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ICO et l’IS - Retour sur les relations entre Informations correspondance ouvrières et l’Internationale situationniste (2 : notes)

mercredi 31 octobre 2007

NOTES

(1) Paul Mattick, International Council Correspondance n° 7, juin 1936, « La dictature des intellectuels ? (Commentaires critiques sur les réflexions de Max Nomad », traduction publiée par ICO (1968).

(2) La mort de Staline, le 5 mars 1953, paraît avoir été le déclencheur, dans les principaux pays d’Europe de l’Est occupés par l’URSS, d’une série de réactions populaires (Berlin-Est juin 1953, Poznan juin 1956, Budapest octobre 1956). En fait, le régime soviétique, malgré les apparences, se débattait dans une sorte de crise économique permanente dont les conséquences étaient particulièrement marquées dans les pays de l’Esr européen surexploités. L’alternance de phases de libéralisation et de répression ne feront que souligner de plus en plus l’incapacité du système soviétique à résoudre l’ensemble des problèmes posés par sa prétention à une domination mondiale, à commencer par ceux de sa propre économie. Il faudra pourtant plus de trente ans et bien des soubresauts pour que tout le système commence à voler en éclats avec les réformes de Gorbatchev. Ces événements, à partir de 1953, n’étaient pas sans influer en France sur les positions des syndicats et notamment de la CGT et le sens de leur intervention dans les luttes. Abandonnant sa position de soutien des luttes (guerre froide et anti-américanisme imposés par le PCF), la CGT adopta des positions beaucoup plus réformistes de collaboration avec les autres syndicats, FO et CFTC. Le refus de s’engager contre la guerre d’Algérie, puis l’arrêt donné au mouvement de mai 1968, illustrent ce revirement. Parallèlement, ce que cette crise de l’Union soviétique révélait du « modèle communiste » entraînait une perte d’influence tant du PCF que de la CGT. et la recherche d’autres modèles d’émancipation.

(3) Les années 1950 virent fleurir de petits partis politiques parlementaristes qui s’inscrivaient dans la marginalité du Parti communiste français ou de la SFIO. (parti socialiste) comme le Parti socialiste unifié (PSU) ou la Fédération de la gauche démocratique et socialiste (FGDS) dont le seul intérêt pour l’ultra gauche était qu’ils pouvaient être des terres de recrutement de ceux qui refusaient et la domination du PCF et le centrisme de la SFIO.

(4) Les théories sur l’aliénation ou l’intégration se développèrent particulièrement durant les « 30 glorieuses » qui virent effectivement pour beaucoup d’importants changements dans le niveau et les conditions de vie. Face à cela, les situationnistes prônèrent un volontarisme dans une critique en actes de la vie quotidienne. Socialisme ou Barbarie, dans son faire-part de dissolution en juin 1967, donnait la version pessimiste de cette théorie de l’aliénation en déplorant « la dépolitisation et la privatisation profonde de la société moderne... le brouillage des contours des classes qui rend de plus en plus problématique la coïncidence d’objectifs économiques et politiques » et pronostiquait que « rien ne permet d’escompter une modification rapide de cette situation. »

(5) Il y a peu de documents sur le passage de Debord à Socialisme ou Barbarie ; Daniel Blanchard qui signa avec Debord, sous le pseudonyme de Canjuers, le texte Préliminaires pour une définition de l’unité du programme révolutionnaire, donne sa version de ces contacts dans Debord dans le bruit de la cataracte du temps (Sens et Tonka, 2000, ou sur plusieurs sites, par exemple http://www.left-dis.nl/f/debart.htm ou http://library.nothingness.org/arti...) ; Philippe Gottraux dans Socialisme ou Barbarie, un engagement politique et intellectuel dans la France de l’après-guerre (Payot-Lausanne, 1997, p. 221 et suiv.) retrace l’histoire de ce passage d’une manière plus terre à terre. Pierre Guillaume, alors libraire de La Vieille Taupe (avant sa conversion au négationnisme) revendique la continuité de ces contacts.(sur Internet : www.lnalhooq.net/LNALHOOQ/SiteDebor...).

(6) Ngo Van, un des participants d’ICO, après avoir écrit Vietnam 1920-1945, révolution et contre-révolution sous la domination coloniale (L’Insomniaque, 1996, rééd. Nautilus, 2000), a relaté sa vie militante et mouvementée en Indochine dans Au pays de la cloche fêlée, tribulations d’un Cochinchinois à l’époque coloniale (L’Insomniaque, 2000),puis en France dans Au pays d’Héloïse (L’Insomniaque, 2005). Il travaillait comme technicien chez Jeumont-Schneider à Saint-Denis.

(7) Chazé (Gaston Davoust) a retracé son itinéraire dans son autobiographie, Militantisme et responsabilité, éditée par Echanges (2004) avec quelques textes publiés dans ICO.

(8) Guy Debord, Correspondance, vol. 3, janvier 1965-décembre 1968, éd.Fayard, p. 247.

(9) « L’affaire de Strasbourg » : des étudiants proches des situationnistes se firent élire à la tête de l’Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg (AFGES) et publièrent aux frais de cette mutuelle le texte De la misère en milieu étudiant..., rédigé entre autres par Mustapha Khayati, membre de l’IS, le tout dans la plus parfaite légalité. Il est facile de trouver dans les écrits des et sur les situationnistes le récit de ce détournement d’un organisme officiel, de son écho médiatique et des réactions officielles.

(10) Pouvoir ouvrier fut, à l’automne 1958, le bulletin ouvrier de Socialisme ou Barbarie. Lors de la scission « amiable » entre « réformateurs marxistes » derrière Castoriadis et « marxistes orthodoxes » derrière Véga, en juillet 1963, les « réformateurs » gardèrent la revue S ou B alors que les « orthodoxes » prirent Pouvoir ouvrier qui devint le nom de leur groupe. On peut remarquer que la fin de la guerre d’Algérie en mars 1962, provoqua dans les deux groupes S ou B et ILO le même type de crise et de scission, en gros entre travailleurs et intellectuels.

(11) Note 12, p 27 de l’édition originale de la brochure De la misère en milieu étudiant...

(12) Bien difficile, même encore aujourd’hui, de démêler les fondements des déchirements qui virent un déferlement d’accusations et d’injures. Facile d’en trouver des récits divers tant des situationnistes que des « Garnaultins » (Théo Frey, Jean Garnault et Herbert Holl).

(13) Guy Debord, Correspondance, volume 3, op. cit, p. 204.

(14) Voir en annexe II, p. 73, les souvenirs d’Yves Le Manach, qui appartint à ce « groupe de Clamart », formé donc de jeunes qui poursuivaient une réflexion critique sur l’activité d’ICO bientôt étayée par un long texte (paru dans ICO n° 60, mai 1967), qui peut sembler d’inspiration situationniste.

(15) Comme certains camarades d’ICO comprenaient difficilement le langage employé par les situationnistes certains avaient pensé « traduire » ce texte en langage plus accessible. Ce ne fut pas spécialement convaincant et ce texte s’attira, à juste titre, des remarques ironiques des situationnistes.

(16) Les débats des rencontres nationales et internationales firent l’objet (pas toujours) de comptes rendus parfois publiés comme numéros spéciaux d’ICO.

(17) Mouvement indépendant des auberges de jeunesse (MIAJ). Les « Ajistes » étaient les éléments actifs et usagers dans le mouvement des auberges de jeunesse né en 1936 avec les congés payés. A la Libération, ce mouvement fut intégré dans une organisation officielle, la Fédération unifiée des auberges de jeunesse (FUAJ). Une minorité refusa cette intégration et se fédéra dans le MIAJ, mouvement indépendant dans lequel chaque groupe souvent affinitaire gérait une ou plusieurs auberges en toute indépendance du mouvement officiel. Ces groupes étaient souvent politisés (anarchistes, trotskistes, etc.) et étaient le champ d’intervention, de propagande et de recrutement des groupes ultra gauche.

(18) Une longue lettre d’un camarade de Toulouse (Bruno), d’origine anarchiste et ayant conservé des liens avec la Fédération anarchiste, décrit les pratiques ouvertes, souterraines et tortueuses des périsituationnistes et des « leaders » de la FA. Lettre très significative de l’atmosphère qui entourait les « interventions situs ». Ce même Bruno fait l’objet d’une missive incendiaire des groupes anarchistes dissidents et de l’IS, datée du 17 mai 1967 (Debord, Correspondance, tome 3, op. cit., p. 218).

(19) Voir tout ce qui concerne les trois groupes dissidents de la Fédération anarchiste (FA) regroupés dans une éphémère Internationale anarchiste, qui finira aussi sous la vindicte de l’IS mais dont émergeront Le Glou et Riesel, dans la Correspondance de Debord, tome 3, du 9 avril 1967 (p. 211) au 7 novembre 1967 (p. 236).

(20) Dans ces échanges avec les dissidents de la FA, il est beaucoup question de Le Glou qui tient évidemment une place dans les « relations » ICO-IS. L’intéressé, devenu producteur puis exportateur de cinéma, a par ailleurs fait l’objet d’un « portrait » dans Le Monde du 10 juin 2004. Riesel a eu droit au même traitement dans Le Monde du 4 décembre 2003.

(21) Le Groupe de liaison et d’action des travailleurs (GLAT), issu d’une scission du PSU (1959) au cours de la guerre d’Algérie, avait des positions assez proches de celles d’ICO, mais s’en différenciait par un mélange d’analyses théoriques marxistes approfondies et une certaine forme d’activisme. Ses militants furent particulièrement actifs en Mai 68 dans les comités ouvriers-étudiants à l’université de Censier (voir à ce sujet l’ouvrage de Jacques Baynac, Mai retrouvé, Robert Laffont, 1978). Ce groupe tenta de prolonger ces comités d’action sous le titre de comités interentreprises qui ne survécurent pas à 1968 (voir ICO n° 82, juin 1969, p. 16). Leur bulletin Lutte de classe était diffusé gratuitement à la porte de certaines usines. Le dernier numéro parut en mars 1978 avec l’annonce de la poursuite d’un travail théorique qui n’eut pas de suites. Il est symptomatique que la disparition de ce groupe se situe à peu près à la même période que celle d’ICO, alors que se développaient des groupes centralisés plus orientés idéologiquement, que nous évoquons dans l’épilogue (p.70-72).

(22) Il s’agit manifestement de la référence aux débats lancés au sein d’ICO par le « groupe de Clamart » (voir note 14), ce qui peut confirmer les contacts éventuels entre ce groupe et les situationnistes ou les intentions de ceux-ci de « profiter de la situation ».

(23) Ce groupe allemand de Munich avait participé, tout comme Solidarity, à la rencontre de 1966 et certains camarades d’ICO lui avaient rendu visite à l’été 1966. Ses positions étaient proches de celles des situationnistes, d’où leur propositions, mais il ne semble pas qu’ils aient eu la même intention de perturber les débats - bien qu’ils eussent de toute évidence des contacts avec l’IS, comme en témoigne un texte de Le Glou dans lequel celui-ci s’étonne que le compte rendu de cette rencontre de 1967 n’ait pas été envoyé à Munich (ce qui était normal puisqu’il ne s’agissait que d’un projet, soumis seulement aux participants avant rédaction définitive).

(24) Solidarity fut en quelque sorte le frère britannique de Socialisme ou Barbarie bien qu’ayant suivi des évolutions différentes. Sorti lui aussi du trotskisme sur la même base d’une critique des positions trotskistes sur l’URSS, il eut son heure de célébrité en raison de son engagement dans la lutte contre les armements nucléaires en Grande-Bretagne. Il eut des hauts et des bas dus en partie à la domination du groupe de Londres, qui tentait de maintenir une ligne politique contre ce qu’il jugeait des déviations. Le groupe connut des scissions, notamment celle d’un petit noyau qui fut à l’origine de la section britannique du CCI et celle qui conduisit à la constitution d’Echanges sur une base internationale. Après la dissolution de Socialisme ou Barbarie, des contacts suivis eurent lieu avec ICO, en dépit des remous provoqués dans le groupe par l’adoption des positions de Castoriadis sur la révision du marxisme. D’où la participation de Solidarity aux rencontres organisées par ICO puis par Echanges et la présence de ces derniers groupes aux conférences de Solidarity. Après plusieurs mutations et changements de nom à la fin des années 1970, Solidarity finit par disparaître. Plusieurs de ses textes ont été traduits et publiés par ICO et Echanges.

(25) Les Provos, mouvement hollandais des années 1960, voyaient dans les jeunes marginaux une « classe » révolutionnaire (baptisée le « provotariat »). Après avoir soulevé en Europe de l’Ouest un certain intérêt, le mouvement finit par se dissoudre dans d’autres marginalités. ICO publia la traduction d’une étude sur ce mouvement par le groupe hollandais Acte et Pensée, « Les provos et la lutte de classe » (supplément au n° 71, mai 1968).

(26) Guy Debord, Correspondance, tome 3, op.cit., lettre du 13 février 1966, p. 125.

(27) Le texte « Lire ICO » (IS n° 11, octobre 1967) fait une différence entre les participants ouvriers de Solidarity et son animateur (Chris Pallis), qualifié d’« idéologue écran » en ce sens qu’il tentait d’imposer dans le groupe les idées « nouvelles » de Castoriadis - ce qui était exact et conduira à des affrontements au sein du groupe de Londres (et même à une exclusion d’un élément ouvrier« obstructionniste »).

(28) Guy Debord, Correspondance, tome 3, op. cit., lettre du 13 février 1966, p 125.

(29) Voir note 14 et annexe II. J’ai retrouvé dans les archives d’ICO une lettre de Claude, non datée mais manifestement de cette époque (du groupe de Clamart), qui demandait l’adresse de Le Glou, ce qui confirme qu’il y avait des contacts entre ce groupe et des périsituationnistes.

(30) Il paraît étrange que l’IS désigne ainsi par son nom réel Chris Pallis, neurologue de renommée mondiale, qui n’apparaîtra jamais sous ce nom dans les écrits de Solidarity mais sous le pseudonyme de Maurice Brinton. D’autant plus curieux que dans le même texte ; Castoriadis est toujours désigné par son pseudonyme, Cardan.

(31) Voir Guy Debord, Correspondance, tome 3, op.cit., p 251.

(32) Une des réactions à un autre article du n° 11 d’IS vint d’un historien patenté, Yvon Bourdet, qui avait cru faire des critiques mal venues du texte publié en brochure sur le mouvement des conseils allemands. ICO avait publié ultérieurement dans un document annexe l’ensemble de la correspondance concernant cette brochure y compris la lettre de Bourdet et la réponse assez cinglante faire par des camarades français et hollandais. Ce qui était passé inaperçu parce que publié dans la feuille de chou qu’était ICO prenait un tous autre sens pour la réputation d’un historien lorsque c’était cité dans l’IS. Etant donné le peu d’intérêt de cette protestation, la lettre ne fut pas publiée dans ICO, seulement mentionnée dans ICO n° 66, décembre 1967, p. 15.

(33) Voir Jean-Pierre Duteuil : Nanterre, 1965-66-67-68. Vers le Mouvement du 22 mars, Acratie, 1988.

(34) Ce qui existait à ce moment à Nantes était particulièrement confus, tout comme ce qui s’y déroulera en Mai-68 sous l’étiquette du « Conseil de Nantes ». Il y avait toujours eu dans la région une étroite association entre les trotskistes (groupe Lambert), les anarchistes (Alexandre Hébert) et certains radicaux locaux (dont André Morice), le tout sous l’ombrelle de la franc-maçonnerie. Voir dans Debord, Correspondance, tome 3, op. cit., p. 243, la lettre à Yvon Chotard du 17 décembre 1967.

(35) Je me souviens du récit que m’avait fait un Christian Lagant très remonté contre les situationnistes suite à une expédition punitive contre la librairie de Nataf, proche de Noir et Rouge : il avait agressivement interpellé Debord à ce sujet boulevard Saint-Michel. L’altercation entraîna une mise au point de l’IS (voir lettre à Noir et Rouge du 20 juin 1967, in Debord, Correspondance, tome 3, op. cit., p. 223. Le « désaccord » avec Nataf est évoqué dans la lettre du 20 mai 1967 (ibid., p. 219).

(36) La « nuit des barricades » du vendredi 10 au samedi 11 mai 1968, qui vit, rue Gay-Lussac, de violents affrontements entre les étudiants et la police, semble marquer le véritable point de départ de Mai-68 (les grèves de travaileurs commencent le 13). Ces affrontements n’étaient que l’apogée d’un mouvement de protestation qui mélangeait les actions étudiantes, les luttes contre les sanctions universitaires, les manifestations contre la guerre du Vietnam. Ce mouvement s’était déplacé de Nanterre sur Paris et avait enflé à la mesure des affrontements et des sanctions. Jusqu’à cette nuit-là, il n’avait guère dépassé les cercles étudiants et le centre universitaire de Paris.

(37) Maximilien Rubel (1905-1996), universitaire, auteur de différents ouvrages dont Marx critique du marxisme (Payot,1974), s’est consacré à la retraduction et réédition des œuvres de Marx (« Bibliothèque de La Pléiade »), était aussi l’animateur d’un cercle de discussion publiant les Cahiers de discussion pour le socialisme de conseils. Plusieurs camarades de ce cercle (Van, Agustin, Paco, Guy Perrard) participaient également à part entière à ICO, mais pas Rubel, qui ne pouvait en aucune façon être considéré comme le « théoricien » d’ICO. On comprend d’autant moins l’attitude de l’IS sur ce point. Ngo Van a évoqué sa participation à ce cercle et à ICO dans le petit livre Avec Maximilien Rubel, une amitié, une lutte 1954-1996 (L’Insomniaque, 1997) et dans Au Pays d’Héloïse (L’Insomniaque, 2005).

(38) Une histoire véridique de cette manifestation reste à écrire. Organisée par les syndicats étudiants et étudiants, elle fut imposante mais n’entraîna pas de débrayages massifs (la grève ne devait durer qu’une journée) dans les usines. Elle était bien encadrée et devait suivre l’itinéraire place de la République-place Denfert-Rochereau puis se disloquer. Les syndicats devaient précéder les étudiants et l’ensemble des travailleurs se rassemblèrent à cet effet au débouché du boulevard Magenta, les étudiants et les groupes ultra gauche se retrouvant près de la Gare de l’Est. L’idée du Mouvement du 22-Mars était de court-circuiter la partie syndicale, de prendre la tête de la manif (ce qui fut fait après une course par des rues parallèles) et d’entraîner les travailleurs à poursuivre la manifestation au-delà de Denfert-Rochereau pour un forum ouvrier-étudiant sur le Champ de Mars. Ce qui échoua en raison de la force - d’abord physique - d’encadrement des syndicats.

(39) René Vienet, Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations, Gallimard, 1968, p. 181 et suiv.

(40) Contrairement à ce qui est colporté au sujet de Mai-68, les contacts entre ouvriers et étudiants ne purent s’établir, principalement en raison de l’obstruction des syndicats (et pas seulement de la CGT), qu’à l’extérieur des lieux de travail, et souvent de façon individuelle plus que collective. Un exemple est donné par la marche du 17 mai sur Billancourt au cours de laquelle les étudiants ne purent « dialoguer » avec les ouvriers de Renault occupant l’usine qu’en restant dans la rue et les ouvriers en haut des murs à l’intérieur. Je puis témoigner que même dans une grosse boîte d’assurance, les Assurances générales, dominée par la CFDT, FO et la CGC, notamment dans le comité de grève, les étudiants de la faculté de droit (pourtant pas des gauchistes) ne purent entrer dans les bureaux du siège occupés.

(41) René Viénet, op.cit.

(42) Voir la note 35. On doit rappeler qu’à ce moment aucun étudiant ne participait à ICO et qu’aucun lien n’existait avec un groupe étudiant quelconque. Il n’en sera plus de même après Mai-68.

(43) Henri Simon, ICO un point de vue, disponible sur demande à Echanges (echanges.mouvement@laposte.net). J’ai écrit ce texte en octobre 1973, lorsque j’ai quitté ICO en raison de l’impossibilité d’y poursuivre une discussion approfondie. Il entraîna un débat par correspondance qui ne fut jamais publié, mais qui le mériterait en raison des questions qui y étaient abordées.

(44) Gianfranco Marelli, L’Amère Victoire du situationnisme. Pour une histoire critique de l’Internationale Situationniste (1957-1972), op. cit.

(45) Serge Bricianer est l’auteur de l’ouvrage Pannekoek et les conseils ouvriers (éd. EDI, 1969 et 1977). Une biographie (évoquant entre autres sa participation à ICO) figure sur Internet [www.mondialisme.org/article.php3?id_article=132], ainsi qu’une bibliographie complète comprenant les ouvrages qu’il a traduits ou auxquels il a collaboré.

(46) Dans l’ouvrage sur Mai-68 La Brèche, contenant trois articles distincts écrits par Claude Lefort, Edgar Morin et Cornelius Castoriadis, ce dernier suggère que les militants actifs en mai devraient adhérer à la CFDT.

(47) Du côté anarchiste, certains furent attirés par le maoïsme de la Gauche prolétarienne, d’autres par les « mao-spontex » de Tout ; d’autres encore lancèrent, après l’éclatement d’ICO, deux revues successives, Les Raisons de la colère et La Lanterne noire ; d’autres enfin se retrouvèrent pour fonder l’Organisation communiste libertaire avec la revue Courant alternatif qui existe toujours. Du côté marxiste, Dauvé avec d’autres autour de La Vieille Taupe apporta à la rencontre de 1969 son texte Critique de l’idéologie ultra gauche dont le développement conduisit au livre Le Mouvement communiste (Champ libre, 1972, sous le pseudonyme de Jean Barrot) » ; Révolution Internationale, groupe de Toulouse faisant partie de la constellation ICO, commença ses approches plus ou moins souterraines de ce qui allait devenir le Courant communiste international (CCI). Une toute petite partie de ce qui restait et qui ne voulait pas se lancer dans la construction d’une organisation, prit le chemin difficile de ce qui allait devenir Echanges, plus basé sur les relations internationales (voir Présentation d’Echanges (texte français).

(48) Dans les circonstances ainsi décrites, ICO devint un vrai chaudron de sorcières et la dernière rencontre nationale au Bessat (dans la Loire) consacra la cassure entre tous ces courants, d’autant plus que le retrait des « organisateurs » laissait le champ libre à ce que j’appellerais des « individualistes délirants » qui n’étaient plus que la lie de ce qu’ICO avait embarqué, dans l’après-Mai-68, dans son ouverture sans contrôle : nombreux étaient ceux qui n’avaient aucune notion de ce qu’était la lutte de classe et réduisaient l’idée de révolution à un comportement sans contrainte sociale.