faire dans leur brève rép­onse, mais mal­heu­reu­se­ment d’une manière fort peu convain­cante, à mon avis.

Voici donc leur rép­onse en caractères gras puis ma cri­ti­que de leur texte.

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Réponse

du Comité de sou­tien

aux sans-papiers de Tours

Nous avons bien reçu ton texte viru­lent cri­ti­quant notre appel « ILS SONT A VICHY SOYONS PIRATES ! ».

Tout d’abord, que les choses soient clai­res, nous ne pen­sons pas que le vichysme est de retour. D’ailleurs jamais dans notre appel il n’en est ques­tion. Plus sim­ple­ment, nous affir­mons que Sarkozy et consorts font appel à des sym­bo­les plus que nauséabo­nds. Or, ce qui nous pose ques­tion, ce n’est pas que Sarkozy se trans­forme en Pétain, mais pour­quoi il uti­lise de tels sym­bo­les.

Et là pour le coup cela ne peut être neutre compte tenu de ses référ­ences cons­tan­tes à la seconde guerre mon­diale (Guy Mocquet etc.) ; il faut donc être vigi­lant à ce propos. Bien évid­emment, nous sommes d’accord pour dire que la situa­tion actuelle n’est pas sem­bla­ble à celle des années 40. Mais nous main­te­nons donc qu’Hortefeux pro­vo­que ces rap­pro­che­ments. Ce qui ne rend évid­emment aucu­ne­ment res­pon­sa­bles les habi­tants actuels de Vichy ! Nous n’y pou­vons rien (comme les Vichyssois) si Pétain a choisi Vichy comme siège de son gou­ver­ne­ment.

C’est bien Pétain et consorts qui ont accepté la col­la­bo­ra­tion,qui en ont fait la pro­pa­gande ; c’est bien à la demande de Laval que les enfants juifs (dont les famil­les étaient d’ori­gine étrangère dans un pre­mier temps) ont été déportés, et ce à la grande sur­prise des res­pon­sa­bles nazis, et c’est bien Pétain et son gou­ver­ne­ment qui don­naient des ordres aux fonc­tion­nai­res concernés ! C’est bien sous la res­pon­sa­bi­lité de Pétain que la police franç­aise orga­nisa les rafles, et pas uni­que­ment à Vichy ! (le procès Eichmann montre, entre autres, que les dép­or­tations à l’éch­elle europé­enne, n’auraient pu avoir l’ampleur que nous connais­sons sans la col­la­bo­ra­tion des différents Etats impli­qués et donc de leur police et mili­ces, cf le livre de H. Arendt sur le sujet).

Dans ce texte, nous ne par­lons pas des nazis, mais uni­que­ment du gou­ver­ne­ment de Pétain et de sa poli­ti­que en matière de col­la­bo­ra­tion.. Nous sommes désolés, elle s’est tra­duite, entre autres, par l’inter­ne­ment en France, puis la dép­or­tation dans les camps de concen­tra­tion de mil­liers de per­son­nes sous prét­exte qu’elles étaient juives, espa­gno­les ou ita­lien­nes anti­fas­cis­tes, homo­sexuel­les, tzi­ga­nes, han­di­capées, com­mu­nis­tes, anar­chis­tes, rés­ist­antes...qui n’ont pas été toutes exter­minées car pas toutes logées à la même ensei­gne. (Nous ne com­pre­nons pas com­ment on peut remet­tre cela en cause !)

Il est dif­fi­cile d’ima­gi­ner qu’Hortefeux n’ait pas pensé à tout cela ou du moins une per­sonne de son staff.. C’est donc un choix poli­ti­que, choix que nous dénonçons. Il n’est quand même pas neutre de réunir des minis­tres européens, pour parler d’intég­ration des per­son­nes d’ori­gine étrangère (autre­ment dit, com­ment expul­ser des êtres humains et de coor­don­ner les poli­ti­ques en ce sens) à Vichy ; le gou­ver­ne­ment sait quand même ce qu’il fait !

Cela n’inter­dit pas que des ren­contres aient lieu à Vichy, mais sur ce sujet, il est évident que le caractère sym­bo­li­que que représ­ente cette ville est incontour­na­ble. On ne peut nier que l’action poli­ti­que des gou­ver­nants s’appuie sur des sym­bo­les. Lorsque Sarkozy déc­lare dans un mee­ting « le tra­vail rend libre », il sait très bien que cela va faire réagir. De même lors­que Rachida Dati uti­lise l’expres­sion « rét­ention de sûreté », elle connaît la charge sym­bo­li­que du voca­bu­laire qu’elle emploie. Ou alors cela signi­fie, que l’élite poli­ti­que n’a aucune mém­oire !

Le lan­gage, les sym­bo­les ne sont jamais neu­tres. Il y a eu suf­fi­sam­ment d’études sur les rap­ports entre l’exer­cice du pou­voir et l’uti­li­sa­tion du lan­gage (http://www.lavie­de­si­dees.fr/Langue-...) pour ne pas insis­ter plus à ce propos. L’objec­tif est de bana­li­ser des idées, des concep­tions de plus en plus auto­ri­tai­res et sécu­rit­aires.

Nous trou­vons que tu as une vision bien confor­miste du rap­port au tra­vail. Si la majo­rité des gens recher­che un emploi c’est pour, en pre­mier lieu, avoir des res­sour­ces. Tu sem­bles faire peu cas des luttes pour le revenu garanti, la gra­tuité des ser­vi­ces publics, du loge­ment (squat), etc. En outre, le lien entre l’amél­io­ration des condi­tions matéri­elles de vie et l’obten­tion d’emploi est de plus en plus remis en cause, vu que pour de plus en plus de tra­vailleurs ne sont plus assez payés pour satis­faire leurs besoins.

En outre, on ne peut passer sous silence la crise de la valeur tra­vail qui peut être por­teuse de pers­pec­ti­ves alter­na­ti­ves, voire révo­luti­onn­aires, en remet­tant en cause la cen­tra­lité du tra­vail. Ainsi le tra­vail pour­rait trou­ver une autre place : une acti­vité sociale parmi d’autres. Le but est d’ima­gi­ner des formes d’orga­ni­sa­tion sociale per­met­tant de « connaître et maît­riser nos condi­tions d’exis­tence ». Cela sup­pose , si on s’intér­esse à la place du tra­vail, de dét­er­miner col­lec­ti­ve­ment ce que nous vou­lons pro­duire, com­ment et à quel­les fins.

Donc le thème de la libé­ration par le tra­vail nous semble pour le moins obsolète et en tous cas n’a pas fait avan­cer la pensée révo­luti­onn­aire ; bien au contraire, la bour­geoi­sie sera tou­jours en posi­tion domi­nante sur ce regis­tre, puis­que c’est un de ses piliers idéo­lo­giques.

A propos de l’exem­ple du camp de Rivesaltes, il paraît évident que lors­que Daladier fait ouvrir des camps (dont celui de Rivesaltes) pour y enfer­mer des réfugiés espa­gnols, il ne pou­vait ima­gi­ner qu’ils ser­vi­raient pour y enfer­mer des Juifs en vue de leur dép­or­tation. De même il ne pou­vait ima­gi­ner que des Algériens y seraient éga­lement enfermés et encore moins les Harkis. Jamais nous n’avons dit que ces différ­entes per­son­nes ont subi le même sort. Il en va de même pour les sans papiers. Le point commun à tous ces êtres humains est d’avoir été enfermés dans un même camp (Rivesaltes). Les rai­sons, les moti­va­tions de ces différents enfer­me­ments ont évolué en fonc­tion des cir­cons­tan­ces his­to­ri­ques. Personne dans la société franç­aise en 1938 ne pou­vait ima­gi­ner quels seraient les différents types de popu­la­tions qui s’y retrou­ve­raient pri­son­niers.

C’est pour­quoi on demande la fer­me­ture des camps de rét­ention et leur des­truc­tion, car on ne peut savoir qui y ’’séjo­ur­nera’’ dans les années futu­res et pour quel motif ni quel­les en seront les conséqu­ences.

C’est aussi mon­trer qu’accep­ter le main­tien d’un outil d’enfer­me­ment pour cer­tai­nes per­son­nes (en l’occur­rence les sans papiers) c’est pren­dre le risque de s’y retrou­ver si l’Etat décide d’y enfer­mer, par exem­ple des mili­tants ou toute per­sonne jugée dévi­ante. C’est tenter de mon­trer que les sans papiers ne sont pas les seuls concernés et ce au regard de l’expéri­ence his­to­ri­que !

Nous arrêtons là notre rép­onse. Nous ne don­ne­rons pas de note sur la qua­lité de ta lec­ture du texte que nous avons dif­fusé. Nous pré­férons dia­lo­guer entre cama­ra­des, plutôt que de s’envoyer des insul­tes et des réflexions mép­ris­antes, même si il y a des dés­acco­rds impor­tants. Peut être aurait-il fallu être plus clair quant à notre inten­tion, en écrivant que nous ne pen­sons pas que Sarkozy est un nou­veau Pétain ; cela nous semble pour­tant trop évident

Collectif de Soutien aux Demandeurs d’Asile et aux Sans Papiers de Tours

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Voici main­te­nant ma rép­onse au CSDASP de Tours :

Le contexte poli­ti­que depuis l’ascen­sion de Sarkozy

Avant d’entrer dans le vif de la dis­cus­sion, il faut rap­pe­ler un peu le climat poli­ti­que dans lequel nous nous trou­vons depuis 2002. Depuis que Sarkozy occupe le devant de la scène méd­ia­tique, qu’il a été nommé suc­ces­si­ve­ment minis­tre de l’Intérieur, minis­tre de l’Economie, de nou­veau minis­tre de l’Intérieur et enfin élu pré­sident de la République, on assiste en France à un renou­veau, à une réac­ti­vation de « l’anti­fas­cisme » le plus sim­pliste, sous la forme d’une sar­ko­pho­bie galo­pante et par­fois délir­ante (1).

L’anti­fas­cisme (qui a de mul­ti­ples varian­tes, de sa ver­sion sta­li­nienne et post-sta­li­nienne aux ver­sions liber­taire, trots­kyste ou sociale-démoc­rate) repose sur l’idée gros­sière qu’il y aurait seu­le­ment deux camps, les méchants et les gen­tils, les fas­cis­tes et les anti­fas­cis­tes. L’extrême droite et la droite seraient irrév­er­sib­lement attirées vers le fas­cisme, la gauche et l’extrême gauche (par­fois aussi, pour cer­tains, les « démoc­rates » et les « répub­licains ») irrév­er­sib­lement attirées vers l’anti­fas­cisme.

Ce type de rai­son­ne­ment binaire ne permet pas de com­pren­dre pour­quoi le PCF tendit la main aux « che­mi­ses vertes » orga­nisées par le leader paysan fas­ciste Dorgères en 1934 ; pour­quoi le PCF demanda la repa­ru­tion de L’Humanité sous l’Occupation alle­mande ; pour­quoi ce même parti dénonça De Gaulle comme le « four­rier de l’impér­ial­isme bri­tan­ni­que », pour après encen­ser le général jusqu’en 1947 ; pour­quoi la Chambre du Front popu­laire, à l’excep­tion des députés du PC et de quel­ques autres, vota les pleins pou­voirs à Pétain ; pour­quoi De Gaulle, catho­li­que proche de l’Action franç­aise devint l’idole de la Résistance ; pour­quoi les socia­lis­tes pla­nis­tes exclus de la SFIO (dont Marcel Déat) four­ni­rent des cadres impor­tants au régime de Pétain ; ou pour­quoi les pét­ain­istes de l’école d’Uriage sous l’Occupation béné­ficièrent des confér­ences d’hommes qui tournèrent leur veste oppor­tunément et devin­rent « de gauche » après-guerre (Hubert Beuve-Méry, futur fon­da­teur du Monde ; Jean-Marie Domenach fon­da­teur d’Esprit ; Emmanuel Mounier, théo­ricien apprécié par les cathos de gauche) ; ou pour­quoi les deux tiers des nota­bles de la Corporation pay­sanne vichyste, conservèrent leurs places après la Libération, etc.

Pour pren­dre des exem­ples plus récents, si l’on divise le monde seu­le­ment entre fas­cis­tes et anti­fas­cis­tes, on ne com­prend pas pour­quoi Sarkozy peut se réc­lamer du gaul­lisme, de la Résistance, rendre hom­mage à Guy Moquet, intégrer dans son gou­ver­ne­ment des figu­res impor­tan­tes de la gauche, etc. On ne com­prend pas non plus pour­quoi Mitterrand a protégé Bousquet, et De Gaulle embau­ché Papon, en toute connais­sance de cause.

Faire sem­blant de voir le fas­cisme par­tout, ou plus exac­te­ment de voir les prém­isses du fas­cisme ou de la dic­ta­ture mili­taire par­tout, a cepen­dant un avan­tage : cela permet de répéter les mêmes cli­chés éculés depuis 60 ans dans toutes les situa­tions poli­ti­ques, quel­les qu’elles soient, et de faire l’éco­nomie d’ana­ly­ses his­to­ri­ques spé­ci­fiques. Pour les mili­tants pares­seux, cela offre un confort intel­lec­tuel garanti.

C’est d’ailleurs en partie pour­quoi le PCF dénonça le coup d’Etat de De Gaulle en 1958 comme un coup d’Etat fas­ciste ; pour­quoi les étudiants crièrent « CRS = SS » en 1968 ; pour­quoi Eric Besson, avant de virer sar­ko­zyste, pré­para un argu­men­taire amal­ga­mant systé­ma­tiq­uement Sarkozy à l’extrême droite ; pour­quoi Act Up édita une affi­che affir­mant « voter Sarkozy c’est voter Le Pen » ; ou pour­quoi Guigou à l’Assemblée expli­qua que la loi Dati sur la rét­ention de sûreté pou­vait mener à des « dérives tota­li­tai­res ».

C’est ce sim­plisme-là, ce refus de dis­tin­guer entre des situa­tions poli­ti­ques concrètes, d’en dégager les nou­veautés et les par­ti­cu­la­rités, et donc de rester dans l’incan­ta­tion creuse que j’ai appelé dans mon billet d’humeur « le degré zéro de la pensée poli­ti­que ».

Et, hélas, trois fois hélas, en lisant la rép­onse du CSDASP, je per­siste et signe dans mon juge­ment négatif.

« Sarkozy n’est pas Pétain », mais….

Tout tient dans ce « mais » que j’ajoute der­rière la cita­tion du CSDASP. En effet, ces cama­ra­des ont écrit deux textes à propos de la réunion des minis­tres de l’Intérieur et de la Justice de l’Union europé­enne, les 3 et 4 novem­bre, à Vichy, mais, en dehors d’une des­crip­tion de la situa­tion catas­tro­phi­que des sans-papiers en France, le point fort de leur argu­men­ta­tion est centré sur des évé­nements qui se sont déroulés en France entre 1940 et 1944. Pas une seule fois ils ne cher­chent à expli­quer à leurs lec­teurs quel­les peu­vent être les conséqu­ences REELLES, ACTUELLES, CONCRETES de cette réunion. À croire que c’est un col­lo­que d’his­to­riens révisi­onn­istes d’extrême droite qui va se réunir en novem­bre à Vichy….

Ainsi dans sa rép­onse, le CSDASP reprend son mantra intem­po­rel sur Pétain, la Collaboration, Laval, les enfants juifs déportés et les fonc­tion­nai­res col­la­bos. Rappelons que ma cri­ti­que ne por­tait pas sur les actes de Pétain ou du régime vichyste, mais sur la vali­dité d’une com­pa­rai­son quel­conque entre Pétain et Sarkozy ! Le CSDASP répond qu’il fait par­fai­te­ment la différ­ence entre ces deux diri­geants, et entre leurs deux régimes, mais n’arrête pas de poin­ter des res­sem­blan­ces ou des points com­muns, et il uti­lise quatre fois les termes « rap­pro­che­ment » et « rap­pro­cher ».

Le CSDASP nage dans l’inconséqu­ence et l’incohér­ence totale.

Ainsi il affirme : « Dans ce texte, nous ne par­lons pas des nazis ». Cette asser­tion est FAUSSE puisqu’il est fait allu­sion deux fois expli­ci­te­ment au régime nazi, ainsi qu’à la devise du camp d’Auschwitz, sym­bole (très réel celui-là) de l’exter­mi­na­tion nazie des Juifs et à la loi Dati sur la rét­ention censée être une loi d’ins­pi­ra­tion nazie (sans d’ailleurs qu’on nous pré­cise en quoi). De plus avec qui col­la­bo­rait Pétain ? Avec les nazis ! Avec qui col­la­bore Sarkozy ? avec tous les gou­ver­ne­ments de l’Union europé­enne ! Où est la per­ti­nence d’une telle com­pa­rai­son ou de telles asso­cia­tions d’idées que l’on sus­cite déli­bérément chez les lec­teurs ?

Le CSDASP rap­pelle « l’inter­ne­ment en France, puis la dép­or­tation dans les camps de concen­tra­tion de mil­liers de per­son­nes (...) qui n’ont pas été toutes exter­minées car pas toutes logées à la même. (Nous ne com­pre­nons pas com­ment on peut remet­tre cela en cause !) »

Se ren­dant compte que l’on ne peut pas, sous l’Occupation, loger tout le monde « à la même ensei­gne » exter­mi­na­trice, mais seu­le­ment APRES que j’eus dénoncé la gros­sièreté de l’amal­game, le CSDASP revient timi­de­ment en arrière, mais sans pré­ciser vrai­ment qui a été vic­time de quoi. L’expul­sion, la dép­or­tation, l’empri­son­ne­ment, l’enfer­me­ment dans des asiles, le tra­vail forcé, le pelo­ton d’exé­cution ou l’exter­mi­na­tion systé­ma­tique, est-ce la même chose ?

Le CSDASP joue avec un sym­bole (la dép­or­tation, qui dans l’incons­cient col­lec­tif et dans les rai­son­ne­ments de beau­coup de gens, rime avec l’exter­mi­na­tion des Juifs). Puis il ajoute avec une insi­gne mau­vaise foi : « Nous ne com­pre­nons pas com­ment on peut remet­tre cela en cause ! » Ce ne sont pas les faits his­to­ri­ques cités dans l’appel du CSDASP que j’ai remis en cause (cette insi­nua­tion est dif­fa­ma­toire et calom­nia­trice). Ce que je remets en cause, c’est le parallèle entre les dép­or­tations sous l’Occupation et les expul­sions actuel­les de tra­vailleurs émigrés ou la « chasse aux enfants » dans les écoles.

LA DEPORTATION en direc­tion d’un CAMP d’EXTERMINATION (Auschwitz men­tionné dans les deux textes) ce n’est pas du tout la même chose que l’expul­sion en direc­tion de son pays natal, même bâillonné, tabassé et enca­dré par des poli­ciers.

C’est LE RAPPROCHEMENT entre la situa­tion de la France sous l’Occupation et celle de la France sous Sarkozy qui est MANIPULATOIRE. On ne peut com­pren­dre un tel procédé gros­sier que dans le cadre de l’idéo­logie « anti­fas­ciste » dont on connaît la fonc­tion poli­ti­que : en pér­iode de crise sociale grave ou de guerre, créer l’union natio­nale, pro­vo­quer le sou­tien d’une frac­tion de la bour­geoi­sie contre une autre frac­tion des exploi­teurs, empêcher tout chan­ge­ment social radi­cal ; en pér­iode pré-élec­to­rale nazi­fier la droite pour mieux faire élire la gauche ou du moins empêcher toute cri­ti­que du réf­orm­isme en obli­geant tout le monde à serrer les rangs. L’anti­fas­cisme, bien mani­pulé, mène à l’union natio­nale der­rière une frac­tion ou la tota­lité de la bour­geoi­sie, selon les cir­cons­tan­ces his­to­ri­ques. On en a eu d’excel­lents exem­ples avec la façon dont Mitterrand a ins­tru­men­ta­lisé le FN pour divi­ser la droite, puis avec le vote de la gauche pour Chirac en 2002. Et ce n’est pas un hasard si une partie du PS a mené (et conti­nue à mener) une cam­pa­gne contre Sarkozy et l’UMP, dans ce seul cadre pseudo anti­fas­ciste. Le CSDASP, bien invo­lon­tai­re­ment, roule pour le PS en « vichy­sant » Hortefeux et Sarkozy.

Il reprend aussi (sans le savoir ?) les gros­ses ficel­les d’une stratégie uti­lisée par les idéo­logues maos des années 60 et 70 (avant de deve­nir les apôtres de la… démoc­ratie libé­rale), qui croyaient incar­ner une « Nouvelle Résistance popu­laire » face à une prét­endue « fas­ci­sa­tion ram­pante », et évoquaient sans cesse dans leurs tracts et leurs jour­naux Vichy, Pétain, la Milice et les "kol­la­bos" du "PCGT". Et ce n’est pas tout à fait un hasard si ce sont les intel­lec­tuels pro­ches des maos (Sartre, Foucault, etc.) qui sont les pères spi­ri­tuels des idéo­logues post-moder­nes et « déco­nstr­ucti­onn­istes » actuels (cf. plus loin), idéo­logues qui met­tent l’accent sur le rôle décisif du lan­gage, des images et de la pro­pa­gande dans la "fabri­que du consen­te­ment" et la "pas­si­vité des masses".

"Symbole" ou dure réalité ?

La seconde ligne de déf­ense du CSDASP consiste à passer d’un usage dés­inv­olte et confus de faits his­to­ri­ques hétérogènes et sans rap­port avec la réalité actuelle et la réunion des minis­tres européens de la Justice et de l’Intérieur, à des géné­ralités péd­antes sur « l’usage du lan­gage par le pou­voir » et la mani­pu­la­tion sup­posée délibérée par Hortefeux et Sarkozy (mais aussi, si l’on suit ce rai­son­ne­ment, par TOUS les gou­ver­ne­ments de l’Union europé­enne) du « sym­bole de Vichy ».

À ce propos, j’aime­rais que le CSDASP nous expli­que quel intérêt poli­ti­que Sarkozy, ami d’Israël, atta­ché à ses (loin­tai­nes) « ori­gi­nes » juives, par­ti­san de la prise en charge d’enfants juifs (assas­sinés sous l’Occupation) par les écoliers français d’aujourd’hui, grand copain de la droite dure israéli­enne, quel intérêt aurait donc Sarkozy

1) à repren­dre un pseudo-sym­bole éternel de la col­la­bo­ra­tion avec les nazis (Vichy)

2) à uti­li­ser déli­bérément une devise nazie (« Le tra­vail rend libre ») que, je le répète, Sarkozy n’a pas reprise à son compte dans le sens que lui prêtent ses détr­acteurs,

3) à impo­ser une loi d’ins­pi­ra­tion nazie (j’attends tou­jours – et j’atten­drai sans doute long­temps – la com­pa­rai­son pré­cise et détaillée entre, d’un côté, la loi adoptée sous Hitler en 1933 et sur­tout la façon dont elle fut appli­quée à l’époque et, de l’autre, la loi Dati sur la rét­ention de sûreté qui aurait, paraît-il, une « charge sym­bo­li­que » tel­le­ment évid­ente que le CSDASP ne nous en pré­cise pas la nature !).

Dans aucun de ses deux textes le CSDASP nous expli­que ce que pour­rait gagner le gou­ver­ne­ment Sarkozy – mais aussi tous les gou­ver­ne­ments de l’Union europé­enne dont les minis­tres de l’Intérieur et de la Justice se réun­issent à Vichy – à pro­vo­quer un rap­pro­che­ment incons­cient ou cons­cient entre sa (leur) poli­ti­que et celle des nazis. L’affir­ma­tion est en effet tel­le­ment énorme…qu’elle ne peut être dém­ontrée. Mieux vaut donc parler d’ « évid­ence » quand on lance de pareilles absur­dités dans un débat poli­ti­que.

Ainsi : « il est évident que le caractère sym­bo­li­que que représ­ente cette ville est incontour­na­ble. (…). On ne peut nier que l’action poli­ti­que des gou­ver­nants s’appuie sur des sym­bo­les (…). Le lan­gage, les sym­bo­les ne sont jamais neu­tres. Il y a eu suf­fi­sam­ment d’études sur les rap­ports entre l’exer­cice du pou­voir et l’uti­li­sa­tion du lan­gage pour ne pas insis­ter plus à ce propos. L’objec­tif est de bana­li­ser des idées, des concep­tions de plus en plus auto­ri­tai­res et sécu­rit­aires. »

On retrouve là une idée très à la mode chez cer­tains spéc­ial­istes de la cri­ti­que littér­aire et phi­lo­so­phes qui tien­nent le haut du pavé dés­ormais dans l’intel­li­gent­sia de gôche et alter­mon­dia­liste. On « déco­nstruit » les dis­cours (en clair, on déc­or­tique les mots et les asso­cia­tions d’idées et les sen­ti­ments qu’ils per­met­tent de sus­ci­ter et de mani­pu­ler ; mais on se permet soi-même toutes sortes de mani­pu­la­tions dans la contre-pro­pa­gande).

C’est ainsi que dans le film « Chomsky et Compagnie » , le lin­guiste amé­ricain réduit l’avè­nement et le triom­phe du nazisme à la mani­pu­la­tion des sen­ti­ments, des peurs et des mots par le ministère de la Propagande, pas­sant sous silence tout ce qui s’est passé en Allemagne entre le putsch de Munich en 1923 et la nomi­na­tion de Hitler comme chan­ce­lier en jan­vier 1933. Ainsi que tous les évé­nements sur­ve­nus entre jan­vier et juillet 1933, date de l’inter­dic­tion de tous les partis poli­ti­ques.

Il n’est pas étonnant qu’ayant été à une si piètre école, igno­rant volon­tai­re­ment les faits sociaux et his­to­ri­ques, les théo­riciens « déco­nstr­ucti­onn­istes » et leurs dis­ci­ples liber­tai­res croient que le lan­gage modèle, faç­onne, la réalité sociale. Dans le cas des par­ti­sans de la « French Theory » ou des fémin­istes uni­ver­si­tai­res radi­ca­les chic on com­prend l’intérêt de cette dém­arche, opposée à toute ana­lyse des faits matériels et à toute dém­arche mili­tante. Pourquoi se faire suer à dif­fu­ser des tracts, mani­fes­ter dans la rue, coller des affi­ches, affron­ter les flics, passer des heures en garde à vue ou ris­quer la prison, si on peut chan­ger le monde en chan­geant sim­ple­ment quel­ques mots, en poliçant le voca­bu­laire et en pon­dant confor­ta­ble­ment des arti­cles dans son salon IKEA ? Cela leur permet d’acquérir des niches dans l’Université en uti­li­sant un lan­gage abs­cons censé être nova­teur. Et, en bonus, ils acquièrent une aura morale à bon marché, en prés­entant leurs petits jeux élit­istes avec les mots et les concepts comme des armes poli­ti­ques déci­sives pour le chan­ge­ment poli­ti­que.

En ce qui concerne le CSDASP, à part « l’avan­tage » de paraître super bran­chés, on ne voit pas ce qu’une telle « inno­va­tion » apporte à l’inter­pré­tation poli­ti­que pré­cise du sar­ko­zysme. Si ce n’est nous dis­til­ler des truis­mes sur l’impor­tance de la pro­pa­gande dans la vie poli­ti­que.

Le CSDASP cite dans sa rép­onse une inter­view de Saul Friedländer et Pierre-Emmanuel Dauzat, mais il en déto­urne tota­le­ment le sens dans une orien­ta­tion favo­ra­ble aux thèses déco­nstr­ucti­onn­istes les plus absur­des : en effet Friendländer et Dauzat évoquent ce que les NAZIS (pas la droite de la République de Weimar, les Sarkozy et Hortefeux de l’époque si l’on tient abso­lu­ment à établir une com­pa­rai­son entre la France de 2008 et l’Allemagne AVANT 1933) ont fait subir à la langue alle­mande pen­dant les 12 ans qu’ils étaient au pou­voir, mais nulle part ils n’expli­quent que la création des camps de tra­vail puis de concen­tra­tion et d’exter­mi­na­tion, le déch­aînement de vio­lence des SA avant 1933 et de la police après 1933, le régime de ter­reur géné­ralisé ins­tallé en Allemagne, la mobi­li­sa­tion obli­ga­toire de la popu­la­tion dans toutes sortes d’ins­ti­tu­tions répr­es­sives ou d’embri­ga­de­ment idéo­lo­gique, l’acti­vité des SA puis des SS, l’enrôlement dans l’armée pour mener des guer­res extéri­eures, nulle part ces deux intel­lec­tuels n’expli­quent que tout cela aurait été rendu pos­si­ble par le seul usage d’un voca­bu­laire spé­ci­fique… Ils s’intér­essent à UN des éléments, parmi bien d’autres, du système tota­li­taire mais ils ne le trans­for­ment pas, comme le font les déco­nstr­ucti­onn­istes, en l’expli­ca­tion cen­trale de son exis­tence.

Quel est l’intérêt de cette référ­ence à l’Allemagne nazie ? Le CSDASP veut-il nous faire croire que nous serions DEJA dans un régime pré-tota­li­taire qui serait en train de purger la langue et de nous anes­thésier len­te­ment avant de nous porter le coup de grâce ? Connaît-il vrai­ment l’his­toire concrète du nazisme et du fas­cisme AVANT la prise du pou­voir ? Veut-il nous faire croire qu’un véri­table régime tota­li­taire pour­rait s’ins­tal­ler en nég­ligeant l’arme de la force pure, de la des­truc­tion des syn­di­cats, des partis, de toutes les libertés publi­ques, etc. ?

On remar­quera enfin que, dans cette partie de la rép­onse du CSDASP, il n’est plus expli­ci­te­ment fait allu­sion au caractère pro-nazi du régime pét­ain­iste mais à des « concep­tions de plus en plus auto­ri­tai­res et sécu­rit­aires », expres­sion tel­le­ment vague que l’on peut mettre n’importe quoi der­rière.

La libé­ration par le tra­vail ? Devise nazie ou concep­tion « révo­luti­onn­aire obsolète » ?

Vu le revi­re­ment com­plet que représ­ente la posi­tion du CSDASP entre le pre­mier et le deuxième texte, et au sein même du second, je me vois obligé de citer lon­gue­ment plu­sieurs pas­sa­ges de sa rép­onse :

« Nous trou­vons que tu as une vision bien confor­miste du rap­port au tra­vail. Si la majo­rité des gens recher­chent un emploi c’est pour, en pre­mier lieu, avoir des res­sour­ces. Tu sem­bles faire peu de cas des luttes pour le revenu garanti, la gra­tuité des ser­vi­ces publics, du loge­ment (squat), etc. »

Je rap­pelle que le sujet de l’appel du CSDASP est la dén­onc­iation d’un sommet des minis­tres de l’Intérieur et de la Justice sur « l’intég­ration », pas un pro­gramme général de société commun à tous les gou­ver­ne­ments capi­ta­lis­tes d’Europe…. Que vien­nent faire ici les squats, la gra­tuité des ser­vi­ces publics, ou même le revenu garanti ? Et « garanti » par qui ? par un Etat « auto­ri­taire », « sécu­rit­aire » et crypto-pét­ain­iste si l’on en croit le CSDASP ?

Mais conti­nuons notre lec­ture :

« En outre, le lien entre l’amél­io­ration des condi­tions matéri­elles de vie et l’obten­tion d’emploi est de plus en plus remis en cause, vu que de plus en plus de tra­vailleurs ne sont plus assez payés pour satis­faire leurs besoins. »

Bel exem­ple de prose déc­onnectée des réalités : si les tra­vailleurs sans-papiers RISQUENT LEUR VIE pour venir en Europe c’est pour TRAVAILLER et GAGNER DE L’ARGENT. Quiconque les fréqu­ente un peu c’est qu’ils tra­vaillent très dur, cumu­lent les emplois, font des sacri­fi­ces matériels énormes pour nour­rir beau­coup plus que leur propre per­sonne ou leur famille la plus proche. Cette dimen­sion COLLECTIVE (et non indi­vi­duelle comme dans les pays développés du Nord) est indis­pen­sa­ble pour com­pren­dre leur dém­arche.

« En outre, on ne peut passer sous silence la crise de la valeur tra­vail qui peut être por­teuse de pers­pec­ti­ves alter­na­ti­ves, voire révo­luti­onn­aires, en remet­tant en cause la cen­tra­lité du tra­vail. »

Je me vois bien expli­quer à une mère céli­bat­aire afri­caine, avec deux enfants en bas âge, qui est bal­lottée d’hôtel social en hôtel social, se « nour­rit » aux Restaurants du cœur, et vit dans l’angoisse perpétu­elle de savoir si ses enfants vont pou­voir manger demain et où ils vont dormir, qu’elle devrait plutôt réfléchir… à la dis­pa­ri­tion de la « cen­tra­lité du tra­vail ».

« Ainsi le tra­vail pour­rait trou­ver une autre place : une acti­vité sociale parmi d’autres. (…) Donc le thème de la libé­ration par le tra­vail nous semble pour le moins obsolète et en tous cas n’a pas fait avan­cer la pensée révo­luti­onn­aire ; bien au contraire, la bour­geoi­sie sera tou­jours en posi­tion domi­nante sur ce regis­tre, puis­que c’est un de ses piliers idéo­lo­giques. »

Ces propos ultragé­néraux n’ont aucun lien avec le thème de la réunion des minis­tres de l’Intérieur et de la Justice à Vichy. S’il vou­lait seu­le­ment noir­cir du papier, le CSDASP aurait tout aussi bien pu évoquer le trou dans la couche d’ozone ou les méfaits de l’énergie nuclé­aire.

Après nous avoir expli­qué MENSONGEREMENT que Sarkozy aurait repris tex­tuel­le­ment une phrase figu­rant sur le fron­ton du CAMP d’EXTERMINATION d’Auschwitz, argu­ment répété deux fois comme un argu­ment massue, le CSDASP reconnaît fina­le­ment qu’une phrase évoquant vague­ment la libé­ration par le tra­vail (ET NON PRECISEMENT LA DEVISE d’Auschwitz) est une vieille idée, qu’elle est « obsolète » et qu’elle « n’a pas fait avan­cer la pensée révo­luti­onn­aire ».

Le CSDASP reconnaît ainsi avoir procédé à un amal­game ridi­cule (Auschwitz/Sarkozy pour ne pas parler de l’autre amal­game absurde Hitler/Dati) et de plus infondé car l’idée vague de la libé­ration par le tra­vail a une plu­ra­lité de sens, comme il finit par le cons­ta­ter lui-même.

On remar­quera inci­dem­ment le tour de passe-passe lin­guis­ti­que qui consiste à déc­larer que, dans une autre société, le tra­vail sera une « acti­vité sociale » parmi d’autres…. C’est donc qu’il ne dis­pa­raîtra pas, il chan­gera seu­le­ment de nom. Tous ces grands dis­cours radi­caux n’abou­tis­sent qu’à un chan­ge­ment d’appel­la­tion contrôlée… La mon­ta­gne accou­che d’une souris.

Tout est dans tout et récip­roq­uement, nous dit le CSDASP après Pierre Dac.

Enfoncer des portes ouver­tes (il faut fermer et détr­uire les camps de rét­ention) ne permet pas d’avan­cer d’un poil dans la réflexion sur la signi­fi­ca­tion et la portée du sommet de Vichy en novem­bre 2008, ni sur la nature exacte du gou­ver­ne­ment Sarkozy. (À ce propos je ne peux que conseiller la lec­ture du débat paru dans Ni patrie ni fron­tières n° 21-22 http://www.mon­dia­lisme.org/spip.php....)

Ce qui a motivé mon billet d’humeur ce n’est pas la dén­onc­iation jus­ti­fiée des camps de rét­ention par le CSDASP, mais le rap­pro­che­ment MENSONGER établi entre camps de rét­ention actuels, « chasse aux enfants » actuelle et Auschwitz CAMP d’EXTERMINATION pen­dant la Seconde Guerre mon­diale et dép­or­tation/ exter­mi­na­tion des Juifs, enfants ou adul­tes.

C’est aussi le refus délibéré du CSDASP de s’atta­cher au contenu précis de la poli­ti­que actuelle des ministères EUROPEENS de l’Intérieur et de la Justice pour se réfugier com­modément dans une polé­mique franco-franç­aise : qui sera, en novem­bre 2008, le plus anti­fas­ciste ou méri­tera la médaille du meilleur « rés­istant » ? À ce jeu, Sarkozy, diri­geant du prin­ci­pal parti se réc­lamant du gaul­lisme et de la Résistance sera tou­jours plus cré­dible dans la mani­pu­la­tion de la mém­oire natio­nale et natio­na­liste…

De plus, tenter de faire peur aux gens et leur faire croire que l’arrivée du fas­cisme ou d’une dic­ta­ture mili­taire serait faci­litée par les mesu­res « sécu­rit­aires » (encore un mot vague, au sens élas­tique) ou « auto­ri­tai­res » (idem) du gou­ver­ne­ment actuel n’est pas cré­dible une seconde. Ou alors il aurait fallu une démo­nst­ration plus étayée.

Enfin, rien dans la société capi­ta­liste, des hôpitaux aux écoles en pas­sant par les che­mins de fer, les aéroports, les gares ou les trans­ports en commun n’est magi­que­ment protégé contre une éventu­elle reconver­sion en outils d’une dic­ta­ture voire en ins­tru­ments d’exter­mi­na­tion d’une partie de la popu­la­tion au cours d’une guerre civile.

Et si cette guerre civile devait arri­ver ce ne sont pas les dis­cours creux et le fait d’agiter des sym­bo­les qui arrê­teraient une telle évo­lution vers la bar­ba­rie. Mais des armes… pas du tout « sym­bo­li­ques ».

Y.C.

20/9/2008

1. À ce propos une anec­dote amu­sante : lors d’une per­ma­nence RESF, un sans-papiers afri­cain, très au cou­rant de la situa­tion poli­ti­que franç­aise et des moin­dres détails et rela­tions éco­no­miques de la vie du nou­veau pré­sident de la République, m’a réc­emment expli­qué que Sarkozy allait deve­nir roi ou empe­reur lors de son deuxième mandat, être ensuite rem­placé par « son fils Jean », puis par le « fils de Cécilia », etc. Et qu’on aurait des rois de la lignée sar­ko­zienne jusqu’à la fin du XXIe siècle. Il m’assura avoir vu tout cela en rêve. Un tel délire cau­che­mar­des­que n’est rendu pos­si­ble que par la pro­pa­gande apo­ca­lyp­ti­que, déma­go­gique et inepte de la gauche contre Sarkozy, ren­forcée par l’ego sur­di­men­sionné du per­son­nage et l’inces­sante pro­pa­gande méd­ia­tique à son sujet, qu’elle soit posi­tive ou néga­tive, qui finit par faire de ce bouf­fon insi­gni­fiant un Ogre ter­ri­fiant. Il suffit de cons­ta­ter autour de soi com­bien de gens ont litté­ra­lement peur du gou­ver­ne­ment Sarkozy. Cette peur ne peut qu’être ren­forcée par des rap­pro­che­ments inconsidérés avec le régime vichyste, Auschwitz, les lois nazies, la Milice, etc.

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