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Inde : conditions de travail et lutte dans le groupe Escorts

lundi 29 octobre 2007

Ce texte est paru dans Echanges n° 122, avec Les tentatives d’insertion de l’Inde dans le capitalisme mondial.

Récit tiré de la lettre de Gurgaon (1).

En 1960, le groupe Escorts était un des dix plus grands groupes industriels de l’Inde, un géant produisant des tracteurs, des machines agricoles, des motos, des grues, du matériel de travaux de terrassement et de chemin de fer. Escorts collaborait aussi dans l’automobile avec Yamaha et Ford.

Jusqu’au milieu des années 1990, 24 000 travailleurs permanents y étaient exploités dans plusieurs usines, situées essentiellement à Faridabad. Des centaines de petites unités industrielles et d’ateliers de la région étaient ses sous-traitants. A la fin des années 1980, ces travailleurs furent attaqués de différentes façons à travers des plans divers pour accroître la charge de travail et la productivité, souvent avec la coopération des dirigeants syndicaux. Un combat souterrain fut poursuivi au début des années 1990 à travers différentes stratégies pour briser toute résistance ouvrière : fermeture d’usines pour une ou deux semaines, pression sur les plus anciens pour qu’ils partent en préretraite, etc. Cette pression fut même accrue par l’utilisation des hauts et bas du marché pour menacer de licenciements collectifs.

A partir de 1996, la restructuration s’accéléra. Différentes sociétés cessèrent de s’approvisionner chez Escorts, la division télécommunications fut cédée. La purge se concentra alors sur le secteur des machines agricoles qui vit ses effectifs de travailleurs permanents, remplacés par des temporaires ou des intérimaires, fondre de 24 000 à 6 000. Le nombre des temporaires qui n’était que de 2 % des effectifs totaux en 1992 peut osciller actuellement entre 10 % et 50 % suivant la demande.

Voici le témoignage, recueilli en février 2007, d’un ouvrier d’une des usines Escorts :
« A l’usine Farmtrack secteur 13, la chaîne fonctionne avec deux équipes alors que l’atelier peinture a trois équipes. L’atelier peinture comporte 35 ouvriers permanents, presque tous de l’équipe A, le reste dans l’équipe B. L’équipe C ne comporte pratiquement que des temporaires et des intérimaires. 35 temporaires et 190 intérimaires venant de différentes boîtes d’intérim font que l’atelier peinture fonctionne avec 13 % à 14 % de permanents, 13 % à 14 % de temporaires et 72 % à 74 % d’intérimaires.

Parmi ces derniers, ceux d’une boîte spécifique doivent préparer la peinture et doivent aussi assurer le nettoyage avec différents solvants puis finalement de l’eau. Ils reçoivent 90 roupies (1,61 euro) pour huit heures d’équipe ; ils ont droit à l’ESI (Employee’s State Insurance - voir page 26) et au PF (Employee’s Provident Fund) (mais cela entraîne bien des contestations car les papiers ouvrant ces droits ne sont pas toujours fournis ou sont mal remplis). Ceux qui manipulent les pistolets à peinture reçoivent 180 roupies (3,22 euros)... Les heures supplémentaires sont sans majoration.

Selon son statut, un travailleur de l’atelier de peinture peut recevoir pour le même travail
96, 125, 160, 164, 600 roupies par jour (1,72 €, 2,24 €, 2,86 €, 2,93 €, 10,73 €).
D’autres problèmes surgissent constamment, ne serait-ce, pour les équipes les plus nombreuses, la queue à la cantine où le temps d’attente peut atteindre une heure et demie alors que la pause de midi est... d’une heure et demie.

(1) Cinq numéros parus, disponibles sur Internet.
(toute correspondance en anglais) :
www.gurgaonworkersnews.wordpress.com

gurgaon_workers_news@yahoo.co.uk

Majdoor Library, Autopin Jhuggi, NIT, Faridabad 12001.