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La grève des ouvrières du Sri-Lanka à l’île Maurice

lundi 29 octobre 2007

Ce texte est paru dans Echanges n° 121 (été 2007).

L’île Maurice, paradis pour vacances de luxe dans l’océan Indien, est aussi un véritable bagne pour cette main-d’œuvre importée (Chine, Sri Lanka, Bangladesh, Inde - quelque 30 000 migrants, surtout des jeunes femmes, sur une population totale d’environ 1 million) condamnée pour survivre à trimer dans des entreprises de sous-traitance. La Compagnie mauricienne de textile (CMT), a installé en décembre 2006, dans une zone franche, un “atelier” de confection de 41 800 mètres carrés (environ six terrains de foot) et un “foyer” d’une capacité de 1 400 travailleurs. L’économie des zones franches, c’est 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Et à la CMT, on travaille régulièrement jusqu’à trois heures du matin pour atteindre l’objectif de 200 pièces par jour.

Un véritable régime pénitentiaire

Le contrat de travail de ces ouvrières était de 280 heures de travail par mois, pour un salaire de 200 dollars, mais en réalité c’était plutôt 315 heures qu’elles devaient faire. D’où des horaires de dingue : de 7 h 30 à 23 heures du lundi au vendredi, de 7 h 30 à 15 heures les samedis et de 7 h 30 à 21 heures les dimanches (un dimanche par mois de repos), le tout 52 semaines par an ! avec sortie encadrée en autobus pour un retour obligatoire à 19 heures. Pour finir par dormir à quinze dans une chambre faite pour quatre.

Début février, les ouvrières sri-lankaises partent en grève et occupent l’aéroport de Port-Louis. Elles exigent le remboursement des congés maladie, notamment pour toutes celles qui ont eu la rougeole pendant vingt-cinq jours. Elles exigent également de ne travailler que quarante-huit semaines au lieu de cinquante-deux. Dès le début du mouvement de grève, 70 ouvrières sont rapatriées. En solidarité, d’autres ouvrières se mettent en grève. A nouveau, 114 ouvrières, accusées d’être « fauteuses de troubles » sont renvoyées au Sri Lanka. Certaines des rapatriées refusent de quitter l’aéroport tant que les cinq mois de salaires qui leur sont dus ne seront pas payés. 438 ouvrières poursuivent le combat, elles en viennent à exiger un billet d’avion pour leur pays, où les salaires sont moindres mais les conditions de travail plus supportables. Certaines préfèrent même passer plusieurs nuits dehors que dans les dortoirs.

Les négriers du Sri Lanka Bureau of Foreign Employment (Bureau de l’emploi à l’étranger du Sri Lanka), rappliquent sur place pour faire pression. La délégation sri-lankaise menace les ouvrières de ne plus pouvoir travailler à l’étranger, les ouvrières reprennent le travail au bout de dix jours de grève.

Elles ont obtenu de légères améliorations : plus d’obligation de travailler le dimanche, 200 dollars de salaire pour 70 heures de travail par semaine (alors que la législation mauricienne prévoit comme durée légale du travail 35 heures... mais puisque les ouvrières ont « accepté » de signer le contrat avec la CMT, il n’y a pas de recours légal), le changement des chefs de section, les anciens ne s’étant apparemment pas montrés très aimables.

La pression du Sri Lanka Bureau of Foreign Employment (SLBFE) reste bien présente, en plus des patrons locaux. Le SLBFE a signé avec la Compagnie mauricienne de textile un accord sur la responsabilité des ouvrières. Celles qui refuseront de se plier au contrat seront rapatriées et ne pourront plus travailler à l’étranger. Le président du SLBFE s’est très clairement positionné du côté des employeurs : lors de sa visite des usines et dortoirs (où le nombre de lits par chambre a été ramené à 20 ou 25 à l’occasion de sa venue), il a déclaré : « A quoi s’attendent-elles ? à une chambre à l’hôtel Sheraton ? » Sans autre commentaire.

Voir aussi : Lutte de classe et concurrence dans l’industrie textile

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