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L’immigration chinoise en France

lundi 3 décembre 2007

Ce texte est paru dans Echanges n°122 (automne 2007). Il a été rédigé à la demande de camarades allemands
pour un ouvrage à paraître en Allemagne sur l’immigration chinoise dans le monde

Depuis longtemps, la France est une terre d’immigration (1). Elle fut la première nation à établir, avant la guerre de 1914, un contrôle bureaucratique de sa population (avec une carte d’identité) (2) et à définir un modèle d’immigration contrôlée capable de répondre aux rigidités du marché du travail.

La politique intérieure de la bourgeoisie française, notamment après la Commune de 1871 consistait à s’appuyer sur les classes moyennes et paysannes, à éviter un exode rural et à conserver ainsi une base politique permettant de contenir et de contrebalancer politiquement les classes prolétariennes, les classes dangereuses.
Une telle politique était à l’opposé par exemple de celle des Etats-Unis - qui sont nés de l’immigration de peuplement mêmes’ils n’acceptent plus les mouvements plus récents des « latinos » - ou de celle du Royaume-Uni qui, bien auparavant, avait par des mesures drastiques (les « enclosures ») contraint les paysans à devenir des prolétaires.

Evolution et situation générale de l’immigration en France
En France, la première loi définissant cette politique d’immigration de substitution à la main-d’œuvre locale fut votée dès 1880 (3).

Même avec ces tendances bureaucratiques à orienter et à contrôler l’entrée des étrangers, une estimation des différents courants d’immigration était, et est encore, difficile. Une des principales raisons est l’impossibilité pratique d’empêcher les mouvements de population à travers des frontières terrestres étendues, dans des zones de plaines ou montagneuses, pratiquement sans l’obstacle de frontières naturelles. Il en résulte que les chiffres que nous pouvons citer doivent être pris avec bien des précautions et ne peuvent donner que des estimations très approximatives : actuellement, il est pratiquement impossible de connaître le nombre exact des immigrants vivant en France « illégalement ».

Cette observation est encore plus vraie pour l’immigration chinoise, parce qu’elle ne correspond nullement aux critères définis ci-dessus pour une immigration contrôlée et parce que ses caractères spécifiques de forts liens personnels familiaux, géographiques et économiques lui permet d’éluder les difficultés habituelles de l’immigration clandestine.
Considérant l’importance de l’immigration totale (toutes origines confondues) en France depuis presque un siècle, l’immigration chinoise apparaît relativement modeste et ne suit pas, en général, le même schéma que la plupart des autres immigrations. Pour ces dernières, le schéma général entre les deux guerres mondiales est celui de l’essor sans précédent d’une immigration voulue et contrôlée, afin de compenser le manque de main-d’œuvre agricole et industrielle causé par la stagnation de la population, aggravée par les énormes pertes en vies humaines et en invalides de la première guerre mondiale.

L’importance de cette immigration peut être donnée par le fait qu’aujourd’hui, un quart environ de la population française (près de 15 millions) a des ascendants immigrés. Dans ce nombre, on peut compter environ 1 million de Français d’origine asiatique dont les deux tiers seraient d’origine chinoise. Pour donner un élément de comparaison, pendant un siècle jusqu’en 1996, la seule immigration italienne est évaluée à plus de 4 millions de personnes. Selon les estimations officielles 450 000 Chinois vivraient actuellement en France ; il faudrait y ajouter, toujours selon les chiffres officiels 50 000 clandestins (ils seraient en fait plus de 100 000 illégaux chinois) ; il est estimé qu’un minimum de 6 000 traversent les frontières chaque année, ce qui est très en deçà de la réalité (en 2003, 22 000 Chinois auraient demandé officiellement à bénéficier du droit d’asile).

La France, d’après le Conseil de l’Europe, comptait en 2000 l’immigration chinoise la plus forte de l’Europe, qui totaliserait 200 000 légaux et de 600 000 à 900 000 irréguliers.

L’avant-garde des immigrants temporaires

Sauf durant la première guerre mondiale, l’immigration chinoise ne fut pas une immigration voulue par le pays d’accueil, et elle ne fut pas organisée pour répondre aux besoins de l’économie capitaliste. L’arrivée de Chinois en France fut plus la conséquence d’événements politiques qui conditionnèrent son origine, ses localisations et ses activités économiques. A cause de ces caractères spécifiques, jusqu’à récemment, les différentes vagues de cette immigration chinoise ne se sont pas mêlées entre elles, pas plus d’ailleurs qu’elles ne se sont mêlées au reste de la population française.

Avant la première guerre mondiale, il n’est guère possible d’appeler immigration le petit nombre de Chinois vivant en France : un recensement de 1911 évalue leur nombre à 283, la plupart d’entre eux étudiants. Ils étaient envoyés par Sun Yat-sen après la chute de l’Empire et la proclamation de la République pour parfaire une « formation démocratique » à l’occidentale. Même après que la monarchie fut rétablie après 1916, une « Société pour l’éducation franco-chinoise » put fonctionner jusqu’en 1921 et envoyer des étudiants chinois boursiers en France : la plupart étaient de jeunes intellectuels des milieux bourgeois ; en France ils devenaient « étudiants-ouvriers » soit à Paris, soit dans certaines villes de province. 400 d’entre eux passèrent ainsi plusieurs années à Montargis dans le Loiret travaillant dans une usine de produits de caoutchouc (4). Quand ils perdirent tout soutien financier en 1921, la plupart retournèrent en Chine, mais quelques-uns s’installèrent en France (peut-être 500).

Il existe pourtant alors une autre immigration chinoise à destination de l’Europe dont la France. Bien que très réduite, elle n’en sera pas moins l’amorce d’une immigration importante ultérieure, celle des Wenzhou. En 1876, plusieurs puissances étrangères dont la France imposèrent à la Chine une convention par laquelle cinq ports chinois devaient s’ouvrir au commerce international. Wenzhou (situé à environ 350 km à vol d’oiseau au sud de Shanghaï) était l’un d’eux, et les commerçants de la région en profitèrent pour envoyer en Europe de 3 000 à 4 000 colporteurs pour vendre des objets sculptés dans la pierre de Qingtian, ville située à 60 km de Wenzhou. Ce fut la première des filières d’immigration vers la France.
Venus pour participer à l’effort de guerre en Europe : trompés, ces « volontaires » durent souvent « travailler » à l’arrière du front sous les bombardements.

Un deuxième groupe précurseur fut celui de « volontaires » qu’on ne peut vraiment considérer comme des immigrants, même temporaires, mais ils furent, d’une certaine façon, et involontairement, l’amorce de la première vague d’immigration chinoise en France. Ces travailleurs chinois furent recrutés durant la première guerre mondiale, théoriquement comme main-d’œuvre agricole et industrielle pour remplacer les travailleurs français mobilisés. Ils furent enrôlés « volontairement » par le gouvernement chinois après un accord passé en 1916 avec les gouvernements Français et Britanniques.

Ils devaient être âgés entre 25 et 35 ans et aptes à un dur travail (5), devaient rester en France pour cinq ans, étaient payés et devaient être rapatriés en Chine gratuitement. 150 000 jeunes Chinois vinrent ainsi en France, la plupart d’entre eux affectés dans les tâches les plus dangereuses, soit dans les industries de guerre fabriquant des explosifs, obus et bombes, soit à l’arrière des lignes de front pour « nettoyer » le champ de bataille des blessés, cadavres, mines. Certains auraient même été engagés dans des combats au printemps 1918. Le silence est quasi-total sur les grèves et rébellions qui marquèrent la colère contre ces promesses non tenues : à Dunkerque, où les affrontements des dockers chinois avec la troupe firent des morts, au Creusot dans une usine de munitions. La plupart étaient parqués dans des sortes de camps de concentration. Beaucoup furent tués et d’autres moururent de maladie notamment de l’épidémie de grippe espagnole à la fin de la guerre (6). En 1919 ils furent rapatriés en Chine, mais certains réussirent à rester en France (peut être 3 000).

Ces « survivants » à l’effort de guerre s’établirent pour une bonne partie à Paris, dans un quartier limité près de la Gare de Lyon à Paris (là où ils étaient supposés prendre le train pour s’embarquer à Marseille, le port de départ pour la Chine). Ce petit secteur appelé « l’Îlot Chalon » devint ainsi le premier « quartier chinois » de la capitale. Ils furent suivis bientôt entre 1925 et 1935 par de « véritables » immigrants venant principalement de la province côtière du Zhejiang et plus particulièrement de la ville de Wenzhou, vraisemblablement par des relations familiales ou de proximité. Il semble que ces nouveaux venus furent poussés à émigrer par une crise économique qui frappa alors ce district de Chine. Une bonne partie de ceux qui étaient ainsi restés en France, tout comme les nouveaux arrivants, étaient des ouvriers d’usine, dans la continuation des emplois qu’ils avaient pu occuper pendant la guerre.

La crise économique des années 1930 entraîna bien des licenciements : les travailleurs immigrés en furent les premières victimes (ceux que l’on avait fait venir pour « redresser la France » furent réexpédiés par trains entiers dans leurs pays d’origine). Les Chinois durent trouver de nouveaux moyens de survie et ils eurent recours à des pratiques habituelles pour eux, ce que l’on appelle aujourd’hui les « petits boulots ». Beaucoup devinrent ainsi colporteurs, vendant les objets usuels à bas prix souvent importés du Japon classés comme bimbeloterie.
Leurs pourvoyeurs étaient des grossistes juifs du quartier du Marais à Paris (3e arrondissement). Comme une bonne partie de ceux-ci furent déportés au cours de la seconde guerre mondiale, ces Chinois, poussés par leur propre nécessité, trouvèrent l’opportunité de remplacer ceux avec lesquels ils étaient en relations d’affaire (non sans quelque suspicion d’avoir profité de cette situation). Toujours est-il que non seulement leur condition sociale s’en trouva modifiée, mais qu’en plus ils quittèrent l’Îlot Chalon pour s’établir dans le quartier des « Arts et Métiers ».

Leur activité se transforma également dans la production et le commerce de gros et de détail de toutes sortes d’accessoires en cuir et en plastique. Il s’y construisit toute une structure économique où l’on trouvait, venant de la même région chinoise, aussi bien des petits patrons, des commerçants, des ouvriers œuvrant dans de petits ateliers, que des artisans ou des travailleurs à domicile.
Cette situation perdura après la première guerre mondiale, malgré le chaos occasionné par les luttes intestines de pouvoir en Chine et l’invasion japonaise, car Wenzhou resta un port « ouvert » en raison des accords internationaux ; il semble que l’instabilité politique et guerrière entraîna une recrudescence d’immigration de cette région de Chine. Par contre, en 1949, l’accession au pouvoir du Parti communiste chinois entraîna la fermeture totale des frontières, et l’immigration fut pratiquement stoppée jusqu’en 1978. A partir de cette date, elle reprit mais pour des raisons plus économiques que politiques.

Ainsi, dans la foulée du même développement de fortes relations familiales, de clans, de villages, il y eut un courant régulier de nouveaux immigrés de la même origine géographique, le Zhejiang (Wenzhou), vers ce quartier des Arts et Métiers, autour des mêmes activités et mêmes structures économiques. Mais leur nombre fit d’une part que les activités se diversifièrent notamment vers le textile et d’autre part que la zone géographique s’étendit vers le nord (Belleville) par la rue du Temple et la rue du Faubourg-du-Temple vers l’est par le boulevard Voltaire et, par les gares de l’Est et du Nord, jusqu’aux banlieues de Paris.

Bien des ateliers (clandestins ou pas), où les Chinois établis exploitent durement leurs compatriotes, se sont déplacés vers ces banlieues plus discrètes où les contrôles de police ou de l’inspection du travail étaient moins contraignants. Les « Wenzhou », comme on les dénomme, étaient évalués à 20 000 en 1974 et seraient aujourd’hui entre 60 000 et 100 000 (peut-être un tiers d’immigrants illégaux). Ils seraient majoritaires dans l’immigration chinoise totale actuelle. Comme on peut le voir pour les autres communautés d’immigrants chinois, les nouveaux venus reçoivent le soutien - financier, d’accueil et d’exploitation du travail - de leur propre communauté et essaiment également hors de leur champ traditionnel pour s’investir dans les restaurants (avec la confection et la maroquinerie dénommés les secteurs des « trois couteaux » ) l’alimentation, la bijouterie, dans des secteurs où ils entrent en compétition avec les membres des autres vagues d’immigration chinoise.

Aujourd’hui, en Chine même, les filières d’immigration des Wenzhou drainent des populations venant des provinces voisines du Zhejiang, ce qui contribue encore plus à leur expansion dans la région parisienne. Les Wenzhou constituent la partie la plus pauvre de l’immigration chinoise en France, travaillant au sein de leur communauté dans des ateliers clandestins dirigés par leurs compatriotes qui souvent les exploitent sans vergogne.

Un refuge pour les Chinois du Sud-Est asiatique

La seconde vague d’immigrants chinois était très différente de la première. Elle est dénommée « teochew » en relation avec le dialecte du Chaozhou, région du Guangdong dont ils sont les originaires parfois lointains. C’était une conséquence de la décolonisation, de l’accession au pouvoir du Parti communiste en Chine et au Vietnam. Les premiers arrivés, autour de 1955, appartenaient à la diaspora chinoise de tout le Sud-Est asiatique, fuyant tous les pays ravagés par la guerre ou les répressions politiques ethniques liées à la politique mondiale de contingentement de la Chine maoïste (principalement le Vietnam, le Laos et le Cambodge, mais aussi Hong Kong, Taiwan et la Thaïlande).
Une partie n’était pas des immigrants pauvres quittant leur pays pour des raisons économiques, mais pour des raisons politiques et la crainte d’un ostracisme voire de confiscation de leurs patrimoines. Il est difficile de dire si, au-delà du soutien moral et politique qu’ils pouvaient trouver auprès des autorités françaises et de la population comme victimes de la guerre et du « communisme », ils bénéficièrent de facilités d’installation que ne connaissaient pas les autres immigrés, mais le fait est qu’ils purent rapidement s’établir dans un autre secteur distinct de Paris, dans le 13e arrondissement, qui devint le triangle de Choisy (du nom de la rue principale du quartier) et le nouveau quartier chinois.

Dans les années 1960 et 1970, cet ancien quartier industriel et ouvrier de Paris fut totalement restructuré avec le déplacement des usines et la construction, selon les critères architecturaux d’alors, de tours d’habitation. L’opération immobilière était un semi-échec et l’arrivée de ces immigrants offrait au gouvernement une opportunité de remplir les bâtiments plutôt vides. Les nouveaux immigrés y trouvaient une structure adaptée à leurs composition sociale : certains achetèrent les appartements pour les occuper ou les louer à ceux qui n’avaient rien, boutiques et ateliers purent s’installer dans les locaux prévus pour une activité économique soit commerçante, soit entrepreneuriale, soit de travailleurs en atelier ou à domicile.

Ces nouveaux Chinois n’arrivèrent pas tous en même temps, mais au rythme des événements du Sud-Est asiatique. Les premiers arrivèrent après que la France eut évacué l’Indochine en 1954-1955, les seconds après que les troupes américaines eurent évacué le Vietnam en 1975. Entre-temps et ensuite vinrent ceux qui fuyaient leur pays - les fameux « boat people », dont quelques-uns fuyaient la Chine dominée par le Parti communiste. L’ensemble de cette population était assez hétérogène socialement. Certains avaient été impliqués dans des activités de négoce dans le pays d’où ils venaient et y avaient conservé des relations qu’ils pouvaient utiliser pour s’établir en France. Si quelques-uns avaient de l’argent (plutôt parmi les premiers venus) et l’esprit d’entreprise, l’expérience du commerce et des relations commerciales, une bonne partie des autres, surtout les derniers arrivés, ne pouvaient être que des travailleurs sans moyens contraints de s’empiler jusqu’à huit ou dix dans de petits appartements et de se faire exploiter durement à n’importe quelle condition.

En raison de cette concentration géographique d’une population socialement structurée, le secteur est devenu une véritable ville dans la ville, avec toutes les facilités de vie pour cette communauté chinoise, attirant les Chinois des autres quartiers de Paris (et les nouveaux immigrants) de même que la population française cherchant « l’exotisme ». Les Chinois et les non-Chinois pouvaient trouver dans ce quartier tout ce qui paraissait nécessaire pour une vie chinoise à l’étranger - boutiques d’alimentation traditionnelles mais aussi banques, médecins, juristes, agences de voyages, journaux, etc. tous axés sur la Chine, jusques et y compris des supermarchés, des gangs et des mafias chinoises. Et dans ce décor, les traditionnels ateliers aux conditions d’exploitation extrêmes pourvoyant non seulement à ce qui était nécessaire pour ce commerce local chinois, mais aussi pour les autres secteurs chinois de la capitale, travaillant notamment dans la confection.

Le « triangle de Choisy » ne manqua pas de s’étendre vers les banlieues limitrophes de Choisy, Ivry, Vitry, intégrant quelque peu la nouvelle vague d’immigrés parce que, comme la première, elle était déjà fortement structurée. Naturellement, ces nouveaux venus étaient ceux qui subissaient le plus durement l’exploitation car la plupart arrivaient sans rien et souvent couverts de dettes. Cette forte structuration autour d’une hiérarchie sociale imposée au besoin par la violence peut être attestée par le fait que les autorités françaises intervenaient bien moins que dans les autres secteurs de la capitale, se reposant pour le maintien d’un contrôle et d’une paix sociale sur l’organisation ad hoc qui s’était ainsi constituée.

La troisième vague ressemble plus aux immigrants de toutes les parties du monde

Au contraire des deux premières vagues d’immigrants chinois, la troisième n’était pas structurée au départ, était plus hétérogène et souvent devait rechercher à s’intégrer dans les communautés existantes, non sans quelque discrimination. Une bonne partie de cette troisième immigration ont une origine géographique différente et également un arrière-plan social distinct. Pour l’essentiel ils ne viennent pas pour tenter leur chance ou pour des raisons politiques mais étaient poussés par la précarité de leur condition, à la suite des restructurations drastiques et des privatisations des secteurs industriels d’Etat. La plupart viennent du Nord de la Chine - d’où leur nom de « Dongbei » (Nord-Est en mandarin) (provinces du Liaoning, Hebei et Jilin, parties de l’ancienne Mandchourie), vieille province industrielle (industries lourdes) ; ils sont plus instruits que les paysans-artisans du Zhejiang et ont souvent occupé des postes de responsabilité dans les secteurs démantelés (techniciens, employés, contremaîtres, etc.).

Comme nous l’avons signalé, le nombre des immigrants venant d’autres parties de la Chine pour des raisons identiques continuent de s’accroître, avec une tendance dominante des « Wenzhou ».

Géographiquement, à Paris, on peut trouver cette troisième vague d’immigrants indifféremment dans tous les quartiers précédemment occupés par des Chinois. Mais une grande partie a fini par se retrouver autour de Belleville ou dans les banlieues du nord de Paris, où ils sont en compétition ave les « Wenzhou ».
Naturellement, à leur arrivée en France, même s’ils ont pu amener quelques subsides, ces immigrants sont contraints pour survivre de prendre un travail éloigné de leurs qualifications antérieures (les femmes se trouvant parfois obligées de recourir à la prostitution). Peut-être parce qu’ils n’ont pas comme les autres Chinois des relations familiales ou de clan, ils sont des proies faciles pour l’exploitation dans les ateliers des autres communautés chinoises.

Ils sont arrivés progressivement, à partir des années 1980, mais leur nombre (qu’il est difficile d’évaluer) s’est accru récemment, entraînant une répression plus grande de la police dans la chasse aux clandestins, dans la mesure où ils ne sont pas « protégés » par leur propre communauté. Nous avons déjà signalé que ces interventions policières ne s’appliquent guère au triangle de Choisy, bien structuré hiérarchiquement, alors que le secteur de Belleville connaît une persistante « chasse au Chinois ».

Dès lors, ces nouveaux immigrants Chinois, plus que les précédents sont condamnés à se faire exploiter dans les ateliers chinois établis en France et qui, pour diverses raisons, ont pu se faire une place dans l’économie française en raison des liens d’affaires qu’ils ont pu établir en France ou qu’ils ont conservés en Chine ou dans le Sud-Est asiatique. L’essor des activités traditionnelles et l’expansion des communautés, familiales ou de clan, a fait que récemment on a pu voir ces activités commerciales quitter les secteurs dans lesquels ils s’étaient cantonnés jusqu’alors pour s’installer notamment dans les commerces qui exigent un travail dur et constant presque sans limitation d’horaires et désertés par les Français en raison de leur faible rentabilité : cafés-tabacs, restaurants, import-export de textiles liés à des « sweatshops » devant s’adapter et complémentaires de la production venant de Chine.

Naturellement, cette expansion peut se faire parce que les intéressés chinois peuvent obtenir des crédits à travers le système de financement chinois (7) et parce qu’ils peuvent trouver dans les nouveaux immigrants (dont ils sont parfois l’aboutissement de filières clandestines) qui sont contraints (à la fois pour survivre dans des conditions très précaires et pour rembourser des dettes dont ils resteront prisonniers pendant des années) de travailler dur à n’importe quelle condition, ce qui garantit la rentabilité de telles opérations. Tout comme cette expansion s’est faite hors des secteurs traditionnels, le nombre croissant d’immigrants et d’installations commerciales a fait que l’on peut la noter dans les banlieues nord et nord-est de Paris (Aubervilliers, La Courneuve), là où les émeutes de novembre 2005 et l’insécurité permanente ont fait fuir une partie des habitants et commerces : encore une fois, les Chinois comblent le vide là où les conditions de vie sont plus dures, mais il est difficile de dire comment les nouveaux venus sont accueillis dans ces tours de Babel. Il est un secteur limité mais constant, où cette expansion est visible sur tout le territoire, c’est celui des restaurants chinois que l’on trouve même dans de petites villes et qui peuvent aussi employer une fraction des nouveaux immigrants.

Quelques enquêtes ont essayé de savoir ce qui dans la période récente pousse les Chinois à immigrer et elles ont distingué trois catégories :

- tao zhai : échapper à la dette ;
- tao hun : émigrer après un divorce ;
- tao jin : « tamiser de l’or », ce qui signifie chercher fortune ailleurs.

Comme partout dans le monde, le « recrutement » des candidats à l’immigration recouvre un large champ de possibilités, sans compter les « immigrants volontaires » (en fait poussés par quelque problème personnel ou social). Quelques-uns peuvent être séduits par le mirage qu’en renvoient les immigrants déjà en France (une attitude bien connue d’orgueil personnel) ou par la vision dorée persuasive des agents recruteurs des réseaux d’immigration très lucratifs (cela va du contact personnel aux petites annonces dans les journaux locaux). Mais tromper ainsi les gens vulnérables à ces sirènes n’est pas la seule filière : menaces, chantage, enlèvements peuvent aussi entrer en ligne de compte. Sous de tels angles, la Chine n’a rien à envier aux filières mondiales clandestines de pourvoyeurs internationaux d’esclaves pour les « pays avancés ».

Quels que soient leurs espoirs ou les contraintes, leur cheminement vers la Terre promise est à peu près identique. Les plus chanceux peuvent venir directement par avion, ayant pu avoir (ou acquérir) un visa de tourisme pour la France ou un pays limitrophe et ayant peut-être un pécule pour amortir les inévitables difficultés d’« installation ». La plupart ont dû avoir recours aux filières que nous venons d’évoquer. Celles du nord de la Chine sont plutôt des agences de voyage, fenêtres de réseaux dont l’itinéraire varie en fonction des problèmes surgissant tout au long de la chaîne, fournissant, contre argent ou dettes à repayer soit en Chine soit en France, tout le nécessaire, depuis les papiers jusqu’aux transports et aux passeurs (la police française a démantelé en 1998 dix-huit de ces réseaux acheminant des illégaux chinois).
Celles du centre de la Chine se forment plus autour des familles ou des clans. Pour tous, le voyage vers la France est une épreuve pleine de dangers et d’incertitudes. Personne ne sait à l’avance quels pays seront traversés (actuellement, il semblerait que ce trajet passe par l’Afrique), combien de temps cela va prendre (parfois plusieurs mois), ni même si le but sera jamais atteint. Ils peuvent en chemin être prisonniers dans les pires conditions, être rançonnés (8), battus, affamés, violé(e)s... Sans papiers, sans autres contacts que des compagnons d’infortune, ne connaissant pas la langue des pays traversés et contraints de se plier aux conditions de ceux qui sont censés les prendre en charge, ils sont en permanence dans la plus vulnérable des situations.

Travailler dans
des ateliers clandestins

Les immigrants chinois , comme bien d’autres, doivent emprunter trois types de trajets pour parvenir au but, que l’on peut classer d’après leur dangerosité :

- la voie directe, avec un visa de touriste ou commercial, la plus facile mais aussi la plus onéreuse ;
- la voie « parachutée » , qui consiste à arriver dans l’espace Schengen avec un passeport (vrai ou faux) avec un visa pour une fausse destination ;
- « pa shan » (« escalader la montagne »), par voie terrestre en utilisant tous moyens de transport imaginables, à la discrétion de passeurs maîtres des itinéraires ;
- la plupart de ces immigrants arrivent en France avec un lourd fardeau, celui de leur situation financière. Ils doivent, souvent sous la menace de sanctions physiques contre eux et leur famille restée en Chine, rembourser par leur travail leur dette, se trouvant ainsi seulement nourris et logés (souvent pas même avec le strict minimum) ; il a été découvert, souvent par hasard car se plaindre, fuir ou se livrer expose à d’autres violences ou à l’expulsion, de nombreux exemples de débiteurs prisonniers (parfois enchaînés) dans des ateliers clandestins où ils doivent travailler pendant des années, à la merci de leur « employeur ». Naturellement, la loi du silence est la règle absolue.

Le voyage se termine donc souvent par l’épreuve plus ou moins longue du travail forcé. Mais même s’ils sont libérés de cet esclavage ils doivent toujours raser les murs pour ne pas être pris par la police car ils sont « sans papiers » et leur condition depuis leur arrivée ne leur fournit aucun élément pour obtenir une régularisation. Deux exemples parmi tant d’autres car les victimes se confient rarement :

« ...en avril 1999, une équipe du GIR (9) découvre sept ateliers clandestins dans un bloc d’immeubles en construction de Seine-Saint-Denis. De jour, ces ateliers de petite dimension emploient des travailleurs « réguliers » c’est-à-dire déclarés et en règle. De nuit, les machines continuent à tourner avec des immigrés clandestins, quelques-uns contraints de travailler jusqu’à 105 heures par semaine... » (10)

« ...Lors de son arrivée à Paris, M. Go commence à chercher du travail. Un atelier de confection l’embauche. Comme il ne connaît rien à ce travail, il doit avoir une “formation” sur le tas, sans être payé, pendant un mois. Le deuxième mois, son salaire est de 460 euros et il doit travailler parfois de 8 heures du matin jusqu’à 3 heures dans la nuit du lendemain. Ils sont trois à travailler dans ces conditions et il leur est interdit de sortir. Chaque fois que le patron est absent, ils sont enfermés. Souvent, M. Go saigne du nez. En vingt-trois jours il est autorisé à sortir seulement une fois pour téléphoner à sa famille. Ecœuré par une telle situation, il quitte ce travail. Il réussit à trouver un autre employeur qui ne veut l’engager que pour six mois en lui confisquant son passeport. Il refuse et trouve un autre emploi dans un restaurant pour faire la plonge. Il y travaille six jours par semaine pour 300 euros par mois. Il peut manger et dormir dans le restaurant. Ses mains sont complètement ruinées et il doit encore 9 000 euros pour le “voyage”... (11). »

Il est pratiquement impossible de décrire toutes les conditions de travail de ces immigrés exploités par d’autres Chinois (souvent une question de langue), travaillant de longues heures, parfois sept jours sur sept, vivant dans des conditions extrêmement précaires dans des logements sordides, ne gagnant pas suffisamment pour manger à leur faim, eux et leur famille, devant souvent passer d’un travail à l’autre, d’un logement sordide à un autre. Non seulement ils doivent souvent travailler dans des ateliers clandestins mais ils peuvent aussi prendre du travail à domicile (12).

Récemment, les entrepreneurs chinois du textile ont dû faire face à la concurrence de la Chine intérieure. Comme une des bases importante du commerce textile chinois est basé sur l’import-export, à travers des relations familiales, de clan et d’affaire, les ateliers clandestins ont dû se transformer pour n’être plus que le complément d’adaptation de ce commerce global, ce qui signifie une aggravation (si c’est possible) des conditions de travail existantes (principalement des longues heures de travail pour de brèves périodes d’activité, les commandes devant être satisfaites d’urgence pour pallier les carences du circuit principal), avec une extension du travail aux pièces à domicile. Cela donne la mesure non seulement de la dureté du travail mais aussi de sa précarité. Naturellement de telles conditions de vie entraîne pour les plus faibles toutes sortes de maladies, sans compter les accidents du travail ; si les plus sérieusement atteints peuvent aller à l’hôpital, le plus souvent ils doivent trouver une solution de fortune, d’autant plus que souvent ils sont licenciés sans recours.

Les secteurs économiques où ces immigrants peuvent trouver du travail sont seulement ceux où exercent les entrepreneurs chinois : cette situation contraint les immigrants à vivre dans des secteurs géographiques limités, comme des prisonniers dans la ville ou les proches banlieues, d’autant plus que tout déplacement hors du lieu de vie et de travail entraîne un énorme risque de se faire contrôler par la police. Ces secteurs d’activité économique où ils risquent de se faire exploiter sont la confection, la restauration et le fast-food, les services domestiques et le bâtiment.

Historiquement, la concentration dans quelques secteurs d’activité était due, pour tous les immigrés, au marché du travail, à la ségrégation sociale et aux barrières administratives. Pour les immigrants légaux ou illégaux, quelle que soit leur origine, le choix était strictement limité par ces opportunités économiques et par l’interdiction d’accéder à certaines activités, officiellement ou à cause de discriminations racistes. En conséquence, même s’ils avaient des qualifications sérieuses dans leur pays d’origine, les immigrants chinois, comme les autres, ne pouvaient les utiliser pour gagner leur vie.

Quant à la fréquence accrue des contrôles policiers, elle peut d’un côté entraîner une diminution de l’immigration, mais d’un autre permettre aux patrons chinois d’en profiter pour imposer des conditions de travail et de salaires plus dures, les « exploités » se trouvant dans une position encore plus fragile.

Ce problème était même encore renforcé par des questions de langage. Les immigrants du Zhejiang ne parlent guère que le dialecte local ; ceux venant d’Asie du Sud-Est parlent en général le cantonais et ceux du Nord de la Chine parlent le mandarin. Parfois même on peut trouver des communautés linguistiques limitées, comme ces boutiquiers venant de la province chinoise du Fujian, autour de la ville de Xiamen (sud-est de la Chine) parlant un dialecte local, le chaozhan.

La vie sociale et les résistances à la discrimination et à l’exploitation

La même question du langage règle toute la vie sociale des immigrants, même si celle-ci est limitée par les conditions de travail et de vie et le manque d’argent. Naturellement, ce sont les première et deuxième immigrations, installées depuis longtemps et fortement structurées, qui ont développé des liens autour d’organisation traditionnelles : associations, églises, rituels, célébrations, écoles... Si cette vie sociale permet certainement de tisser des contacts et des liens de solidarité, il est difficile de connaître leur fonctionnement, leur dimension et leurs conséquences sur les résistances à l’exploitation du travail et à la répression omniprésente du « pays d’accueil ».

Plus importante a été la formation de collectifs d’immigrants chinois sans papiers qui réunissent les plus exploités pour tenter de sortir de l’irrégularité qui les maintient dans une situation de sujétion économique. Constitués dans ce seul but, ces collectifs ont pu s’élargir en groupes d’entraide ou même d’enseignement du français par exemple. Ces actions constituent les premières et importantes démarches pour devenir des « travailleurs comme les autres » et sortir de la sujétion totale qui détermine leur exploitation. En ce sens, elles s’apparentent à la lutte de classe.

Mais ils ne se mêlent pas aux immigrants d’autres origines. Même dans les manifestations de soutien aux sans-papiers, ils restent entre eux. Leur isolement, par raport aux autres immigrants et par rapport aux travailleurs en général, marque les limites de cette forme de solidarité de classe.

La seconde génération est prise entre l’influence des coutumes du pays d’accueil et l’héritage culturel des parents, conflit renforcé par la cohérence des différentes communautés chinoises. Le poids de la piété filiale au sein du clan familial est renforcé par les nécessités de survie, l’entraide financière et l’exploitation du travail, la migration apparaissant comme une entreprise familiale et financière.

Dans ce cadre, l’éducation par la fréquentation scolaire de l’enseignement public est plus vue comme un moyen pour aider la famille dans son projet d’installation autour d’une activité professionnelle que comme un moyen d’intégration dans la société française ; les enfants aux termes de la scolarité obligatoire doivent, quelle que soit leur réussite scolaire, s’insérer dans l’activité professionnelle familiale.

Récemment, pourtant, des formes de solidarité sont apparues dans des situations particulières qui ont conduit des Français à intervenir de façon spontanée pour tenter d’empêcher l’intervention des autorités dans l’application de la législation aux immigrants illégaux. C’est ainsi que s’est créé spontanément le Réseau éducation sans frontières (RESF), qui propose un soutien actif aux démarches de régularisation des parents d’enfants scolarisés et s’oppose aux actions policières. On a pu voir aussi, dans d’autres cas, toute une population locale s’opposer à l’expulsion d’illégaux résidant et travaillant en France depuis des années.

Dans tout ceci, on ne peut parler de solidarité de classe, car il s’agit plus d’actions humanitaires touchant toutes les catégories sociales. Cela ne concerne pas seulement les Chinois mais, pour eux également, cette ouverture active d’une partie de la population ne peut que les conforter dans leur propre lutte de travailleurs exploités.

H.S.

NOTES

(1) Contrairement à une idée reçue, divers recensements ont tenté d’évaluer l’importance d’une immigration importante, dès 1830. Ainsi a-t-il été dénombré officiellement 180 000 Allemands parmi 380.000 immigrants en 1843, 380 000 et 250 000 frontaliers en 1851. En 1901, la présence de 400 000 Italiens entraîne des conflits parfois violents avec les nationaux lors de chaque crise économique, notamment dans le sud de la France. En 1911, on comptait 1 132 000 étrangers.

(2) Une loi du 8 août 1893 avait institué un « registre pour les professions itinérantes » avec obligation de se signaler lors du passage dans une commune. En application de cette loi, un recensement de 1895 avait dénombré 400 000 « vagabonds » et 250 000 « nomades en bandes ». Une loi du 16 juillet 1912 a institué le carnet anthropométrique pour les « nomades, vagabonds et étrangers » qualifiés de « population potentiellement dangereuse ; cette loi n’a été modifiée qu’en 1969.

(3) En 1880 sont pris des décrets protectionnistes qui visent à freiner l’exode rural, au maintien d’une base de la domination de la bourgeoisie et à l’introduction d’une immigration contrôlée.

(4) Quelques-un de ces « travailleurs-étudiants » sont devenus plus tard célèbres. A Montargis, il y a encore la trace du passage pendant quelques années de Zhou Enlai, Li Fuchun, Chen Yi, Ba Jin, Deng Xiaoping, Cai Hesen, Xiang Jinyu où ils purent rencontrer Ho Chi Minh et Pol Pot. La petite ville est devenue un lieu de pèlerinage des touristes chinois en France.

(5) Il était spécifié qu’il devait s’agir de « personnes du Nord qui ne souffriraient pas du froid en France, ni des fortes chaleurs ». Mais une contre-propagande (que certains disaient alimentée à partir des concessions allemandes) fit que les quotas prévus furent loin d’être atteints ; aussi le recrutement s’étendit-il à toute la Chine dont la région de Wenzhou, où des réseaux préexistaient.

(6) Beaucoup de ces « volontaires » sont inhumés dans un cimetière spécial près de la petite ville de Noyelles-sur-Mer (dans la baie de Somme), qui est un site visité par les touristes. Un missionnaire ayant exercé en Chine et embauché dans les camps de « chinois travailleurs » comme interprète a raconté que les camps étaient si près du front que les bombes y tombaient régulièrement avec leur cortège de tués et de blessés (cité dans « Chinois de France », Hommes et Migrations n° 1254, mars-avril 2005, p. 10).

(7) Le financement de toutes sortes d’opérations financières pour les immigrants chinois sont fournis par un système chinois appelé « tontine », une sorte de mutuelle qui fonctionne de manière non officielle, hors des circuits bancaires, basée sur la seule circulation en espèces, des prêts et promesses non écrites et impliquant éventuellement l’usage de la violence si les engagements ne sont pas respectés.

(8) Les immigrants peuvent payer jusqu’à 12 000 euros par personne, et plus suivant la longueur du « voyage » et plus encore si des difficultés surgissent en cours de route. Pour une famille entière le montant peut atteindre jusqu’à 60 000 euros. Tous les systèmes de paiements peuvent exister, souvent la moitié avant le départ et le reste à l’arrivée par la famille en Chine ou par le travail en France. Cela devient bien plus compliqué en cas d’emprunt pour financer le voyage ou si le paiement du reliquat n’a pas été versé : c’est alors souvent le travail forcé pendant des années.

(9) Le GIR (Groupe d’intervention régional) est une équipe spéciale associant policiers, agents du fisc, douaniers et inspecteurs du travail, tous capables de relever toutes sortes d’infractions dans leur domaine répressif particulier.

(10) Business Week, 27 novembre 2000, www.businessweek.com/2000/00_48/b37....

(11) Le Trafic et l’Exploitation des immigrants chinois en France, Gao Yun et Véronique Poisson, BIT 2005.

(12) Il est difficile de connaître le salaire des travailleurs immigrés permanents mais aussi le taux du travail aux pièces à domicile car leur situation précaire les contraint à « accepter » les conditions imposées par le patron. Le salaire peut varier de 300 euros jusqu’à 600 euros mensuels (bien sûr, il s’agit d’un salaire net puisque ce travail au noir n’implique aucune retenue sociale donc aucune garantie maladie ou autre) pour des journées de 12 heures parfois, six jours par semaine. Le travail aux pièces peut relever de la confection mais il peut s’agir aussi de conditionnement de produits pour la restauration(par exemple les raviolis). Pour obtenir le même minimum qu’un travail « permanent » en atelier, l’immigrant « aux pièces » doit souvent travailler du matin jusqu’à minuit chaque jour.