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Le cadre économique et politique

vendredi 14 décembre 2007

Les autres chapitres de la brochure Pour une compréhension critique du mouvement du printemps 2003

La réforme des retraites. Chronologie des luttes de 2002 et 2003

Le mouvement des enseignants (1)

Le mouvement des enseignants (2 : chronologie)

L’extension de la grève des enseignants et son intégration dans la lutte pour la défense des retraites

Les organismes de lutte

Les enjeux : décentralisations, privatisations, retraites...

De la grève des enseignants aux manifestations contre la réforme des retraites. Conclusion

Annexe : La place de l’enseignement dans le capitalisme moderne


In’est pas besoin de statistiques ni de grands développements pour dire que le capitalisme est en crise avec des répercussions dans tous les domaines. Pour ne parler que de la France en voie d’intégration dans l’Europe, cette crise s’exprime par des impératifs de restructurations avec des conséquences sur les conditions générales de travail. Comme dans tous les autres Etats, la diminution de la production signifie une diminution de la plus-value extorquée sur le travail par le capital, donc de la part de cette plus-value redistribuée aux travailleurs et prélevée par l’Etat pour ses dépenses de fonctionnement et pour l’articulation social-répression destinée au maintien de la paix sociale.

Le résultat global est une pression de plus en plus forte pour réduire cette part de plus-value échappant au capital. C’est-à-dire une attaque sur les salaires et avantages sociaux, à un moment où les conséquences de la crise accroissent la demande de l’aide sociale sous toutes ses formes et l’exigence de répression pour contenir la pression sociale. En termes beaucoup plus directs : le capital a besoin de fric pour faire face à la crise et tenter de conserver ses profits et il n’y a qu’une seule source : les travailleurs quels qu’ils soient, au travail, au chômage ou à la retraite ou futurs dans le conditionnement scolaire.

LES CONFLITS SOCIAUX ET LA POLITIQUE

Au printemps 2003, beaucoup se sont référés aux grèves de l’automne 1995. Comme alors, sur un fond de restructurations économiques et sociales, on se trouve devant tout un ensemble de luttes localisées et diverses. Mais, jusqu’à maintenant, on ne se trouve pas, comme en mai 1968, devant un mouvement généralisé touchant toutes les structures du système et une tentative de remise en cause de l’organisation sociale bien que la multiplicité des initiatives locales fasse penser à une lame de fond d’une toute autre nature.

Tout comme en 1995, un gouvernement conservateur s’attaque à un problème global touchant les garanties sociales, notamment celles concernant certaines catégories de travailleurs, ceux des services publics et parapublics. En 1995, le déclencheur de la grève fut une attaque frontale visant à la réforme de ces régimes spéciaux, leur alignement sur le régime général de sécurité sociale notamment quant à l’âge de départ en retraite. Cette spécificité devait limiter le mouvement malgré la force de son extension et ses tendances autonomes : tous les efforts pour l’étendre au secteur privé qui n’était pas directement concerné échouèrent. Les grévistes affirmèrent qu’ils faisaient la « grève par procuration » pour l’ensemble des travailleurs, ce qui fut rapidement contredit par une reprise du travail, fortement appuyée par les syndicats alors quelque peu dépassés, lorsque le gouvernement abandonna son projet par crainte d’une telle extension.

Une des raisons de cette non-extension au secteur privé était que les travailleurs de ce secteur économique le plus important n’étaient pas concernés par cette mesure. Au contraire ils avaient été touchés, quelques années auparavant, par le passage à 40 années du temps de cotisation requis pour toucher une retraite pleine et entière. Sans que cela déclenche une réaction des centrales syndicales ou de mouvement de base.

En 1995, le retrait des mesures gouvernementales et la fin du conflit ne réglaient pas pour autant l’échec politique. Il y a une règle politique constante qu’un gouvernement qui, par quelque tentative pourtant requise par le capital, provoque un conflit majeur perturbant sérieusement le fonctionnement de l’économie capitaliste, doive en quelque sorte le payer politiquement : le conflit social, quelle qu’en soit l’issue, est apaisé, en quelque sorte transféré sur une « solution » politique bien sûr transitoire. De Gaulle avait payé en avril 1969 l’échec politique que représentait mai 1968, bien que bénéficiant alors d’une majorité largement suffisante pour gouverner. Les contrecoups de l’échec social de l’automne 1995 se concrétiseront par l’élection au printemps de 1997, après une dissolution supposée laver l’affront social, d’une majorité de gauche « plurielle » dominée par le parti « socialiste ».

Bel exemple d’un mouvement social dévié sur un geste politique supposé résoudre les problèmes ayant sous-tendu l’affrontement social. La tâche qui attendait ce gouvernement « de gauche » était de faire passer les réformes nécessaires au capital en France ; il pouvait jouer pour cela de la confiance - toute relative - que des travailleurs pouvaient - encore - accorder à un tel changement politique.

LA GAUCHE PRÉPARE LE TERRAIN POUR LA DROITE

La continuité sous l’alternance gouvernementale
La nature même de la social-démocratie est de gérer « à gauche » les intérêts du capital. C’est devenu un lieu commun de dire que la cette « gauche » n’a pas, au cours de ces cinq années au pouvoir, tenté de s’attaquer aux problèmes que lui avait légués le gouvernement « de droite », c’est-à-dire aux réformes exigées par le capital notamment au problème des retraites. On oublie en général qu’il a parfaitement rempli sa tâche de gestionnaire du système en ce qui concerne la paix sociale et la hausse de la productivité du travail, une arme essentielle dans la compétition capitaliste internationale. Dans cette période de cinq années, des résultats essentiels ont été atteints au détriment des
travailleurs :

- sous l’étiquette fallacieuse de la réduction du temps de travail avec les « 35 heures », les entreprises en France ont gagné une flexibilité totale du travail et un blocage des salaires avec en prime des subventions déguisées (politique entamée par la droite avec la loi de Robien exonérant pour sept ans les cotisations sociales dues pour chaque salarié et poursuivie par la loi Aubry qui baisse pour cinq ans les cotisations des salariés embauchés au titre de la RTT). Une conséquence non moins importante de la mise en application de cette législation a été un transfert de la fixation des relations de travail d’un niveau global (Etat ou conventions de branches d’industrie) au niveau local de l’entreprise ou même de chaque usine d’un même trust, c’est-à-dire l’abolition d’une égalité territoriale unificatrice vers une localisation différenciatrice porteuse de divisions et de faiblesses.

C’est dans ces conditions que le capital en France peut se targuer d’avoir la productivité horaire par travailleur la plus élevée des pays industrialisés. Il pourrait aussi se targuer d’avoir profondément bouleversé les conditions de travail et de vie des travailleurs, accroissant ainsi leur « individualisation » et la parcellisation des luttes ;

- cette transformation des conditions de travail et de vie s’est accompagnée d’une restructuration industrielle, pour partie engendrée par des privatisations du secteur public, les licenciements en résultant étant favorisés par l’allègement des contrôles étatiques et une réforme de l’indemnisation du chômage. Les licenciements furent masqués par d’importantes embauches précaires, notamment de jeunes (emplois-jeunes, notamment dans le système éducatif dont il a été question ci-dessus) ;

- cette forme spécifique de précarisation n’était qu’un des aspects d’un précarisation générale touchant l’ensemble de l’économie, en partie conséquence de la mise en concurrence sans frontières de la force de travail, de la flexibilité du travail et du concassage du temps de travail, en partie par l’embauche dans nombre de services publics de travailleurs hors statut garanti. Et pour une autre partie la conséquence d’accords internationaux (par exemple entrée de la Chine dans l’OMC) ou d’abandon d’accords protecteurs des industries nationales (par exemple la fin de l’accord multifibre couvrant la production textile) :

- dans tous les domaines des garanties sociales ou des statuts préservés, la pratique développée au cours de ces années, consista, pour éviter des explosions sociales globales, de parcelliser à l’extrême en procédant à des réformes ponctuelles par catégories limitées. Une partie de ces réformes « parcellisantes » et qui va se trouver au centre du conflit dans l’éducation nationale touche la « régionalisation », c’est-à-dire le transfert de services dépendant de l’Etat central vers les collectivités locales (voir ci-dessus le chapitre « régionalisation »).

L’ensemble a ainsi créé les conditions propres à une autre avancée vers des réformes plus radicales, celles-là mêmes retardées par crainte d’un mouvement social. Mais en même temps, elles ont aussi créé un mécontentement diffus, un malaise d’autant plus profond qu’il ne pouvait se concrétiser que difficilement dans des luttes ouvertes, et que crise et restructurations faisaient naître une inquiétude croissante, soulignant l’impuissance des politiques face à l’inexorable évolution de l’économique. Dans le même temps, les réformes longtemps retardées devenaient d’autant plus urgentes qu’elles se posaient non plus au niveau national mais au niveau européen et que la crise économique mondiale contraignait à ne plus différer leur réalisation ; elles pouvaient se définir suivant trois axes :

- le corollaire de la liberté de circulation des travailleurs dans une harmonisation par le bas des systèmes de protection sociale et la suppression des particularismes nationaux ;
- la suppression des entraves à la constitution d’un libre marché européen avec pour corollaire le réduction de la plus grande partie des secteurs publics et leur privatisation ;
- l’harmonisation des structures politiques des Etats par la constitution de régions équilibrées dotées de pouvoirs plus conséquents transférés des Etats centralisés dont les fonctions se trouvaient diminuées d’autant.

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La réforme des retraites. Chronologie des luttes de 2002 et 2003

Le mouvement des enseignants (1)

Le mouvement des enseignants (2 : chronologie)

L’extension de la grève des enseignants et son intégration dans la lutte pour la défense des retraites

Les organismes de lutte

Les enjeux : décentralisations, privatisations, retraites...

De la grève des enseignants aux manifestations contre la réforme des retraites. Conclusion

Annexe : La place de l’enseignement dans le capitalisme moderne