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La réforme des retraites. Chronologie des luttes de 2002 et 2003

publié le mardi 11 décembre 2007

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Le mou­ve­ment des ensei­gnants (1)

Le mou­ve­ment des ensei­gnants (2 : chro­no­lo­gie)

L’exten­sion de la grève des ensei­gnants et son intég­ration dans la lutte pour la déf­ense des retrai­tes

Les orga­nis­mes de lutte

Les enjeux : déc­ent­ra­li­sations, pri­va­ti­sa­tions, retrai­tes...

Le cadre éco­no­mique et poli­ti­que

De la grève des ensei­gnants aux mani­fes­ta­tions contre la réf­orme des retrai­tes. Conclusion

La place de l’ensei­gne­ment dans le capi­ta­lisme moderne

La lutte plus spé­ci­fique et plus cen­trale des ensei­gnants est traitée dans Le mou­ve­ment des ensei­gnants (2 : chro­no­lo­gie).

Voir aussi : Retraites : l’Etat orga­nise la misère sociale, et le capi­tal, la paupé­ri­sation


- Janvier 2002 - Les luttes n’ont pas surgi brus­que­ment par la mise en œuvre de réf­ormes gou­ver­ne­men­ta­les : le pro­gramme de l’UMP affirme la néc­essité de pro­mou­voir ce qui a fait partie du « pro­gramme » de Chirac lors de l’élection pré­sid­enti­elle. Notamment, sur la réf­orme des retrai­tes, le minis­tre du tra­vail Fillon déc­lare : « Nous devons le faire dès la pre­mière année. »

- Mars - Le Conseil européen pré­co­nise, pour rés­oudre notam­ment le « pro­blème des retrai­tes », iden­ti­que dans tous les pays d’Europe, « l’allon­ge­ment de la durée du tra­vail ».

- Au cours de l’été, des équipes de la CGT et de la CFDT tra­vaillent en commun sur les pro­jets de réf­orme. dont les médias ne don­nent que de gran­des lignes très vagues.

- 25 sep­tem­bre - Le gou­ver­ne­ment annonce la fin de 52 000 « emplois-jeunes ». Il s’agit des emplois préc­aires créés par le pré­cédent gou­ver­ne­ment social-démoc­rate pour les jeunes de moins de 25 ans, dans le but de rés­orber le chômage.

- 6 jan­vier 2003 - Chirac lance la réf­orme en en pré­cisant les prin­ci­pes et le calen­drier, sou­li­gnant « l’urgence de la réf­orme des retrai­tes ». Mais rien de précis n’est com­mu­ni­qué.

- 7 jan­vier - Tous les syn­di­cats réunis - CFDT, CFTC, CGC, FSU, FO et CGT - éla­borent une « plate-forme syn­di­cale de référ­ence sur les retrai­tes » qui affirme le « droit à la retraite à taux plein à 60 ans » mais ne dit rien sur le nombre d’années requis pour y avoir droit et notam­ment ne revient pas du tout sur le pas­sage de 37,5 années à 40 années de coti­sa­tions (réf­orme Balladur de 1993).

- 9 jan­vier - Le référ­endum orga­nisé par la direc­tion d’EDF-GDF sur un projet de réf­orme du régime par­ti­cu­lier des retrai­tes, projet élaboré de concert avec la CGT et sou­tenu par cette orga­ni­sa­tion, abou­tit à un rejet par 59% des votants (FO et SUD étaient contre la réf­orme). L’appro­che lég­is­la­tive et des oppo­si­tions

- 1er février - mani­fes­ta­tions (dont une des retraités) orga­nisées par les syn­di­cats dans toute la France sur la base de la plate-forme élaborée le 7 janvie.

- 3 février - Le pre­mier minis­tre Raffarin fait état du projet gou­ver­ne­men­tal de réf­orme des retrai­tes devant le Conseil éco­no­mique et social. Il ne donne guère de pré­cisions sauf l’idée cen­trale d’une har­mo­ni­sa­tion pro­gres­sive du statut des retrai­tes entre le public et le privé.

- 5 février - Début des concer­ta­tions entre le patro­nat et les syn­di­cats sur cette réf­orme.

- Mi-mars - Les pre­miers pro­jets publiés insis­tent sur les car­rières lon­gues. Chérèque (leader CFDT) et Juppé (pré­sident de l’UMP, parti gou­ver­ne­men­tal) se ren­contrent. 7 confé­dé­rations syn­di­ca­les font une déc­la­ration com­mune et pro­jet­tent une pre­mière journée d’action.

- 24 mars - Des mou­ve­ments de grève plus ou moins auto­no­mes dans la Seine-Saint-Denis, l’Hérault, la région du Havre cer­tains depuis une semaine.

Le minis­tre Fillon donne les gran­des lignes du projet de réf­orme : ali­gne­ment public privé à 40 ans de coti­sa­tion en 2008 et montée pro­gres­sive à 41 en 2012 puis 42 en 2020 pour tous ; pour les fonc­tion­nai­res, un salaire de référ­ence à la moyenne des trois der­nières années au lieu des six der­niers mois et décote de 5 % par année man­quante.

- 24 au 28 mars - Congrès annuel de la CGT qui réaff­irme le prin­cipe de la « retraite à 60 ans à taux plein » mais n’évoque pas plus la ques­tion de la durée de coti­sa­tion.

LES PREMIERS JOURS DE MOBILISATION.

LES TEMPS FORTS

- 3 avril - Une pre­mière journée de mobi­li­sa­tion syn­di­cale, sans la CFDT : des cen­tai­nes de mil­liers de per­son­nes (800 000 ?) dans la rue dans toute la France.

- 18 au 22 avril - Nouvelles entre­vues confé­dé­rations-gou­ver­ne­ment, dont pas grand chose ne trans­pire.

- 24 avril - Le minis­tre des Affaires socia­les Fillon donne à nou­veau, après ces consul­ta­tions, des détails concer­nant la retraite des fonc­tion­nai­res. Il reprend à l’iden­ti­que l’idée de l’ali­gne­ment de la durée des coti­sa­tions pour avoir la retraite pleine : à 40 ans en 2008 et, à partir de cette durée com­mune public-privé, montée pro­gres­sive à 41 ans en 2012 et 42 en 2020 (avec réd­uction en cas d’anti­ci­pa­tion et aug­men­ta­tion en cas de pro­ro­ga­tion) ; salaire de référ­ence : trois der­nières années au lieu des six der­niers mois ; il ajoute un point sur la garan­tie, pour le privé, de 67 % du salaire de référ­ence (contre 78 % actuel­le­ment) avec plan­cher à 75 % du SMIC. L’ensem­ble abou­tit à terme à une baisse glo­bale du niveau des pen­sions de 20 % pour le public et 30 % pour le privé.

LA ROUTE DES FORMES D’ACTION.

LES MENACES D’EXTENSION

- 1er mai - Les mani­fes­ta­tions syn­di­ca­les tra­di­tion­nel­les sont beau­coup plus impor­tan­tes qu’habi­tuel­le­ment. Plus de 400 000 mani­fes­tants. Forte par­ti­ci­pa­tion des ensei­gnants. A Paris et en Seine-Saint-Denis, les mots « grève géné­rale » com­men­cent à fuser.

- 7 mai - Le projet de réf­orme des retrai­tes est présenté au conseil des minis­tres.

- En mai et juin, les journées d’action se mul­ti­plient avec des « temps forts », c’est-à-dire à chaque fois une recru­des­cence de débra­yages qui par­fois se pro­lon­gent au-delà de ladite journée mais qui, sauf dans l’ensei­gne­ment et encore d’une manière très iné­gale, ne se limi­tent qu’à quel­ques jours.

- 13 mai - Une nou­velle journée syn­di­cale d’action et de mani­fes­ta­tions regroupe entre 1 et 2 mil­lions de sala­riés dans toute la France, mais essen­tiel­le­ment du sec­teur public. Chez Renault-Flins, 2 000 sala­riés sur 5 700 débraient deux heures. A l’usine Toyota de Valenciennes, 48 grév­istes sur 2 600 tra­vailleurs. Par contre dans cer­tai­nes villes de pro­vince, la par­ti­ci­pa­tion du privé peut être plus impor­tante. Par exem­ple, 25 000 per­son­nes mani­fes­tent à Tours ; à Marseille seraient appa­rues dans les manifs de 160 à 180 boîtes du privé, selon FO - mais qui ?

- 14 mai - Tentatives dans des AG de donner une suite à la journée du 13, et ce malgré des préavis de grève non reconduc­ti­ble. Atermoiements syn­di­caux, notam­ment de la CGT. Mais loca­le­ment et spo­ra­di­que­ment cela donne lieu à des pro­lon­ga­tions de grève. Des débra­yages se pour­sui­vent à la SNCF, à La Poste. A la RATP, les conduc­teurs pro­lon­gent le mou­ve­ment, mais celui-ci s’essouf­fle au bout de deux jours devant les mena­ces de la direc­tion et la fai­blesse du sou­tien des syn­di­cats. La CGT en par­ti­cu­lier, défend son plan : mani­fes­ta­tion le 25 mai, et grève reconduc­ti­ble le 2 juin. Ces velléités de reconduc­tion de la grève res­tent donc isolées et sont faci­le­ment blo­quées par les syn­di­cats.

- Ce même jour, alors que le gou­ver­ne­ment peut se réjouir qu’il n’y ait pas de grève illi­mitée, les lea­ders syn­di­caux CGT, CFDT, FO, CFTC et CGC sont reçus par le minis­tre du tra­vail Fillon sans que l’on sache exac­te­ment de quoi ils ont pu dis­cu­ter pen­dant plu­sieurs heures d’affilée.

- 15 mai - A la gare d’Austerlitz (Paris Sud-Ouest), une cen­taine de che­mi­nots, en grève depuis le mardi 13, se réun­issent en AG et votent par 99 voix la pour­suite du mou­ve­ment. Ils lan­cent un appel sur Internet. Apparemment, seuls quel­ques trains sont sup­primés et tout ren­trera rapi­de­ment dans l’ordre.

- La CFDT puis la CGC, après des dis­cus­sions séparées avec le pre­mier minis­tre, déc­larent que les pro­po­si­tions gou­ver­ne­men­ta­les cons­ti­tuent un « com­pro­mis accep­ta­ble ». Il est dif­fi­cile de dire quel­les sont les conces­sions et les pro­mes­ses faites à la CFDT. Les pre­mières tou­chent des points de détail sur la décote de la retraite en cas d’anti­ci­pa­tion (abaissée de 10 % à 5 %), un bonus de 3 % par année en cas de pro­ro­ga­tion au-delà des 40 années de coti­sa­tion, la retraite avant 60 ans pour ceux qui auraient com­mencé à tra­vailler entre 14 et 16 ans et le plan­cher de la retraite sécu à 85 % du SMIC et une aug­men­ta­tion des coti­sa­tions patro­na­les vieillesse de 0,2% en 2006. D’autres amé­na­gements tou­chent les pro­jets concer­nant les fonc­tion­nai­res.

- Quoi qu’il en soit, il faut se deman­der quel est l’intérêt pour le gou­ver­ne­ment d’avoir obtenu cette signa­ture qui rompt le front syn­di­cal et cau­tionne en quel­que sorte le projet gou­ver­ne­men­tal. La réf­orme du système de retraite pour les sec­teurs public et privé (sauf pour les retrai­tes com­plém­ent­aires) ne dépend nul­le­ment d’accords pari­tai­res mais du vote d’une loi par le par­le­ment. La pro­cla­ma­tion que la CFDT « a signé » fait de toute évid­ence référ­ence à la procé­dure habi­tuelle dans les accords col­lec­tifs (vala­ble pour les retrai­tes com­plém­ent­aires comme pour toute conven­tion col­lec­tive), où la signa­ture d’un seul syn­di­cat représ­en­tatif, même tota­le­ment mino­ri­taire, donne force légale à l’accord . Chaque tra­vailleur sait cela et l’opé­ration prés­ente procède d’une iden­ti­fi­ca­tion mys­ti­fi­ca­trice. Il s’agit de donner l’impres­sion que le vote du Parlement n’est dès lors plus qu’une for­ma­lité et que l’essen­tiel est fait. Difficile de dire quelle inci­dence cette manoeu­vre a eu sur le cours du mou­ve­ment dont le but paraît avoir été d’entraîner une démo­bi­li­sation. Curieusement, les syn­di­cats non signa­tai­res ne repro­chent pas vrai­ment à la CFDT d’avoir signé. Ils sou­tien­nent plutôt que « comme Fillon avait abso­lu­ment besoin de la signa­ture de la CFDT, il fal­lait la vendre plus chère ». Le leader de la CGT, Bernard Thibault, déc­lare que « la CFDT n’a pas une atti­tude conve­na­ble ». Les syn­di­cats non « signa­tai­res » appel­lent à d’autres mani­fes­ta­tions : pour le 19 mai dans toute la France et le diman­che 25 mai une mani­fes­ta­tion cen­trale à Paris.

- 19 mai - C’est la « journée d’action des fédé­rations de fonc­tion­nai­res » (sauf la CFDT). Des mani­fes­ta­tions se dér­oulent dans 70 villes : comme d’habi­tude, les chif­fres diffèrent, de 40 % à 65 % de grév­istes dans l’édu­cation natio­nale, 800 000 mani­fes­tants dont 100 000 à Marseille. La par­ti­ci­pa­tion est forte dans l’ensei­gne­ment, mais très mitigée dans les autres ser­vi­ces publics. Les mino­rités poli­ti­ques et syn­di­ca­les ten­tent de coller des mots d’ordre « mobi­li­sa­teurs », comme « 37,5 années de coti­sa­tions », « grève géné­rale ».

- Durant la der­nière semaine de mai et début juin, on pour­rait pres­que dire que c’est la confu­sion orga­nisée.

Manifestement, la CGT et FO ten­tent de divi­ser le mou­ve­ment en orga­ni­sant la dis­per­sion. Il s’agit sans doute à la fois de sonder les ten­dan­ces vers un mou­ve­ment géné­ralisé et, plus vrai­sem­bla­ble­ment, de mon­trer qu’il n’y a rien à espérer du décl­enc­hement d’une grève géné­rale (il ne semble pas qu’ils crai­gnent à ce moment des déb­or­dements quel­conques).

LA DISPERSION

Voici com­ment se met­tent en place les condi­tions de la dis­per­sion :

- 22 mai - Action natio­nale syn­di­cale dans l’édu­cation.

- 25 mai - Il est ques­tion de pré­parer une journée « d’arrêt natio­nal » de 24 heures qui se dér­ou­lerait le 25 mai... un diman­che.

- Du 26 au 28 mai - Préavis de grève de FO dans les hôpitaux

- 27 mai - Préavis de FO à La Poste.

La CGT lance pour le 3 juin des préavis de grèves reconduc­ti­bles à la SNCF (avec cinq autres fédé­rations syn­di­ca­les) et à la RATP.

- Il paraît que cette flo­rai­son de mots d’ordre dis­persés « s’ins­crit dans une dém­arche de grève géné­rale », ce qui contre­dit des déc­la­rations publi­ques de lea­ders selon les­quel­les « la grève géné­rale ne se décl­enche pas comme ça ». En tout cas, on remar­que que les médias jouent le jeu, et n’omet­tent pas d’annon­cer des « journées noires » qui doi­vent prou­ver la vio­lence de la lutte et la dét­er­mi­nation des syn­di­cats. Quelques exem­ples :

- 28 mai - Le quo­ti­dien éco­no­mique et finan­cier Les Echos considère que « la mobi­li­sa­tion a été très forte chez les per­son­nels de l’Education natio­nale - 26 % à 43 % de grév­istes selon le ministère ». Que, le jour d’un temps fort, deux ou trois ensei­gnants sur quatre tra­vaillent doit cepen­dant être plutôt ras­su­rant pour le minis­tre ! De la même façon, la presse indi­quent conti­nuel­le­ment que « les trans­ports vont être para­lysés » (le préavis du 20 mai pour le 3 juin a de ce point de vue beau­coup servi). Même remar­que pour les mena­ces de boy­cott du bac.

- 25 mai - Manifestation « natio­nale » à Paris . A Renault-Flins, 50 ouvriers se retrou­vent devant les grilles de l’usine pour aller mani­fes­ter dans la capi­tale.

- Fin mai - Manifestations loca­les innom­bra­bles mais dont on se demande si, orga­nisées par les syn­di­cats locaux, elles ne visent pas à créer une dis­per­sion autant qu’un déc­ou­ra­gement en fai­sant la preuve de leur inef­fi­ca­cité.

Exemple : à Tours, le 29, mani­fes­ta­tion à vélo de 250 per­son­nes ; le 30 mai, AG loca­les puis AG géné­rale ; le lundi 2 juin, pique-nique à Saint-Pierre-des-Corps et retraite aux flam­beaux ; le 3 juin, sur appel syn­di­cal ras­sem­ble­ment des tra­vailleurs du sec­teur privé... etc. Autre exem­ple, à Roanne (Loire) : depuis le 13 mai, la situa­tion éco­no­mique et sociale de la région (notam­ment les licen­cie­ments au GIAT) pro­vo­que des actions quasi quo­ti­dien­nes.

Exemple de suren­chère gra­tuite : FO Finances appelle à une grève illi­mitée dans les ser­vi­ces fis­caux. Sans grand rés­ultat.

A l’ANPE, les 26-28 mai, 5 200 grév­istes dans 144 agen­ces fermées.

Dans un cer­tain nombre de villes, notam­ment à Paris, les éboueurs sont en grève (pen­dant quinze jours à Marseille), avec une par­ti­ci­pa­tion iné­gale, par­fois avec l’appui d’autres employés muni­ci­paux. Pour les éboueurs de Paris, la grève ne vise pas les retrai­tes, mais leur plan de car­rière et la grille des salai­res.

- 27 mai - Les syn­di­cats, sauf la CGT, sont reçus par le minis­tre des Transports et se voient confir­mer que le régime spécial RATP ne sera pas affecté par la réf­orme. Ils renon­cent à leur préavis de grève, sauf la CGT.

De même, les Autonomes de la SNCF (prin­ci­pal syn­di­cat des conduc­teurs de trains) obtien­nent du minis­tre que leur régime de retraite ne sera pas touché pen­dant « au moins deux ans ». Ils reti­rent leur ordre de grève.

- 28 mai - Le projet de loi Fillon présenté au conseil des minis­tres.

- 29 mai - Le dépôt du projet de loi devant l’Assemblée natio­nale donne dans 81 arti­cles le contenu concret et détaillé de la réf­orme :

ali­gne­ment de la durée de coti­sa­tion privé-public de 37,5 années jusqu’à 40 années pro­gres­si­ve­ment jusqu’à 2008. Pour le privé, hausse des coti­sa­tion de 0,2% en 2006 ;

base : privé, pas de modi­fi­ca­tion, public, trai­te­ment des 6 der­niers mois ;

décote en cas d’anti­ci­pa­tion sans le nombre d’années requis pour la retraite pleine : dans le privé, 10% par année en 2004 réd­uite pro­gres­si­ve­ment à 5% jusqu’en 2008 ; dans le public, pro­gres­sive jusqu’à 5% en 2015 ;

sur­cote en cas de différé dans l’entrée en retraite au delà de l’âge requis : privé 3% par année ;

rachat de coti­sa­tions : public et privé : trois années d’études ;

âge de départ : pos­si­bi­lité d’anti­ci­pa­tion sans abat­te­ment si les 40 années cotisées ont débuté entre 14 et 16 ans ;

mini­mum de retraite en 2008 : 85% du SMIC ;

indexa­tion de retraite sur les prix et non plus sur les salai­res pour le public aussi (le privé est à ce régime depuis 1997) ;

d’autres mesu­res concer­nent les avan­ta­ges fami­liaux, les pen­sions de rév­ersion, l’épargne retraite et les régimes com­plém­ent­aires obli­ga­toi­res pour les non sala­riés.

La chute.

Le vote de la loi

- On voit donc que la réf­orme des retrai­tes concerne aussi le sec­teur privé. Le fait que ce der­nier ne bouge pas expli­que la tran­quillité avec laquelle le gou­ver­ne­ment avance dans son calen­drier sans se lais­ser impres­sion­ner par les mani­fes­ta­tions. Il sait, comme les syn­di­cats, que les grèves sont très par­tiel­les, même dans l’ensei­gne­ment, et que les temps forts ont une fonc­tion plus démo­bi­li­sat­rice qu’autre chose.

- 3 juin - La grève annoncée de longue date par la CGT, FO, FSU, UNSA dans le sec­teur public est refusée par les autres confé­dé­rations, y com­pris à la SNCF par le syn­di­cat des agents de conduite (sauf par­fois sur le plan local). Du coup, le « rendez-vous majeur de grèves et de mani­fes­ta­tions » (Bernard Thibault) masque mal les « pre­miers signes d’essouf­fle­ment » (Les Echos). Des sec­teurs essen­tiels - EDF, SNCF, RATP - res­tent pra­ti­que­ment en dehors de la grève.

Pour l’édu­cation natio­nale, c’est la dixième journée d’action. Ailleurs, les effets sont très inégaux — depuis 80 % des vols annulés dans les aéroports jusqu’à 2 heures de grève des dockers et des per­tur­ba­tions séri­euses dans les trans­porte publics locaux, avec des par­ti­ci­pa­tions entre 20 % et 50 % de grév­istes.

Hors de l’édu­cation natio­nale, c’est dans des sec­teurs spé­ci­fiques de ser­vi­ces locaux que la grève est la plus dure, notam­ment dans le ramas­sage des ordu­res à Cahors, Brest, Lyon, Seine-Saint-Denis, Bordeaux, Nantes. Les grèves durent par­fois depuis plu­sieurs semai­nes, ce qui entraîne des réq­ui­sitions, des inter­ven­tions de flics contre les piquets de grève, des arres­ta­tions comme à Bobigny où les CRS inter­vien­nent pour « libérer » le dépôt de voi­tu­res bennes (sou­vent la grève « pour la retraite » est plus motivée par les condi­tions de tra­vail et les salai­res).

A Marseille, plus de 250 000 mani­fes­tants tém­oignent de nou­veau que le conflit y est plus aigu qu’ailleurs, alors que par­tout dans le privé une mul­ti­pli­cité de débra­yages pren­nent sou­vent une allure plus que sym­bo­li­que.

- De nou­veau, les syn­di­cats (sauf la CFDT) se retrou­vent pour appe­ler à une journée d’action pour le 10 juin, jour de la prés­en­tation du projet sur les retrai­tes à l’Assemblée natio­nale, ce qui conti­nue d’accré­diter le glis­se­ment poli­ti­que de l’action et son inu­ti­lité puis­que, de toute façon, une écras­ante majo­rité sou­tient le gou­ver­ne­ment. Ce que confirme Hollande, secrét­aire du PS : « Politiser n’est pas récupérer. » Cela rejoint une déc­la­ration antéri­eure de Blondel, le leader de FO : « Nous sommes dans la der­nière semaine de l’expres­sion syn­di­cale. Après le 25 mai, le pro­blème va deve­nir un combat entre la majo­rité et l’oppo­si­tion, ce qui change sa nature. »

- 4 juin - Des réactions com­men­cent à se mani­fes­ter qui peu­vent se révéler déli­cates pour les syn­di­cats : « On en a marre de ces journées de grève qui ne ser­vent à rien... Il faut aller jusqu’au bout main­te­nant. Après, on deman­dera des comp­tes aux syn­di­cats qui nous ont lâché cette fois... »

Pour éviter les déb­or­dements, la CGT choi­sit de mul­ti­plier les réunions à la base, ce qui permet de mar­gi­na­li­ser les mino­ri­tai­res plus radi­caux. La police com­plète ce tra­vail à la base en fai­sant évacuer des ten­ta­ti­ves de ras­sem­ble­ments inter­pro­fes­sion­nels dans quel­ques dépôts de bus de la ban­lieue pari­sienne.

Sur le nombre de grév­istes, c’est la bataille des pour­cen­ta­ges et il est dif­fi­cile de dire où se situent les 10 à 20 % de grév­istes annoncés par les médias. On peut donner un aperçu avec ce qui se passe à Tours où un noyau dur Education-SNCF-EDF semble fai­blir avec entre 15 % à 25 % de grév­istes ; une mani­fes­ta­tion du sec­teur public regroupe 2 000 par­ti­ci­pants mais elle a lieu le soir. La SNCF clame une reprise du trafic, ce que semble confir­mer cette déc­la­ration d’un res­pon­sa­ble syn­di­cal de Toulouse le 6 juin : « On lâche la sou­pape quand ça menace de déb­order. » Mais ailleurs des actions de com­man­dos sem­blent indi­quer une radi­ca­li­sa­tion, tout au moins de mino­rités axées sur l’ensei­gne­ment ; les occu­pa­tions des voies de la SNCF avec blo­cage des trains se mul­ti­plient ; des sièges du Medef sont atta­qués de différ­entes façons (l’un d’eux brûlera à La Rochelle).

- 10 juin - Alors que les députés com­men­cent l’examen du projet de loi, journée de grève natio­nale et de mani­fes­ta­tions. Dans l’esprit des cen­tra­les syn­di­ca­les, cette journée devait à la fois coif­fer un mou­ve­ment de base qui n’arri­vait pas à s’éte­indre et, en même temps, dém­ontrer que les sou­tiens qu’il atten­dait tou­jours des autres sec­teurs com­mençait à fai­blir. De fait, si la par­ti­ci­pa­tion est moins impor­tante glo­ba­le­ment en pro­vince, elle l’est plus dans les gran­des villes comme Lyon, Marseille ou Paris. Pourtant, on peut com­pa­rer les chif­fres de grév­istes avec les autres « journées d’action » dans les prin­ci­paux sec­teurs. On compte 500 000 à 1 mil­lion de mani­fes­tants.

A la fin de la mani­fes­ta­tion du 10 juin (pen­dant laquelle la CGT empêche les déb­or­dements), les syn­di­cats appel­lent à une nou­velle journée d’action pour le 12. Selon Le Monde, cet appel procède de leur « prin­ci­pale han­tise », qui est de « perdre la confiance des AG » - ce qui donne un écl­ai­rage intér­essant sur la fonc­tion des AG et de leurs ani­ma­teurs gau­chis­tes.

- L’après-10 juin n’est pas aussi calme que les différents pou­voirs pou­vaient l’espérer. La reconduc­tion de la grève à la SNCF est très iné­gale, depuis une reprise totale (Lyon, Lille, Reims) à près de 50 % de grév­istes (Toulouse, Marseille, Montpellier). Dans de nom­breu­ses villes de pro­vince, ensei­gnants et fonc­tion­nai­res (prin­ci­pa­le­ment) ten­tent de relan­cer ce qu’ils sen­tent leur éch­apper : Limoges, Lille, La Rochelle, Le Mans, La Réunion, Abbeville, Amiens, Rennes, Rouen, Le Havre, Perpignan, Nantes, Bordeaux, Brest, Calais.

A Marseille, une grève sur les retrai­tes est décl­enchée par la CGT le 10 juin. Elle bloque 5 des 7 navi­res de la SNCM, et prend fin deux jours plus tard.

- 11 et 12 juin - A Pau, les mani­fes­tants se retrou­vent, par cen­tai­nes ou par mil­liers, pas seu­le­ment à occu­per la rue mais enva­hir et occu­per des locaux publics.

- 12 juin - C’est le jour du bac­ca­lauréat. Il y a dans cer­tai­nes villes plus de mani­fes­tants que le 10. A Marseille, qui semble être au centre d’une dyna­mi­que rég­io­nale, la CGT et FO se croient contraints d’orga­ni­ser une mani­fes­ta­tion com­mune qui fait déf­erler 200 000 mani­fes­tants. Thibault s’y fait huer lorsqu’il dén­once le mythe de la grève géné­rale. Au par­le­ment, la bataille par­le­men­taire com­mence autour du projet de loi sur les retrai­tes : 8 500 amen­de­ments sont déposés, mais chacun sait bien que de ce côté, les jeux sont faits à cause de l’énorme majo­rité conser­va­trice. Bien sûr, les jour­naux sont dans leur rôle en prés­entant le débat à la Chambre comme un combat de titans.

Alors que Le Monde du 12 juin titre que « gou­ver­ne­ment et syn­di­cats s’effor­cent de sauver le bac », ces mêmes syn­di­cats orga­ni­sent pour le 19 une nou­velle journée d’action, journée inter­pro­fes­sion­nelle d’action et de grèves. La mani­fes­ta­tion pari­sienne est dirigée vers le siège du Medef pour mon­trer que l’enjeu est dés­ormais les retrai­tes com­plém­ent­aires.

- Il faut croire que le pou­voir perçoit le ralen­tis­se­ment du mou­ve­ment car ce même jour, le 12, la SNCF dépose des plain­tes contre le « blo­cage de la cir­cu­la­tion des trains » et la « dég­ra­dation de l’outil de tra­vail » visant notam­ment une soixan­taine de grév­istes qui avaient occupé un poste d’aiguillage à Paris-Nord.

Toujours le 12 juin, grève de 48 heures reconduc­ti­ble au dépôt de Shell-Pétrochimie-Méditerranée de Berre-Lavera (près de Marseille) : le trafic d’entrée et de sortie est bloqué, mais la raf­fi­ne­rie fonc­tionne ; cepen­dant, les grév­istes mena­cent de la stop­per si les flics inter­vien­nent contre les piquets.

A Clermont-Ferrand, une mani­fes­ta­tion orga­nisée par la CGT et la FSU regroupe 15 000 mani­fes­tants der­rière 24 bus en grève ; des œufs sont lancés contre la voi­ture sono de la CGT qui annonce la dis­per­sion.

- 14 juin - Une contre-mani­fes­ta­tion (entre 10 000 et 20 000 per­son­nes) réc­lame des mesu­res éner­giques contre les per­tur­ba­teurs qui trou­blent la marche de l’éco­nomie.

- 15 juin - La CGT orga­nise un pique-nique à Paris, sur la place du Trocadéro, pour lancer une pétition. Le but est de réunir des mil­lions de signa­tu­res contre la réf­orme des retrai­tes.

- 19 juin - La journée montre bien, après la vic­toire gou­ver­ne­men­tale du bac, que tout est en train de ren­trer dans l’ordre. Les compères syn­di­caux déc­larent benoî­tement qu’« il s’agit de confor­ter l’acquis des mobi­li­sa­tions des der­nières semai­nes ». En fait, ils sont réunis pour pré­parer la dis­cus­sion sur les retrai­tes com­plém­ent­aires AGIRC et ARRCO, ce qui montre qu’ils enté­rinent l’essen­tiel des autres réf­ormes et qu’ils considèrent la lutte comme close. Ce qui vaudra à la CGT, quel­que temps plus tard, les féli­ci­tations de Fillon.

- 24 juillet - La loi por­tant réf­orme des retrai­tes est défi­ni­ti­vement votée par le Parlement, avec seu­le­ment quel­ques amé­na­gements mineurs par rap­port au projet ini­tial.

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