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Henk Canne Meijer

Biographie

mardi 20 novembre 2007

Cette biographie a été rédigée par B. A. Sitjes, professeur à Amsterdam, ami de Canne Meijer et membre du Groupe des communistes internationaux à partir de 1934. Datée du 15 octobre 1970, elle est parue en allemand in Gottfried Mergner, Gruppe Internationale Kommunisten Hollands [Le Groupe des communistes internationaux de Hollande], Rowohlt Verlag, 1971, p. 209/210.

Voir Le mouvement des Conseils ouvriers en Allemagne, par Henk Canne-Meijer (1938).

Henk Canne Meijer est né le 30 décembre 1890 et mort le 28 décembre 1962. Ces soixante-dix années ont vu l’émergence puis la disparition d’un certain type d’organisation du mouvement ouvrier. Ce mouvement ouvrier organisé, la social-démocratie, a, dans ses débuts, transformé radicalement la classe ouvrière. Puis est devenu le défenseur de la société existante. Ce mouvement dont la propagande faisait de la lutte de classes le facteur déterminant l’avenir et l’évolution de la conscience de la classe ouvrière prit alors parti en faveur de l’« Etat-providence » et de son principe, l’harmonie entre les classes sociales.

Henk Canne Meijer avait vingt-sept ans quand la révolution russe a éclaté. Il fit partie de ces millions de gens qui furent marqués à vie par ce profond bouleversement de la société et se rangea parmi ceux qui saluèrent avec enthousiasme la révolution russe. Mais il fut sensible à la critique de cette révolution par les communistes de la gauche radicale en Allemagne, ainsi que par Anton Pannekoek et Herman Gorter en Hollande, autour de 1919-1920. Il se joint alors aux communistes oppositionnels qui prônaient la lutte autonome des travailleurs par le moyen des conseils ouvriers et s’opposaient au communisme de parti, le communisme des bolcheviks. Il était impossible pour les oppositionnels d’accepter les directives de Moscou qui leur enjoignaient de se réengager dans le parlementarisme et le mouvement syndical, instruments politiques qu’ils avaient rejeté dès l’époque de la social-démocratie. En novembre 1921, Henk Canne Meijer collabora à la parution de L’Ouvrier communiste, organe du Communistische Arbeiders Partij en Hollande.

Il fut ouvrier métallurgiste jusqu’à l’âge de vingt-trois ans. Sa période d’apprentissage l’a mené en Allemagne et en Italie. Mais sa soif d’apprendre et son engagement social l’incitèrent à chercher un métier où il aurait plus de temps à consacrer à la lutte des travailleurs. C’est dans ce but qu’il devint enseignant. Il s’intéressait aussi beaucoup à la biologie, et en avait entrepris l’étude, mais décida de tout arrêter pour s’engager dans d’autres voies.

Il n’a cependant jamais cessé de s’intéresser à la biologie, ainsi qu’à la psychologie, tout au long de sa vie et a utilisé ses connaissances, qu’il ne cessait d’élargir, au service du combat des ouvriers. Je pense par exemple à un ouvrage inédit, Des animaux de bât aux hommes libres, qui contient des réflexions psychologiques très modernes sur nos « mécanismes d’appréhension » et à d’autres inédits tels que ses Remarques sur l’humanité et la société.

Les grandes défaites de la classe ouvrière après 1921 et la confusion qui s’ensuivit dans les rangs des travailleurs révolutionnaires ont marqué Henk Canne Meijer. On trouve peu de traces de son activité à cette époque dans ce qui nous est parvenu de ses archives. Mais il est certain qu’il a dû beaucoup lire et participer à de nombreuses réunions. Dans les années 1926-1927, il a collaboré à la publication de manifestes, brochures et autres matériaux d’études théoriques. L’arrivée de Jan Appel en Hollande le stimula. Jan Appel avait élaboré une théorie cohérente permettant de tirer les leçons économiques et politiques des défaites des révolutions russe et allemande.

Henk Canne Meijer se fit l’éditeur des Grundprinzipien Kommunistischer Produktion und Verteilung (Fondements de la production et de la répartition communistes), d’après le manuscrit original de Jan Appel, qui réglait leur compte aux théoriciens bourgeois et « socialistes » d’une manière polémique dans une langue facilement accessible aux ouvriers peu éduqués. Il fut aussi dans les années 1930, alors que le mouvement communiste de conseils se trouvait dans une impasse, à l’origine de nouvelles discussions, touchant jusqu’à des groupes révolutionnaires en dehors de Hollande, grâce à son article « Das Werden einer neuen Arbeiter Bewegung » (La Formation d’un nouveau mouvement ouvrier). Henk Canne Meijer ne fut pas seulement un théoricien, bien que ceux qui ne le connaissaient pas aient pu parfois en avoir l’impression à cause de sa discrétion et de son refus de se mettre en avant. Il n’hésitait pas à saisir toute occasion de débattre dans des réunions publiques. Mais la Hollande n’offrait pas le climat politique propice à des caractères pondérés pour s’affirmer et devenir des célébrités révolutionnaires.

Henk Canne Meijer était un initiateur ; il se tenait toujours prêt à servir de guide à de jeunes révolutionnaires dans le labyrinthe de la théorie et de la pratique révolutionnaires. C’était un véritable pédagogue. Mais pas seulement. Il était aussi le premier à participer au lancement d’une revue, d’un journal ou d’un manifeste.

Il fut, et est resté, l’âme du Groep van Internationale Communisten (Groupe des communistes internationaux, GIC). Sa maison fut pendant des années le centre des réunions du GIC où l’on discutait aussi des articles pour le Pressedienst van Internationale Communisten (Service de presse des communistes internationaux, journal du PIC). Le grand public oubliera son nom. Il appartenait à ces révolutionnaires inébranlables qui suivent leur chemin sans faillir, prennent à cœur tout ce qu’ils entreprennent et forment des hommes qui transmettent leurs connaissances à d’autres. C’est ainsi que certains se souviendront de Henk Canne Meijer : noble lutteur, savant et homme chaleureux qui s’efforça à vivre en communiste en phase avec son époque. Il a été enterré à Amsterdam en présence de sa femme et d’une infime poignée de camarades.

Note

(1) Jan Appel (1890-1985), originaire du Mecklenbourg (Allemagne) travaille dans les chantiers navals de Hambourg. Au début de la première guerre mondiale, il appartient à l’aile gauche du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) puis participe à la fondation du Parti communiste d’Allemagne (Ligue Spartacus) (KPD[S]) en décembre 1918-janvier 1919. Il est cofondateur du Parti ouvrier communiste d’Allemagne (KAPD) et délégué de ce parti au deuxième congrès de la IIIe Internationale qui se tient à Moscou en 1920, avec Franz Jung. Pour se rendre à ce congrès, Jung et lui détourneront un bateau, aventure racontée par Franz Jung dans son ouvrage Der Weg nach unten (traduction française sous le titre Le Scarabée-torpille, éd. Ludd, 1993 ; réédition : Le Chemin vers le bas. Considérations d’un révolutionnaire allemand sur une grande époque (1900-1950), Agone, 2007).

Il participera aussi au troisième congrès en 1921 mais échouera à convaincre Lénine de ne pas soutenir la politique pro-parlementaire et pro-syndicale du KPD. Condamné en 1923 pour le détournement du navire en 1920, il rédige en prison des Grundprinzipien Kommunistischer Produktion und Verteilung (Fondements de la production et de la répartition communistes). Il est amnistié en 1925 et quitte l’Allemagne pour les Pays-Bas en 1926 où il travaillera dans les chantiers navals à Amsterdam. Est actif au sein du Groupe des communistes internationaux (GIC). Se cache aux Pays-Bas pendant la guerre et échappe à la répression allemande. Prend après-guerre ses distances avec le Spartacusbond à la fondation duquel il avait participé avant-guerre. (NdT)