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Souscription pour un recueil de textes de Loren Goldner

lundi 1er septembre 2008, par Yves

Préface

Loren Goldner n’est pas un marxiste « académique », et ce dans les deux sens du terme. Il ne détient pas une chaire dans une université anglo-saxonne, et ne perd pas non plus son temps et son énergie à participer ces interminables querelles marxologiques que chérissent tant les intellectuels de gauche, toujours en quête de respectabilité universitaire ou d’une aura de « maître à penser » (d’Althusser à Bourdieu en passant par Badiou, Amin, Hobsbawm et Negri, ce ne sont pas les exemples – le plus souvent stalinophiles – qui manquent).

Loren Goldner essaie d’appliquer sa vision très personnelle du marxisme aux réalités des luttes de classes contemporaines. En dehors de ses lectures abondantes et variées en différentes langues, il profite de ses voyages ou de ses longs séjours dans d’autres pays pour rencontrer d’autres militants et tenter de saisir l’essentiel de leur combat contre le Capital.

En lisant les deux volumes de traductions qui présentent une bonne partie de ses écrits depuis vingt ans, le lecteur saisira tout de suite que l’auteur n’est pas un marxiste dont l’horizon se borne aux frontières intellectuelles ou matérielles de son pays d’origine, les Etats-Unis. Il tente de nous présenter une vision du monde, en partant d’emblée d’un point de vue international et même anational.

On peut – je dirais même on doit – ne pas être toujours d’accord avec Loren Goldner, mais il faut lui reconnaître trois qualités essentielles.
La première : il cherche toujours à débusquer les marxistes étatistes, à démonter leurs raisonnements et leur démagogie pseudo-radicale. Qu’il s’agisse des dirigeants guérilleros de l’ancien tiers-monde ou des présidents populistes du Sud actuel, des « nouveaux philosophes » ou des baudruches postmodernes, des théoriciens de la « déconstruction », il critique tous ceux qui manipulent les concepts marxistes pour les mettre au service d’un pouvoir, quel qu’il soit. « Le « meilleur de la social-démocratie allemande et du bolchevisme russe, écrit-il, est inextricablement imbriqué dans une pensée et un culte de l’État. Une perspective révolutionnaire renaissante ne peut plus y voir de lointains ancêtres, mais une impasse où le marxisme s’est perdu en discours étatistes qui lui étaient étrangers. »

Sa critique de l’étatisme de la gauche et de l’extrême gauche est une constante, qui le différencie de bien des « marxistes » et de bien des « penseurs » dits « révolutionnaires » ou altermondialistes.
Deuxième qualité, l’auteur prend fait et cause pour les luttes des travailleurs, ici et maintenant, tout en gardant une conscience antibureaucratique sans concessions.

À l’heure où tant de sociologues, d’historiens ou d’économistes « de gauche », n’arrivent même plus à prononcer des mots comme « classe ouvrière », « prolétariat » ou « lutte des classes », et où, quand ils en font timidement mention c’est pour tresser des lauriers aux ministres et aux notables de gauche et aux bureaucraties syndicales ou partidaires, il fait bon lire les écrits d’un intellectuel qui ne se prépare pas à vendre ses talents au prochain gouvernement « de gauche », « populaire », « anticapitaliste », « anti-impérialiste », etc. Ce n’est pas un sociologue dont les travaux serviront à mieux contrôler l’immigration, les SDF ou les chômeurs ; ni un intello qui vante les vertus de la « police de proximité » dans ses livres tout en étant interviewé dans la presse d’extrême gauche et libertaire, ou qui enseigne dans une école… d’officiers de police ; ni un géopoliticien qui transmet son expérience de différentes guérillas… aux cadres de l’armée, ni un économiste qui vend son cerveau à une institution internationale (FMI, OCDE, ONU, Banque mondiale, etc.) pour que celle-ci puisse mieux défendre les intérêts des Etats-nations ou des multinationales.
Troisième qualité, Loren Goldner s’intéresse aux transformations économiques du monde capitaliste, dont il essaie de nous présenter les grandes lignes de façon simple (enfin, quand c’est possible…) et compréhensible. On peut être en désaccord avec son idée d’un retour au vrai Marx des origines (pourquoi les révolutionnaires devraient-ils penser le monde aujourd’hui, dans toute sa complexité, principalement à partir des écrits fondateurs d’un penseur du XIXe siècle, aussi génial et brillant soit-il ?), mais on doit reconnaître une certaine force à son plaidoyer pour un usage renouvelé des catégories et concepts marxistes.

Dans ce premier recueil d’articles, à part un texte central de plus de cent pages qui pourrait donc constituer un livre à lui tout seul, le lecteur découvrira des textes abordant des sujets très divers : en dehors de trois critiques de livres, huit articles concernent des questions dites « économiques » et présentent la vision particulière de l’auteur concernant l’évolution du capitalisme et le soubassement de la crise économique mondiale actuelle ; ce premier tome contient aussi des textes sur les luttes ouvrières aux Etats-Unis, en Corée, et en Espagne ; Loren Goldner évoque également les origines du racisme aux Etats-Unis et de l’antisémitisme en Europe ; il se livre à une critique radicale du multiculturalisme et présente l’apport d’un auteur marxiste peu connu : Amadeo Bordiga à propos de la révolution russe et de la question paysanne.

Le second recueil d’articles abordera des questions aussi variées que la situation sociale en Argentine, en Inde, en Chine, au Mexique et en Pologne ; l’héritage des Lumières ; l’articulation des questions de race et de classe aux Etats-Unis ; l’altermondialisme ; la désindustrialisation et l’absence d’un Parti ouvrier en Amérique, etc.

Y.C.

Souscription pour un recueil de textes de Loren Goldner

La revue « Ni patrie ni frontières » publiera deux recueils des textes de Loren Goldner en octobre 2008 et décembre 2008. Ceux et celles qui sont intéressés par ces 2 livres peuvent, s’ils le souhaitent, participer à la souscription que nous lançons à cet effet. Les 2 ouvrages compteront en tout 600 pages et coûteront 18 euros, frais de port inclus. Si cela vous intéresse, vous pouvez envoyer un chèque de 18 euros à l’ordre d’Yves Coleman (le chèque n’étant encaissé qu’à la parution du premier livre en octobre 2008) 10 rue Jean-Dolent 75014 Paris. Ou nous contacter par email à yvescoleman@wanadoo.fr

Tome I
– La classe ouvrière coréenne : de la grève de masse à la précarisation et au reflux
– Le capital fictif pour les débutants : impérialisme, « anti-impérialisme » et pertinence actuelle de Rosa Luxembourg
– La crise du dollar et nous
– Notes sur une nouvelle défaite des travailleurs américains
– Je n’ai pas vu le même film : compte rendu du livre de Max Elbaum Revolution in the Air
– Une pause dans la crise ou l’amorce d’un nouveau boom économique ?
– Un "warfare state" keynésien vide de substance : L’évolution de la démocratie américaine d’hier à aujourd’hui
– L’Allemagne 1938, Etats-Unis 2003 : parallèles historiques ?
– Sur le capital fictif
– La révolte américaine contre la "globalisation" ?
– Crise de la liquidité internationale et lutte des classes : Première approximation
– La classe ouvrière américaine : restructuration du capital global, recomposition du terrain de classe
– Lutte de Classes en Basse Andalousie, 1995-1996
– Le communisme est la communauté matérielle humaine : Amadeo Bordiga et notre temps
– Le concept de race et le siècle des Lumières : De l’antisémitisme à la suprématie des Blancs 1492-1676
– Multiculturalisme ou culture mondiale ? Sur une réponse de "gauche" au déclin social actuel (1993)
– La fusion afro-indiano-anabaptiste : Les sources du radicalisme américaine
– Compte rendu du livre de Franklin Rosemont. Joe Hill. The IWW & the Making of a Revolutionary Working class Counterculture

Tome II

– Renaissance et rationalité, le statut des Lumières aujourd’hui
– Le primitif américain en rouge, noir et blanc : race et classe aux Etats-Unis
– Race et Lumières. Les Lumières françaises et ce qui s’ensuivit
– Les nazis et la déconstruction : Comment Jean-Pierre Faye démolit Derrida
– La reproduction sociale pour les débutants : le retour du réel
– Sur l’altermondialisme et le livre de Patrick Bond Linking below, across and against
– Introduction à la tendance Johnson-Forest Tendency et à Facing Reality
– Facing Reality 45 ans après : dialogue critique avec James, Lee et Chaulieu
– Sur l’absence d’un parti ouvrier aux Etats-Unis
– Un national bolchevik américain
– Des « termites » révolutionnaires à Faridabad
– Continuité and discontinuité du déclin de l’accumulation mondiale
– L’Argentine et le « virage à gauche » latino-américain
– Capital fictif et transition pour sortir du capitalisme
– La Chine face à la dynamique de l’accumulation mondiale
– Déconstruction et désindustrialisation
– Le marxisme et la critique de l’idéologie scientifique
– Post-modernisme et FMI : le cas de la Pologne