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La classe ouvrière coréenne : de la grève de masse à la précarisation et au reflux, 1987-2007

publié par Yves, le samedi 19 janvier 2008

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Loren Goldner

Résumé

Conformément au modèle que l’on a pu obser­ver en Espagne et au Portugal (1974-76), mais aussi au Brésil (1978-83) à partir du milieu des années 70, la classe ouvrière sud-coré­enne a détruit, grâce à des grèves de masse remar­qua­bles au cours des années 1987-1990, les bases d’une dic­ta­ture mili­taire qui sév­issait depuis des déc­ennies. Pendant une brève pér­iode (1990-1994), les grèves ont abouti à la création de syn­di­cats démoc­ra­tiques radi­caux et donc à des aug­men­ta­tions de salai­res élevées et géné­rales. Mais, comme dans les autres cas cités ci-dessus, la classe ouvrière a été reléguée au rôle de bélier faci­li­tant un chan­ge­ment poli­ti­que « démoc­ra­tique » qui a rapi­de­ment chanté l’hymne de la mon­dia­li­sa­tion et du néoli­bér­alisme en faveur de l’éco­nomie de marché. En fait, avant la vague de grèves mais sur­tout après, le capi­tal sud-coréen inves­tis­sait déjà à l’étr­anger et cher­chait à impo­ser une poli­ti­que d’austérité néoli­bérale à l’intérieur du pays. En 1997-98, la crise finan­cière asia­ti­que força la Corée du Sud à passer sous la tutelle du FMI, ce qui accé­léra considé­rab­lement la pré­ca­ri­sation de la classe ouvrière coré­enne, pré­ca­ri­sation qui avait été la prin­ci­pale riposte capi­ta­liste aux avancées de la fin des années 80. Aujourd’hui, au moins 60% de la main-d’œuvre vivent dans la pré­carité la plus bru­tale. Soumis aux licen­cie­ments ins­tan­tanés, les tra­vailleurs préc­aires tou­chent des salai­res et des avan­ta­ges sociaux qui sont au moins inférieurs de moitié au statut des 10% cons­ti­tués par les tra­vailleurs fixes. Les ves­ti­ges bureau­cra­ti­ques des syn­di­cats démoc­ra­tiques radi­caux du début des années 90 ne sont plus aujourd’hui que des orga­ni­sa­tions cor­po­ra­tis­tes représ­entant cette élite de la classe ouvrière, et autant de luttes ont éclaté entre les tra­vailleurs fixes et les tra­vailleurs pré­carisés qu’entre l’ensem­ble des ouvriers et le capi­tal lui-même.

I - Le contexte his­to­ri­que

À partir de juin 1987 et de manière signi­fi­ca­tive jusqu’en 1990, la vague de grèves que l’on appelle en coréen « Nodongja Taettujaeng », la Grande Lutte des Travailleurs, représ­ente un des prin­ci­paux épi­sodes de la lutte de classe durant les années 80, de même que Solidarnosc en Pologne (1980-81), les conseils ouvriers (shura) ira­niens (1979-1981) et la vague bré­sili­enne de grèves de 1978-1983. La vague de grèves a ébranlé les bases d’une dic­ta­ture qui avait régné façon pres­que inter­rom­pue après la fin de la guerre de Corée. Ces grèves ont permis que des sec­teurs impor­tants de la classe ouvrière coré­enne béné­ficient d’aug­men­ta­tions de salaire signi­fi­ca­ti­ves, et qu’appa­rais­sent, durant une brève pér­iode (1990-1994), des syn­di­cats démoc­ra­tiques radi­caux qui formèrent le Congrès natio­nal des syn­di­cats (ChoNoHyop), regrou­pe­ment qui déf­endait une poli­ti­que anti­ca­pi­ta­liste, au moins ver­ba­le­ment.

Dès que cette vague de grèves eut triom­phé, ses gains com­mencèrent à être séri­eu­sement atta­qués. Le ChoNoHyop fut détruit par la répr­ession gou­ver­ne­men­tale qui frappa ses meilleurs mili­tants. D’autre part, le gou­ver­ne­ment incita les mili­tants plus conser­va­teurs à former la Confédération coré­enne des syn­di­cats (Minju Nochong ou KCTU) qui fut crée en 1995 ; en déc­embre 1996, le gou­ver­ne­ment essaya d’impo­ser par la force une loi de pré­ca­ri­sation du tra­vail à laquelle la KCTU s’opposa à contrecœur durant la grève de jan­vier 1997. En automne 1997, la crise finan­cière asia­ti­que obli­gea la Corée du Sud à passer sous la tutelle du FMI en éch­ange d’un ren­floue­ment de 57 mil­liards de dol­lars, et le FMI exigea expli­ci­te­ment la pré­ca­ri­sation de la force de tra­vail et des licen­cie­ments de masse pour appli­quer son pro­gramme de restruc­tu­ra­tions. En déc­embre 1997, Kim Dae Jong, diri­geant de l’oppo­si­tion démoc­ra­tique depuis des déc­ennies, fut élu pré­sident de la République ; en février 1998, il amena la KCTU à signer un « accord his­to­ri­que » et à accep­ter des cen­tai­nes de mil­liers de licen­cie­ments et des plans sociaux avec réd­uctions d’effec­tifs en accord avec les deman­des du FMI, le tout en éch­ange de la léga­li­sation défi­ni­tive du syn­di­cat.

Pour la gale­rie, le gou­ver­ne­ment de Kim Dae Jong créa éga­lement en 1998 une Commission tri­par­tite entre l’Etat, le Capital et le Travail, sur des posi­tions cor­po­ra­tis­tes. Et cette ins­ti­tu­tion sans signi­fi­ca­tion n’a bien sûr agi qu’au ser­vice de l’Etat et du Capital.

Malgré ce sombre tableau et une série de reculs pres­que systé­ma­tiques, les capi­ta­lis­tes et l’Etat ont dû com­bat­tre la classe ouvrière coré­enne, sec­teur après sec­teur, au cours de lon­gues grèves aux rés­ultats amers, et les évé­nements récents prou­vent que la com­ba­ti­vité des tra­vailleurs est loin d’avoir été éliminée.

Aujourd’hui, vingt ans après la Grande Lutte des Travailleurs de 1987, les prolét­aires coréens subis­sent l’un des pro­gram­mes de pré­ca­ri­sation les plus réussis du monde capi­ta­liste, en tout cas cer­tai­ne­ment parmi les pays indus­triels avancés. Approximativement 10% de la main-d’œuvre coré­enne sont orga­nisés dans les syn­di­cats de la KCTU, dis­po­sant d’un tra­vail et d’un salaire fixes, tandis que 60% sont pré­carisés, exter­na­lisés et vic­ti­mes de « plans sociaux » à répé­tition. À la Hyundai Motor Company, par exem­ple, l’un des bas­tions du mili­tan­tisme indus­triel des années 1987-90, tra­vailleurs fixes et tra­vailleurs préc­aires bos­sent côte à côte, effec­tuant exac­te­ment les mêmes tâches, alors que les seconds gagnent moitié moins que les pre­miers qui tou­chent entre 50 000 et 60 000 dol­lars par an, sans comp­ter les primes et les heures sup­plém­ent­aires. Les tra­vailleurs préc­aires haïssent géné­ra­lement la KCTU, car ils la considèrent comme le porte-parole cor­po­ra­tiste des sala­riés fixes les mieux payés. Les tra­vailleurs fixes ont même agressé phy­si­que­ment des tra­vailleurs préc­aires lors­que ces der­niers ont lancé des grèves sau­va­ges (comme cela s’est pro­duit à l’usine de la Kia Motor Company en août 2007). Lors des élections pré­sid­enti­elles de déc­embre 2007, un grand nombre d’ouvriers ont voté pour le can­di­dat de la droite dure, Lee Myoung Back, diri­geant du Hanaratang (Parti d’une seule nation), ex-PDG de Hyundai et maire de Séoul, dans le vain espoir d’un retour à l’expan­sion éco­no­mique des années 70 et 80.

Cet arti­cle tente d’expli­quer com­ment la classe ouvrière coré­enne est passée d’une lutte offen­sive et vic­to­rieuse à la pré­ca­ri­sation et aux reculs, en l’espace de seu­le­ment deux déc­ennies.

II - La démoc­ratie sert à impo­ser l’austérité.

De la lutte de classe

dans un régime auto­ri­taire de dével­op­pement

Il faut situer l’expéri­ence de la classe ouvrière coré­enne dans le cycle plus large des tran­si­tions de la dic­ta­ture à la démoc­ratie (bour­geoise), qui a com­mencé en Espagne et au Portugal (1974-1976), et a conti­nué dans des pays tels que la Pologne et le Brésil. Nous pou­vons éga­lement noter que, après les « tran­si­tions » de la Péninsule ibé­rique, les explo­sions sui­van­tes ont eu lieu pen­dant une pér­iode de régr­ession et de reflux pour les clas­ses ouvrières amé­ric­aine et nord-europé­ennes.

En effet, elles se sont déroulées dans le contexte de la crise éco­no­mique mon­diale sur­ve­nue après la fin du boom qui a suivi la Seconde Guerre mon­diale. Dans la Péninsule ibé­rique, en Pologne et au Brésil, comme en Corée du Sud, l’inter­ven­tion de la classe ouvrière dans la vie poli­ti­que et sociale a été précédée par une pér­iode pro­longée « de crois­sance éco­no­mique » inten­sive (de qua­lité for­te­ment varia­ble) et la répr­ession vio­lente de l’acti­vité indép­end­ante de la classe ouvrière.

À chaque fois, les luttes des tra­vailleurs ont joué un rôle cen­tral dans la bataille plus large de « l’oppo­si­tion démoc­ra­tique » contre la dic­ta­ture, et à chaque fois, « l’oppo­si­tion démoc­ra­tique » a pris le pou­voir et a mis en appli­ca­tion (tou­jours en col­la­bo­ra­tion étr­oite avec le capi­tal inter­na­tio­nal) des pro­gram­mes très stricts d’austérité qui ont frag­menté le mou­ve­ment ouvrier. On pour­rait en conclure que la « démoc­ratie sert à impo­ser l’austérité » - et telle est, en effet, ma conclu­sion.

Le cas coréen, natu­rel­le­ment, com­porte beau­coup de par­ti­cu­la­rités qui ne doi­vent pas être dilués ou dis­si­mulées par une com­pa­rai­son géné­rale.

La Corée était, en 1960, considérée comme un « cas sans espoir » sur le plan éco­no­mique, aussi pauvre - en ce qui concerne la consom­ma­tion par tête - que l’Inde ou la Tanzanie. En 1996, elle fut accueillie en fan­fare dans l’OCDE comme une « éco­nomie avancée » et tomba sous le contrôle du FMI à peine un an plus tard.

Néanmoins, la Corée, l’un des quatre « tigres » asia­ti­ques aux côtés de Taïwan, Hong Kong et Singapour, appa­rut entre 1960 et 1997 comme l’une des rares réuss­istes parmi les cen­tai­nes d’échecs et de retours en arrière que connu­rent les pays du tiers monde qui béné­ficiaient de l’ « aide » occi­den­tale et de la tutelle de la Banque mon­diale et du FMI.

Qu’est-ce qui a rendu donc la Corée si différ­ente ?

Tout d’abord son statut spécial (comme les autres « tigres » d’Asie) : avant-poste et vitrine pour l’impér­ial­isme amé­ricain, son succès éco­no­mique four­nis­sait un contre­poids impor­tant pour la pro­pa­gande des Etats-Unis face aux (soi-disant) régimes socia­lis­tes voi­sins, à savoir la Corée du Nord, la Chine et l’Union sovié­tique. Des dizai­nes de mil­liers de sol­dats amé­ricains sta­tion­naient dans le pays depuis la fin de la guerre de Corée et les Etats-Unis y ont toléré une poli­ti­que état­iste de dével­op­pement à laquelle ils s’oppo­saient habi­tuel­le­ment dans le reste du tiers monde, allant jusqu’à ren­ver­ser les gou­ver­ne­ments qui vou­laient appli­quer ce type de mesu­res.

En second lieu, la Corée du Sud, comme Taiwan, différait de pres­que tous les autres pays du tiers monde parce que la réf­orme agraire y avait défi­ni­ti­vement éliminé l’aris­to­cra­tie pré­ca­pi­tal­iste « yang­ban » entre 1945 et 1950. (Cette réf­orme avait eu lieu sous la pres­sion intense de la réf­orme agraire menée dans le Nord et qui s’était étendue au Sud quand les armées de Kim il-sung avaient briè­vement occupé pres­que toute la pén­in­sule durant les pre­miers mois de la guerre.)

Troisièmement, la Corée du Sud, pauvre en res­sour­ces natu­rel­les et ruinée lors des hos­ti­lités de 1950-1953, était le pays par excel­lence « du capi­tal humain ». Elle a tou­jours accordé une impor­tance énorme, quasi mania­que, à l’édu­cation. Même en 1960, il n’y avait que 10 % d’ille­trisme chez les adul­tes, pour­cen­tage excep­tion­nel dans les pays équi­valents du tiers monde, à l’époque.

La fron­tière qui divi­sait le pays en deux fut fixée le long du trente-hui­tième parallèle, en 1945, par les armées d’occu­pa­tion amé­ric­aines et et sovié­tiques. La déf­aite du Japon pen­dant la Seconde Guerre mon­diale mit fin à 35 années de domi­na­tion colo­niale japo­naise. Cette domi­na­tion représ­enta un moment impor­tant de l’his­toire coré­enne car elle créa les bases d’une éco­nomie capi­ta­liste moderne (le bilan exact de cette pér­iode est encore l’objet de contro­ver­ses).

Quand les occu­pants japo­nais s’enfui­rent en août 1945, un à deux mil­lions d’ouvriers créèrent des conseils ouvriers (Cheonpyong, ou Conseil des ouvriers natio­naux à Choson) dans les usines aban­données de la zone occupée par l’armée amé­ric­aine. Ils n’étaient pas spéc­ia­lement motivés par l’auto­ges­tion (la gauche coré­enne était alors dominée tota­le­ment par le sta­li­nisme), mais ils avaient besoin de pro­duire de quoi satis­faire leurs besoins élém­ent­aires quo­ti­diens. Les auto­rités amé­ric­aines d’occu­pa­tion mirent fin à ce système de conseils ouvriers en déc­embre 1945.

Comme dans les pays européens occupés par l’Allemagne nazie et dont les bou­geoi­sies avaient col­la­boré, l’aris­to­cra­tie pré­ca­pi­tal­iste yang­ban et la petite classe capi­ta­liste étaient poli­ti­que­ment et socia­le­ment dis­créditées. À partir de ces forces hétérogènes, la puis­sance occu­pante (les Etats-Unis) dut ins­tal­ler un gou­ver­ne­ment viable capa­ble de liqui­der le soulè­vement des ouvriers et des pay­sans, dont beau­coup étaient for­te­ment favo­ra­bles à Kim il-Sung et à ses forces de guér­illa, et géné­ra­lement favo­ra­bles à un chan­ge­ment radi­cal. Les Etats-Unis choi­si­rent Rhee Syngman comme chef du gou­ver­ne­ment. Ils super­visèrent (et par­ti­cipèrent à) l’écra­sement impi­toya­ble de la gauche dans la zone mérid­io­nale durant les cinq années de guerre de par­ti­sans et de mas­sa­cres qui précédèrent le début la guerre avec la Corée du Nord en juin 1950. En 1950, tous les mili­tants de gauche du Sud soit avaient été phy­si­que­ment éliminés soit avaient fui au Nord (où bon nombre d’entre eux furent éga­lement liquidés). Dans le Sud, la conti­nuité avec la gauche coré­enne d’avant 1945 fut tota­le­ment brisée, fac­teur qui joua un rôle non nég­lig­eable lors­que le réveil poli­ti­que de la gauche et du mou­ve­ment social eut lieu dans les années 70.

Solidement épaulé par le sou­tien mili­taire et l’aide des Etats-Unis, Rhee Syngman diri­gea un pays à l’éco­nomie faible et sta­gnante jusqu’en 1960. Il fut fina­le­ment ren­versé par des émeutes menées par les étudiants en 1960, et la Corée du Sud connut une brève ouver­ture démoc­ra­tique, close par le coup d’Etat de Park chung-hee en 1961, qui ouvrit une nou­velle ère.

Park chung-hee n’était pas, du moins pas seu­le­ment, le dic­ta­teur typi­que, la mario­nette mina­ble sou­te­nue par les Américains, après la fin de la Seconde Guerre mon­diale. On prétend qu’il aurait adhéré au Parti com­mu­niste dès 1943 (à ma connais­sance aucune preuve défi­ni­tive n’en a jusqu’ici été four­nie), et qu’en 1948 il aurait été arrêté car il appar­te­nait à un groupe de dis­cus­sion du PC regrou­pant de jeunes offi­ciers. Quand il prit le pou­voir en 1961, les Etats-Unis hésitèrent à reconnaître son gou­ver­ne­ment, et, pen­dant son règne auto­ri­taire (1961-1979), les Américains se méfièrent plu­sieurs fois de ses ten­dan­ces natio­na­lis­tes (par exem­ple de son pro­gramme nuclé­aire mili­taire indép­endant et de ses flirts diplo­ma­ti­ques préc­aires avec la Corée du Nord.

De plus, Park chung-hee avait été formé dans une académie mili­taire japo­naise pen­dant la Seconde Guerre mon­diale. Il admi­rait tant le modèle nippon de dével­op­pement éco­no­mique qu’il essaya rapi­de­ment de l’imiter en Corée du Sud, avec un cer­tain succès. Puisque le modèle japo­nais avait lui-même été copié du modèle prus­sien à la fin du XIXe siècle, la Corée du Sud acquit un cer­tain vernis « alle­mand ». Ce vernis est géné­ra­lement dis­si­mulé par l’héri­tage nippon, lui-même sou­vent caché et objet de polé­miques. La Constitution coré­enne, par exem­ple, fut rédigée par un juriste coréen qui avait étudié le droit en Allemagne dans les années 50, et s’était enti­ché des théories de Carl Schmitt ; raison pour laquelle l’ « état d’urgence » était l’une des pier­res angu­lai­res de l’idéo­logie de Park chung-hee. Ahn Ho Sang, per­son­nage ouver­te­ment pro-nazi dans les années 30 et qui avait étudié en Allemagne sous Hitler, rédigea les manuels sco­lai­res d’his­toire pour le secondaire en y intro­dui­sant, après-guerre, le genre de mythes hyper-natio­na­lis­tes que chér­issait le popu­lisme roman­ti­que alle­mand.

Plus fon­da­men­ta­le­ment, Park chung-hee s’atta­qua aux capi­ta­lis­tes para­si­tes du régime Rhee soit en les éli­minant, soit en les forçant à se lancer dans des inves­tis­se­ments pro­duc­tifs. Il lança la poli­ti­que du « nou­veau vil­lage » (Se Maul) dans les cam­pa­gnes, conçue pour capi­ta­li­ser entiè­rement l’agri­culture et pour forcer une partie impor­tante de la popu­la­tion rurale à émigrer vers les villes et à cher­cher du tra­vail en usine. Grâce à la Fédération des syn­di­cats coréens (FKTU), très anti­com­mu­niste et mar­quée par la guerre froide, le régime exerça un contrôle dra­co­nien sur la classe ouvrière. Les prolét­aires tra­vaillaient fréqu­emment 7 jours sur 7, par équipes de 12 heures, et le régime n’hésitait pas, si néc­ess­aire, à uti­li­ser la ter­reur poli­cière et la tor­ture. Pendant l’ère de Park chung-hee, les célèbres chae­bol (conglomérats) s’imposèrent, l’Etat contrôlant le crédit et choi­sis­sant les indus­tries qui devaient être de véri­tables « cham­pion­nes natio­na­les », pra­ti­que qui fut plus tard dénoncée comme un « capi­ta­lisme de copi­nage » quand l’éco­nomie coré­enne com­mença à avoir des ratés pen­dant les années 90.

La Corée, comme les autres « tigres » asia­ti­ques et à la différ­ence de la plu­part des pays du tiers monde à la même époque, se dével­oppa grâce à une stratégie orientée vers l’expor­ta­tion. Elle se fraya un chemin vers le sommet de la « chaîne de pro­duc­tion » inter­na­tio­nale, com­mençant par le tex­tile et d’autres indus­tries légères de consom­ma­tion, puis pas­sant à la fabri­ca­tion (auto­mo­bile, cons­truc­tion navale) et ter­mi­nant par la haute tech­no­lo­gie, en s’empa­rant de parts impor­tan­tes du marché mon­dial pour les com­po­sants d’ordi­na­teur durant les années 90.

Le succès éco­no­mique des années Park chung-hee ne peut évid­emment pas être séparé de ses mét­hodes auto­ri­tai­res ou de la conjonc­ture inter­na­tio­nale de l’époque (deux réalités lar­ge­ment ignorées aujourd’hui dans les dis­cus­sions au sujet des pro­blèmes éco­no­miques crois­sants en Corée du Sud ; la vic­toire, en déc­embre 2007, de la droite dure aux élections pré­sid­enti­elles a donné une aura nos­tal­gi­que, teintée de rose, à la dic­ta­ture de Park chung-hee). Non seu­le­ment l’éco­nomie sud-coré­enne a tiré profit de sa place pri­vi­li­giée dans la stratégie géo­po­li­tique amé­ric­aine durant la guerre froide, mais elle che­vau­cha éga­lement la vague crois­sante d’inves­tis­se­ments indus­triels qui, dém­arrant vers 1965, com­mença à recher­cher des déb­ouchés en dehors de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Les reve­nus des Coréens à l’étr­anger jouèrent éga­lement un rôle signi­fi­ca­tif, car les sol­dats sud-coréens rapa­trièrent des mil­lions de dol­lars durant la guerre du Vietnam et des dizai­nes de mil­liers d’ouvriers sud-coréens allèrent au Moyen-Orient tra­vailler sur des chan­tiers de cons­truc­tion, au cours du boom pét­rolier qui eut lieu après 1973.

Etant donné la cen­tra­lité de l’indus­trie légère pen­dant la pér­iode de « déc­ol­lage » des années 60, ce n’est donc pas par hasard que la renais­sance du mou­ve­ment ouvrier sud-coréen se pro­dui­sit dans l’indus­trie tex­tile, ni qu’elle se dér­oula parmi les tra­vailleu­ses, puis­que la main-d’œuvre était majo­ri­tai­re­ment com­posée de jeunes femmes.

Le 13 novem­bre 1970 marque la nais­sance sym­bo­li­que du mou­ve­ment ouvrier sud-coréen contem­po­rain. Ce jour-là, Jeon Tae-il, un jeune ouvrier du tex­tile, s’immola au cours d’une petite mani­fes­ta­tion dans l’une des zones indus­triel­les de Séoul qui regrou­pent des sweat­shops (entre­pri­ses où les syn­di­cats sont, de fait, inter­dits et les ouvriers surex­ploités). Jeon avait aupa­ra­vant essayé toutes les dém­arches légales pos­si­bles pour obte­nir répa­ration, mais en vain.

Le mou­ve­ment des années 70 fut caractérisé par un nombre crois­sant de grèves menées, dans les condi­tions les plus dif­fi­ci­les, par des ouvrières du tex­tile. Les reven­di­ca­tions étaient sim­ples et clai­res ; elles concer­naient la lon­gueur inhu­maine des journées de tra­vail, les bas salai­res, l’auto­ri­ta­risme des chefs et le fait que les femmes étaient obligées de vivre dans des dor­toirs. Elles étaient géné­ra­lement recrutées direc­te­ment dans les cam­pa­gnes et les bidon­vil­les qui fleu­ris­saient autour de Séoul et d’autres villes. Les grèves furent pres­que tou­jours bru­ta­le­ment réprimées par les gar­diens d’usines, la police, les sol­dats et des nervis recrutés dans les bas-fonds. La lutte pour la création d’un syn­di­cat démoc­ra­tique à l’usine de la société tex­tile Dongil à Inchon, entre 1972 et 1976, fut exem­plaire à cet égard.

C’est éga­lement durant les années 70 que des grou­pes reli­gieux (prin­ci­pa­le­ment chrétiens) et des étudiants radi­caux (les « hak­chul », « venant de l’uni­ver­sité ») com­mencèrent à nouer des liens avec le mou­ve­ment ouvrier. Les grou­pes reli­gieux étaient ins­pirés par la théo­logie de libé­ration catho­li­que et des doc­tri­nes socia­les pro­tes­tan­tes simi­lai­res. Les grou­pes reli­gieux et les étudiants radi­caux créèrent des écoles du soir pour les ouvriers et ouvrières du tex­tile, pour leur appren­dre à lire et écrire, leur ensei­gner des rudi­ments de secré­tariat et aussi leurs droits fon­da­men­taux en tant que sala­riés.

Les années 70 virent aussi éclore le mou­ve­ment min­jung (imprégné par la culture popu­laire), étr­oi­tement lié au mou­ve­ment reli­gieux et au mou­ve­ment hak­chul. Né dans la classe moyenne, le mou­ve­ment min­jung pénétra la culture popu­laire, qui subis­sait une érosion rapide sous l’impact de la moder­ni­sa­tion de la Corée à marche forcée. Il essaya d’uti­li­ser cette culture popu­laire afin de créer une « contre-culture de lutte ». À cette fin, il uti­lisa la musi­que et les danses du cha­ma­nisme coréen et des tra­di­tions pay­san­nes rura­les : il réussit ainsi à conso­li­der la dét­er­mi­nation col­lec­tive des tra­vailleurs pour lutter contre tous les mau­vais coups et la répr­ession. Encore aujourd’hui, les chan­sons, comme chez les IWW amé­ricains, demeu­rent une tra­di­tion impor­tante du mou­ve­ment ouvrier coréen : lors des mani­fes­ta­tions et des grèves les tra­vailleurs chan­tent des dizai­nes de chan­sons que tout le monde connaît par cœur.

Le mou­ve­ment coréen des années 70 - que ce soit le mou­ve­ment ouvrier ou les mou­ve­ments hak­chul, min­jung ou reli­gieux - ne dép­assa pas le cadre de l’idéo­logie démoc­ra­tique libé­rale et eut ten­dance à regar­der avec sym­pa­thie les Etats-Unis qu’il considérait comme une force qui orien­te­rait la dic­ta­ture coré­enne vers la démoc­ratie. Tout cela chan­gea avec le soulè­vement de Kwangju et le mas­sa­cre qui s’ensui­vit en mai 1980.

Historiquement, la Corée a tou­jours été un pays caractérisé par des fidélités rég­io­nales inten­ses, et ce phénomène a per­sisté à l’ère du capi­ta­lisme moderne. La pro­vince de Cholla, dans le sud-ouest, était tra­di­tion­nel­le­ment une région agri­cole arriérée. Park chung-hee, quant à lui , était ori­gi­naire de Gyeongsang, une pro­vince du sud-est, et sa poli­ti­que éco­no­mique favo­risa sur­tout cette région, don­nant nais­sance à des cen­tres indus­triels impor­tants (Ulsan, Pohang, et Pusan). Les habi­tants de la pro­vince de Cholla étaient méc­ontents d’être tenus à l’écart par le pou­voir.

En 1979, des mani­fes­ta­tions de masse balayèrent le pays, exi­geant l’ins­tau­ra­tion de la démoc­ratie. Les ouvriers pri­rent la tête de plu­sieurs mani­fes­ta­tions. En octo­bre 1979, Park chung-hee fut assas­siné par le chef des ser­vi­ces de ren­sei­gne­ments coréens (la KCIA), qui prét­endit que cela s’était pro­duit à l’issue d’une dis­cus­sion concer­nant la façon de conte­nir et rép­rimer les mani­fes­ta­tions en cours.

III - Le soulè­vement de Kwangju

et le tour­nant vers le « marxisme-lénin­isme »

Une brève ouver­ture démoc­ra­tique, sem­bla­ble à celle de 1960, eut lieu, mais Park chung-hee fut rem­placé par un autre dic­ta­teur mili­taire, Chun Doo Hwan. En mai 1980, l’armée tira sur une mani­fes­ta­tion à Kwangju, la plus grande ville dans la pro­vince de Cholla. Il s’ensui­vit un soulè­vement durant lequel la popu­la­tion de Kwangju prit le contrôle de la ville, déva­lisa une armu­re­rie mili­taire, et com­bat­tit pen­dant onze jours les forces de répr­ession, y com­pris une unité d’élite venue spéc­ia­lement de la zone fron­tière (DMZ) avec la Corée du Nord. Au total, on estime qu’il y eut envi­ron 2 000 morts des deux côtés (la plu­part d’entre eux évid­emment au moment de la répr­ession de la rév­olte) à Kwangju.

Kwangju fut coupée du reste du pays et la cen­sure empêcha toute infor­ma­tion de fil­trer. (Draconienne, la « loi sur la sécurité natio­nale », adoptée en 1948 et tou­jours en vigueur aujourd’hui, inter­di­sait, sous peine de graves condam­na­tions, de dis­cu­ter publi­que­ment du soulè­vement de Kwangju jusqu’au milieu des années 90.) On croit cepen­dant que le gou­ver­ne­ment des Etats-Unis (qui venait de subir le ren­ver­se­ment du Shah d’Iran en 1979 et se trou­vait au milieu de la crise des otages à Téhéran) décida qu’il ne vou­lait plus assis­ter à des mou­ve­ments radi­caux de masse contre des dic­ta­teurs amis des Etats-Unis. Il a donc peut-être été pro­fondément impli­qué dans la décision d’écraser vio­lem­ment le mou­ve­ment (hypo­thèse considé­rab­lement ren­forcée par la réc­ente publi­ca­tion de docu­ments concer­nant les rap­ports entre les deux gou­ver­ne­ments pen­dant la crise de 1980).

À partir de ce moment-là, le mou­ve­ment coréen se détacha rapi­de­ment des idéo­logies libé­rales démoc­ra­tiques et reli­gieu­ses des années 70 et prit une orien­ta­tion plus radi­cale, essen­tiel­le­ment vers une révo­lution à la sauce « marxiste-lénin­iste ».

Ce tour­nant idéo­lo­gique montre l’impor­tance de toute la pér­iode pré­céd­ente qui fut marqué par :

-  la dis­conti­nuité pra­ti­que­ment totale avec la gauche qui avait émergé après l’effon­dre­ment de l’occu­pa­tion japo­naise en 1945, gauche qui fut détr­uite par la répr­ession du gou­ver­ne­ment coréen et de l’armée amé­ric­aine entre 1945 et 1953 ;
- 
-  les déc­ennies de dic­ta­ture après la guerre de Corée qui avaient stig­ma­tisé toute cri­ti­que sociale comme étant ins­pirée par la Corée du Nord ;
- 
-  l’iso­le­ment de la Corée du Sud par rap­port aux mou­ve­ments inter­na­tio­naux et à la fer­men­ta­tion poli­ti­que des années 60 et sui­van­tes.
-  (Quand les étudiants coréens rejoi­gni­rent les grou­pes clan­des­tins d’oppo­si­tion dans les années 70 et 80, une de leurs pre­mières tâches fut sou­vent d’appren­dre le japo­nais, afin de lire tous les livres poli­ti­ques - et par­ti­cu­liè­rement marxis­tes - qui ne pou­vaient pas être édités en Corée. Par conséquent les Coréens du Sud ne connu­rent ni la longue érosion du sta­li­nisme qui dura plu­sieurs déc­ennies en Europe et aux Etats-Unis, ni l’impact de 1968 et de la Nouvelle Gauche occi­den­tale, ni la cri­ti­que radi­cale du lénin­isme, ni la redéc­ouv­erte de Hegel et des écrits de Marx durant les années 1840. Ils ignorèrent tout cela, ou alors ils en pri­rent connais­sance de façon très déformée. Au début des années 80, la police arrêta les mem­bres d’un groupe d’étude clan­des­tin qui sou­hai­taient lire en alle­mand les écrits de Lukacs et de Hegel sur l’esthé­tique ; ils furent condamnés à six mois de prison.)

C’est pour­quoi la radi­ca­li­sa­tion du mou­ve­ment coréen, après l’écra­sement de l’insur­rec­tion de Kwangju, suivit pres­que tou­jours une orien­ta­tion pro­fondément sta­li­nienne, qu’elle se dise « marxiste-lénin­iste », pro­so­vié­tique, pro­chi­noise ou pro-Corée du Nord. Trotsky était très peu connu jusqu’à la fin des années 80, et les cri­ti­ques de gauche de Trotsky encore plus ignorées.

Certains des grou­pes marxis­tes-lénin­istes qui émergèrent dans les années 80 sont à l’ori­gine des deux ten­dan­ces prin­ci­pa­les du mou­ve­ment ouvrier coréen actuel (dans la KCTU et dans le Parti tra­vailliste démoc­ra­tique coréen ou KDLP). Il s’agit :

- d’un côté, de la ten­dance « libé­ration natio­nale », favo­ra­ble à la Corée du Nord : on les appelle les « NL », ou « juche-istes », en raison de la doc­trine nord-coré­enne du « juche » ou « auto­suf­fi­sance » ;

- et, de l’autre, de la ten­dance « Démocratie du peuple » (ou PD) qui est en fait proche de la social-démoc­ratie.

Durant la pré­pa­ration de l’élection pré­sid­enti­elle de déc­embre 2007, les « Juche-istes » s’emparèrent de l’appa­reil du KDLP, et purgèrent une partie des mem­bres de « Démocratie du peuple ». (Il faut éga­lement noter que ces deux cou­rants sont implantés prin­ci­pa­le­ment dans les syn­di­cats de cols blancs, tels ceux des ban­ques, les pro­fes­seurs et d’autres fonc­tion­nai­res, tandis que la plu­part des cols bleus ne s’intér­essent à aucune de ces deux ten­dan­ces. Sous la direc­tion du cou­rant NL, le KDLP a perdu des voix dans tout le pays, puis­que, entre les élections de 2002 et celles de 2007, il est passé de 5 à 3% à l’éch­elle natio­nale, et qu’à Ulsan, le bas­tion de la classe ouvrière coré­enne, son score a chuté de 11 à 8%.)

Le natio­na­lisme est endé­mique en Corée, y com­pris dans le mou­ve­ment ouvrier. Cela est dû aux siècles de domi­na­tion étrangère (chi­noise, japo­naise, puis amé­ric­aine) qu’a subis le pays, à la divi­sion de la Corée après 1945, et à sa posi­tion géo­po­li­tique au « car­re­four » des sphères d’influence chi­noise, japo­naise, russe et amé­ric­aine.

La pén­in­sule coré­enne, ou l’hégé­monie dans cette région, a été la cible des intru­sions étrangères pen­dant des siècles, et plus réc­emment, de la guerre sino-japo­naise de 1895, russo-japo­naise de 1904- 1905, et enfin de la guerre de Corée. « Quand les balei­nes se bat­tent, les vai­rons s’enfuient pour se mettre à l’abri » - ce vieux pro­verbe coréen exprime bien cette réalité. Pendant 35 ans (de 1910 à 1945) la domi­na­tion colo­niale japo­naise tenta d’éli­miner pres­que entiè­rement la culture coré­enne, ce qui ne fit que ren­for­cer cette ten­dance natio­na­liste. Enfin, les mythes sur l’homogénéité eth­ni­que, promus par les manuels d’his­toire rem­plis de mythes popu­lis­tes ou, plus réc­emment, les téléfi­lms his­to­ri­ques au sujet de la gran­deur coré­enne passée ont joué aussi leur rôle. (La Corée du Nord a pro­pagé, elle aussi, une ver­sion différ­ente de ce natio­na­lisme, et bien plus viru­lente.) Dans ce contexte, même les évé­nements spor­tifs, comme les Jeux Olympiques de Séoul en 1988 ou les succès de l’équipe coré­enne en 2002 lors de la demi-finale de la coupe du monde de foot­ball, devien­nent des évé­nements qui contri­buent à forger l’iden­tité natio­nale.

Pour les mêmes rai­sons géo­po­li­tiques, toute lutte de classe séri­euse en Corée du Sud prend imméd­ia­tement une dimen­sion inter­na­tio­nale.

Lors de la renais­sance de la gauche et du mou­ve­ment social dans les années 70 et les années 80, per­sonne ne remit donc en cause le natio­na­lisme. Durant les années 80 un « marxisme » sta­li­nisé écarta les orien­ta­tions démoc­ra­tiques libé­rales qui avaient dominé durant la pér­iode pré­cédant l’insur­rec­tion de Kwangju. À tra­vers leurs publi­ca­tions clan­des­ti­nes influen­tes, les grou­pes marxis­tes-lénin­istes importèrent sur­tout en Corée du Sud des varian­tes de la théorie lénin­iste de l’impér­ial­isme, de la théorie du capi­ta­lisme de mono­po­les et des théories de la dép­end­ance.

Durant les années 80 le mou­ve­ment hak­chul s’implanta aussi dans les usines, exac­te­ment comme les « tour­nants ouvriers » et autres poli­ti­ques d’ « établ­is­sement » que prônèrent les petits bour­geois radi­caux dans les pays occi­den­taux après 1968. À la crête du mou­ve­ment, des mil­liers d’ex-étudiants se firent embau­cher en usine, et par­fois menèrent des grèves impor­tan­tes.

À la fin des années 80, la gauche et l’extrême gauche coré­ennes considéraient tout natu­rel­le­ment la Corée du Sud comme un pays « périp­hérique » du système impérial amé­ricain, qui ne pour­rait être libéré que par le « socia­lisme » (au sens sta­li­nien) et la réu­ni­fi­cation natio­nale avec le Nord. Elles avaient ainsi ten­dance à sous-esti­mer la pro­fon­deur du dével­op­pement indus­triel coréen et sur­tout l’élas­ticité du système qui allait pou­voir accor­der des aug­men­ta­tions de salai­res signi­fi­ca­ti­ves, dans un cadre capi­ta­liste, après la rév­olte ouvrière des années 1987-1990. De telles théories furent ren­forcées par le fait que la Corée du Sud ne rat­trapa, puis dép­assa éco­no­miq­uement, la Corée du Nord qu’aux alen­tours de 1980.

La conver­gence de tous ces fac­teurs signi­fia que l’effon­dre­ment de l’Union sovié­tique en 1991, coïn­cidant avec la dimi­nu­tion des luttes ouvrières après 1990, eut un impact psy­cho­lo­gi­que bien plus fort sur les mili­tants en Corée que n’importe où en Occident, où le pres­tige de l’Union sovié­tique avait com­mencé à s’effon­drer à partir de 1956 au moins, en tout cas cer­tai­ne­ment après 1968. Le climat poli­ti­que devint déjà par­ti­cu­liè­rement morose au prin­temps 1991, quand un étudiant de Séoul fut battu à mort par la police et que les can­di­dats de la gauche démoc­ra­tique furent écrasés lors des élections muni­ci­pa­les de juin 1991. Tout cela contri­bua à créer un cer­tain déf­ait­isme et un sen­ti­ment de futi­lité de la lutte poli­ti­que après des années de la mobi­li­sa­tion et de luttes. Il faut ajou­ter que l’éco­nomie coré­enne, qui avait connu une phase d’expan­sion dans la pér­iode 1986-88 et durant la pre­mière phase de la Grande Lutte des Travailleurs, connut de nou­vel­les dif­fi­cultés à partir de 1990, dif­fi­cultés dont elle n’a pas encore entiè­rement récupéré jusqu’ici.

Des phénomènes com­pa­ra­bles se pro­dui­si­rent en Occident après la fin des années 70, lors­que des mil­liers de mili­tants arrê­tèrent leurs acti­vités poli­ti­ques, décidèrent de ne plus se consa­crer qu’à leur vie privée, tentèrent de pour­sui­vre une car­rière dans une des pro­fes­sions de la classe moyenne ou, dans les milieux uni­ver­si­tai­res, suc­combèrent à l’attrait du post-moder­nisme.

IV - La poli­ti­que natio­nale

et la Grande Lutte des Travailleurs (1987-1990)

Il nous faut éga­lement évoquer le contexte poli­ti­que qui sous-tend le cours de la lutte de classe.

À partir des années 80, les luttes ouvrières pour des syn­di­cats démoc­ra­tiques passèrent (tout comme l’éco­nomie coré­enne elle-même) de l’indus­trie légère à l’indus­trie lourde. La dic­ta­ture mili­taire de Chun Doo Hwan, qui succèda à celle de Park chung-hee, fut obligée de relâcher son contrôle sur la société au milieu des années 80, sous la pres­sion crois­sante de l’oppo­si­tion démoc­ra­tique au cours de la pré­pa­ration des Jeux olym­pi­ques pana­sia­ti­ques (en 1986) et des Jeux olym­pi­ques de Séoul (en 1988). En par­ti­cu­lier, le gou­ver­ne­ment dut lâcher une « déc­la­ration sur la démoc­ra­ti­sation » en juin 1987, face à la menace que la classe ouvrière s’asso­cie aux pro­tes­ta­tions en faveur de la démoc­ratie. Et cette déc­la­ration décl­encha imméd­ia­tement la Grande Lutte des Travailleurs durant l’été 1987. Pour la pre­mière fois, le mou­ve­ment passa de la région de Séoul-Inchon aux nou­vel­les zones indus­triel­les mérid­io­nales d’Ulsan, Masan et Changwon. En tout, il y eut plus de 3 000 grèves en 1987, qui obtin­rent le droit de créer des sec­tions syn­di­ca­les, de 25 à 30% d’aug­men­ta­tion de salaire, et l’abo­li­tion de la dis­ci­pline mili­taire, par­ti­cu­liè­rement détestée dans les usines : les patrons impo­saient aux ouvriers de porter des che­veux courts, de faire de la gym tous les matins, etc. À Ulsan, la ville de la société Hyundai, on assista à des mobi­li­sa­tions mas­si­ves et à des com­bats de rues qui durèrent jusqu’en 1990.

La grève de 128 jours (déc­embre 1988-avril 1989) chez Hyundai Heavy Industries (HHI) se ter­mina par une atta­que mili­taire coor­donnée contre le chan­tier naval de Hyundai, occupé par les tra­vailleurs. Le gou­ver­ne­ment lâcha contre eux 9 000 sol­dats et poli­ciers, au cours d’une offen­sive ter­res­tre, mari­time et aéri­enne. Il s’ensui­vit dix jours de com­bats de rues (mobi­li­sant les ouvriers mais aussi leurs épouses et leurs enfants) dans les quar­tiers ouvriers d’Ulsan. Cette lutte fut suivie en 1990 par la grève de Goliath, encore à Hyundai Heavy Industries, conflit qui se ter­mina par une déf­aite amère. (En rép­onse à ces luttes Hyundai cons­trui­sit de nom­breux immeu­bles de grande hau­teur pour y loger ses ouvriers.)

V - 1990-1997 : le déclin des luttes

et le reflux du mou­ve­ment com­men­cent

Le reflux des luttes offen­si­ves de masse de la pér­iode 1987-1990, et l’atmos­phère géné­rale de déf­aite qui s’ensui­vit ouvri­rent une nou­velle phase dans les orga­ni­sa­tions ouvrières coré­ennes. Les aug­men­ta­tions de salai­res obte­nues à la fin des années 80 ren­forcèrent briè­vement l’illu­sion de la pos­si­bi­lité d’une coha­bi­ta­tion entre le Capital et le Travail, et ren­forcèrent donc les cou­rants réf­orm­istes.

En par­ti­cu­lier, au sein de la Confédération natio­nale des syn­di­cats (ChoNoHyop), la ten­dance de droite et ouver­te­ment réf­orm­iste (dite NL, pour la libé­ration natio­nale, et favo­ra­ble à la Corée du Nord) com­mença à pren­dre le dessus sur la ten­dance radi­cale affai­blie. (En coréen, la ten­dance NL s’appelle Kukminpa, ce qui signi­fie litté­ra­lement « Les Travailleurs unis avec la Nation ».) Cette ten­dance a tou­jours cour­tisé les bureau­cra­tes et les poli­ti­ciens. Comme nous l’avons dit pré­céd­emment, le gou­ver­ne­ment persé­cuta les meilleurs mili­tants de la NCTU et sou­tint les réf­orm­istes, ce qui détr­uisit la NCTU en 1995 et condui­sit au regrou­pe­ment des syn­di­cats dans la KCTU sous la direc­tion de son aile droite. (En effet, à la fon­da­tion de la NCTU en jan­vier 1990, la plu­part de ses diri­geants étaient en prison ou dans la clan­des­ti­nité.) La longue expéri­ence de la dic­ta­ture et du clientél­isme poussa éga­lement une partie des ouvriers à accueillir favo­ra­ble­ment la démoc­ratie bour­geoise et le néo-libé­ral­isme.

Cependant Ulsan resta un centre de fer­men­ta­tion sociale intense et, en juin 1991, quand Park Chang Su, un diri­geant syn­di­cal, fut tué en prison, 20 000 ouvriers de Hyundai Heavy Industries et 30 000 ouvriers de Hyundai Motor Company atta­quèrent la mairie d’Ulsan, et leur lutte dura fina­le­ment un mois.

En 1992, la Corée du Sud adhéra à l’Organisation inter­na­tio­nale du tra­vail (l’OIT), à peu près au même moment où les capi­ta­lis­tes se concer­taient pour atta­quer leurs gains sala­riaux. À cette pér­iode, les tra­vailleurs du sec­teur public, qui tou­chaient de bas salai­res, com­mencèrent à s’orga­ni­ser, les tra­vailleurs des Télécoms de Corée (KT) étant les plus mili­tants. Même si leurs luttes ten­daient à être prin­ci­pa­le­ment cen­trées sur la ques­tion des salai­res, ils se bat­taient aussi pour davan­tage de démoc­ratie dans les entre­pri­ses.

En 1993-1994, la dis­cus­sion fit rage dans le mou­ve­ment à propos des pers­pec­ti­ves, y com­pris le besoin de lancer des grèves poli­ti­ques. Les cou­rants les plus radi­caux vou­laient trans­for­mer les syn­di­cats d’entre­pri­ses (les plus rép­andus à ce jour) en syn­di­cats de bran­ches, et créer une confé­dé­ration. Tandis que la NCTU déc­linait encore sous les coups de la répr­ession et les magouilles de la ten­dance NL, la voie était ouverte pour la création de la KCTU, qui fut for­mel­le­ment fondée en novem­bre 1995, même si elle ne fut pas légalisée avant que n’éclate la crise du FMI.

Quelques grèves réussies eurent lieu en 1995-96, notam­ment une grève chez KT (les Télécoms de Corée), qui obtint des aug­men­ta­tions de salai­res impor­tan­tes. En raison de grèves comme celles-ci, les salai­res des ouvriers ten­daient à dép­asser ceux des fonc­tion­nai­res. En même temps, les employeurs coréens décidèrent d’aban­don­ner pro­gres­si­ve­ment le modèle des chae­bol pour pro­fi­ter des avan­ta­ges de la mon­dia­li­sa­tion. Les deux camps s’écha­uffaient en vue de l’affron­te­ment à propos de la loi sur la pré­ca­ri­sation du tra­vail, affron­te­ment qui allait se pro­duire en 1996-1997.

À l’automne 1996, la mobi­li­sa­tion de la base et la pré­pa­ration de la grève géné­rale s’accen­tuèrent. Sous cette pres­sion, la KCTU dut se reti­rer des dis­cus­sions pour la création de l’infâme Commission tri­par­tite (Etat-Travail-Capital) qui sera lancée au milieu de la crise du FMI, au prin­temps 1998. La base des syn­di­cats com­mença à reje­ter de plus en plus la ten­dance NL.

Les contre-mesu­res impor­tan­tes prises par les mili­tants les plus radi­caux de créer des « hyung-jang jojik », struc­tu­res de base qui essayèrent de com­bat­tre la dégén­ére­scence des syn­di­cats et de la KCTU à l’aide d’une orga­ni­sa­tion alter­na­tive, qui n’était pas « extéri­eure » aux syn­di­cats mais un contre-pou­voir interne ayant en même temps des liens « hori­zon­taux » avec les mili­tants d’autres syn­di­cats, pour lutter contre les ten­dan­ces cor­po­ra­tis­tes fondées sur le patrio­tisme d’entre­prise. Les hyung-jang jojik ont eu de l’influence pen­dant une quin­zaine d’années, de 1990 à 2005. Dans différ­entes cir­cons­tan­ces, les hyung-jang jojik réus­sirent à pren­dre le pou­voir dans des syn­di­cats impor­tants, à la suite de quoi ils se bureau­cra­tisèrent le plus sou­vent ; au cours des der­nières années, ils sont deve­nus la proie de divers grou­pes qui cher­chaient un moyen dis­cret d’influen­cer les syn­di­cats, et ils se sont fina­le­ment effon­drés. Mais durant leur meilleure pér­iode, dans une situa­tion géné­ra­lement déf­en­sive, ils ont préservé une cer­taine conti­nuité avec la poussée radi­cale de la pér­iode 1987-1990.

VI - La grève géné­rale et la crise du FMI, 1997-1998

Juste après Noël 1996, le gou­ver­ne­ment coréen de Kim Jung-sam, au cours d’une ses­sion spéc­iale de nuit et en l’absence des députés de l’oppo­si­tion, fit adop­ter la pre­mière d’une série de lois sur la pré­ca­ri­sation du tra­vail des­tinées à faire pénétrer l’éco­nomie sud-coré­enne dans l’ère de la « mon­dia­li­sa­tion », à faci­li­ter les licen­cie­ments pour les employeurs, et à intro­duire des contrats tem­po­rai­res (différ­enciés selon le statut). Les employeurs avaient régul­ièrement rogné les conquêtes des tra­vailleurs acqui­ses à la fin des années 80, et l’éco­nomie s’affai­blit davan­tage durant l’année 1996 avec des failli­tes de plus en plus nom­breu­ses, mais ce fut la pre­mière confron­ta­tion directe avec la nou­velle puis­sance de la classe ouvrière.

Sous l’intense pres­sion de la base, la KCTU, fer­me­ment contrôlée par l’aile droite qui avait battu et détruit la NCTU, appela à une grève géné­rale imméd­iate qui fut lar­ge­ment suivie. Même la FKTU, syn­di­cat conser­va­teur, jaune, perpétuant l’esprit de la guerre froide, rejoi­gnit le mou­ve­ment. Les cols blancs se mirent en grève eux aussi, et, à l’apogée de la lutte, trois mil­lions de tra­vailleurs firent grève. (Le gou­ver­ne­ment retira la lég­is­lation ini­tiale, mais une loi pra­ti­que­ment iden­ti­que fut adoptée en mars 1997, sans réaction signi­fi­ca­tive de la KCTU.) À nou­veau, l’expéri­ence his­to­ri­que de la classe ouvrière coré­enne et la nou­veauté des mesu­res de pré­ca­ri­sation donnèrent à la grève une tona­lité plus « anti­fas­ciste » qu’anti-néoli­bérale. La KCTU fit tout ce qui était en son pou­voir pour éviter une confron­ta­tion avec le gou­ver­ne­ment, et démo­bi­liser les tra­vailleurs par­tout où elle le put. La base, quant à elle, fit preuve d’une grande spon­tanéité, comme chez Hyundai et à la Kia Motor Company. On raconte que la KCTU se réunit secrè­tement avec les patrons pour leur assu­rer qu’ils contrôlaient la grève et que celle-ci fai­blis­sait. Ils lancèrent la tac­ti­que inef­fi­cace de la « grève du mer­credi », pro­po­si­tion répétée à plu­sieurs repri­ses au cours des années sui­van­tes. La grève géné­rale s’arrêta à la fin jan­vier, sans avoir rien résolu.

À la suite de la grève géné­rale, le Parti tra­vailliste démoc­ra­tique coréen (KDLP, ou Minju Nodong TanG) fut fondé au prin­temps 1997, avec les mêmes éléments de droite qui domi­naient la majo­rité de la KCTU. L’échec de la grève de jan­vier 1997, cepen­dant, fut à son tour éclipsé par la dév­as­tation de l’éco­nomie coré­enne pen­dant la crise finan­cière asia­ti­que de 1997-1998.

La crise com­mença en Thaïlande, en juillet 1997, par l’effon­dre­ment de la devise thaïl­and­aise, puis elle frappa une bonne partie de l’Asie au cours des mois sui­vants, alors tous les pays qui avaient déf­endu « la liberté du com­merce » et par conséquent allégé les contrôles sur les mou­ve­ments de capi­taux connu­rent une fuite mas­sive des capi­taux et l’effon­dre­ment de leur devise. La Thaïlande, l’Indonésie et la Corée furent les plus tou­chées. Le won coréen chuta de 40% en novem­bre 1997, tandis que le gou­ver­ne­ment de Kim Jung Sam était ren­floué par le FMI qui promit de lui verser 57 mil­liards de dol­lars. Les quatre can­di­dats aux élections pré­sid­enti­elles de déc­embre 1997 durent tous s’enga­ger par écrit à res­pec­ter l’accord avec le FMI, sinon la Corée ne pour­rait pas rece­voir l’argent.

Ainsi Kim Dae Jong, représ­entant de l’oppo­si­tion démoc­ra­tique, qui fut fina­le­ment élu pré­sident de la Corée après une très longue tra­versée du désert, dut consa­crer son mandat à faire appli­quer le paquet de mesu­res dra­co­nien­nes prônées par le FMI : licen­cie­ments, coupes dans le budget des ser­vi­ces publics, déré­gu­lation, rachat des indus­tries coré­ennes et des ban­ques par des sociétés étrangères, et pré­ca­ri­sation du tra­vail. La démoc­ratie coré­enne, tout comme le mou­ve­ment ouvrier coréen avant elle, triom­pha au moment même où la réa­li­sation de ses pro­mes­ses antéri­eures était deve­nue impos­si­ble, et son triom­phe servit à cacher l’appli­ca­tion d’un pro­gramme éco­no­mique et social extrê­mement dur. Les failli­tes se succé­dèrent en cas­cade et les sui­ci­des aug­mentèrent en flèche. Le FMI exigea au début que les ban­ques coré­ennes congédient 50% de leur per­son­nel (le chif­fre fut ensuite abaissé à 30%) et que l’Etat fasse de même pour ses fonc­tion­nai­res. Le taux de chômage tripla en moins de deux ans, et des mil­lions de gens retombèrent à nou­veau dans la pau­vreté.

Dans cette situa­tion, Kim Dae Jong et la KCTU jouèrent chacun leur rôle, fixé à l’avance. Kim poussa la direc­tion de la KCTU à signer les accords tri­par­ti­tes de février 1998, donc à approu­ver les licen­cie­ments de masse présentés comme des mesu­res d’urgence indis­pen­sa­bles. La base de la KCTU se rév­olta contre cette capi­tu­la­tion abjecte et chassa la direc­tion qui avait conclu et signé les accords. Quelques grèves impor­tan­tes éclatèrent contre des licen­cie­ments en 1998, comme à la Hyundai Motor Company (HMC), mais les nou­veaux diri­geants de la KCTU furent empri­sonnés et les grèves se ter­minèrent géné­ra­lement par des déf­aites.

Pendant la crise du FMI, beau­coup de peti­tes usines furent liquidées, y com­pris celles regrou­pant des tra­vailleurs par­ti­cu­liè­rement mili­tants depuis la vague de grèves de la fin des années 80 et qui aupa­ra­vant sym­pa­thi­saient avec la NCTU. Pour la pre­mière fois, en accord avec les exi­gen­ces du FMI, la « main d’œuvre occa­sion­nelle » devint un phénomène impor­tant au sein de la classe ouvrière coré­enne. Une grève éclata contre la vente des actions des Télécoms de Corée (KT) aux inves­tis­seurs de Wall Street, par exem­ple. Cette grève montra le fossé crois­sant qui se for­mait entre la « main-d’œuvre régulière » et la « main-d’œuvre occa­sion­nelle ». Non seu­le­ment les tra­vailleurs fixes, plus âgés, tou­chaient un salaire plus élevé et tra­vaillaient moins que les jeunes en CDD, mais ils n’avaient pas, ou man­quaient, de connais­san­ces infor­ma­ti­ques, ce qui créait chez eux un sen­ti­ment d’insé­curité crois­sante au tra­vail. Les chefs des syn­di­cats employaient un lan­gage radi­cal mais ne fai­saient rien. Finalement, les tra­vailleurs fixes et préc­aires firent grève, mais pas en même temps. La grève des Télécoms de Corée (KT) se ter­mina par le renvoi de 10 000 sala­riés préc­aires.

L’accord de février 1998 entre Kim Dae Jong et la direc­tion de droite de la KCTU concer­nant les licen­cie­ments de masse pro­vo­qua une rév­olte de la base de la KCTU, et toute la direc­tion fut chassée après que des mili­tants ouvriers, armés avec barres de fer, eurent occupé le siège du syn­di­cat.

Une nou­velle direc­tion de gauche s’ins­talla à la tête du syn­di­cat et essaya de relan­cer une grève géné­rale contre la nou­velle loi du tra­vail en mai, juin et juillet 1998, mais en vain. La vieille direc­tion conserva le pou­voir dans les syn­di­cats de l’indus­trie lourde, et s’opposa à toute action mili­tante. Entre juin et août 1998, une grève de 28 jours eut lieu à la Hyundai Motor Company, qui se ter­mina par le licen­cie­ments de 10 000 tra­vailleurs fixes. En l’espace de deux ans, 10 000 ouvriers préc­aires furent embau­chés pour faire leur boulot. Les Télécoms coréens et diver­ses ban­ques licen­cièrent aussi une partie de leur per­son­nel fixe et le rem­placèrent par des sala­riés préc­aires.

VII - Après 1998 : le conflit entre tra­vailleurs « fixes » et « préc­aires » devient une ques­tion cen­trale pour le mou­ve­ment ouvrier coréen

À partir de la crise du FMI, la ques­tion de la « main-d’œuvre occ­sion­nelle » a pris de plus en plus de place au sein du mou­ve­ment ouvrier coréen, ainsi que l’anta­go­nisme entre tra­vailleurs fixes et préc­aires, les sala­riés fixes voyant les sala­riés préc­aires comme un danger pour leur emploi. (En l’an 2000, un syn­di­cat natio­nal des sala­riés préc­aires a été fondé, et cette confé­dé­ration compte main­te­nant plus de 50 000 mem­bres.)

Dès 1999, une grève natio­nale de 32 jours de 4 000 tuteurs des écoles Jaenung (les « hakwon », ou cours privés du soir) leur permit d’acquérir le droit de mener des négoc­iations col­lec­ti­ves. Le gou­ver­ne­ment avait nié leur statut de sala­riés, les considérant comme des « entre­pre­neurs indép­endants ». La grève fut impor­tante parce qu’elle prouva que les tra­vailleurs préc­aires pou­vaient s’orga­ni­ser, contre la rés­ist­ance de l’Etat et des employeurs.

En 2000-2002, une grève dura 517 jours chez les Télécoms de Corée (KT). Au len­de­main de la déf­aite, le syn­di­cat des tra­vailleurs préc­aires de KT fut dis­sous. Les tra­vailleurs fixes de KT étaient géné­ra­lement hos­ti­les aux tra­vailleurs préc­aires. Après la grève, les Télécoms de Corée embau­chèrent des gens en tant que « sala­riés à contrat indi­rect », c’est-à-dire ayant un statut d’inté­rim­aires. En 2002, 49% des actions des Télécoms de Corée (KT) furent vendus à des inves­tis­seurs amé­ricains, et on dis­tri­bua des indem­nités sub­stan­tiel­les de licen­cie­ment aux tra­vailleurs licen­ciés ainsi que des actions aux sala­riés fixes.

En 2000-2001, une grève dura plus d’un mois dans une usine de cli­ma­ti­seurs, et fut trahie par les tra­vailleurs fixes, pour contre­car­rer l’action des mili­tants des syn­di­cats de sala­riés préc­aires.

En 2000, cepen­dant, les sala­riés du Lotte Hotel four­ni­rent un contre-exem­ple : ils prouvèrent qu’un syn­di­cat de tra­vailleurs fixes pou­vait, dans cer­tai­nes cir­cons­tan­ces, orga­ni­ser les sala­riés préc­aires. Après que les pro­priét­aires d’hôtel eurent mené une vio­lente répr­ession et que les grév­istes eurent été empri­sonnés, l’hôtel accepta de régu­la­riser les préc­aires sur une pér­iode de deux ans.

Pendant ces mêmes années, cepen­dant, le KDLP vira à droite, et la domi­na­tion de la ligne du cou­rant NL, orientée vers les bureau­cra­tes de la KCTU et les poli­ti­ciens du KDLP, empêcha l’orga­ni­sa­tion des tra­vailleurs préc­aires. (En 2004, la KCTU aida même un P-DG de Hyundai à mener sa cam­pa­gne élec­to­rale en tant que can­di­dat indép­endant.) La KCTU déf­endait une poli­ti­que néoli­bérale qui impo­sait l’exter­na­li­sa­tion.

En 2003, par exem­ple, les conduc­teurs de camions de Pusan décl­enchèrent une grève avec succès, mais le gou­ver­ne­ment, les patrons, la KCTU et le KDLP la sabotèrent. La même année, une grande grève éclata à la raf­fi­ne­rie LG Caltex (aujourd’hui GS Caltex), mais la KCTU ne fit rien pour aider les grév­istes.

En 2005, 10 000 tra­vailleurs préc­aires du pét­role et de la chimie à Ulsan luttèrent pen­dant 83 jours à propos de leurs condi­tions de tra­vail. La struc­ture d’embau­che com­pli­quée imposée par les lois du tra­vail et la stratégie des entre­pri­ses affai­bli­rent la grève. Un « Comité pour la région d’Ulsan » fut créé pour régler le conflit, y com­pris des capi­ta­lis­tes, des P-DG, des patrons de PME, des ONG, et la sec­tion d’Ulsan de la KCTU. L’accord se limita à la reconnais­sance du syn­di­cat. Les ouvriers retournèrent au tra­vail pen­dant les six mois que durèrent les « dis­cus­sions » au sein du comité, et celles-ci n’abou­ti­rent à rien. Les grév­istes repri­rent le tra­vail suite aux conces­sions accordées par les PME, mais lors­que la KCTU et le KDLP se retirèrent de la scène, aucune clause de l’accord ne fut jamais appli­quée.

Au cours de l’été 2005, une bataille éclata de nou­veau chez la Hyundai Motor Company, à Ulsan, à propos de la pré­ca­ri­sation. Un tra­vailleur s’immola en signe de pro­tes­ta­tion, mais le syn­di­cat refusa de lier sa mort à la situa­tion dans l’usine. Les tra­vailleurs préc­aires essayèrent d’arrêter la chaîne, mais les sala­riés fixes refusèrent de col­la­bo­rer à leur action. Les cadres de l’entre­prise et les jaunes remi­rent la chaîne en marche tandis que les ouvriers fixes refu­saient d’agir. Tous les tra­vailleurs préc­aires impli­qués dans la lutte furent licen­ciés.

En juin 2006, le syn­di­cat des mét­allos vota pour former un syn­di­cat de bran­che afin de tenter de sur­mon­ter la frag­men­ta­tion des ouvriers entre une mul­ti­tude de filia­les secondai­res ayant cha­cune des contrats différents, mais HMC négocie tou­jours avec le syn­di­cat-maison de HMC. Beaucoup d’ouvriers mili­tants s’opposèrent à la création d’un syn­di­cat de bran­che en raison de son pro­gramme cor­po­ra­tiste.

Plus tard, cet été-là, les tra­vailleurs préc­aires de la cons­truc­tion des gigan­tes­ques usines sidér­ur­giques de POSCO à Pohang décl­enchèrent une grève sau­vage et furent battus. En août 2007, les ouvriers préc­aires de la Kia Motor Company entamèrent une grève sau­vage et occupèrent une partie de l’usine, où ils furent phy­si­que­ment atta­qués par les tra­vailleurs fixes de Kia et forcés à repren­dre le tra­vail.

VIII - La grève d’E-Land écl­aire l’hori­zon social

La grève d’E-Land qui se pour­suit à l’heure où nous écrivons (6 jan­vier 2008) est la lutte la plus réc­ente et, par cer­tains côtés, la plus impor­tante de toutes celles qui ont placé les tra­vailleurs préc­aires au centre et sur le devant de la scène sociale sud-coré­enne.

En novem­bre 2006, le gou­ver­ne­ment coréen fit adop­ter la plus réc­ente d’une série de mesu­res sur le tra­vail préc­aire, qu’il appela, dans un style bien orwel­lien, la « loi pour la pro­tec­tion de la main-d’œuvre occa­sion­nelle ». Elle a été conçue pour créer l’illu­sion que le pou­voir « fai­sait quel­que chose » à propos d’un pro­blème affec­tant main­te­nant plus de 60% de la popu­la­tion active sud-corée­enne. La loi sti­pule, qu’au bout de deux ans dans la même entre­prise, tous les sala­riés préc­aires acquièrent auto­ma­ti­que­ment le statut de tra­vailleurs fixes. La loi entra en appli­ca­tion sept mois plus tard, le 1er juillet 2007, mais ses énormes lacu­nes offraient la pos­si­bi­lité aux employeurs de congédier leurs sala­riés préc­aires avant la date-limite des 2 années de prés­ence dans l’entre­prise. Quelques sociétés se sont conformées à la loi, mais de nom­breu­ses autres ne l’ont pas fait et ont licen­cié leurs tra­vailleurs préc­aires en juin 2007. La situa­tion a été mise le plus clai­re­ment en évid­ence dans deux chaînes de grands maga­sins E-Land et, en second plan, New Core.

E-Land a com­mencé comme une petite affaire de famille, sous la férule d’un pro­priét­aire chrétien fon­da­men­ta­liste, et est dés­ormais une société qui fait 58 mil­liards de dol­lars de chif­fre d’affai­res annuel avec 61 suc­cur­sa­les dans le pays. Elle s’est emparé des maga­sins de la chaîne franç­aise Carrefour. Cette société impose des condi­tions de tra­vail par­ti­cu­liè­rement dures. Elle embau­che sur­tout des femmes avec des contrats préc­aires ; celles-ci gagnent 800 dol­lars par mois pour des semai­nes de 40 heures, et sont sou­vent obligées de tra­vailler 12 heures d’affilée sans même le droit (légal) de se rendre aux toi­let­tes. De plus, la société fait pres­sion sur tous ses employés, qu’ils soient chrétiens ou pas, pour qu’ils fréqu­entent la cha­pelle de l’entre­prise. Le P-DG d’E-Land a versé 15 mil­lions de dol­lars à son église en 2006. Juste avant que la nou­velle loi sur la pré­ca­ri­sation entre en appli­ca­tion, les sociétés E-Land et New Score ont licen­cié 1 000 sala­riés qui tra­vaillaient depuis suf­fi­sam­ment de temps pour acquérir le statut de tra­vailleurs fixes.

Les sala­riés ont réagi imméd­ia­tement par une grève qui en est main­te­nant (en jan­vier 2008) à son sep­tième mois, et ils tien­nent tou­jours bon. Au début de la grève, par­tout en Corée du Sud, des mil­liers de tra­vailleurs préc­aires d’autres bran­ches sont venus pour aider à fermer les maga­sins d’E-Land. Sous la pres­sion de cet impor­tant sou­tien des sala­riés, la KCTU est entrée dans le mou­ve­ment. Elle a déployé tout son arse­nal pour éto­uffer la grève sous une rhé­to­rique pseudo-radi­cale tout en déto­urnant l’énergie de la base et des sou­tiens « extérieurs » vers des actions sym­bo­li­ques sans signi­fi­ca­tion. Le 30 juin, cepen­dant, 200 employés d’E-Land ont occupé une suc­cur­sale à Séoul et l’ont fermée. Le 20 juillet, le gou­ver­ne­ment a réagi en envoyant 7 000 sol­dats, poli­ciers et nervis embau­chés par la société pour expul­ser et arrêter 200 per­son­nes. Le gou­ver­ne­ment Noh Moon Yon, en pleine déc­ré­pitude (for­te­ment inpo­pu­laire, il ne durera de toute façon que jusqu’en février 2008), a mis tout son pres­tige en jeu pour faire accep­ter la nou­velle loi. Mais il n’était pas le seul à com­pren­dre l’impor­tance de la grève. De nom­breux grands chae­bols ont aidé E-Land en lui prêtant des mil­lions de dol­lars. La KCTU, pour sa part, promit de prêter des sommes impor­tan­tes aux syn­di­cats d’E-Land et de New Core quand leur caisse de grève serait vide, vers la fin de l’été 2007, puis elle revint sur son offre. La KCTU a cons­tam­ment fait pres­sion sur les syn­di­cats-maison pour qu’ils accep­tent de venir à la table des négoc­iations tandis que la direc­tion d’E-Land n’a pour le moment lâché aucune conces­sion. A Pohang, en novem­bre, E-Land a même essayé d’ouvrir une nou­velle suc­cur­sale avec seu­le­ment des employés préc­aires. 500 tra­vailleurs d’E-Land et d’autres sala­riés préc­aires ont non seu­le­ment bloqué l’entrée du maga­sin, mais atta­qué et désarmé les flics et les nervis qui le protégeaient. Des actions sem­bla­bles, y com­pris des blo­ca­ges et des occu­pa­tions de maga­sins, se sont pro­dui­tes par inter­mit­tence tout au long de l’automne 2007.

Contrairement à beau­coup d’autres grèves pré­céd­entes autour de la ques­tion du tra­vail préc­aire, ce qui est peut-être le plus remar­qua­ble dans la grève d’E-Land, c’est la large sym­pa­thie et l’appui dont béné­ficie la grève parmi les sala­riés préc­aires qui vivent dans la même situa­tion. Un boy­cott natio­nal a réussi, jusqu’au mois de déc­embre 2007, à réd­uire les ventes de 30%, et même les médias, du moins dans les pre­mières semai­nes, se sont montré plutôt favo­ra­bles à la grève. Que la grève d’E-Land per­mette - ou pas - aux grév­istes de récupérer leur boulot, ce mou­ve­ment représ­ente déjà une vic­toire pour le mou­ve­ment ouvrier dans son ensem­ble car dés­ormais on ne peut plus igno­rer le pro­blème de la pré­ca­ri­sation du tra­vail en Corée du Sud.

Loren Goldner

(tra­duit de l’anglais pour le n° 22-23 de Ni patrie ni fron­tières, à paraître en mars 2008)

Bibliographie

Pour pré­parer cet arti­cle, j’ai appris bien davan­tage en dis­cu­tant et col­la­bo­rant avec des mili­tants et des intel­lec­tuels coréens par­ti­sans de la lutte de classe qu’en lisant n’importe quel livre, à l’excep­tion de Korean Workers, The Culture and Politics of Class Formation de Koo Hagen publié en 2001. Ce livre cons­ti­tue l’unique ouvrage dis­po­ni­ble dans une langue occi­den­tale et qui offre une ana­lyse com­plète de l’his­toire de la classe ouvrière coré­enne. J’ai bien sûr été considé­rab­lement limité par ma maît­rise insuf­fi­sante de la langue coré­enne. La liste réca­pi­tu­la­tive ci-des­sous ras­sem­ble les ouvra­ges que j’ai néanmoins trouvés utiles.

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Glossaire

Cheonpyong : Conseil natio­nal des tra­vailleurs à Choson ; conseils ouvriers qui se sont emparés de l’indus­trie coré­enne entre août et déc­embre 1945. Dissous par les forces d’occu­pa­tion amé­ric­aines.

Chun Doo-hwan ; dic­ta­teur mili­taire sud-coréen entre 1980 et 1987.

Commission Tripartite : orga­nisme cor­po­ra­tiste réun­issant des représ­entants de l’Etat, du Capital et du tra­vail, et qui s’ins­pire du modèle néerl­andais et de son “Conseil éco­no­mique et social’ tri­par­tite. Elle fut créée en 1998 pour donner au gou­vern­ment sud-coréen une aura sociale-démoc­ra­tique.

Crise du FMI (1997-98) : une fuite mas­sive de capi­taux obli­gea la Corée du Sud à quém­ander au FMI un prêt de 57 mil­liards de dol­lars qui lui fut accordé avec des condi­tions dra­co­nien­nes.

FKTU (Syndicats libres coréens) : syn­di­cat anti­com­mu­niste, de l’époque de la guerre froide. Contribua à rép­rimer les luttes des tra­vailleurs sous la dic­ta­ture et devint un syn­di­cat conser­va­teur de cols blancs après la tran­si­tion à la démoc­ratie.

Grande Lutte des Travailleurs (Nodongja Taetujeang) : mou­ve­ment de grève qui toucha 3 000 entre­pri­ses durant l’été 1987.

Grand Parti natio­nal (Hanaratang, litté­ra­lement « parti pour une nation unie ») : parti de la droite dure qui a gagné les élections pré­sid­enti­elles en déc­embre 2007 ; ras­sem­ble les nos­tal­gi­que du régime Park Chung-hee

Guerre de Corée (1950-1953) : impor­tant affron­te­ment de la guerre froide entre la Corée du Sud (sou­te­nue par les Etats-Unis),et la Corée du Nord, sou­te­nue par la Chine et l’Union sovié­tique.

Hakchul (litté­ra­lement « venant de l’uni­ver­sité ») : étudiants qui se firent embau­cher en usine pour faire de l’agi­ta­tion à la fin des années 70 et sur­tout dans les années 80.

HMC (Hyundai Motor Company) : chan­tier naval au centre de l’agi­ta­tion ouvrière dans la ville d’Ulsan, ainsi que HHI (Hyundai Heavy Industry). En 1990, 9000 poli­ciers et sol­dats menèrent une atta­que aéri­enne, ter­res­tre et mari­time contre l’occu­pa­tion par les tra­vailleurs de l’entre­prise.

hyung-jang jojik : orga­ni­sa­tion dans les ate­liers, qui vise à contre­ba­lan­cer celle des bureau­cra­ties syn­di­ca­les en entre­te­nant des liens hori­zon­taux avec les tra­vailleurs des autres bran­ches d’indus­trie (1990-2005).

Jeon tae-il (1948-1970) : jeune ouvrier tex­tile qui s’immola par le feu et dont le sacri­fice pro­vo­qua la renais­sance du mou­ve­ment ouvrier sud-coréen en 1970.

KCTU (Minju Nochong) : Confédération coré­enne des syn­di­cats. Fondée en 1995, légalisée en 1998 ; syn­di­cat réf­orm­iste-cor­po­ra­tiste né sur les ruines de la NCTU.

KDLP (Parti tra­vailliste démoc­ra­tique coréen) : parti social-démoc­rate fondé au prin­temps 1997. À obtenu 5% des voix aux élections pré­sid­enti­elles de 2002, puis 3% en 2007.

Kim Dae-jung : poli­ti­cien démoc­ra­tique libéral, élu pré­sident de la Corée du Sud après des déc­ennies de tra­versée du désert

KT (Télécoms de Corée) : entre­prise publi­que de téléc­om­mu­ni­cations qui connut de nom­breu­ses grèves entre 1994 et 2002.

Kwangju (insur­rec­tion de) : soulè­vement qui se pro­dui­sit en mai 1980 dans la plus grande ville de la pro­vince de Cholla dans le sud-ouest du pays. Ecrasée par le gou­ver­ne­ment mili­taire de Chun Doo-hwan. On estime le bilan de la répr­ession à envi­ron 2 000 morts.

Lee Myung Bak : pré­sident de la Corée du Sud élu en déc­embre 2007 ; ancien PDG de Hyundai et ancien maire de Séoul.

min­jung : mou­ve­ment cultu­rel des années 70, ins­piré par des chrétiens de gauche. Il puisa dans la culture coré­enne popu­laire pour créer une nou­velle culture d’oppo­si­tion dans le domaine de la musi­que, de la danse et des arts gra­phi­ques.

NCTU (ChoNoHyop) : Confédération natio­nale des syn­di­cats. Confédération démoc­ra­tique radi­cale dans la pér­iode 1990-1994.

NL (Libération natio­nale) ten­dance favo­ra­ble à la Corée du Nord majo­ri­taire à la fois dans le syn­di­cat KCTU et le parti KDLP.

Park Chung-hee : dic­ta­teur mili­taire de la Corée du Sud, 1961-1979. Assassiné par le chef des ser­vi­ces secrets coréens (KCIA) en octo­bre 1979.

PD (Démocratie du peuple) : ten­dance sociale-démoc­rate mino­ri­taire dans le syn­di­cat KCTU et le parti KDLP.

Se Maul (Nouveau Village) : pro­gramme lancé sous la dic­ta­ture de Park Chung-hee, au début des années 70. Il visait à moder­ni­ser l’agri­culture et vider les cam­pa­gnes pour accé­lérer l’indus­tria­li­sa­tion du pays.

Syngman Rhee : pré­sident de la Corée du Sud (1948-1960). Cette marion­nette des Etats-Unis fut ren­versée par les émeutes étudi­antes de 1960.

Ulsan : prin­ci­pale ville indus­trielle de Corée du Sud et lieu des plus inten­ses luttes de classe par­ti­cu­liè­rement en 1987-1990, mais aussi dans les années sui­van­tes.

yang­ban : ce terme désigne la classe diri­geante du royaume de Corée durant la der­nière dynas­tie (celle des Choson) entre 1390 et 1910, classe com­posée d’une caste de guer­riers et de let­trés confucéens.

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